DBAF-Lamantin

Faîtes-nous partager votre fibre littéraire en écrivant votre propre histoire mettant en scène les personnages de Dragon Ball et, pourquoi pas, de nouveaux ! Seules les fanfictions textes figurent ici.

Re: DBAF-Lamantin

Messagepar Masenko le Mar Jan 21, 2020 23:02

(pardon pour le faux espoir aux autres lecteurs :oops: )[/quote]
:evil: :cry: :evil:
- Masenko -


Fanfiction : A.G.P.

Chapitre 14 : Super Trahison

IL EST ARRIVE
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Re: DBAF-Lamantin

Messagepar Antarka le Mer Jan 22, 2020 8:47

J'ai également cru à un nouveau chapitre :(
Ou se terre donc la meilleure plume de l'US ?
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Re: DBAF-Lamantin

Messagepar Lamantin_Furtif le Mar Jan 28, 2020 0:43

Salut tout le monde.

Bon, je suis désolé pour mon absence de 6 moi (au moins, précisez pas, je veux pas vraiment savoir).

Je suis rentré dans la vie active, et ça s'est soldé sur beaucoup de stress et de questionnements, d'où mon ralentissement (lire : arrêt) dans la fic.
Je continue à y penser, tout le temps, mais voilà. Je vous ferai bien des promesses, mais je ne sais pas si je peux les tenir.
à la place, je vais vous dire que je continue sur la fic, et vous conseiller cette, BD qui est bien dragon ballesque, mais pas autant que le tournois d'arts martiaux organisés par le dessinateur ici (je vous conseille les arcs de Ra-akshi, Jolly King et Lazaretti, dans cet ordre).

Voilà. à bientot, et désolé pour tout
"Dorenavant votre rage me parviendra comme un sketch de Gad Elmaleh"
Many, 12 juin 2016


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Re: DBAF-Lamantin

Messagepar Antarka le Ven Jan 31, 2020 22:42

Rascal, comment oses tu mettre ta fiction a l'arrêt a un moment si crucial et a priori si proche de la fin ! J'ai mis une prime sur ta tête !

Erf... Bon ben dommage, je comprend, je suis tristesse, j'espère qu'un de ces 4 t'auras le temps de poster un truc, en pensant à tout tes lecteurs et a tout le bien qu'ils pensent de tes œuvres.
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Re: DBAF-Lamantin

Messagepar Lamantin_Furtif le Jeu Avr 23, 2020 13:28

Yop, je travaile encore sur la fic, même si je me doute que la plupart des gens ont abandonné. :lol:
Bref, chapitre. J'ai repris le rythme, le suivant devrait arriver plus vite.


Chapitre 25 : le courroux du Lion




Vron était, en vérité, le moins impressionnant des sayens légendaires lorsqu’il s’agissait du physique. Transformé, il restait juste au-dessous de la barre des deux mètres, ce qui faisait de lui le plus petit de ses confrères. Plus généralement, les effets de la transformation étaient atténués chez lui. Ses cheveux et sa barbe prenaient un vert plus sombre, et subissaient une déformation moins anarchique, au point qu’il devenait possible de leur faire garder une certaine cohésion. L’expansion de sa musculature était elle aussi contenue à un gain de volume anodin. Sa silhouette, quoique toujours massive, aurait pu passer pour celle d’un sayen ordinaire, et seule la coloration verte si particulière trahissait qu’il appartenait bien à cette engeance légendaire. Ce qui le distinguait le plus était encore son aura.
Le dégagement de ki d’un combattant ordinaire était explosif, dissipé. Il s’agissait d’une perte d’énergie brute, conséquence d’une concentration d’énergie non canalisée dans le corps. Bien qu’un manipulateur discipliné puisse lui trouver une utilité au combat, cette aura restait une hémorragie énergétique. Tous les membres de la bande des oubliés avaient réussi à étouffer totalement ce débordement, même à leur niveau maximal, et y avaient gagné une endurance exceptionnelle. L’exception était, comme bien souvent, les super sayens légendaires. Il n’y avait aucun intérêt à limiter les pertes d’énergie quand on en avait un stock illimité.

Combattre un sayen légendaire était une entreprise complexe : au niveau qu’ils atteignaient, chacun formait une bulle d’une vingtaine de mètres de diamètre dans laquelle il devenait très difficile de s’orienter. Les températures montaient en flèche dans ces micro-tempêtes agitées de terribles courants de ki et de puissants éclairs. Rester concentré dans cet environnement était aussi drainant pour le mental que pour le physique. Et il fallait encore combattre le sayen, l’œil vivant du cyclone qui, au lieu d’amener le calme, était cent fois plus redoutable que le chaos environnant. Ce champ de bataille unique contribuait aux performances de cette élite autant que leur endurance et leur force hors-norme. L’aura de Vron, elle, différait.

Il s’étirait, en suspension dans l’air, juste en face du lieu où l’on anticipait l’apparition des forces de l’ancien monde. Ses muscles se déployaient, se contractaient lentement sous la lumière diffuse du Makaï. Le reste des oubliés s’occupaient d’une manière similaire, calmes avant la tempête à venir. L’un méditait, les paupières closes, l’autre engloutissait un morceau de viande grillé à la hâte, encore une autre qui gesticulait dans le vide, plus pour tuer l’ennui que se perfectionner… Ils devaient être habitués à ce spectacle.

Lucie, elle, ne pouvait pas détacher les yeux de Vron. Elle n’avait jamais vu d’aura similaire à la sienne.

C’était une armure de mucus visqueux qui s’adaptait à sa peau. Épaisse de quelques centimètres, elle suivait ses mouvements avec une seconde de retard, et un vol d’éclairs jaillissait là où elle était étendue en couche trop fine, ou pas assez. Elle poussait toute seule, fluait sur ce corps parfaitement sculpté. Le chef—d’œuvre de Khaine était là, prêt à affronter l’ancien monde tout entier comme son mentor l’avait fait il y a bien longtemps. Lucie devinait le puis infini qui alimentait ce corps, si ridiculement frêle et inconséquent dans l’univers, quand elle percevait l’énergie qu’il domptait.
C’était une épée de Damoclès qui pendait sur tout le continent, suspendue par le fil de la volonté de cet homme, si calme et si sûr à la veille de l’événement du millénaire. Et personne ne tremblait. Pas un regard inquiet sur cette bombe formidable, à deux doigts de l’explosion, sur ce ki étouffant, compacté par une discipline de fer et qui s’évaderait, volatil, horrible à la moindre craquelure dans la concentration du sayen.
Vron s’ouvrit un peu plus à la manne, et le ki afflua. Son aura doubla de volume et d’intensité. Les oubliés sortirent de leurs échauffements, se mirent chacun en position. Vron écarta les bras, et rejoignit la base de ses mains devant lui, les paumes dirigées vers ce point, cette déchirure dans les plans du réel que Khaine avait identifié comme la porte d’entrée de l’ennemi.
Khaine n’avait pas prévu de les laisser poser un seul pied dans le Makaï : Vron allait les oblitérer à la seconde où ils entreraient. Plus haut, bien plus haut dans le ciel, une autre énergie, étouffante s’était matérialisée. Une bouffée d’angoisse saisir Lucie à la gorge, et elle se dispersa par instinct, dilua sa forme dans des dizaines de plans à la fois, au cas où une fraction, aussi infime soit-elle, des attaques qui s’accumulaient l’atteindraient. Cette deuxième force était celle d’un ami, elle la reconnaissait. C’était celle de Prométhée.
Le flanc droit de Khaine s’était embrasé, et sa paralysie avait disparue. La moitié gauche de son corps s’était couverte d’une couche d’argile chauffée à blanc, et son cœur était une boule de feu, un soleil miniature qui l’alimentait en ki élémentaire. Sa main gauche, énorme, fermée en un poing terrible, pendait comme une guillotine au-dessus du trou d’arrivée de l’ennemi. Pour la première fois dans l’histoire, un mortel brandissait la force d’un titan.

    « Parce que toi, tu vaux plus que cent mille royaumes ? »
Bien sûr que oui, comment avaient-ils pu en douter une seule seconde ?


********



Val’aël comprit instantanément ce qui se passait, comme tous les autres élus. Elle savait, et elle savait qu’ils savaient : leurs capacités de réflexion ultimes permettaient ce genre de certitude mieux qu’aucun type de communication. Chaque élu connaissait par cœur les autres, et savait détecter leur présence. Ainsi, alliés de leur intellect infiniment accéléré, ils devinaient leurs actions respectives, et interagissaient sans besoin de communication. Il n’y avait pas d’ambition personnelle pour interférer, et ils bougèrent à l’unisson dans un but commun : protéger ceux qui ne savaient pas, et qui étaient en danger : Bellica et sa machine. Les trente élus les plus proches du seizième mage se jetèrent sur elles, et firent mur de leur corps, épaule contre épaule. Les autres élus adoptèrent des formations similaires, selon le temps qu’ils savaient disponible, et la proximité de camarades plus ou moins résistants.
C’était une merveille d’organisation. Naturellement, ils convergèrent dans la position défensive ultime, chacun à sa place, dès que la lumière du passage dimensionnel passa du blanc au vert.

Un instant plus tard, la vague de ki était sur eux, implacable, plus intense que tout ce que Val’aël avait subie au cours de sa longue vie. Plus terrifiante encore était la certitude que cette attaque provenait d’au-delà du portail, et l’intuition que seule une fraction réduite du kikoha initial avait traversé les dimensions. Les dents serrées, plaquée contre quatre de ses frères et sœurs, elle restait figée dans la tempête, prête à partir à l’assaut dès que ce flux se tarirait.
L’organisation de toute leur armée était affichée dans son esprit avec clarté. Pas une seule perte subie lors de cet assaut si soudain, grâce à leur réaction rapide et adaptée. Elle n’osait pas imaginer les quantités de ressources que l’ennemi y avait accordé : tout ça pour rien ! Elle eut une bouffée de fierté, et raffermit sa position contre ses semblables. Leurs corps entrelacés ainsi comme un puzzle de membres et de torses leur permettrait de tenir indéfiniment s’il le fallait, et…

Et ça n’allait pas s’arrêter.

Le kikoha durait déjà depuis beaucoup trop longtemps, et ne montrait aucun signe de ralentissement. L’analyse des fluctuations du ki était formelle : rien ne laissait supposer que l’expéditeur se fatiguerait un jour.
Cette énormité l’aurait secouée au plus profond de son être, sans l’esprit transformé auquel elle avait accès. Mais elle était une élue, et elle se remit du choc à l’instant même où elle l’avait subi. Les autres aussi avaient compris, elle en eut l’intuition. Ils n’avaient plus qu’une seule option : Forcer la marche, et confronter de front l’ouragan qui les attendait, par-delà le voile. Estimer la puissance qu’aurait cette attaque, sans la dispersion du portail, nécessitait des dizaines d’heures de calculs complexes, qu’elle réalisa instantanément. L’exploit ne résulta en aucune satisfaction, tant les conclusions étaient atterrantes : Selon la puissance réelle de l’attaque, entre quatre cent treize et mille vingt-cinq élus survivraient, parmi les six mille cinq-cents qui partageaient la formation avec elle. Ils pourraient certainement en sauver une poignée de plus en abandonnant Bellica à son sort, mais le support du mage était unanimement accepté comme vital.
La majorité de leur grande armée allait rejoindre le Lion prématurément, sans même avoir le temps de porter un seul coup à l’ennemi. Des héros, chacun d’entre eux. Qu’ils aient vécu leur vie mortelle dans la grandeur, comme Ach’Aël ou dans le vice, comme elle-même, ils étaient tous devenus plus que cela par la grâce du Lion. Ils s’étaient élevés à un niveau de conscience supérieur, pour protéger les cent mille royaumes… Encore un crime à mettre sur le compte des mages.

Pas d’autre solution. Il y eut un grand adieu, solennel, instantané et silencieux, dans le vacarme de fin du monde qui les entourait. Les sacrifiés savaient qu’ils mourraient. Tous savaient, tous savaient qu’ils savaient. Il n’y eut pas d’hésitation, et, avec toute la lenteur implacable du Lion, la vrille de corps dorés enchevêtrés s’ébranla contre le courant de ki qui s’écoulait sur elle. C’était une flèche dont Ach’Aël formait la pointe, une foreuse qui percerait le verrou maléfique érigé par les mages autours de leur arène. Val’Aël sentait les remous, là où le ki se durcissait et où Raph’Aël faiblissait, à sa droite. Il était un savant, un érudit plein de tendresse qui avait remis un royaume en ruines dans le droit chemin par sa piété et sa volonté inébranlable. Il mourrait, comme tous ceux qui, parmi les élus, étaient autre chose que des bouchers experts dans l’art de transformer des corps en cadavres et des vivants en morts.

La gorge contractée, sous ses paupières fermées, Val’Aël bouillait de rage. Le visage de Khaine apparaissait distinctement dans son esprit, comme une cible pour toute sa colère face à l’injustice qu’elle devait, qu’elle allait empêcher. Monstre. Un monstre égoïste et minable qui se croyait en droit d’infliger au monde le pire des châtiments, l’oubli, au nom d’une guerre pour la suprématie que Primus avait déclaré à l’univers tout entier il y a une éternité.

Mais il ne le ferait pas. Parce qu’elle, Val’Aël, avec tous les élus qui seraient encore en vie au sortir de ce portail. Elle, cette petite brute sans envergure à laquelle le Lion avait fait don d’un peu de SA grâce, elle allait empêcher cela, fut-ce au prix de sa vie.
La lance avançait, inexorable, protégeant Bellica et son cercueil ambulant. Elle allait délivrer sa charge dans le cœur même se son ennemi, un missile téléguidé vers le cœur du mécanisme de Primus : la capacité des mages à ressusciter éternellement leurs confrères. Bientôt, il n’y aurait plus de nécromancien, plus de Khaine, plus de mages, plus de Primus.

Plus rien que le Lion.

Dans un dernier élan, héroïques, ils s’élancèrent à travers le portail.


*******



D’abord, cela avait été une déformation. Elle avait commencé à l’endroit où le portail s’était ouvert, où un torrent continu de ki visqueux et immensément rapide s’écoulait dans cet ovale blanc laiteux, qui frémissait dans l’air matinal, si fin qu’il aurait été impossible de le voir de profil.

Ils étaient en train de passer, aussi impossible que cela puisse paraître.

Vron déchaînait son ki. Il était à deux doigts de déchirer le voile, de fracturer la réalité sous l’invraisemblable puissance qu’il dégageait. Et pourtant. Compacts, étiolés dans cette flèche dorée qui tremblait, qui perdait morceau après morceau et se réarrangeait sans cesse pour maintenir sa cohésion malgré les pertes, l’ennemi avançait à contre-courant.
La scène était indéchiffrable pour la plupart des oubliés, mais les sens d’Azazaël étaient autrement plus affûtés que ceux des mortels. A travers le tube d’énergie brute qui émanait du super-sayen légendaire, il percevait la formation des guerriers de l’ancien monde, qui semblaient ne faire qu’un, tant il ne restait pas le moindre espace de vide entre les membres de chair dorée. Des drones, prêts à se jeter à la mort sans aucune hésitation comme une colonie d’insectes. Seconde après seconde, il en mourrait toujours plus, et ils avançaient toujours plus loin.
En fait, il était évident qu’il atteindrait Vron, tôt ou tard. Celui-ci, concentré, n’intensifiait pas la puissance de son attaque : il était à la limite de ce qu’il pouvait fournir sans ruiner sa concentration et mettre tous les oubliés en danger.
Sous les yeux de la centaine de combattants qui contemplaient l’événement en silence, prêts à intervenir dès que le point de rupture serait atteint, le duel se prolongeait.

L’air surchauffé passait à travers les oubliés, émanant de la tempête qui commençait à la pointe de la flèche formée par l’envahisseur, et se prolongeait sir toute sa longueur. La tension ne cessait pas de monter, chacun d’entre eux était prêt à charger à l’instant critique. La flèche paraissait immobile dans sa lente mouvance, comme une ombre progresse au fil de la journée, pour atteindre sa destination sans qu'elle paraisse jamais s'être déplacée.
Cela n’en finissait pas. La flèche n’était plus qu’à quelques mètres de Vron, à présent, et avait fondu sous le kikoha, mais elle allait l’atteindre. Plus d’une ou deux longueurs de bras, et…

Et Khaine jugea le moment opportun. Comme un météore, le onzième mage s’abattit de toute sa puissance sur la pointe de leur formation. C’était la force d’un titan, il ne s’agissait pas de ces énergies qu’un corps pouvait essuyer sans conséquences, fut-il reforgé par la volonté du Lion. Ach’aël fut broyé dans l’instant, et l’attaque de Khaine, dans toute sa splendeur funeste, engloutit les la charge des élus.

Des six mille cinq cents héros lancés à l’assaut par l’ancien monde, moins d’une centaine avait franchi la première ligne de défense. La bataille pour l’avenir de ce monde démarrait, et la victoire des mages semblait déjà certaine.


******



Jetés aux quatre vents, les élus étaient submergés par plusieurs oubliés qui prenaient soin de s’assurer qu’un sayen les soutiendrait contre chaque ennemi. C’était une débâcle totale. Parmi ces âmes errantes projetées par Vron, une d’entre elles résonnait étrangement, comme familière aux sens aiguisés d’Aazazaël.

De qui s’agissait-il ? …

Il n'eut pas le temps de se souvenir, interrompu par la créature la plus rapide au monde : Lucie s’était ruée sur lui et, dans ce qui s’apparentait à un tacle multidimensionnel, l’emporta de toute vitesse hors de portée du cataclysme qui suivit.
Il n'y avait qu'une seule créature au monde capable de déchaîner cela, et l'évidence franchit le brouillard endolori qui lui tenait lieu de conscience. Il pensait lentement, tant à cause du transport que Lucie lui imposait que des fractions de son être qu'elle n'avait pas réussi à protéger. Une partie de lui s'était dispersée, et sans Lucie, il aurait entièrement succombé à la puissance de Bellica.


*******



    « Qu’est-ce qui se passe, dehors ? »
Ils étaient cinquante-deux à le regarder, de leurs grands yeux ébahis. Qu’est-ce qu’il allait bien pouvoir leur raconter ?

Pour commencer, Matsu ne connaissait même pas tout le monde ici. Il avait appelé sa famille, et ils avaient amené… N’importe qui ? Les visages qu’il reconnaissait étaient chacun espacés de deux ou trois inconnus. Imbéciles ! Croyaient-ils qu’il pouvait sauver tout-le-monde, armé de ses maigres faveurs à lui ? À vouloir sauver tout-le-monde, ils allaient sacrifier leurs chances de se sauver eux-mêmes, exactement, exactement... Exactement comme lui.
Une détonation de fin du monde éclata à l’extérieur, audible dans ce bunker qui avait été isolé par le nécromancien en personne.

Matsu voulut leur expliquer, leur donner l’explication à laquelle ils avaient tous le droit, mais ce fut en vain. Il ne sut choisir ses mots, et la bataille engloutit bientôt sa voix.


******



Une aube. Une aube comme le Makaï n’en avait jamais vue.

A vrai dire, le Makaï n’avait jamais vu d’aube.

Décrire sa stupéfaction lorsqu’un millier simultanées se présentèrent serait au-delà de compétences mortelles ; contentons-nous de dire qu’ils furent aussi aveuglés qu’une taupe devant une explosion atomique.
Le conflit qui s'annonçait à la citadelle mourut dans l’œuf face à cet événement. Les insurgés d'Adjack et les loyalistes oublièrent leur querelle, se recroquevillèrent ensemble sur le sol et implorèrent leurs ancêtres de les épargner. Ils ignoraient que leurs ancêtres se battaient en ce moment-même, et n’avaient que faire de leurs vies.
Les murs de la Citadelle cédèrent dans un fracas de fin du monde, et ce fut un tout nouveau niveau d’horreur qui se dévoila à Adjack. D’une manière ou d’une autre, voir leur unité déchiquetée par des blocs de pierre et cette lumière incendiaire était moins dévastateur que l’effondrement de la forteresse. Un rocher plus lourd que les autres finit sa course dans son champ de vision.

Elle lutta contre la nausée, le bourdonnement, l'hébétude. La douleur, messagère consciencieuse, connaissait son heure et attendait la fin de l'urgence pour réciter sa complainte.
Elle rouvrit les yeux.

Il n’y avait plus personne, à part Ellac. La Citadelle était éventrée, et le torrent de magie architecturale détournée de son but premier était presque aussi destructeur que ce qui l’avait libéré. Les forces gravitationnelles, trop longtemps défiées, assouvissaient la frustration accumulée pendant des millénaires. Les fragments de la Citadelle volaient dans tous les sens à des vitesses fulgurantes, souvent accompagnés du corps désarticulé d'un malheureux pris dans le tourbillon.
Elle même, la plus puissante guerrière de la garde royale, était poussée à ses limites. Elle s’accrochait tant bien que mal à la terre du Makaï, si proche d’Eden, celle qu’on vantait si fertile et si fiable. Ses mains enfouies jusqu'aux coudes , elle tentait de s’y agripper. Ses doigts accrochèrent une pierre de fondation, se refermèrent sur une racine, et elle s'arrima de toutes ses forces. Un moellon la frappa à la cuisse. Engourdie, elle voulut s'assurer qu'il ne s'agissait là que d'un choc superficiel. Un bref regard en arrière lui fit oublier sa jambe.

L'une des tours de la bibliothèque fusait vers elle. Immense. Inévitable.

La capitaine des gardes s'arque-bouta, concentra son ki pour ne pas lâcher prise devant l'impact imminent.
Ce fut en vain. Le vent était trop fort.


*******



Et Khaine jugea le moment opportun. Comme un météore, le onzième mage s’abattit de toute sa puissance sur la pointe de leur formation. C’était la force d’un titan, levée par un mortel pour la première fois dans l’histoire, il ne s’agissait pas de ces énergies qu’un corps, soit-il reforgé par la volonté du Lion, pouvait essuyer sans conséquences. Ach’aël fut broyé dans l’instant, et l’attaque de Khaine, dans toute sa splendeur funeste, engloutit la charge des élus.

Changement de plan.

Sans Ach’Aël, c’’était à elle de passer à l’acte. Val’Aël, recalcula la configuration du champ de bataille, et prit en charge d'engager le onzième mage.
Zigzaguant entre les corps et les kikohas, elle prenait pleinement conscience de l'armée des mages. Chaque combattant était plus fort et mieux entraîné que n'importe lequel d'entre eux. Elle percevait des kis invraisemblables, particulièrement chez les guerriers à l'aura verte, qui s'apparentaient davantage à d'inépuisables boules de plasma douées de conscience qu'à des combattants ordinaires. Ils dégageaient chacun une foule d'attaques de tous types dont chacune avait le potentiel d'exécuter sur place un élu. Et pour couronner le tout, ils étaient plus nombreux.

Malgré cela, aucun élu n'avait encore succombé. Leur analyse parfaite de la situation leur sauvait à chaque fois la vie. Chaque frappe était esquivée, déviée ou accompagnée avec une précision millimétrique, sur l'intervalle te temps le plus optimisé. Les deux forces venaient d'engager, et l'armée des mages en était encore à jauger ses ennemis. Les élus, eux avaient parfaitement analysé la situation, déterminé leurs maigres avantages, et s'employaient à les exploiter autant que possible.

Val'aël s'engouffra dans l'aspiration d'une boule d'énergie, glissa sur un bras gros comme son torse dont le poing, s'il l'avait atteinte, l'aurait certainement coupée en deux, s'appuya sur l'épaule de l'ennemi pour sauter droit sur le visage d'un second. Celui-ci était en soutient, pas du genre à combattre en première ligne, mais plutôt à leur réserver un mauvais tour à base de magie ou de ki. Quelque chose qui les ralentirait, provoquerait des faux-pas... Ils ne pouvaient pas se le permettre...

Il la vit, mais mit trop longtemps à réagir. Val'aël abattit son poing de toutes ses forces sur le lobe frontal et sentit quelque chose casser. Un instant après, deux sbires de Khaine avaient volé à la rescousse de leur confrère, mais elle n'était déjà plus là.
Une attaque croisée faillit l'érafler. Ils allaient devoir éliminer ces ennuyeux combattants au ki infini, ou cela allait vite devenir ingérable. Tous les élus s'en étaient rendus compte, et, par leur nature, avaient déjà élaboré entre eux plusieurs stratégies de contre sans se concerter.

Val'aël avait un rôle à jouer dans l'une d'entre elles. Elle fit un détour sur sa trajectoire, glissa sous une salve de plasma, et se finit en position à l'instant critique.
Pour une fenêtre de temps infime, quatre élus se trouveraient en position de passer à l'attaque. C'était tout ce dont ils avaient besoin.
May'Aël et Arth'Aël chargeait, lames au clair. Ces deux cousins faisaient, comme Val'Aël, partie des monstres réformés. Il se revendiquaient la lignée de Meti, la plus terrible artiste matiale que l'ancien monde ait jamais connu, et s'étaient efforcés de reproduire les actes de leur ancêtre. C'était Val'Aël elle-même qui avait stoppé leur errance meurtrière, et elle avait pu goûter personnellement à leurs talents de bretteurs.

S'il existait un duo capable de tuer les invincibles pions de Khaine, c'était définitivement ces deux-là. Ils avaient juste besoin de franchir cette aura. Et c'était là que Val'Aël et Gal'Aël allaient intervenir. Celui-ci avait été le gardien d'un sanctuaire dédié au Lion, dans sa vie passée. Ils étaient deux des plus puissants exilés en matière de ki.
Ensemble ils déchargèrent à l'unisson un kikoha concentré, et changèrent de trajectoire dans le même mouvement. L'immobilité était un luxe qu'ils ne pouvaient pas s'offrir. L'élue tourbillonna à travers une attaque croisée, décocha un coup de pied par opportunité, freina pour éviter une énième boule de feu... Son nouveau positionnement lui permit d'apprécier l'efficacité de ses bretteurs, pendant un quart de seconde que son esprit augmenté put savourer pleinement.
Il aurait été utopique d'espérer disperser totalement l'aura. À la place, les deux élus avaient généré une boule de ki plus lente et dense qu'une attaque ordinaire. Plus proche de l'aura quelle visaient que d'un kikoha conventionnel. Les deux masses de ki s'étaient fondues les une dans les autres, et, là où le doré se mêlait au vert, les élus s'étaient engouffrés. Le ki de leurs alliés agissait comme l'aura de leur ennemi, et leur accordait un peu d'espace vital dans cette tempête. Il ne s'y était pas attendu, et les épéistes n'avaient eu aucun mal à pénétrer sa garde. La rapière de May'Aël avait frappé d'estoc le front du guerrier. L’arme, qui avait tailladé sans peine le corps béni d'une élue, ne franchit pas plus de deux millimètres dans cette chair surnaturelle.

La dureté d'un diamant tend à lui faire oublier combien il est cassant. Une fois percée, fut-ce par une infime égratignure, l'invulnérabilité vola en éclats. La chair que rencontra le cimeterre d'Arth'Aël n'opposa pas plus de résistance que celle de n'importe quel autre super-sayen. Le sang jaillit, une tête vola, l'aura s'éteignit.

Un vent d'espoir soufflait sur le champ de bataille. Deux autres guerriers-tempêtes chutèrent, terrassés par le reste des élus. Les ennemis étaient trop disciplinés pour succomber à la panique, mais elle pouvait sentir combien ils étaient ébranlés. Si elle parvenait à vaincre Khaine, alors...
Elle naviguait entre les kikohas sans la moindre difficulté. Dans son monde infiniment ralenti, Val'Aël percevait leurs trajectoires, les intentions de ses ennemis, les mouvements de foule... Dans ces mouvements, ces regards subtils, elle lisait petit à petit leur organisation sociale. Reflets maléfiques des élus, ils avaient été formatés avec pour seule mission de reporter cette bataille, au point que leur société toute entière était déchiffrable dans la mêlée. Aisément déchiffrable, lorsqu'on appartenait soi-même à une société si similaire.

Sans surprise, leur équivalent à Ach'Aël était Khaine lui-même. Il s'était mis en tête d'éliminer Bellica et l'avait déjà atteinte, malgré les efforts des élus. En une poignée de seconde, le onzième mage avait dispersé une dizaine d'invocations, se rapprochant toujours plus près de son ex-consœur. Val'Aël était confiante sur sa capacité à franchir le lâche cordon de sécurité établi par ses sbires, et à mettre le mage en échec. Si le commandement de leur force avait échu à Ach'Aël et non à elle-même, c'était pour la force d'âme, l'ancienneté et le statut légendaire de celui-ci, et non pour sa supériorité martiale.
Elle en avait toujours eu l'intuition, et les récents événements le lui avaient confirmé. La vision de Khaine abattant son poing titanesque sur leur égérie avait fait éclater son aveuglement volontaire, et elle se voyait maintenant comme elle l'était réellement. Comme tous les élus la voyaient depuis toujours.
Si elle avait été à la place d'Ach'Aël à l'instant critique, elle aurait évité l'attaque. Si elle avait été à sa place, c'est contre elle que Khaine mesurerait sa force, et elle ne plierait pas comme Bellica pliait maintenant.

À voir les mouvements du mage, elle prenait l'ampleur de sa déchéance. Son flanc gauche était une enclume. Son poing, un boulet. Aux yeux de l'élue gracile, il bougeait au ralenti. Toute l'expérience du monde ne pourrait compenser son handicap.

Khaine, l'invincible Khaine, était blessé !

La vierge écarlate fit ce qu'elle savait faire le mieux. Suivant une trajectoire indéchiffrable, elle s’introduisit dans le cercle défensif, ricocha entre deux ennemis désemparés, enfonça deux doigts dans l’œil d'une combattante à la chevelure dorée et s'en servit comme d'appui pour dévier encore son mouvement, et esquiva une énième volée de tirs énergétiques.
Un guerriers-tempête s'interposa entre elle et les deux élus. Aucun souci : elle l'avait vu venir.

À l'instant où il initia le contact, un kikoha plus puissant que les autres rencontra le sol. La roche avait déjà été éclatée sur près d 'un kilomètre, mais le tireur avait eu la main lourde : c'était ce ces explosions-là qui faisaient craquer une bulle toute entière et tuaient ses habitants sur le coup. Le bon goût, ainsi qu'une certaine tendance à étendre leur discipline chèrement acquise à chacun de leurs gestes, tendaient à limiter ce genre d’excès chez les combattants de leur niveau. Le responsable devait être poussé au bout de son entraînement pour avoir laissé passer une telle bavure. Peu importait, à cet instant : l'explosion, cataclysmique, avait fait jaillir des fusées de magma à travers tout le champ de bataille et les débris, ainsi que l'expansion de ki brut, aveuglaient la plupart des participants.
N'eut été son sens de l'analyse, Val'Aël aurait poursuivi sa course, tenté d'engager Khaine, et se serait faite cueillir en vol par son alter-ego.

Car, tout comme les élus avaient un Khaine en la personne d'Ach'Aël, leurs ennemis désignés avaient un Val'Aël en ce guerrier, qui la toisait à travers cette pluie de scories et de lave . Il était proche des guerriers-tempête, mais son aura s'apparentait à une armure de plasma visqueux plutôt qu'à une explosion continue.
Il émanait de lui une tranquillité glaçante. La déférence avec laquelle ses confrères le traitaient n'était pas usurpée : il avait à lui seul plus contribué à cette bataille que Khaine lui-même. Plusieurs milliers de victimes à l'instant du choc initial, deux ou trois autres depuis. Val'Aël avait pu brièvement capturer ses mouvements durant sa voltige : non seulement il était plus fort, plus résistant et plus rapide que les autres, il avait un atout décisif dans sa manche.

La bataille retenait son souffle. En-dessous d'eaux, le duel des mages avait atteint son inévitable conclusion. Un cratère sanglant était apparu sur l'armure de Bellica, dont la grande carcasse n'était plus agitée que par des spasmes d'agonie. Khaine, aussi impassible que son élève, attendait de voir ce que le Lion avait à lui opposer.
L'aura était le plus grand danger. Val'Aël avait vu un élu l'effleurer et ne jamais réussir à s'en détacher. Elle agissait comme une langue de poix animée de conscience et, contre son porteur, il n'était pas question de ralentir.
La championne de l'ancien monde était confrontée à une équation sans failles : une peau invulnérable au contact mortel, un ennemi plus fort et rapide qu'elle, le tout confinée dans une arène, et sous la surveillance du onzième mage. Mais elle n'avait pas le droit de perdre. La vierge écarlate fit rejaillir d'anciens arts martiaux des tréfonds de sa mémoire, et se mit en garde.

Une image fantôme de ses poings se manifesta, étendant assez sa portée pour contrer la technique adverse. Les sens en alerte, réfugiée dans sa pensée accélérée, elle analysait chaque image. Elle n'avait pas d'autre choix que la perfection. La technique des poings spectraux devrait lui permettre d'atteindre les organes vitaux de son ennemi, même à travers son armure -du moins, elle l'espérait. Si cette stratégie échouait, il lui faudrait temporiser, occuper son ennemi et attendre des renforts...
Et à l'instant précis où elle porta le dernier coup de marteau à sa cuirasse de volonté, l'ennemi la brisa.
Il n'avait pas bougé, mais son aura, si. Condensée, durcie, elle s'était brusquement détachée du sayen pour générer un double de plasma vert. Il y avait plus de ki dans cette apparition que dans tout le corps de Val'Aël, et l'original ne manifestait aucun signe de fatigue. Le double s'étira, et se mit en garde à la droite de son créateur. L'aura avait repoussé, et se condensait à nouveau.

L'élue ne souhaitait pas savoir combien de fois l'opération pouvait être répétée. Elle chargea, désespérée, misant tout sur l'idée que la copie serait moins alerte que l'original, qu'elle pourrait la surprendre, la vaincre vite et...
Et, en réponse à sa charge, le guerrier et son clone réagirent simultanément, occupant l'espace de manière à lui couper toute chance de retraite.

Khaine avait forgé un être à son image. Tout comme son maître il y a bien longtemps, Vron était à même de combattre tout l'ancien monde à lui seul, et de triompher.


*******



Les créatures les plus simples sont généralement les plus résistantes. Lucie ne se reposait pas sur la collaboration de dizaines d'organes différents pour assurer sa survie : tout son être s'apparentait à un seul membre polyvalent, qui lui servait à la fois à percevoir, à penser, à manipuler son environnement et à maintenir ses fonctions vitales. L'attaque signature de Bellica avait tranché ce membre sur toute sa longueur, et chacun de ses innombrables sens lui signalait combien ils avaient souffert. Elle avait mal, d'une manière complète, intense, inaccessible à un être plus complexe.

À l'instant critique, elle avait réagi à l'instinct, et sauvé la vie d'Azazaël au prix de son martyr actuel. C'était passé très près, elle avait du mal à retrouver sa lucidité, alors que ses pensées s'arrêtaient en cours de route, sans jamais reprendre, et que mille sortes de douleurs l’étreignaient.
Avoir un corps tangible serait peut-être agréable. Ses sens percevaient certes plus loin et plus intensément que ceux des mortels, mais la différence était le sel de la vie. C'est ce que disait Abel. Avant qu'il (ou elle, cela changeait encore souvent à l'époque) ne se fixe sur... Le visage de son ami semblait lointain... Probablement perdu avec la mutilation. Cela reviendrait. Elle se soignerait, c'était certain. Bellica avait tranché ses souvenirs, mais ils n'avaient pas tordu. Lucie savait qu'elle n'était pas menacée par ce coup, qu'elle s'en remettrait. Elle n'avait pas peur, et ce n'était pas uniquement parce que l'essentiel de cette émotion lui avait été arraché.
Par contre, elle n'avait aucune idée de comment se soigner. Au prix d'élancements plus intenses, elle activa son corps, et vit que sa blessure s'aggravait. Elle avait vraiment très mal...

Était-ce Abel, justement, qui lui procurait ce sentiment de sécurité ? Difficile à dire... Une petite plume noire, l'élançait, tirait sur la blessure. Elle l'envoya paître.

Et toute cette action l'avait encore épuisée un peu plus. Cela ne devait pas faire très longtemps, et sa blessure avait encore grandi. Plus question de bouger, maintenant. Abel, il se réincarnait. Oui...
Pourquoi cette idée revenait-elle, encore ? On lui murmurait à l'oreille, mais ce murmure lui semblait assourdissant. Elle chercha, ses quelques tentacules hagards battirent les dimensions à la recherche de ce qui la tourmentait. Elle sentit une piste, un courant, et tenta de s'en saisir, mais il était trop rapide et elle trop souffreteuse... à la place, elle attrapa autre chose.

Une mortelle. Un corps ferme, puissant, à peine meurtri.

Abel.

Les dernières braises d'intellects se ravivèrent dans son brasier mourant, et elle suivit, docile, l'instruction d’Azazaël.


*******



Val'Aël avait perdu, sans surprise. Quelques-uns de ses compagnons tentaient de voler à son secours, d'occuper le nouveau champion des mages, mais quelles chances avaient-ils là où la meilleure d'entre eux avait échoué ?
Au moins, ils lui avaient sauvé la vie, pour ce que cela valait... Elle n'avait plus qu'un bras encore fonctionnel, et tout son ki ou presque était parti dans son effort pour repousser la morsure de cette maudite aura. Elle n'était plus qu'un tronc au souffle coupé, condamnée à regarder passivement cette bataille rejoindre son terme inexorable. Tous leurs meilleurs combattants étaient tombés, et ils n'avaient réussi à vaincre que Lucifer... Le nécromancien, leur plus grande inquiétude, s'était avéré un non-facteur, et le golem de ronces confectionné par Bellica errait, idiot, sur le plateau désertique.

Aberrante, dans cette scène d'apocalypse, une chèvre s'était mise en tête de mastiquer la jambe de la construction. C'était une chèvre assez banale, à première vue, mais sa présence en ce lieu, et la voracité dont elle faisait preuve trahissaient qu'il s'agissait là d'une créature fondamentalement différente. Elle devait avoir absorbé plus d'une demie-tonne de ronces tranchantes, et ne faisait aucun signe de ralentir.

Un cadavre s'écrasa au sol, interrompant la concentration de l'animal, qui trotta vers sa nouvelle proie. Val'Aël n'attendit pas plus longtemps pour mettre autant de distance que possible entre elle et cette chose. Une froide panique lui saisit les entrailles, et elle investit toutes ses forces dans cette reptation au cours de laquelle elle percevait trop distinctement le bruit des os broyés et de chair mastiquée à travers le chaos de la bataille.

Rapidement ; trop rapidement pour qu'une si petite gueule ait englouti un tel volume, le son s'arrêta et le trot reprit. Glacée, l'élue jeta un regard derrière elle, à travers les nuages de poussière, le vent, les explosions aveuglantes qui striaient le ciel... Le cadavre avait disparu, et la chèvre, toujours affamée, s'éloignait vers son prochain festin. Le cœur de l'élue bondit deux fois. Une première lorsqu'elle constata que le monstre avait jeté son dévolu sur quelqu'un d'autre, et qu'elle avait encore au moins quelques minutes à vivre. Une seconde fois lorsqu'elle réalisa l'identité de la future victime.
Ach'Aël. Par quelque miracle, celui-ci vivait encore. Inconscient, la majorité de son corps s'était enfoncée dans le sol après que Khaine ait frappé, mais ses jambes étaient encore émergées, et la chèvre l'avait remarqué. Vite.
L'élue abandonna tout espoir de survie, et s'élança vers son leader, convergeant vers la chèvre. Elle préférait encore l'achever elle-même plutôt que de le laisser en pâture à cette chose. Assez d'énergie lui était revenue pour qu'elle songeât à se relever et, sans ses augmentations, elle l'aurait certainement fait. Mais, à son impulsion, son corps devenait rigide et glissant, ses membres d'une raideur précise battaient le sol à des angles parfaits.

Semblable à un serpent animé de spasmes, elle glissait à toute vitesse sur le sol rocailleux, les chocs la déviaient à chaque fois plus près de sa trajectoire originale.
Même ainsi, elle était plus lente que sur ses deux jambes. Quand elle atteignit le cratère où s'était écrasé son ennemi, elle s'élança de toutes ses forces dans une chute chaotique et franchit les derniers mètres en tonneaux malmenée par la roche. Elle n'avait alors que quelques secondes d'avance.
Frénétique, ses bras écartèrent autant de sol sec et poussiéreux que possible, chaque poignée de terre, pourtant parfaitement calibrée, semblait immédiatement recouverte un effondrement. Mais elle creusait avec des réserves insoupçonnées, sans regarder derrière elle, et parvint à exhumer un visage suffoquant, juste à temps.

Son masque d'or était tombé en morceaux, et la beauté légendaire de ce visage avait disparu. Une orbite défoncée, une dentition tombante et un nez partiellement arraché auraient enlaidi n'importe qui, et l'écorchement quasi-total qu'il avait subi n'arrangeait rien. Mais il était vivant.
Ils n'avaient que quelques instants, mais un regard leur suffit pour se comprendre. Une ultime passe de la main dégagea la terre coincée dans la bouche de l'élu, et, sous le ciel embrasé par le combat, il cracha tant bien que mal un unique nom.

Le conflit changea de visage.


******



Adjack se réveilla lentement, et sa tête était prise entre cymbales. C'était une migraine comme elle en avait rarement expérimentée. Du genre à la convaincre de sauter ses entraînements matinaux, et à la garder clouée au lit jusque tard dans l'après-midi. Le genre de migraines qui ne laissait pas de place pour la productivité. Le souvenir d'une tour volant droit vers son crâne refit surface, et elle analysa le champ de décombres où elle se trouvait. La maçonnerie était toujours animée des mêmes courants violents et imprévisibles. Chaque poutre, chaque brique, chaque tuile était un danger mortel. Il fallait fuir, ou se cacher. Vite.

Sauf qu'elle était déjà debout. Elle parlait avec quelqu'un, magiquement isolée du chaos environnant. C'était le son de sa propre voix qui l'avait réveillée.

Il y avait quelque chose d'autre, à l'intérieur d'elle : une radiance étrangère qui animait sa chair d'une nouvelle vitalité. Elle avait une conscience, Adjack pouvait la sentir en elle comme celle-ci pouvait la sentir s'éveiller. Le dialogue entre elle (ou plutôt la chose qui occupait son corps) et un tourbillon de plumes noires portait sur ce qui s'était produit, au loin. Une bataille, dont la Citadelle n'avait été qu'un dommage collatéral. Des bribes de conversation qu'elle percevait, il n'y avait aucune inquiétude au sujet de la population du Makaï, ni des dévastations qu'ils avaient causés à sa terre natale. Les mots se précisaient, et les premiers dont elle intercepta le détail émanaient de sa propre bouche.

    - Je ne sens plus l'énergie de Bellica, on peut y retourner.
Aller là-bas ? C'était une mort plus qu'assurée ! La capitaine de garde eut un mouvement de panique, à l'intérieur. C'était l'instant ou jamais si elle avait une chance de s'en échapper. Elle déploya sa volonté, tenta de reprendre le contrôle sur ses membres, et ne réussit qu’à attirer l’attention du parasite. Elle sentit ses forces la quitter, et une puissante lumière envahir sa vue, ses sens.

Elle voulut se débattre, mais une suffocation rapide la saisissait jusqu’à son âme. C’était une chaleur moite, engourdissante, presque agréable. Adjack se prélassait sur une plage par un après-midi brûlant. Une fraction de volonté la tenait éveillée, lui imposait de garder les yeux ouverts et de ne pas céder à cette langueur. Cela lui permit que d’entrevoir la vague.

Un mur d’eau s’était levé, et jeta l’obscurité sur son banc de sable. Là où la lumière allait l’étouffer, le mur la broierait. Le raz-de-marée avançait, vite. Avant qu’il ne la rejoigne, elle choisit la plus douce des deux morts et s’abandonna à Lucie.

C’était juste à temps. La vague, qui était un nom, s’abattit sur le Makaï.


*******



Y A L D A B A O T H


Un soleil rugissant se leva sur les terres du Makaï, et avec lui, l’espoir renaissait. les élus, brisés, malmenés par leur terrible adversaire, revenaient à la vie pour combattre de plus belle. Ach’Aël irradiait de gloire ressuscitée. Le masque était tombé, et il dévoilait à présent le visage du Lion. C’était un gouffre de lumière, c’était une gueule aveuglante, mais c’était par-dessus tout le visage d’un peuple. À travers lui, on voyait les innombrables faces des fidèles, à travers l’ancien monde. Dans sa voix, qui tonnait avec la force d’un ouragan, on entendait les prières d’un univers entiers. Sur son ki, vibrait l’intensité du juste prêt à abattre sa sentence sur les mécréants qui l’entouraient.
Tous les mensonges des mages volaient en éclat face à Sa vérité, et bien peu d’oubliés gardèrent alors leur défiance. Même ceux-là, ébranlés comme ils l’étaient, tombaient sous l’assaut renouvelé.

Il ne restait que deux ennemis pour se dresser face au Lion, et à son messager.


*******



Il avait suffit d’un instant, d’une seule minuscule faille dans leur attention et dame fortune avait fait volte-face. Khaine n’avait pas anticipé qu’un ennemi puisse prononcer le nom du Lion : il n’était pas parvenu à imaginer une tournure d’événements où il en aurait lui-même été capable, et avait écarté l’hypothèse.
Tous ses calculs se basaient sur l’idée qu’il était le guerrier ultime, que personne ne parviendrait jamais à perfectionner un aspect du combat mieux que lui, et qu’en concevant une situation dont lui-même ne pourrait sortir vainqueur, il mettrait tout ennemi en échec. Il s’était trompé.

Mais le mage avait pris soin de piper les dés avant l’affrontement. Si l’ennemi l’avait surpris, surpassé sur un unique point, il lui restait tous les autres. Khaine était plus polyvalent, plus rapide, plus fort, plus technique, plus invulnérable. Et il avait engendré Vron, un guerrier aussi puissant que lui-même au cas où tout-ceci ne serait pas suffisant. Il n’avait qu’à dégainer cet atout.

Tous les oubliés étaient tétanisés, à l’exception des deux seuls qui comptaient pour quelque chose. Ils s’entendirent instantanément, sans concertation, et se jetèrent sur la cible à neutraliser, volant droit à travers les rares ennemis à oser s’interposer, sans retenue. S’approcher au corps à corps de la lueur du Lion serait rapidement fatal, même pour deux combattants de leur calibre, mais ils n’avaient besoin que d’un seul coup. Parfaitement coordonnés, ils se plantèrent respectivement à gauche et à droite du premier des élus. Enraciné et abasourdi par sa propre puissance, il ne pouvait pas esquiver. Les deux champions de Primus concentrèrent leurs kis dans leurs poings, et les abattirent simultanément sur les tempes radieuses. Chacune des attaques aurait soufflé un soleil comme une bougie, et elles furent entièrement canalisées sur le crâne d’Ach’Aël.

Cela l’aurait sans nul doute tué sur le champ, s’il avait encore été vivant.


*******



il y a très longtemps…


Cinq minutes pour une pause cigarette, c’était vraiment trop peu.

    - Vous vous êtes mis d’accord pour le nom, finalement ?
Peut-être que cinq minutes, c’était trop long, se ravisa Achim. Décidément, out le monde s’était mis d’accord pour le faire suer sur ce sujet… Il prit le temps de tirer un bouffée et d’expirer la fumée avant de répondre.

    - C’est un peu compliqué… Fahmida voudrait l’appeler « Gulrukh », comme sa grand-mère… Je trouve ça con mais elle ne lâche pas l’affaire.
Il n’eut le droit qu’à un rire sec de la part de son collègue. Félix cherchait plus à l’ennuyer qu’à obtenir une vraie réponse, comme d’habitude.

    - Elle va gagner, comme à chaque fois. Tu sais pas lui dire non.
Achim choisit de l’ignorer et se concentra sur sa clope. Il chercha à se distraire par un bref regard aux alentours la cour de l’usine, cerclée d’un petit muret, les séparait de la zone industrielle la plus morne de la bulle. Ce panorama de cheminées, de tôle et de béton n’avait strictement rien de captivant. Ce n’était sûrement pas la pire : à une centaine de kilomètres de là, les centrales électriques employaient un archéen captif pour alimenter ses turbines et, entre les cris de la créature et ses rares mais redoutables tentatives d’évasion, l’alléchant salaire des employés suffisait à peine à empêcher la main-d’œuvre de démissionner en masse.
Il y avait aussi quelques risques en atelier de tissage, mais il se contenterait bien de sa place. C’était plus tranquille ici, ils étaient une vingtaine seulement et tout le monde se connaissait. Il tira une dernière bouffée. Au travail, la pause devait presque être finie. Pour échapper à son collègue, il se dirigea vers la porte de l’atelier, d’où le quartier-maître les surveillait d’un œil torve.

Achim était sur le point de le dépasser, quand un brusque changement d’expression et de posture chez celui-ci l’interpella. D’habitude rougeaud et blasé, il avait soudainement l’air d’un cadavre. Livide, il tremblait comme une feuille, incapable d’articuler un mot, le regard fixé sur l’horizon.
Toutes les conversations s’étaient tues.

Lentement, Achim se retourna, et rejoignit les autres ouvriers dans leur stupeur.

Voir un titan pour la première fois faisait généralement cet effet-là. La chose l’était encore qu’à moitié entrée dans la bulle, mais il devait lever la tête pour embrasser tout son gigantisme. Les nuages lui léchaient les chevilles, et Achim plia le dos pour croiser l’œil immense. L’être était penché sur la voûte céleste. Seule sa face avait encore percé la barrière, et le reste y entrait. Une jambe appuyée sur un sol qui cédait sous son poids, il poussait, entrait toujours plus dans ce monde cloisonné qu’Achim avait cru grand.

Il n’y avait pas eu d’annonces dans le journal, pas de sirènes d’alarmes, rien. Juste ce titan qui jaillissait du néant, annonçant un message d’une abominable simplicité.

    « Mort. »
Ils étaient tous morts. La lumière voyageait plus vite que le son, plus vite que les ondes de choc. Il voyait, au loin, les nuages se déformer face à l’apparition. Un horizon de poussière apparaissait, inéluctable. Personne ne bougeait : il n’y avait nulle part où fuir. Personne ne parlait : il n’y avait rien à dire.

    « On ne s’est même pas mis d’accord sur le nom... »
C’était un peu idiot comme dernière pensée, se dit Achim. Mais la phrase tournait en boucle dans sa tête et refusait d’en sortir. Felix… Felix priait. Ah oui. Machinalement, il joignit les mains, tentant de se rappeler une prière, mais seule la question du nom lui vint à l’esprit. Ce n’était pas trop grave de toute façon.

Le tsunami de poussière, de terre et de débris était déjà sur eux.


******



    « Pourquoi ? »
La mort avait été rapide, sans douleurs, mais son état de stupéfaction l’avait accompagné dans l’au-delà. Il n’avait que des questions, et pas d’émerveillement.
Pourtant, il y avait là matière à s’émerveiller.

Achim avait été arraché à son enveloppe charnelle,et son âme flottait entre les mondes. Il se figurait comme une bouée esseulée, au milieu de flots voraces, trop puissants pour qu’il leur échappe. Mais une poigne le tenait en vie, le gardait émergé, la tête hors de l’eau. C’était un Lion. Une bête miséricordieuse qui l’avait recueilli. Son regard était fait de lumière. C’était la lumière qui l’avait illuminé toute sa vie. Celle qui avait rendue la vie possible, vivable. Il aurait dû lui en être reconnaissant, mais trop idiot, trop abasourdi, il n’avait que des questions.

    « Pourquoi ? »
Pourquoi ce titan était-il apparu, soudainement ? Pourquoi avait-il jugé acceptable de sacrifier toute la population de la bulle contre le loisir d’y entrer ?

Non. Ce n’était pas la bonne question . Les yeux du Lion le transperçaient, dans ce monde de lumière.

Pourquoi, alors, était-il resté si passif ? Pourquoi sa dernière pensée n’était-elle pas allée à lui-même, au Lion, à sa femme, à son enfant à venir, mais à un simple nom ?

Non. Ses pensées à lui n’avaient aucune valeur. Il n’était qu’un imbécile complètement insignifiant dans tout ce qui s’était tramé. Il ne le saurait jamais, d’ailleurs, puisque la réponse qu’attendait le Lion n’était pas celle-ci. Mais qu’est-ce que cet idiot sans valeur avait à lui apporter ?

    « Pourquoi ? Pourquoi moi ? »
Pourquoi pas un autre, n’importe qui ? Un de ces rois, un de ces génies, de ces guerriers invincibles qui régissaient leurs vies par milliers, au point d’estimer qu’il n’était pas nécessaire de prendre la peine d’avertir un petit million d’âmes qu’elles allaient mourir dans l’apparition d’un titan.

Pourquoi lui , plutôt qu’un autre ?

« PARCE QUE CE N'EST PAS POUR EUX QUE JE ME BATS. »

La voix du lion était un coup de tonnerre ininterrompu, qui le suivrait jusqu’à son dernier jour.

« PARCE QUE C’EST POUR VOUS QUE JE ME BATS. PAS POUR UN TYRAN DE PLUS. POUR VOUS. LE VÉRITABLE PEUPLE DE CE MONDE. »

Parce que cette histoire n'avait jamais été celle de ces monstres, et qu’ils ne se l’étaient accaparée que par un coup du sort. Qu’il était temps pour les simples mortels, soutenus par la grâce du Lion, de se dresser contre l’injustice que ces créatures voulaient brandir contre eux.Parce que le seul moyen de combattre la tyrannie des forts était de s’assurer qu’une seule entité en ait le monopole, et que celle-ci soit au service du peuple.
Parce qu’il était un membre de ce peuple et que, précisément parce qu’il était quelconque, un visage de plus dans cette foule infinie, et dont la seule particularité était de ne pas aspirer à la grandeur, il était capable de remplir cette mission.

La voix du Lion était la sienne, à présent. Leurs pensées se mêlaient, organiques.

L’ancien monde reposait sur ses épaules.


*******



L’ancien monde reposait sur les épaules d’Ach’Aël, et ces épaules allaient céder. Le temps ralenti, il percevait distinctement Khaine et son disciple qui fondaient sur lui, inexorables. Ils l’atteindraient, à travers la lumière, et ils feraient en sorte de bien le tuer, cette fois-ci. Même sans ses blessures, sans sa connexion avec le Lion qui l’immobilisait, il n’aurait pas pu échapper à ces deux êtres. Ils étaient les guerriers ultimes, créés spécifiquement pour asseoir la domination d’une élite restreinte, querelleuse et insensible sur le monde entier. Et Ach’Aël allait perdre, parce que cette élite était par définition toujours supérieure à la plèbe.

Il profita de ses derniers instants, rallongés par son pouvoir, pour embrasser le monde du regard. Tout autours de lui, cette bataille que les élus recommenceraient bientôt à perdre. À sa droite, Val’Aël et une chèvre noire se dévisageaient l’une-l’autre. Plus loin, il percevait le Makaï tout entier, son immensité aride laissée à la malice des Makaïoshins. Eden, l’œil du cyclone, pur et verdoyant dans ce creuset maléfique. Il contempla les ruines de la civilisation dégénérée qui avait arpenté ces terres, avant que le son de la vérité ne la balaye. Les cités les plus proches avaient été rasées jusqu’aux fondations, et de larges cratères laissaient entrevoir leurs réseaux souterrains, peuplés à présent de cendres et de suie. Au fur et à mesure qu’on s’éloignait de l’épicentre, davantage de détails relataient la vie de ce peuple. Des huttes, des palais trahissaient leur existence passée par un peu d’architecture encore intacte. Il fallait encore regarder beaucoup plus loin, par-delà Eden et la forteresse détruite qui l’avoisinait, pour localiser les premiers survivants. Ils émergeaient, hagards, d’une apocalypse à laquelle ils avaient été étrangers.

Ach’Aël, Achim… Il ne savait plus quel nom se donner…

La boucle était bouclée. Son échec, physique comme moral, le toisait de toute sa hauteur. Il fut tenté de laisser le temps reprendre son cours, de périr par la main du douzième mage, mais son calvaire n’était pas terminé.
Il fallait souffrir un peu plus que cela , après avoir échoué à une mission si importante. Il fallait boire cette coupe amère jusqu’à la lie avant de mériter sa retraite. Alors il s’y attela, il, observa chaque visage ravagé, chaque œil vitreux, aveuglé par la lumière qu’il avait déchaîné sur le monde… Et quand les visages, les corps ravagés de ses ennemis, des alliés qu’il allait perdre, et surtout de toutes ces légions d’innocents qu’il avait brutalisé dans sa réédition hypocrite du cycle de violence, furent tous épuisés, il passa aux animaux. Ils subiraient l’horreur de cette prédation comme tout le monde, aucune raison pour qu’il ne leur doive pas des excuses à eux aussi. Quand il eut médité, misérable, sur les traits de chaque animal, il passa aux pierres, puis aux grains de sable et aux nuages dans le ciel.
Une éternité morose s’écoula en cet instant, mais il restait encore quelque chose à dévaster chez lui. Alors il observa de plus près, il sonda chaque message, chaque liaison, chaque expression corporelle, chaque variation des plans parallèles, dans sa monumentale entreprise de flagellation.
Une seconde éternité passa, plus longue encore que la première, et l’élu était à présent certain qu’il ne restait plus en lui la moindre trace de joie, d’espoir ou de satisfaction. Si cela n’avait pas été le cas, un grand malheur eut été évité.

Il y avait deux archéens. Lucifer avait été blessée en protégeant le second, et avait du investir le corps d’une mortelle. Pourquoi ? Mécanique, l’esprit de l’élu éplucha toutes les possibilités, afin de saisir chaque mystère de ce monde qu’il allait quitter, aussi insignifiant soit-il.

Mais ce détail-là n’était pas insignifiant, et sa solution lui échappait. Une seule chose était certaine : cet archéen aux plumes noires était absolument vital pour les mages.

Ni Achim ni Ach’Aël n’auraient agit sur cette constatation. Mais l’élu avait élimé toute sa personnalité et n’était plus que tristesse et ressentiment. Il prit immédiatement sa décision. Quittes à échouer dans sa mission, il prendrait au moins soin de faire payer les mages pour leur victoire.

L’archéen était loin, mais faible, et il était confiant de pouvoir l’abattre sur le coup, à condition de l’atteindre. Il n’avait qu’une infime fraction de secondes pour porter un coup à grande distance. S’il pouvait frapper, ce serait avec le seul outil infiniment rapide de son arsenal : son esprit augmenté. Les seuls personnes susceptibles de réagir dans cet intervalle temporel serait Lucifer (qui était gravement blessée), Khaine et sûrement son disciple (qui étaient concentrés sur leur attaque, et aveuglés par la présence du Lion). L’occasion était parfaite.
L’élu fit son adieu au monde, et affûta son arme. Son esprit était suffisamment rapide pour la tâche à exécuter, mais nécessiterait plusieurs modifications avant d’adopter une forme létale. Tout ce qui n’était pas nécessaire fut élimé. Son intellect s’étiola lentement, méthodiquement, détruisant au fur et à mesure tout le superflus. Les souvenirs de sa vie furent les premiers à partir, puis sa peur, sa tristesse, son dégoût. Toutes les émotions à l’exception d’une froide envie de tuer ; toutes ses capacités mentales à l’exception du calcul balistique. Le reste de son mental était progressivement reforgé en un concept plus rigide et tranchant, qui dévorerait la substance de l’archéen.

Et quand il n’y eut plus rien à retirer, son ultime noyau de conscience, qui contenait encore la retenue de cet esprit armé s’autodétruisit.

Il n’y avait plus rien pour arrêter le chant du cygne.


********



Chaque seconde d’existence était un calvaire, et elle ne pouvait pas mourir. Confinée dans son univers personnel, elle méditait sur ce monde, ses tenants et aboutissants, sur ses actions lorsqu’elle sortirait enfin. Car elle sortirait, tôt ou tard. Rien n’est éternel si ce n’est la certitude de la mort, et elle était l’incarnation de cette inéluctabilité.
Ce monde mourrait, se délitait perpétuellement pour renaître de plus belle, poussé à une expansion frénétique par sa peur de l’oubli. Dans ce mouvement continu, il se condamnait à des catastrophes toujours plus violentes. Un jour, elles auraient raison de lui. Personne ne le comprenait à un niveau aussi fondamental qu’elle, parce qu’elle, justement, était un point de comparaison. Une esquisse de ce que le monde aurait pu être : indestructible, parfaite , éternelle. Recluse, elle avait eu tout le temps de contempler la trame universelle, comme elle s’agitait désespérément. Un bref instant de vie pour une éternité d’agonie. Il fallait mettre un terme à tout cela.

L’Aberration attendait son heure, calme, sans jamais douter que celle-ci viendrait, et qu’il lui faudrait alors combattre son geôlier, comme l'ultime soubresaut d’un monde condamné.
Ce serait facile. La main qui vient gratter une démangeaison n’a pas à craindre que celle-ci ne la gratte en retour.

Lorsqu’elle sentit le bannissement vital céder avec la mort d’Azazaël, elle n’éprouva ni surprise, ni excitation. Placide, elle avait eu tout le temps de prendre conscience de ses pouvoirs sans limite. L’univers lui était une armurerie, où elle pourrait se servir à loisir.
Elle revint au Makaï, et son regard omniscient considéra le monde. Les mages avaient mené une terrible bataille. À sa droite, Lucifer prenait déjà la fuite. Au loin, Khaine, blessé, avait formé un étonnant successeur, qui accédait à un flux illimité d’énergie sous forme de ki. Il serait un deuxième élément à prendre en considération.
Un troisième, moins important, était une faille dans l’existence située sous eux, au niveau du sol. Elle avait sûrement été ouverte lors de l’affrontement. Les horreurs du cercle extérieur y rôdaient, et brouillaient la perception, elle veillerait à s’en tenir éloignée.

L’Aberration aurait pu s’échauffer, lancer quelques tirades, mais ce n’était pas une vengeance qu’elle s’apprêtait à exercer. Elle allait juste nettoyer l’atelier avant de se mettre au travail.

Tous les yeux du makaï étaient rivés sur elle, et ne pouvaient pas la lâcher. L’Aberration avait changé de forme au cours de sa longue isolation. Elle s’était assagie, et avait accepté son statut de favorite auprès d'une Volonté d'Existence dont elle planifiait la destruction, et avait assumé sa forme véritable. Elle semblait plus réelle que le reste du monde. Ses couleurs plus vibrantes, on pouvait distinguer chacune des teintes qu’adoptaient ses iris, et ce à n’importe quelle distance. Son corps androgyne se démarquat à des kilomètres, tutoyait les cieux depuis le sol, et sa peau avait la couleur de l’univers. On sentait toutes les odeurs du monde dans son haleine, et toutes les sensations au contact de ses cheveux aussi doux, que rêches, que durs, que gluants… Elle était la chose la plus belle et la plus hideuse qui soit, détourner la tête ou fermer ses paupières ne distrayait qu’à peine de cette évidence.
L’Aberration choisit de tuer Vron en premier et décréta qu’elle aurait la tâche plus facile au corps à corps. L’espace, docile, s’exécuta.

Elle n’eut pas à se déplacer pour arriver à portée de bras. Vron était rapide, et parfaitement discipliné, mais quel avantage cela lui apportait-il, quand le temps lui-même s’acharnait contre lui ?
La fille du monde saisit son bras en plein atémis, notant à peine la force de l’impact. Le mouvement d’air déclenché par le super-sayen rasa les rares structures encore dressées sur un quart du Makaï, emportant à peine un maigre millier d’âmes sur son passage, tant les dévastations précédentes avaient déjà vidé ce royaume.

Le bras de l’homme était indestructible, ce qui faisait obstacle aux objectifs de l’Aberration. Cette caractéristique fut promptement corrigée, pour lui permettre de l’arracher net. Les oubliés convergeaient vers elle, et elle asséna un coup de talon dans le vide pour les disperser, décidant que cette prise simplissime les frapperait tous à la fois, et en plein visage. Il fallut tordre le monde sous des configurations absurdes, mais rien n’était trop beau pour la fille favorite, et chacune des soixante-douze têtes éclata bel et bien, celle de Khaine incluse.

Les oubliés étaient pour la plupart capables de se remettre d’une décapitation, mais plus encore que la gravité de la blessure, la démonstration de force les mit en échec. S’ils maîtrisaient les règles du combat sur le bout des doigts, leur ennemie les réécrivait à loisir. Aucune technique conventionnelle ne pouvait la toucher, et ils se contentèrent de regarder la scène, les bras ballants.

L’amputation n’handicapa absolument pas Vron. Son ki générait de nouveaux organes au fur et à mesure que ceux-ci étaient détruits, et ne cessait jamais de jaillir. Il ne fallut pas longtemps à l’Aberration pour lui réduire l’essentiel du torse et de la boite crânienne en charpie, mais les coups ne ralentirent pas le moins du monde. Au contraire, de nouveaux clones de ki se manifestaient sans cesse, et tentaient de la noyer sous le nombre. Chaque entité dispersée d’un kiaï apocalyptique laissait place à un nouvel avatar. Il n’y avait pas de point physique à l’origine de cette manne : le ki affluait, reconstituait une source s’il en manquait, et maintenait le super-sayen en vie envers et contre tout.

Son corps indestructible n’était qu’une coquille vestigiale : quelque part, durant ses millénaires d’entraînement, Vron était devenu un être de ki pur.

L’aberration n’en viendrait à bout qu’en coupant la souce de ki. À peine cette pensée fut-elle formulée, que les plans se distordirent pour former un goulot d’étranglement, là où le pouvoir millénaire aurait dû affluer. Les clones cessèrent de se reformer plus vite qu’on ne les détruisait, la carcasse décharnée du sayen s’écrasa au sol, et plus aucun courant ne vint la ranimer.
Par un heureux concours de circonstances qui n’avait rien d’un accident, son attention était libérée juste à temps pour s’occuper de Khaine, alors que celui-ci lui assénait l’attaque qu’il avait manifestement conçu pour l’éliminer.

La solution élaborée par le mage consistait à employer l’énergie de Prométhée pour reforger le Makaï tout entier en une nouvelle version découlant directement de sa perception du monde. Altérer la réalité était trop gourmand en énergie pour s’avérer faisable à cet échelle, même en ayant accès à un tel réservoir de ki primordial, mais les capacités sensorielles de Khaine étaient telles qu’il n’y avait guère que l’Aberration pour échapper partiellement à sa perception. La favorite du monde doutait de la réelle efficacité de cette prise, mais lui accorda le bénéfice du doute. Elle chercha (et trouva donc immédiatement) la zone dans le cerveau du onzième mage qui avait élaboré la stratégie, et serait donc immunisée à son propre sortilège. Elle évalua le point critique, entre deux synapses, et vint s’y loger confortablement, tout le temps que l’impossible entreprise glisse sur le monde, vidant les réserves d’énergie du mage.

Facile.

Elle reprit brutalement sa taille normale, éclatant le crâne de son adversaire au passage, et ficha sa poigne dans son cœur, là où l’énergie du titan pulsait encore doucement.
Il ne restait plus qu’à l’arracher, et ce serait fini.

Plus qu’à serrer et…

Et…

Et….

L’Aberration était habituée à recevoir les réponses avant même de finir ses questions. Ses capacités de raisonnement mirent quelques temps à se raviver. Alors seulement put-elle interpréter ce qui lui arrivait.

Elle avait mal.

Elle saignait.

Elle saignait parce qu'une chèvre lui mordait la cheville.
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Many, 12 juin 2016


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Re: DBAF-Lamantin

Messagepar omurah le Mar Jan 19, 2021 0:28

Je profite de ce que je te vois trainer dans les parages pour signifier que je suis toujours autant fan de cette fic, et attend impatiemment la suite des aventures de nos chers mages
Et si vraiment t'as plus le feu, fais nous au moins une Inikisha
Edit: j'avais pas encore zyeuté le chan, j'y ai vu la bonne nouvelle, alleluia !
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Re: DBAF-Lamantin

Messagepar Lamantin_Furtif le Dim Jan 24, 2021 13:18

Nouveau chap' comme promis
On touche à la fin. Le prochain chapitre sera l'épilogue de cet arc.

Chapitre 26 : dénouement



La scène était d'une rare absurdité.

Le monde frémissait. La terre était si fracturée, les nuages de poussière si lourds et compacts qu'on ne les distinguait plus les uns des autres. L'air était lourd; si chaud, si empreint d'électricité statique et de ki résiduel qu'une étincelle, une flamme et un kiaï éclataient au moindre mouvement. Et tout était en mouvement. La bataille n'avait pas été économe en débris, les sorciers n'avaient pas hésité à en ajouter, et chaque participant s'était fait un devoir de les éparpiller au mieux.
Restaient ensuite les horribles conséquences des distorsions spatio-temporelles suscitées par l'Aberration. Un ressort déformé reprenait son aspect initial en une série de sauts, mais le ressort était le monde, et il avait été tordu. C'est ici que l'analogie avec un objet physique nous fait défaut : elle exclut le mouvement perpétuel. Les zones où l'Aberration avait marché ne cesseraient de se contorsionner qu'en se déchirant une bonne fois pour toute.
En résumé; tout brûlait, tout explosait, et tout se déchirait. Les conditions n'étaient pas propices à l'usage de la vue, ou de n'importe quel autre sens commun, et le trio meurtrier qui se dévisageait au milieu de la scène déroutait la perception surnaturelle des exilés.

Personne n'aurait donc pu en témoigner, à l'exception de trois participants.
Khaine, massacré, uniquement maintenu en l'air par la poigne qui transperçait son thorax.
L'Aberration, tétanisée, qui confrontait sans succès son omniscience à cette situation, et n'en sortait que de plus en plus confuse.
La chèvre, pendue par la mâchoire à son talon, qui avait très faim.

Elle avait toujours eu faim. Depuis sa naissance, façonnée par Khaine, à l'instant présent, sa pensée s'était résumée à une faim dévorante. Alors elle avait mangé, mangé, et encore mangé. Mais ces en-cas lui passaient tout doit au travers, ne faisaient que l’affamer encore plus. Cela avait le goût de la nourriture, mais pas la substance. En réalité, elle avait faim d'existence. Et rien n'existait plus que l'Aberration.
Dans ses pupilles fendues, une lueur nihiliste, horrible se raviva. Cela venait de par-delà la réalité, d'un cercle où la famine et le néant étaient seuls alternatives. En cet instant, ils se rejoignirent, et la bête se transforma.

Celle chose était à la chèvre ce que le mille-pattes est à la patte.

Une bouche, infinie, où chaque dent était une rangée de sabots, où des cornes perçaient sous un océan de crin noir. Partout, ces yeux fous, vides, surgissaient derrière une mamelle, ou un replis de chair exsangue. Un torrent de jambes battait à l'aveugle, chacune assez forte pour biser une montagne. La chèvre grossissait, décuplait de volume à chaque goutte de sang divin. Elle avait la taille l'un continent, et repliait le monde pour qu'il accepte mieux ses angles. En la voyant, on voyait tout en centuple, et il y avait trop de détails pour savoir où elle commençait et où elle finissait.

Seule trace de retenue, restait l'injonction natale répétée tout au long de sa vie : ne blesse pas ton créateur. La marée dévorante frôlait Khaine, mais ne le touchait pas. Lui, ne pouvait pas s'éloigner : la poigne de l'Aberration sortait encore, épargnée par sa prise, et refusait de lâcher le cœur du mage.
La chèvre grossissait, plus forte à chaque seconde, et repliait les secondes pour accélérer sa consommation. Le temps était compté, et le mage était paralysé.
Mais il n'était plus seul. Un rayon de lumière, invisible dans ce monde saturé, ralenti par quatre-vingt-dix kilos de chair et retardé par un détour rapide sur le site où s'était jadis érigée la forteresse des sayens, vola à sa rescousse.
Lucie avait ramassé la première arme. La branche qui avait mutilé Khaine venait maintenant lui sauver la mise. Toucher l'Aberration à travers la créature qui l'engloutissait aurait été une gageure, mais le bras en dépassait comme une cible.

Il y a une éternité, cette arme avait brisé un univers uni. En cet instant précis, elle eut l'occasion de réitérer.


*******



Une Singularité miniature se déroula sur le sol du Makaï. C'était un spectacle que personne n'avait jamais pu expérimenter de l'extérieur : voir l'univers entier muter, se tordre sous l'effort, et finalement éructer une nouvelle forme. Le tourbillon d'énergie vitale se débattit longtemps, bien après que la chèvre soit morte et ait repris sa forme initiale, embrochée sur la première arme.
Il tentait de se réinventer, de retrouver une configuration qui se conformerait aux nouvelles contraintes, mais la première arme et son toucher létal ne la laissait jamais se satisfaire. Pendant de longues secondes, Ce fut un anneau, en rotation rapide autours de la branche, mais Lucifer, dans un bref moment de clarté, imposa une secousse qui brisa ce fragile équilibre.
Elle muta encore, encore et encore. Sans issue. Après tout, elle n'était qu'une Aberration, pas la Volonté d'Existence elle-même.
Il n'y eut pas de nouvelle forme, cette fois-ci. Elle dépensa tout son restant d'énergie dans une énième tentative, et ce fut fini. Sans explosion, sans même le moindre son : le replis cosmique s'effondra sur lui-même et la plus puissante créature de l'univers disparut pour de bon.


*******



    - J'aime bien vos transformations. J'aurais aimé être au courant, avant la bataille.
Un commentaire simple, énoncé sur un ton désintéressé. Mais il avait été prononcé par Zakriel Brief. Le de-facto maître de la nation terrienne. Assit, presque affalé sur les escaliers d'où l'on déchargeait une cargaison censée faciliter la vie des colons, il aurait pu ressembler à l'importe quel travailleur, sans qu'on puisse s'y méprendre un seul instant.
Le sang royal de Vegeta rejaillissait en lui avec une vivacité unique. Il était né pour commander. Ses questions sonnaient comme des ordres.

En d'autres circonstances Soman aurait été impressionné, mais il avait passé tout le trajet jusqu'à Torres avec une chose qui entretenait un relation intime et fondamental avec le concept même d'autorité. Zakriel ne tenait même pas la comparaison. Déconnectée, Jade aboyait parfois un ordre que tous s'empressaient d'obéir comme autant d'esclaves serviles. La transcendance avait laissé des marques. Lui-même; il le pouvait plus déplier ses doigts sans risquer de les briser. "Soman aux poings de fer", l'avait-on nommé.
Il avait fallu cette transformation, en effet, et le corps métallique qu'elle lui avait confié, pour peser dans l'affrontement et renverser la tendance. Plusieurs démons étaient tombés sous ces poings. Des démons forts, pour certains. Plus forts que des sayens, même. C'était ce qui perturbait Zakriel.
Cet homme avait tenu pour acquise la suprématie des sayens sur la terre, sur le reste du monde. Kaïoshin, les cyborgs, Boo étaient vaincus, et les sayens étaient suprêmes. Voilà le monde dans lequel Zakriel avait évolué. Mais il s'avérait soudainement que les sayens n'étaient pas vraiment suprêmes. Il existait une poignée d'humains -cinq- à même de rivaliser avec n'importe lequel d'entre eux.

Zakriel, assit devant lui, n'était pas qu'un simple travailleur. Il pouvait conjurer sa forme destructrice à n'importe quel instant. Comment réagir, alors ? Devant un homme qui, habitué à la suprématie, la trouvant naturelle, admettait devant vous qu'elle lui manquait ?

    - Pourquoi est-ce que Tien Shin Han vous a formés ?
Davantage de questions. Plus direct. Il valait mieux répondre tout de suite. Ça n'allait pas lui plaire, mais mentir à cet homme...
En plus, il avait déjà deviné la réponse.

    - Le maître ne vous a jamais fait confiance. Il nous a entraînés pour combattre des sayens. Au cas où vous trahiriez la terre...

    - ...
Il y eut une lueur meurtrière dans les yeux du seigneur.

    - Partez. Prenez un vaisseau et partez, avant que je ne prenne une décision plus sensée.
L'injonction fut suivie à la lettre. Encore fut-il transporter Jade jusqu'à la baie d'embarquement, ralentis par ses ordres inconstants.

Zakriel put porter ses yeux sur Torres.
Un monde-paradis, d'après les renseignements. La population native avait été éradiquée par Vegeta lui-même il y a bien longtemps. Le monde avait été revendu à une poignée de milliardaires qui avaient reçu l'exclusivité de ces panoramas magnifiques. Ces ultra-riches avaient fuit leurs résidences secondaires, et il ne restait plus personne pour s'opposer à la colonisation terrienne.
C'était la situation rêvée : sans indigènes, rien ne se dressait entre eux et la grandeur galactique. Et il venait de bannir les seuls contre-pouvoir militaires. Maintenant...
Les regards des humains, qu'on tentait de consoler de la perte de leur planète natale par la beauté de celle-ci, étaient haineux. On les avait transporté, malmenés, coincés dans des capsules pour des jours entiers, pour ensuite leur annoncer que la Terre était perdue. Leur confiance envers les super-sayens était fragile, fondée sur l'idée que ceux-cis parviendraient à les protéger envers et contre tout. Or, ils venaient d'échouer. Silencieux, les terriens fomentaient révoltes et un coups d'état. Dans chacune de leurs petites cervelles, une nouvelle idée de trahison apparaissait à chaque seconde.
Inutile.
Bientôt, comme pour Freezer, ils comprendraient la futilité d'une telle entreprise. Les sayens survivants seraient à l'empire terrien ce que les démons du froid avaient été à l'empire galactique.

Seule la force comptait vraiment. Les événements récents avaient fini d'en convaincre Zakriel.
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Re: DBAF-Lamantin

Messagepar omurah le Dim Fév 21, 2021 1:02

Toujours grisant!

Et on en arrive donc à ce commentaire que je n'ai jamais oublié

Khaine et l'Aberration sont plus ou moins le niveau maximal théoriquement atteignable pour une créature vivaante, ils mettent en place les enjeux de ce DBAF, et mettent une ligne d'arrivée à la coursse àà la puissance. On ne peut pas aller au-dessus de ces deux-là, reste à savoir comment Goku va y arriver.


On y est

Vivement la suite!
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