DBAF-Lamantin

Faîtes-nous partager votre fibre littéraire en écrivant votre propre histoire mettant en scène les personnages de Dragon Ball et, pourquoi pas, de nouveaux ! Seules les fanfictions textes figurent ici.

DBAF-Lamantin

Messagepar Lamantin_Furtif le Sam Déc 27, 2014 13:34

Salutations, il est temps de faire une présentation décente pour cette fic.

Pour ceux qui débarquant, je suis déjà à l'origine de trois One-shots assez longs :
Une couronne à terre
Alpha et Oméga
Héritage
Cette fanfic découle directement de ceux-ci, il est donc indispensable de les lire au préalable. (attention, "Une couronne à terre" et "Héritage" ont tous les deux une parenthèse située un peu plus loin dans le sujet de la fic. )

C'est fait ? Vous voulez toujours continuer ? Parfait, vous pouvez y aller.

Je vous laisse tout de même avec un petit sommaire des personnages :

Spoiler
Makaï :

Abel Alazrhad :
Ce mystérieux mage a été exhumé par Baphasi dans les ruines d'Eden. Quels que soient ses pouvoirs, il est extrêmement ancien et presque impossible à tuer.

Adjack :
La fille bâtarde de Dabura, et nièce de Dabra. Son corps et son tempéraments ont été forgés par une rude vie d'éleveuse de bétail et de chasseresse au sein d'une tribue nomade. Suite aux événements d'Héritage, elle a été promue par Ladra au rang de capitaine de la garde royale, pour sa force et sa loyauté.

Dabura :
Petit frère de Dabra et père d'Adjack. Décédé durant les événements d'"héritage", il était reconnu pour ses talents de chasseur de dragons.

Ladra :
La petite soeur de Dabra et mère de Nadil. C'est un personnage froid, calculateur et impitoyable. Loyale et violente, elle est sans aucun doute la personne la plus crainte de tout le Makaï. Là où la salive de Dabra pétrifiait, ses larmes à elle rendent fou quiconque les absorbe, et une blessure à l'oeil rend ces dernières faciles à obtenir.

Nadil :
Fils aîné de Ladra et neuveu de Dabra. Loyal à sa famille, la makaïoshin l'a tué lors des événements d'"héritage".

Uranie :
Une petite magicienne prodige. Malgré son jeune age et son inexpérience, elle surpasse déjà la majorité des sorciers du makaï. Baphasi l'a prise sous son aile.

Empire galactique :

Nordis :
Lointain parent de Freezer. Il a ét sortie de crryogénie pour remplacer ce dernier lorsque le gouvernement galactique s'est effondré. Il est actuellement le dernier démon du froid en vie, et s'avère plus intelligent et moins belliqueux que la génération précédentee.



Mon rythme d'écriture n'est pas exactement "rapide", mais je n'ai pas pour projet d'abndonner de sitôt.


Le personnage te Taris a été emprunté à l'excellente fanfic "l'empereur Sayen", de Majin-Vegetto. il est également très présent dans Cold family's chronicle de Tierts (très bonne fanfic également)
L'immortel de Pandora vient du roman DBM. créé par salagir (il me semble) et mis en mouvement par Loïc Solaris. La version que je présente ici s'écarte cependant beaucoup de la leur.



Dragon Ball After Future (version Lamantin)

Acte 0 - Le sang des martyrs



Chapitre 1 - Avec quelques millions d'années de retard...



    - Et ils sont en retard, d'habitude ?
La voix du vieux kaïoshin s'était faite de plus en plus désagréable au fur et à mesure que le temps avait passé sans qu'on ait le moindre signe de présence de leurs invités. La gène était devenue palpable, et le personnel de l'après-vie, d'ordinaire si soigneux, avait commencé à se relâcher. L'annonceur en faction près de la porte se curait le nez, affalé contre le mur. Las, Enma ne prenait plus vraiment la peine de les réprimander. Sa large tête reposait à présent dans ses bras croisés, et tout le peu d'attention qui lui restait était entièrement consacré à ne pas laisser ses paupières s'écrouler. Seul Kibitoshin conservait un peu d'allure, mais son humeur s'était considérablement assombrie avec le temps.

    - Pas de cinq heures en tous cas.

Cela sembla réveiller un peu Enma, qui approuva ce que le plus jeune des deux dieux venait d'annoncer.

    - Ouais, il a raison. Je veux dire, du côté de Satan, ça m'étonnerait pas ce genre de coups, mais Margaret a toujours été régulière. Au pire, Hexas serait venu s'excuser pour eux, mais là... Enfin, c'est bizarre.

    - De toute façon, je ne vois pas pourquoi vous traitez avec des gens comme ça. On ne peut pas leur faire confiance, et aucun accord avec eux ne peut mener à quelque chose de bon. Des makaïoshins ! Vous vous rendez compte de ce que vous faites ? De mon temps, on leur mettait des bâtons dans les roues dès qu'on en avait l'occasion, et le reste du temps, on les ignorait.
L'ancien tenait ce genre de discours depuis plusieurs heures maintenant, et Kibitoshin finissait par trouver son radotage encore plus agaçant que l'attente. Ça n'était pas totalement dénué de sens, bien sûr, mais cela ne faisait que rendre le temps encore plus long.

    - Une fois tous les cinq cent ans, on peut faire un effort, non ? Comme ça on a une idée de ce qu'ils mijotent, et on peut éventuellement s'organiser ensemble si quelque chose susceptible de menacer tout le monde se présente. Ça nous a bien aidé pour l'histoire avec Boo, mine de rien.

    - Les terriens ont bien aidé,oui ! Le seul type sous leur juridiction qu'on ait vu dans toute cette affaire, il t'a à moitié tué. Ça en dit long sur la confiance qu'on peut leur accorder.

    - Bon, écoutez, je voudrais pas vous interrompre, mais comme ils ne viennent pas, je vais reprendre le travail, moi. Le stagiaire doit être débordé.
Les deux dieux observèrent en silence leur compère se lever et quitter la salle en baillant.

    - Il va quand même falloir tirer cette histoire au clair. Ne pas venir sans même prévenir, ils ne nous l'avaient jamais faite.

    - Et tu comptes envoyer qui ? Un des terriens ?

    - J'aimerai autant éviter. Ils sont en paix depuis longtemps, mieux faut que ça reste ainsi. Je pensais plus à l'immortel.

    - Il est toujours là, lui ?
Kibitoshin esquissa un sourire avant de répondre.

    - Ça t'étonne ?

    - Non, non... C'est logique après tout... Mais c'est une vraie tête de mule, non ? Vous avez trouvé le moyen de le faire bouger ?

    - Oh que oui...
Et un instant plus tard, il n'y avait plus que du vide là où s'était trouvé le dieu.


*******


Cold 24 était sans conteste l'une des plus puissantes planètes-métropoles de la galaxie. Elle était réputée pour son industrie du luxe et ses hôtels ridiculement fastueux, ce qui en faisait une destination de choix pour une pseudo-reine en visite diplomatique à travers l'empire. Dame Cadenza était parvenue à sécuriser et maintenir en ordre tout un sous-secteur pendant la guerre civile qui avait suivi la chute de Cold, et sa descendance faisait à présent partie du gratin de la haute société inter-galactique.
Haute société qui embêtait le roi Nordis plus qu'autre chose, et il était de toutes façons bien trop occupé ailleurs pour participer à une chose aussi triviale qu'une soirée de gala, fut-elle organisée dans les coins les plus huppés de Cold 24, ou même dirigée par une personnalité aussi illustre que la princesse Mi Amore Cadenza, petite fille de dame Vitria Cadenza, celle-la même qui avait joué un rôle si important dans la guerre civile.
Enfin, croyait avoir joué. Parce que, si Nordis n'avait pas apparu pour sauver tout le monde, la lignée des Cadenza se serait brisée net en même temps que le cou de la dame, sous la poigne d'un quelconque autoproclamé seigneur galactique. Sans doutes était-ce pour le rappeler que le roi avait tenu à ce que l'un de ses hauts gradés appartienne à la liste des invités. Cela n'avait pas plu aux aristocrates qui avaient fait tout leur possible pour empêcher un guerrier surpuissant de gâcher la distinction de leur événement, mais un groupe indépendantiste opportun avait récemment lancé des menaces de mort et des attentats à l'encontre de la princesse, et Nordis avait insisté pour lui fournir le meilleur garde du corps qui soit...

Au final, tout le monde en sortait gagnant. Nordis avait son pion bien casé, la princesse récupérait l'un des éléments les plus prestigieux et distingués des forces impériales, les terroristes avaient l'impression d'être pris au sérieux, et Taris avait le droit à ce qui se rapprochait le plus d'une permission, pour lui. Dans un hôtel de tout premier choix, en plus, et avec le loisir de se payer quasiment n'importe quoi aux frais de l'empire.

Le général avait craint de se retrouver assigné à une cruche, mais la princesse s'était au contraire avérée aussi sagace que séduisante, et Taris n'avait pas tardé à apprécier sa compagnie. Le seul inconvénient était que, quoique parfaitement consciente du véritable statut du militaire, elle persistait à lui demander ce qu'on exigerait d'un véritable garde personnel. En l'occurrence, lui chercher de ces confiseries hors de prix aux parfums improbables qui font le plaisir des puissants.

Taris se fixa finalement sur une boutique ridiculement luxueuse dont l'enseigne affichait « Délices d'outrelieux » en lettre torsadées. Voilà qui conviendrait sûrement. Il poussa doucement la porte, tout en se demandant ce que pourrait bien désirer une personne aussi distinguée et déconnectée du monde que la jeune fille dont il avait la garde...
Le petit bonhomme moustachu dans la boutique affichait des signes de stress évidents, et bafouilla un « Bienvenue, que puis-je pour vous, monsieur ? » des plus paniqués lorsqu'il entra.
Le commerçant devait l'avoir reconnu, se dit-il. Et peut-être avait-il quelques affaires à cacher au gouvernement... Mais cela était le dernier de ses soucis. Son esprit tentait de déduire les préférences de sa protégée à partir de ce qu'il savait d'elle. L'image de Mi Amore, avec sa taille de guêpe et sa peau satinée qui n'avait jamais connu que l'abondance se matérialisa dans son esprit.

    - Je vais prendre des chocolats... Quelque chose de petit et de très très cher, si possible.
Le trouble du commerçant s'intensifia.

    -C'est à dire que, monsieur... Il ne nous reste plus rien. Quelqu'un vient de passer, et il a tout acheté.
Taris mit quelques temps à digérer la nouvelle. Le prix au kilo des chocolats locaux avoisinait celui du diamant... Quel genre de dingue se ruinerait d'une manière aussi stupide ? Mais son interlocuteur n'en avait pas fini.

[img]-%20Monsieur,%20si%20ce%20n'est%20abuser%20de%20votre%20bonne%20volonté,%20j'aimerai%20vous%20demander%20un%20petit%20service...[/img]
Perplexité et condescendance se disputèrent férocement le contrôle sur l'expression faciale du général. Mais Mi Amore avait suffisamment adouci son humeur pour qu'il accepte de se proposer, aujourd'hui. Et puis, la faire patienter un peu ne lui ferait pas de mal.

    - Bon, qu'est-ce que vous me voulez ?

    - Disons qu'il n'a pas payé d'une manière très... Pratique. Il paraît que vous êtes très fort, alors si vous pouviez m'aider à ranger ça... Contre rémunération, bien sûr.
Et le petit bonhomme, tout en s'expliquant, se dirigea vers l'arrière boutique, et, en ouvrant la porte, dévoila un cube d'or massif d'un mètre de côte parfaitement régulier.

« L'univers est décidément bien étrange. », se dit Taris, avant de matérialiser une lame d'énergie et d'aider le confiseur à dépecer son nouveau trésor.



*******


Sur une petite lune, perdue au fin fond de la galaxie sud, en tailleur au fond d'un gigantesque cratère causé par la chute d'une météorite plusieurs fois millénaires, l'être le plus ancien de l'univers expirait. Il expirait depuis trois ans, l'air si peu dense du satellite n'avait pas la moindre importance dans le maintient de ses fonctions vitales, mais il continuait de le faire, par réflexe, ou par nostalgie. Il avait des poumons, et une morphologie d'être terrestre, alors il avait bien été fait pour respirer, selon toute logique. Autant continuer.
Les pensées traversaient ses neurones à la vitesse d'une plaque tectonique, et traitaient les informations avec des mois de décalage. Le temps ne signifiait plus rien à cet être qui avait vu les âges le traverser depuis plus longtemps qu'aucune autre créature. Les premiers dieux lui semblaient ne dater que d'hier, il avait tutoyé les balbutiements de l'univers, et en était le témoin indestructible. Les éons avant passé sur son corps et son esprit, épargnant l'un, usant l'autre jusqu'à ce qu'il n'en reste qu'une poussière apathique. Il avait tenté de mourir, plusieurs centaines de fois, plusieurs milliards, peut-être, pour le peu dont il se souvenait encore... Mais rien n'avait marché, rien ne marchait jamais sur lui. Peu importait la puissance, la sorcellerie, la science, le savoir cosmique qui étaient invoqués, il se remettait toujours. En un instant la plupart du temps, en des mois pour les tentatives les plus fructueuses... Une fois, désespoir de cause, il s'était jeté dans une étoile, pour se réveiller comme un idiot, des milliards d'années plus tard, sur les restes refroidis, toujours aussi immortel.

Il avait tenté de se passionner, pour les arts martiaux, pour la magie, pour le dessin, pour la musique, pour l'amour, pour la science, pour la guerre, pour tout ce qui était imaginable, et avait tout, maîtrisé au plus haut point à un moment ou l'autre de son interminable existence, pour toujours finir par se lasser. Comment faire autrement ?

L'ennui et le sommeil avaient élimé son attention et sa volonté jusqu'à l'os, et il n'était guère plus qu'une chose qui parvienne à remonter un peu le moral de l'Immortel de Pandora des abîmes sans fond où il était plongé.

Du chocolat.

L'information fusa à travers son cerveau depuis ses narines, bousculant tous les autres signaux si désespérément lents. En un instant les circuits nerveux ranimèrent la gigantesque et indestructible carcasse blanc craie, et ce fut tout l'être qui s'ébranla.

Si il avait un jour eu des couleurs, les millénaires les avaient délavées. D'un blanc grisâtre uni, son corps recouvert d'aspérités évoquait une statue antique dont l'érosion aurait effacé les détails, avec en lieu et place d'yeux deux billes nacrées sans pupilles. Les paupières battirent quelques instants, afin de clarifier sa vue, et d'apporter un peu de tonus dans ce corps qui s'éveillait enfin après des décennies d'hibernation. Quelques minutes lui furent nécessaires pour se souvenir de comment articuler une phrase, à mesure qu'il reprenait un rythme normal.

    - ...Kaïoshin... ? ...Tu... as... changé...
Les deux intrus se retournèrent d'un coup, et le fixèrent pendant les longues secondes qui lui furent nécessaire pour trouver ses mots.

    - Ah, tu t'es réveillé ? Tiens, on t'a amené une petite surprise !
L'immortel de trois mètres de haut attrapa au vol la boite de chocolat qu'on venait de lui lancer. Elle faisait à peine la longueur de son pouce, mais il n'était pas entité cosmique à refuser des chocolats aussi délicieux. Quelques douceurs finirent broyées entre ses molaires avant qu'il n'accepte de parler à nouveau, et ce ne fut encore qu'avec un regard lourd de soupçons.

    - On vient à peine de se quitter, qu'est-ce que tu veux de moi ? Boo est vaincu, non ?

    - Heum... L'affaire Boo, ça date de plus de cent ans.

    - …

    - Si, si, je t'assure !
L'immortel marqua une pause, incrédule. Devant l'air insistant des deux dieux, il finit par hausser des épaules.

    - Admettons. Je suis désolé de ne pas avoir réussi à vous aider sur ce coup-là, mais ce Dabra était vraiment trop fort pour moi. Merci pour le cadeau, mais je vais retourner dormir.

    - Attend ! On a un gros problème.

    - Réglez-le tout seuls. Ou envoyez vos terriens, là. N'essayez pas de m'avoir je sens leurs kis, je sais qu'ils sont là. Maintenant, fichez-moi la paix.

    - C'est au Makaï, on a plus de nouvelles. Les Kaïoshins ne peuvent pas y aller, et c'est trop dangereux pour les terriens. Ils n'y connaissent rien, ils pourraient se faire tuer ou que sais-je ?
Le regard de l'immortel se durcit, alors que sa voix prenait des intonations plus violentes. La lassitude et la puissance de cet être devinrent alors terriblement évidentes pour ses interlocuteurs, et ses paroles se chargèrent de toute la hauteur, la froideur et le mépris que son âge inaccessible même aux dieux des dieux lui conféraient.

    - Misérables fous, si vous croyez pouvoir m'amadouer et me tenir en laisse, vous avez fait une terrible erreur. Je suis un million de fois plus ancien que votre ordre ridicule, et je serai là pour voir votre chute, et la chute des successeurs de vos successeurs sur toutes les générations à venir. Vous n'êtes rien comparé à ce que j'ai vu et vivrai. J'ai accepté d'aider à pallier votre incompétence une fois, cela ne fait pas de moi votre égal ; encore moins votre serviteur. Partez.
L'impact de la tirade fut en grande partie gâché par les nombreuses bouchées qu'il engloutit en la récitant. Arrivé au bout, il tenta de se resservir, mais des doigts ne rencontrèrent que le fond de la boite. Il releva des yeux désemparés sur Kibitoshin, qui, d'un claquement de doigts, matérialisa un autre assortiment, et le tendit au colosse pâle avec un regard lourd de sous-entendus.
L'air blasé, l'immortel saisit les chocolats d'un geste sec.

    - Ok, tu gagnes, je vais te dire ce qui se passe là-bas, mais tu as intérêt à me filer de quoi tenir le trajet.
Et ce fut sous le regard admiratif du grand maître que Kibitoshin, rayonnant, fit apparaître une douzaine de paquets supplémentaires


*******


Un gigantesque buste surplombait le désert, mais la pierre rougeâtre s'était érodée, et on ne distinguait presque plus rien du visage qui s'y était trouvé. Un observateur non-averti aurait pensé à une construction incroyablement ancienne, et aurait gratifié l'information comme quoi elle n'avait pas quatre ans avec la plus sincère des incrédulités.

C'était pourtant exact. Les milliers de statues semblables s'effritaient à toute vitesse dès qu'on avait le dos tourné, de même que les toiles et les tapisseries représentant la même personne se délitaient les une après les autres, et que les équipes chargées de leur entretien omettaient systématiquement de s'en occuper. Pour un plan génial, ça en avait semblé un, au début. Mais c'était sans compter la puissance de la magie à l’œuvre. L'organisation d'une poignée de mortels, même très disciplinés, ne pouvait lutter contre un univers entier. Rapidement, on avait abandonné l'idée d'entretenir les œuvres en périphérie, et l'on s'était limité à la Citadelle et à ses alentours. Et même là, il devenait de plus en plus difficile de maintenir ces images et ces idoles en place, afin que la population ne perde jamais de tête qu'ils avaient encore une reine, et qu'elle n'était qu'en voyage.

Après s'être injecté le liquide cérébral de son grand-oncle, supposément doté de vertus prophétiques, Baphasi avait déclaré vouloir se rendre dans les désolations, afin d'en ramener « le salut et la damnation » qui lui permettraient de vaincre le monde d'en-dessus. Sur le moment, tout-le-monde avait tenté de la raisonner. Et tout-le-monde avait échoué.

Trois ans maintenant qu'elle était introuvable, et c'était à lui de tenter de toutes ses forces de maintenir son souvenir dans les crânes de ses sujets. L'effet délétère de la magie du makaï avait moins d'effet sur une mage de son acabit, d'autant plus qu'il se bardait de protections en permanence, mais il sentait malgré tout que ce ne serait pas éternel. Il avait retrouvé cette statue-là par pur hasard, et il n'avait aucun moyen d'estimer combien d'autres il avait abandonné.

Le nécromancien avait bien changé, depuis le jour de sa capture. Sa peau avait retrouvé la teinte hâlée presque brune de ses meilleurs jours, et ses yeux ambrés avaient échangé leurs stries rouges pour les contours noircis au khôl qu'il avait affectionné dans ses plus jeunes années. Ses cheveux noirs bouclés avaient repoussé jusqu'à ses épaules, et il avait repris l'habitude d'ornementer la barbe qui descendait de son menton d'une série d'anneaux dorés. N'aurait été son regard plein d'une sagesse cruelle, on lui aurait donné vingt-cinq ans. Pour ses déplacements incessants, il avait opté pour une simple tunique noire brodée de fils d'or, et un de pantalon bouffant typique des démons. Les sorciers portaient habituellement tout un attirail de livres, de parchemins, et de colifichets en tous genre, en plus de leur sacro-saint sceptre, mais il était bien au-dessus de tout cela. À deux ou trois exceptions près, c'est à peine si il accordait de l'attention aux pitoyables illusionnistes qui pullulaient dans le royaume.


Eux, par exemple, auraient vu dans la reconstruction du buste un défi de très haut niveau. Ce fut en riant à cette pensée qu'il laissa son pouvoir reconstituer le monument comme au premier jour, à partir du sable aux alentours. Cela ne lui avait pris qu'une poignée de secondes et ne requit pas plus de concentration que ne l'aurait fait une simple soustraction pour un esprit plus commun. Aussi réagit-il en un temps record lorsqu'il ressentit la présence derrière lui. S'approcher aussi près sans qu'il ne s'en soit rendu compte en disait long sur le talent et les intentions de l'inconnu.

Déployant d'un coup ses immenses réserves de ki, il se projeta d'un seul bond dans la direction opposée, alors que des dizaines de murailles invisibles se créaient autours de lui, que des fantômes traqueurs sortaient du sol, prêts à frapper quiconque assez fou pour approcher, qu'une aura de flamme noires l'englobait comme une armure, et qu'une grande faux translucide apparaissait entre ses mains, qui se mirent à faire tournoyer l'instrument avec une dextérité surhumaine, prêtes à trancher tout agresseur sur-le-champ.


- Tu peux ranger ton jouet. On a essayé assez de fois pour dire que ça ne marche pas, non ?


Le nécromancien mit quelques instants à accuser le coup. Qu'est-ce que ce type pouvait bien faire ici ? De tous les visiteurs à lui envoyer, on avait choisi le seul sur qui son domaine de prédilection n'avait aucune influence. Quelle guigne ! Il se détendit lentement, alors qu'il dématérialisait la faux et ses flammes noires, inutiles s'il prenait à son interlocuteur l'envie de l'agresser. Il se redressa, et le toisa (exercice ô combien difficile, vu que l'Immortel le dominait d'un mètre trente) avec à la bouche un rire jaune chargé d'acide.

    - Ah, l'Immortel. C'est toi. Qu'est-ce que tu deviens ? Pour ma part, la mort m'a beaucoup occupé. Tu sais, depuis que tu m'as livré à cette bande de malades !!!
Il avait hurlé la fin de la phrase. Le géant avait perdu tout l'humour de sa première tirade. Le peu d'expression que son visage pouvait afficher passait pour de la culpabilité.

    - Ne ressors pas ces histoires. Je suis resté neutre, comme je l'ai toujours promis.

    - Tu étais neutre quand on travaillait ensemble pour trouver le moyen de te tuer, peut-être ? Tu étais neutre quand on testait tous les deux les inventions de Shabbath ? Quand on a banni Thanathos ? Quand on a fondé l'Encyclopedia Galactica, avec les autres ? Nous étions amis, espèce de vieux connard sénile, et tu nous a tous trahis !
En reflet à la rage qui brûlait chez le mage, les yeux nacrés de l'immortel renvoyaient un apitoiement et une tristesse sincères.

    - C'est terminé, Abel. Ils ont gagné, et la paix est revenue. Les mages, c'est de l'histoire ancienne. Psychée est planquée à l'autre bout de l'univers, Thanathos est banni, et tous les autres sont morts. Arrête les frais maintenant. Laisse-leur ce qu'ils voulaient, je ne leur dirais pas que tu t'es échappé. Tu peux vivre tranquille, comme ça.
À ma mention de son nom, le sorcier se calma un peu. L'Immortel était ainsi, le temps avait détruit sa volonté et sa rage. Il avait été un ami, mais aux yeux d'un immortel, un ami n'était rien d'autre qu'un instant fugace qui s'en irait de toute façon bien trop vite. Évacuer sa colère contre lui avait été exutoire, mais le géant était peut-être le plus à plaindre d'entre eux, après tout.

Ils tournèrent simultanément la tête vers la nouvelle puissance qui s'approchait à toute vitesse. De toute évidence, il y avait au moins une personne dans le coin pour savoir sentir les puissances. Abel grogna un juron, et invoqua tout un attirail de chaînes, de barrières et de bulles de protection qui immobilisèrent instantanément un immortel surpris et peu inquiété.
De toutes façons, il était bien plus intéressé par la créature qui venait de les rejoindre. Les flammes noires que dégageaient ses mains et ses yeux ambre confirmaient ce que la fréquence unique de son ki annonçait déjà. Une jeune fille, démone jusqu'au bout des ongles comme en témoignaient ses dents pointues, sa peau rouge terre et sa haute stature, mais aussi une magicienne de tout premier ordre, à en juger par la puissance des barrières dont elle s'était entourée.
L'immortel rassemblait progressivement les éléments dont il disposait pour tenter de reconstituer la vérité. La gamine était très jeune, même selon les standards des mortels. Et elle était sacrément bien habillée. Bracelets à profusion aux chevilles et aux poignets, et un diadème autour du front. Sa garde était identique à celle du nécromancien, mais ça ne collait tout simplement pas à ce qu'il connaissait d'Abel...

Elle sembla vouloir joindre le combat, ou tenter des attaques sur l'immortel, mais fut interrompue en plein mouvement par la voix de celui que ne pouvait qu'être son père.

    - Panka, stop ! Ça ne marchera pas sur lui ! Il est trop dangereux pour toi, vas chercher des renforts pendant que je le retiens !
Et il intensifia la puissance de ses sorts de contention. L'immortel, lui, n'avait cessé de dévisager entre les deux personnages avec de grands yeux étonnés, discréditant de plus en plus les tentatives d'Abel pour dramatiser la situation. Il se réveilla juste à temps, et poussa son hurlement le plus sauvage, en forçant sur les liens qui commencèrent à céder un à un.

Cela sembla motiver la dénommée Panka qui décolla en trombe, avec malgré tout un regard en arrière chargé de soupçons vers les deux duellistes.
Dès qu'elle eut disparu à l'horizon, le nécromancien révoqua les liens, pour à la place noyer toute la zone sous une tempête de feu, d'orages électriques, de piliers de lumière, et des fameuses flammes noires. Toute la zone, à l'exception de l'endroit où ils se trouvaient lui, l'immortel, et la statue. Sa haine muée en calme, il prit la parole.

    - Il nous reste un peu plus de deux minutes avant qu'elle ne revienne, alors on va essayer d'en apprendre le plus possible tous les deux. Une question, chacun son tour., Je commence. D'accord ?
L'heure n'était plus à la dispute, et ils avaient tous deux besoin de ce que l'autre avait à dire.

    - D'accord.

    - Il reste combien de Kaïoshins ?

    - Deux. Un seul en était se se battre, mais il est très puissant. Il peut le devenir beaucoup plus si il comprend à quel point tu es dangereux.
À voir sa moue, la réponse ne lui plaisait qu'à moitié, mais il s'en contenta.

    - À toi.

    - Comment es-ce que tu es sorti ?
Abel pointa simplement le doigt vers le buste.

    - Baphasi. Reine du Makaï. Elle a réussi à vaincre les makaïoshins et a mis tous Eden à sac. Ça a entraîné ma libération.
D'une pierre deux coups pour l'Immortel, cette statue l'avait beaucoup intrigué. Il assimila tout cela au fur pendant que son interlocuteur choisissait une question pertinente.

    - Comment est-ce qu'ils on eu Khaine ? Tous les autres mages, je veux bien y croire, mais celui-ci était invincible.

    - Crois moi ou pas, mais il est mort au combat. Je ne sais pas quel champion ils lui ont trouvé, mais j'ai vu son cadavre comme je te vois.
Le nécromancien le regarda comme si on lui avait annoncé que la mer était sucrée.

    - Oui, je sais que ça a l'air impossible, mais c'est pourtant bien le cas. Je n'en sais pas plus. D'où sort cette gamine, Abel ?

    - Du ventre de la reine. À mon tour...

    - Pas si vite ! Je te connais, mieux que ça, ce n'est pas du tout ton genre. Depuis quand es-ce que tu...

    - On ne m'a pas demandé, figure-toi.
À en voir la tête du nécromancien, on venait d'atteindre une corde sensible. Il évita le regard gêné de l'Immortel pendant quelques secondes, puis reprit, comme pour se justifier lui-même.

    - Je leur devais bien ça non ? Elle m'a sauvé la vie, bordel ! Je...
Il chercha ses mots encore quelques instants, puis abandonna.

    - Ils arrivent. Dis-moi ce qui m'attend, là-haut.

    - Une armée. Ce qui a tué Dabra s'est multiplié en une force plus redoutable que tout ce que tu as pu connaître. Aucun ost jamais levée par les titans, les mages ou les dieux n'a avoisiné la force de ce peuple. Tes démons sont puissants, mais je te le dis tout de suite : ils vont se faire broyer en un instant si tu les confrontes à cela. Je les ai senti se battre, depuis l'autre bout du monde. Il y avait une chose... Abel, même Kaine n'a jamais été aussi puissant. C'est du suicide.
Les deux entités se dévisagèrent encore quelques secondes.

    - Tu vas quand même essayer, n'est-ce pas ? Soupira le géant.

    - Les dieux ont trop de crimes à leur actif. Il est temps qu'ont les fasse payer. Les mortels ont le droit de se gouverner eux-mêmes. Tu n'as pas vu le makaï se métamorphoser comme je l'ai vu. Dès que Éden est tombé, ils ont commencé à changer. Les démons ne sont pas maléfiques : ce sont les dieux qui les corrompaient, et les Kaïoshins ont laissé faire ça sans broncher.

    - Bien. Allez vous faire tuer, pour ce que ça me fait. Et je peux savoir ce qu'elle est partie faire dans les désolations, ta reine ?

    - Chercher le salut pour son peuple. Et la damnation pour les dieux et leurs larbins. Va-donc leur répéter ça.
L'immortel roula des yeux, et tourna le dos à son ancien ami. Il ne désirait pas être pris dans une confrontation avec autant de démons. Un éclat de voix le fit se retourner.

    - Ah, une dernière chose. Il paraît qu'un type indestructible a tué tous les titans. Gilgamesh.

    - C'est ce qui se raconte, oui.

    - J'y crois pas une seule seconde.
Pour la première fois en quelques centaines d'années, l'Immortel rit. Ce n'était qu'une brève expiration, mais assez pour que l'autre le remarque. Il prit le temps de ficher son regard dans celui du mage ressuscité avant d'articuler son ultime réponse.

    - Mais moi non plus, Abel. Moi non plus.
Et il s'évapora, usant quelque magie trop ancienne pour que même le nécromancien en ait connaissance. L'orage factice se calma d'un seul coup, laissant l'homme perplexe, au milieu du désert calciné. Toute une escouade de démons d'élite menée par Panka atterrit avec fracas une seconde plus tard. Seule sa fille avait déjà senti le départ de l'entité, et ne se préparait pas au combat.

    - Il est parti, c'est ça ?
Abel se retourna, faisant mine d'ignorer ton froid et accusateur qui l'avait pris pour cible.

    - Enfui, en fait. Il a du vous sentir arriver. Mais il ne reviendra pas; ne t'en fais pas pour lui.
Et il s'en retourna à ses travaux d'entretien, plantant là une cohorte de combattants d'élite dérangés pour rien, et celle que les deux tiers du makaï prenait pour la reine actuelle.
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Re: DBAF-Lamantin

Messagepar niicfromlozane le Sam Déc 27, 2014 14:28

pour faire chier Niic


'**lé.

J'étais justement en train de me dire. "Bon, tout est prêt, tout va bien, j'ai justement un peu de temps à rien faire".

Bon.

/me prend son souffle et va se jeter dans la fanfic.

Edit:

Rapidement:

qu'est-ce que veux de moi ?


mais ce Dabra étais vraiment trop fort


Pour te punir, tu attendras ce soir pour avoir mon avis sur le reste :)
Le coup du chocolat est incroyable.
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Re: DBAF-Lamantin

Messagepar omurah le Mar Déc 30, 2014 9:36

Ces proportions quoi...
Je dirais même... c'te démesure :)

Vazy-là comment ça a l'air trop awesome.
Par contre j'ai vraiment pitié pour ton pauvre cerveau pour avoir à réitérer ce genre de level sur plusieurs chapitres. Si tout ça te sors de la tête naturellement, bah tant mieux. Moi je reste sur le cul.

Spoiler
À ma mention de son nom
Deux. Un seul en était se se battre
Aucun ost jamais levée
faisant mine d'ignorer ton froid
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Re: DBAF-Lamantin

Messagepar Lamantin_Furtif le Mer Fév 11, 2015 21:04

POST IMPULSIF DE CHAPITRE !

J'avais commencé à écrire un chapitre inutilement long, alors le voici en version morcelée. ça faisait déjà beaucoup trop longtemps.
Bref, j'ai conscience du côté très "exposition", mais la suite devrait moins se faire attendre.



Chapitre 2 - Insurrection



Noxus était une super-métropole des territoires de l'est. Sa zone de domination s'étendait sur plus de deux mille kilomètres à la ronde, et peu de cités pouvaient envisager de concurrencer sa force militaire. Des millénaires de domination par une aristocratie guerrière en avaient faite une sorte d'usine à nobles combattants élitistes imbus de leur force et désespérément sûrs d'eux. La quasi-absence de revers militaires subie depuis des centaines d'années avait achevé de persuader la cité de son invincibilité totale. Ceci, du moins, jusqu'au retour des makaïoshins, et l'incident du palais. Le général Darius, qui faisait à l'époque la fierté de la cité, surpassé à grand peine seulement par la famille royale, avait périt avec l'élite de Noxus, laissant la cité aux mains d'une bande de nobliaux inexpérimentés.


Les familles avaient élit un nouveau seigneur régent, et avaient poursuivi leur politique comme si la force de Noxus avait encore été intacte. Mais, si elle restait très supérieure aux cités environnantes, leur suprématie n'était en réalité plus l'ombre de ce qu'elle avait été, et il leur aurait fallu des siècles pour retrouver toute leur force et leur savoir-faire militaire après cette débâcle. Mais comment faire comprendre à un homme élevé par un entourage qui n'avait jamais cessé de l'admirer et de porter sa puissance aux nues, qu'il n'était pas l'ombre de ce que feu Darius avait été ? Que les exploits du génie militaire qui, tout juste promu général, lors de la révolte d'Ashura, avait écrasé des forces deux fois supérieures en nombre et brisé le siège de la Citadelle, étaient parfaitement hors de portée pour un jouvenceau inexpérimenté comme lui ?

Keiran n'avait encore qu'une trentaine d'année (âge dérisoire pour un démon de cette ampleur) lorsqu'il se retrouva catapulté général en chef d'une des plus importantes forces armées du Makaï. Bien que terriblement puissant pour son âge (assez pour écraser les autres prétendants), il eut la lucidité de demander les services du nécromancien pour ramener certaines des figures légendaires de l'armée Noxienne d'entre les morts, et ainsi pallier à la nouvelle vulnérabilité militaire de sa nation, ce quoi la Citadelle avait consenti.


Et ainsi, réconfortée de la perte de ses légendes du présent par le retour de celles du passé, Noxus avait retrouvé sa gloire, sa sécurité, son orgueil...

Orgueil qui lui avait été fatal. Cinq ou six zombies, aussi puissants soient-ils, ne compensaient pas la perte du demi-millier de guerriers qui avaient trouvé la mort à la citadelle.



Renée de ses cendres, affaiblie, mais plus arrogante et folle que jamais, Noxus avait jugé, par faiblesse, prudent d'embaucher un mercenaire des tribus errantes pour traquer un vieux dragon solitaire qui tyrannisait un bout de terre à l'est, plutôt que d'y risquer un de ses désormais si précieux princes. Par arrogance, elle avait décidé de renvoyer le chasseur chez lui sous les huées lorsqu'il était venu réclamer la somme convenue. La folie avait été, lorsqu'il s'était rebellé, furieux contre les aristocrates hilares, de l'exécuter, et d'afficher sa tête sur une coupe au centre de la salle du trône, afin de rappeler à tous ce qu'il en coûtait de s'opposer au seigneur régent Keiran.



Les tribus n'étaient désignées au pluriel que par abus de langage : les liens entre chaque clan étaient suffisamment nombreux et forts pour qu'ils se considèrent l'un l'autre comme appartenant au même peuple. Mais les rassemblements étaient lents et les communications difficiles, entre ces petits groupes, et il leur aurait fallu un motif et une menace exceptionnels pour pousser tous les chefs, chamans et anciens à s'unir sous une seule bannière.

La mort ignominieuse de l'un des héros les plus respectés fit office de motif. Et le nombre toujours croissant de morts-vivants dans l'enceinte de Noxus suffit à alarmer même le plus progressiste des warlocks.


*******


Adjack se posa avec la vingtaine de combattants qui formait sa suite, sur une formation rocheuse qui lui permettait d'observer la ville à loisir.

L'architecture gothique toute en hauteur restait impressionnante, même à cette distance, et on pouvait observer les demeures géantes dans lesquelles chaque famille dominante abritait la totalité de ses serviteurs, en prenant soin d'accroître autant que possible l'édifice, pour rappeler à tous leur puissance. Les spires de ces improbables manoirs-cathédrales se dressaient au centre de la ville, formant une masse hérissée toute en hauteur, au-dessus de l'entrelacs d'habitations et de commerces qui formait une sorte de tapis à plus de deux cent mètre du sol. De loin, c'était comme une structure verticale en aiguilles sur un sol irrégulier. Une structure dans laquelle un monstre imaginaires à la mâchoire immense aurait croqué une bouchée, et un sol qu'une charrue géante aurait labouré sur un large sillon menant droit à la morsure.

Des panaches de fumée jaillissaient des décombres des zones sinistrées, et on voyait des points s'agiter autours des palais dévastés. Les murs extérieurs étaient en miettes sur plus d'un kilomètre, des tours de surveillance arcaniques gisaient au sol. Bien qu'incapable de le vérifier par elle-même, Adjack savait que les prodigieuses défenses magiques de la cité avaient été réduites à néant.

Noxus avait été attaquée. Noxus avait saigné. Noxus avait perdu.


Une immense étendue de tentes, de corrals, d'enclos, de totems et de feux de camps occupait la zone au nord-est de la cité. On y distinguait une poignée de béhémoth se déplacer lourdement, avec harnaché sur le dos les possessions de centaines de personnes. Les envahisseurs s'étaient installés, patients. On pouvait voir une colonne de deux mille individus, avec leur troupeau de béhémoths s'installer les rejoindre par l'est. Des patrouilles volaient sur tout le camp improvisé, et déjà, quelques pelotons convergeaient dans la direction d'Adjack et de sa suite, signe qu'ils étaient repérés.

Elle leur intima de rester calmes, ils n'étaient pas là pour tenter de défier toute une armée, à vingt et un contre deux cent mille. Les gardes se rangèrent calmement, alors que celui dont elle devait assurer la protection prenait position à deux pas derrière elle, prêt à l'assister, quel que soit le cours que prendraient les négociations.

La nouvelle capitaine de la garde maudit intérieurement Ladra. Certes, envoyer un membre de la famille royale aurait toutes les chances d'apaiser les tensions, et certes, ils étaient à court de représentants, mais envoyer Nadil...


Adjack appréciait son cousin, le fils aîné de Ladra était un érudit plein de répartie, et ses capacités martiales, même si elles restaient bien en-dessous des prouesses dont les les plus puissants pairs de Dabra pouvaient se vanter, dépassaient encore largement ce à quoi le commun des mortels pouvait prétendre, et en faisaient un partenaire d'entraînement idéal. Même ses plus insupportables mimiques, sa préciosité et sa tendance à faire ressentir à ses interlocuteurs leur différence d'éducation qui l'avaient un jour agacée ne suffisaient plus à rendre Nadil antipathique. Avec le temps, elle s'était attachée à ce personnage, à un détail près.

Sous ses tuniques soignées, son sourire suffisant et ses sarcasmes, le prince conservait une marque pâle, juste en-dessous du cœur, là où une lame divine l'avait transpercé des années auparavant. Nadil était mort. La magie noire du nécromancien qui l'avait ramené à la vie n'était qu'une exaction contre-nature de plus à ajouter à la longue liste des expériences dérangeantes auxquelles elle avait du assister depuis que le statut d'Abel Alazrhad avait passé de prisonnier à celui d'invité, de personnalité d'honneur, et enfin géniteur et instructeur en sorcellerie de la princesse héritière. Si Adjack ne parvenait pas à l'oublier après des années de contacts amicaux, il y aurait fort à parier que les chefs avec lesquels ils auraient à s'entretenir ne penseraient qu'à ça. Mais Ladra avait insisté pour que ce soit lui qui mène les négociations.



Une cinquantaine de nomades les encercla bientôt, celui qui les commandait leur faisant signe de les suivre vers la nouvelle cité de tentes. Il restait au moins un bon côté à toute cette histoire : la guerre n'était pas encore déclarée, de leur pont de vue au moins. Il restait juste à en convaincre tout le monde.

Peut-être même que si Nadil consentait à garder ses piques pour lui, personne ne mourrait.
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Re: DBAF-Lamantin

Messagepar omurah le Jeu Fév 12, 2015 16:15

Kool, un chapitre o/
Bon, j'ai un peu séché au niveau des noms pour ce chapitre donc je me suis retapé les précédents et ça a fait remonter certaines questions :
Satan c’est un démon non ? Pourquoi Kibitoshin parle de Makaïoshin du coup ?
Parfois tu dis « Ashura » et d’autres fois tu dis « Asura », je suppose que c’est une simple erreur de frappe et qu’il s’agit de la même personne ? Fait-il partie des « zombies » ressuscités par Abdel pour le compte de la citadelle (parce que Noxus peut bien se gratter pour ça à mon avis) ?
Les Kaïoshin ne sont pas alliés idéologiquement aux Makaïoshin ? De quel ordre sont les divergences ?
Par rapport aux seigneurs régents quelle est exactement leur position géographique (l’éloignement en l’occurrence) par rapport à Eden et à la citadelle ? Les métropoles où s’entassent des milliards d’âmes, dont tu parles dans « Héritage » c’est sur ça que règnent les seigneurs régents ? Par rapport à Keiran tu parles d’une super-mégapole. Tandis que pour Hardok, il s’agit d’une cité aux abords du palais. Cette cité se trouve dans la citadelle ou en dehors ?
Quid des tribus errantes (géographiquement parlant là encore) ? C’est le même genre de Tribu dont provient Adjack ?

Je pose ces questions parce que tant qu’à suivre cette longue épopée autant partir sur des bases de compréhension solides histoire de pouvoir suivre l’histoire et ses divers tenants et aboutissants de la manière la plus agréable possible, plutôt que d’y aller à l’emporte-pièce.
En tout cas, l’intrigue autour de la découverte du corps de Gilgamesh et les doutes émis par Abel et l’immortel est intéressante. Hâte d’en apprendre plus.
Il y a aussi la graine dont, sauf erreur de ma part, on ne sait toujours pas ce qu’en a fait Baphasi :o
Je me demande aussi si l’immortel va rapporter correctement la nouvelle de l’extermination des Makaïoshin ou s’il va travestir les faits. Et je suis tout aussi curieux des mesures que pourraient prendre les Kaïoshins sans appuyer le bouton magique du "Z-team-signal" :lol:
Bref, vivement la sweet.
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Re: DBAF-Lamantin

Messagepar Lamantin_Furtif le Jeu Fév 12, 2015 17:53

Salut, merci du commentaire :D
Ouais, c'est un peu dense niveau noms, je vais essayer e faire moins compliqué, surtout si je mets tant de temps entre les chapitres.
omurah a écrit:Satan c’est un démon non ? Pourquoi Kibitoshin parle de Makaïoshin du coup ?

Ouais, ça c'est un détail, alors autant expliquer ici : tu as remarqué que dans ma version, les kaïoshins sont des gens "parfaitement bons" qui sont parvenus au bout de leur voie. Ils conservent leur nom et leur personnalité dans leur réincarnation finale en dieux (normalement, tout le monde oublie en se réincarnant). Du coup, ce Satan étai un démon "parfaitement maléfique" qui, de la même manière, est resté le même dans sa réincarnation finale.

omurah a écrit:Parfois tu dis « Ashura » et d’autres fois tu dis « Asura », je suppose que c’est une simple erreur de frappe et qu’il s’agit de la même personne ? Fait-il partie des « zombies » ressuscités par Abdel pour le compte de la citadelle (parce que Noxus peut bien se gratter pour ça à mon avis) ?

Pour Asura/Ashura, c'est bien la même personne, je vais essayer de corriger en "Ashura" dès que possible. Son corps a été perdu dans la faille dimensionnelle des ténèbres de l'infini ouverte dans "héritage", doc pas de matériau de base pour faire un zombi. Quand bien même, vu le passé du bonhomme, Noxus aurait effectivement pu aller se brosser.

omurah a écrit:Les Kaïoshin ne sont pas alliés idéologiquement aux Makaïoshin ? De quel ordre sont les divergences ?

En gros, en tant qu'entités fondamentalement opposées, ils ne peuvent pas se saquer.Ils rentent chacun dans leur coin, et évitent de se croiser : chacun chez soi et les vaches seront bien gardées. Ils ne collaborent qu'à reculons, et uniquement face à des menaces à même de tous les mettre en danger (typiquement : Boo)

omurah a écrit:Par rapport aux seigneurs régents quelle est exactement leur position géographique (l’éloignement en l’occurrence) par rapport à Eden et à la citadelle ? Les métropoles où s’entassent des milliards d’âmes, dont tu parles dans « Héritage » c’est sur ça que règnent les seigneurs régents ? Par rapport à Keiran tu parles d’une super-mégapole. Tandis que pour Hardok, il s’agit d’une cité aux abords du palais. Cette cité se trouve dans la citadelle ou en dehors ?

En gros, même si c'est vague, ces villes sont globalement comparables au niveau de la taille, et éloignées de 6 000 km au moins les unes des autres (noter que le Makaï a une superficie très supérieure à celle de la terre). Ce sont effectivement les zones sous la direction des seigneurs régents. Hardok règne sur un patelin du genre, qui est par conséquent éloigné de la citadelle. (avant la réécriture, la Citadelle s'appelait "Palais". j'ai du oublier ce passage.

omurah a écrit:Quid des tribus errantes (géographiquement parlant là encore) ? C’est le même genre de Tribu dont provient Adjack ?

Les tribus se baladent à la périphérie du Makaï, là où les cités n'ont plus trop l'envie ni les moyens d'assurer la sécurité. Ou alors en plein milieu des territoires, à condition de ne pas faire trop de ramdam. Visualise quelque chose entre des gitans, des apaches et des fremens (de la série Dune), mais dans un univers beaucoup plus vaste et bourrin que le nôtre. Adjack en est effectivement issue.


Je sais que c'est assez morcelé, mais je pensais avoir fait un compromis correcte entre informations explicitées, détails secondaires à peine évoqués, et part de mystère pour la suite. Dites moi si c'est trop le bordel, j'élaguerai à l'avenir.

omurah a écrit:En tout cas, l’intrigue autour de la découverte du corps de Gilgamesh et les doutes émis par Abel et l’immortel est intéressante. Hâte d’en apprendre plus.
Il y a aussi la graine dont, sauf erreur de ma part, on ne sait toujours pas ce qu’en a fait Baphasi
Je me demande aussi si l’immortel va rapporter correctement la nouvelle de l’extermination des Makaïoshin ou s’il va travestir les faits. Et je suis tout aussi curieux des mesures que pourraient prendre les Kaïoshins sans appuyer le bouton magique du "Z-team-signal"

J'espère pouvoir faire passer la suite dans moins d'un mois, ce coup-ci :lol:
Dernière édition par Lamantin_Furtif le Mer Oct 21, 2015 23:34, édité 1 fois.
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Re: DBAF-Lamantin

Messagepar omurah le Jeu Fév 12, 2015 18:33

Lamantin_Furtif a écrit:dans ma version, les kaïoshins sont des gens "parfaitement bons" qui sont parvenus au bout de leur boulot. Ils conservent leur nom et leur personnalité dans leur réincarnation finale en dieux (normalement, tout le monde oublie en se réincarnant). Du coup, ce Satan étai un démon "parfaitement maléfique" qui, de la même manière, est resté le même dans sa réincarnation finale.


Ah! j'avais pas compris ça. Tout s'explique.
Bon... du coup lors de notre dernière petite entrevue, j'ai encore raconté pas mal de conneries et ma critique était pas justifiée finalement.
#boulet.

Lamantin_Furtif a écrit:Je sais que c'est assez morcelé, mais je pensais avoir fait un compromis correcte entre informations explicitées, détails secondaires à peine évoqués, et part de mystère pour la suite. Dites moi si c'est trop le bordel, j'élaguerai à l'avenir.


Pour moi ça va. Faut juste pouvoir visualiser les différentes "factions" et les différents "alignements" ainsi que les rapports de force.
Pour toi c'est plus facile vu que tu connais ton univers par cœur. Pour un profane, c'est un peu plus nébuleux au départ mais une fois que c'est rentré ça roule tout seul :)
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Re: DBAF-Lamantin

Messagepar ButterflyAway le Jeu Mars 05, 2015 23:50

Yo !

Quelle surprise de me voir débarquer, je sais, tu es tout ému. Image

Cette histoire démarre bien, j'ai tout de suite été happée par l'inquiétude des Kaio Shin et le fait que tu sortes de ta zone de confort avec quelques dialogues qui donnent lieu à des scènes plutôt sympas.
J'aime beaucoup, sans doute ma préférée, la partie sur Cold 24 avec Taris au service de Mi Amore. J'aime déjà d'avance les quelques descriptions que tu as fait du rapport entre ces personnages. Pis c'est vrai quoi, je ne peux que plussoyer, le chocolat c'est la vie ! Et puis, je sais pas pourquoi, mais les descriptions des vies tumultueuses des mégalopoles font toujours mon bonheur... cette idée de démesure, peut-être ? :p Je me suis régalée en tout cas (sans mauvais jeu de mots).
Pour la suite, toujours aussi bon avec la "confrontation" sur la petite lune, l'introduction des personnages et ces touches d'humour placées discrètement mais faisant mouche (une phrase bien classe prononcée entre deux mâchouillement de chocolat, "Boo, ça fait plus de cent ans").
Un peu moins fan des passages dans le Makai même si je suis ravie de réentendre parler de Baphasi que je trouve être un personnage avec un bon potentiel.

Le second chapitre est assez court et comme Omurah j'ai dû plonger dans ma mémoire pour me souvenir des noms des protagonistes. Mais la narration est toujours aussi élégante. Je suis pas mal jalouse de ta facilité à "torcher" (ce sont tes propres mots, on est d'accord) tes chapitres en une soirée. Certaines tournures forcent l'admiration.

'Fin voilà, j'attends la suite et de savoir qui tu prévois de buter sans vergogne.
Je te promets d'être patiente si tu me donnes une dose de chocolat très très très très cher. :D
LE TEST
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Re: DBAF-Lamantin

Messagepar Lamantin_Furtif le Mar Mars 24, 2015 20:46

Yoooo, nouveau chapitre. On remerciera Niic à la fois pour le retard d'une semaine et pour son très grand apport en matière de relecture et surtout d'agencement.
Je répond aux comms plus tard, pas beacoup de temps, ce soir désolé :oops:


    Chapitre 3 - Les petits rois



    Adjack avait craint de trouver la dépouille du seigneur régent Keiran dans la tente que les chefs avaient fait installer pour se réunir, mais elle en venait maintenant à se demander si cela n'aurait pas encore été préférable. Les rustres guerriers tribaux n'avaient pas fait dans la dentelle : s'il s'en sortait vivant, rien ne pourrait jamais laver l'humiliation qu'il subissait.

    Une prise de chasse. Voilà ce à quoi il était réduit. Le mât soutenant le chapiteau avait été aménagé pour pouvoir faire pendre par les pieds les plus puissants otages ramenés après l'assaut décisif. Maculés de sang, meurtris, les prisonniers laissèrent échapper quelques râles à l'entrée de la délégation royale, signe qu'au moins quelques-uns étaient encore conscients.

    Plus de cinquante leaders rassemblés autours d'une série de tables, cessèrent leurs conversations à l'arrivée d'Adjak, de Nadil, et de leur suite. Mais malgré les dizaines de paires d'yeux qui les fixaient avec défiance, aucun des deux invités d'honneur ne détournait le regard du chef râblé et musculeux qui dirigeait l'assemblée, affalé sur son trône. C'était lui le responsable du rassemblement et de la chute de Noxus, sans le moindre doute. Et sa parole serait suivie à la lettre par la plupart des autres leaders.
    Si Baphasi était toujours la reine du Makaï, Panka sa princesse, et Ladra l'intendante, la régence revenait indéniablement à Ellac Csapas.

    "Le roi-nain", raillaient certains citadins. Aucun ne l'aurait fait devant l'homme en question. Si sa taille -un mètre soixante tout au plus- le rendait presque ridicule entouré de tous les colosses qui emplissaient le chapiteau, l'identité du maître des lieux ne faisait pas un instant débat.

    Ellac n'avait pas toujours été un chef de tribu. Il avait commencé sa carrière comme chasseur et mercenaire, et s'était fait connaître pour sa capacité à ramener des désolations extérieures des denrées rares et précieuses. Puis vint la révolte d'Ashura. Les grandes époques font les grands hommes, et la violence des combats auréola de gloire ses vainqueurs.
    La légende des diables de Csapas se forgea tout au long du conflit. La troupe du nouveau chef de guerre et la dette de Dabra envers lui croissaient conjointement, et, au final, il eut plus de cinq cent démons pour soutenir Dabra lors de l'assaut décisif contre la forteresse du traître.
    Les héros tombés au combat lui avaient fait d'autant plus de place, et la victoire d'Ellac fut totale lorsque Dabra fit de lui son porte-parole avec les tribus. Il eut tôt fait de rassembler plus de treize mille gens autours de lui, et conservait encore à l'heure actuelle, avec des effectifs encore trois fois supérieurs, le contrôle de la plus grande et puissante tribu du Makaï.


    Il attendit que le conversations se soient tues, avant de jeter l'os qu'il grignotait, pour se lever, et écarter ses deux larges bras velus qu'on aurait aussi bien pu accorder à un ours qu'à un humain.

      - Je vous en prie, prenez place. Nous ne sommes pas de ceux qui assassinent leurs invités
    Exception faite de son exceptionnelle puissance, la nature n'avait rien accordé à Ellac. Petit, laid, avec une mâchoire taillée à la hache, un menton large comme une pierre tombale, et une pilosité à en faire pâlir un chimpanzé, il évoquait un homme sauvage ramené par erreur à la civilisation. Son torse était comme un baril tressé de muscles noueux, et ses énormes paluches pendaient jusqu'à ses genoux lorsqu'il laissait tomber ses bras, tant ses jambes arquées manquaient d'allonge.
    Presque aucun bijoux ou marque de coquetterie ne venait affirmer son statut auprès d'un non-connaisseur. On aurait dit un simple nomade, simplement moins agréable à regarder que la plupart de ses congénères.

    Ce fut alors qu'Adjack remarqua que ce n'était plus son cas à elle. Elle, et les cinq membres de sa suite à partager ses origines ressemblaient à s'y méprendre à des citadins. Leurs uniformes sans faux plis exhibaient fièrement leurs galons, ils portaient une armure reluisante, polie le matin même par des serviteurs... Même sa natte blonde avait été recoiffée plus en accord avec les standards de la Citadelle, et il ne restait que leur teint hâlé pour les démarquer clairement du reste de la population... Encore même, il lui aurait semblé que son bronzage pâlissait... Elle tenta de se reprendre, mais la sensation de malaise ne voulait plus la quitter. Montrer le moindre signe de faiblesse aurait été malvenu. Elle serra les talons, et revêtit son air le plus blasé.

    Le ton assassin du chef de clan n'avait échappé à personne, mais Adjack décida de l'ignorer. Mieux valait en terminer au plus vite avant que les esprits n'aient le temps de s'échauder. Si quelqu'un s'emportait, ils n'en ressortiraient pas vivants. Du moins, pas sans intervention du nécromancien... C'était l'heure de parler avant qui que ce soit d'autre, et plus que tout avant Nadil.

      - Nous ne comptons pas rester longtemps. Et vous feriez bien d'en faire autant, d'ailleurs.
    L'affirmation lui arracha un sourire.

      - Ah oui ? Et pourquoi donc ?

      - Noxus a des alliés. ils sont déjà en route; Vous n'avez aucune chance contre toutes les cités réunies. Vous avez eu votre vengeance, plus que le nécessaire, alors partez. N'obligez pas la citadelle à s'impliquer ou ça va mal finir.
    L’assemblée fut secouée de murmures amusés. Certains commençaient à se lever, prêts à les neutraliser s'ils tentaient quelque chose de stupide. Ellac, toujours aussi détendu, leur fit signe de se rasseoir.

      - Ah oui, leurs alliés. Ils sont déjà là pour la plupart. On a croisé quelques-uns de leurs éclaireurs ce matin. Combien de prisonniers, déjà ?
    Une chamane aveugle à sa droite estima le nombre à une cinquantaine.

      - Cinquante ! On doit être dans ces eaux-là. Et le reste n'a pas l'air pressé d'attaquer. En fait, d'ici, on jurerait qu'ils ont peur. À leur décharge, le nombre ne joue pas exactement en leur faveur.

    - La Citadelle...

    - La Citadelle est loin ! Ladra est stationnée à Ionia, et Ionia est encore plus loin. Je peux démolir la bande de moustiques qui leur servent de renforts en moins d'une demie-heure, et je ne parie pas sur vous si l'on en vient aux mains.[/list]
    Le silence s'était fait dans la tente. Il avait raison. Il avait raison sur presque tous les points, mais une question persistait : pourquoi n'avait-il pas encore frappé ?

      - Bien. Maintenant que nous sommes d'accord sur qui décide des règles, voici nos conditions. Premièrement : plus de zombies. Ensuite...

      - Ensuite rien du tout ! Je commence à en avoir marre de ces conneries.
    C'était Nadil.
    Bien sûr. Qui d'autre pourrait, en toute connaissance de cause, manquer de respect à l'homme le plus puissant du Makaï ? Le jeune homme fit un pas en avant, alors que leurs hôtes resserraient leurs rangs.

      - Tu comptes nous arrêter tout seul ?
    La situation semblait prodigieusement amuser Ellac.

      - Nous ne sommes pas venus seuls.
    Son sourire condescendant disparut.


      - Il y a un nécromancien dans les collines, autours de votre campement. Je ne saurais pas vous dire où exactement, mais il est arrivé depuis au moins quatre heures. Quand vous voyez le genre de sorts qu'il peut invoquer en une seconde, ça ne donne pas envie de se trouver là où il va frapper. C'est à dire ici.


    La tente fut agitée d'un début de mouvement; les choses ne se passaient pas comme prévu, et tout le monde craignait ce mage étranger. Mais Nadil n'en avait pas fini.


      - Donc voilà comment ça va se passer : si vous ne voulez pas que je lui envoie un petit signal, vous allez immédiatement foutre le camp avec tous vos guignols, et en laissant les prisonniers, c'est compris ? Je n'ai pas envie d'être ressuscité une deuxième fois.


    L'assistance l'observa un moment, médusée devant le changement de situation. Les chefs se regardaient sans trop savoir quoi faire, et quelques-uns quittèrent la tente en trombe, sûrement pour rejoindre leurs fidèles. Ellac restait sur son trône improvisé, son regard haineux toujours fixé sur Nadil. Adjack, elle aussi sous le choc de l'incident diplomatique, le foudroyait à distance.
    Comme s'il ne comprenait pas l'indignation de sa cousine, il prit cet air faussement blessé qui le rendait si agaçant.


      - Quoi ? Tu voyais bien que ça ne marchait pas !



    *******

    Les premières notes de musiques tirèrent Taris de sa torpeur. Appeler cela "sommeil" n'aurait pas été approprié : il ne dormait plus depuis presque deux cent ans. Cela lui avait demandé des efforts, mais sa constitution lui accordait bien des privilèges, et celui de pouvoir simplement somnoler au lieu de dormir en faisait partie.

    Le vaisseau était en orbite autours de cette petite lune depuis une bonne douzaine d'heures, maintenant. Pratiquement personne dans l'univers n'était au courant de leur position, et pourtant, il avait amené ce qu'il avait de mieux pour les protéger en cas d'attaque extérieure. Jamais le roi de l'univers ne serait aussi vulnérable. Il n'y avait rien à faire, si ce n'était attendre, et se tenir prêt à une improbable attaque.
    Il suivit le son dans les couloirs du vaisseau. C'était un petit modèle de cent cinquante mètre de long tout au plus, mais il était puissant, rapide et bien armé. Son favori. Il n'avait pas jugé utile d'emporter plus d'un appareil sur le terrain, alors choisir le meilleur disponible s'était imposé naturellement.

    Tout était blanc et propre, mais les membres d'équipage avaient tous apporté leur grain de sel à l'ensemble. Des photos de famille traînaient dans la cabine de pilotage (les deux pilotes étaient frère et sœur), et un petit autel du Kaïo suprême avait été aménagé pour les croyants de l'équipage, qui l'avaient garni de fleurs, de statuettes et même de l'urne contenant les cendres d'un proche.
    Et puis, il y avait la cafeteria. La plupart des vaisseaux d'usage militaire devaient se contenter de vulgaires machines à café et d'un self, mais les ingénieurs avaient réussi à caler dans celui-ci un véritable petit bar-restaurant.

    Le confort avait aussi été un critère déterminant dans le choix de ce vaisseau en particulier. Taris, se réjouissait d'avoir été rétrogradé "capitaine" au lieu de "général". Personne ne risquait de menacer sa place en tant que bras droit de Nordis, quoi qu'il advienne ; et sa nouvelle fonction lui accordait beaucoup plus de temps pour s'occuper de son escouade.
    Son escouade... Le terme militaire lui arracha un sourire. Aucun d'entre eux n'avait la vocation militaire. Pas un n'avait choisi cette vie.
    Pas même lui...

    Les discussions d'état-major l'avaient toujours perturbé. Ce n'était pas seulement dû à la forte différence d'âge entre lui et les officiers : les valeurs qu'ils évoquaient, telles que l'honneur, la fierté guerrière, le sublime des armées ajustées avançant au pas, ou la protection de leur civilisation ne le faisaient pas vibrer. Et pourtant, il se battait avec bien plus de hargne qu'eux. Le devoir avait chez lui un sens très personnel. Il n'était pas fidèle à l'empire, il n'était pas non plus fidèle à son roi. Il était fidèle envers Nordis. Et envers sa famille.

    Il entra quelques mesures plus tard dans le la salle. Trois de ses super-combattants étaient occupés à jouer de leurs instruments, concentrés, et seul Polt le leva les yeux de sa double flûte pour le saluer.
    Taris avait pratiquement élevé ce grand garçon verdâtre. Dès trois ans, il était devenu incontrôlable pour ses parents qui l'avaient remis à regrets à l'armée royale. Une décision sage, mais pas moins douloureuse. Polt atteignait maintenant la trentaine, dépassait son capitaine d'une bonne tête et le considérait plus ou moins comme un père.

    Taris saisit sa guitare, s'assit sur une banquette et les observa un moment. Ils se débrouillaient très bien, largement avantagés qu'ils étaient par leur rapidité surhumaine. Lorsqu'elle se rendit compte de la présence de leur mentor à ses côtés, Sally rata une note, pour se replonger immédiatement dans son morceau. Appréciateur, le capitaine remarqua que non seulement sa plus jeune recrue n'avait pas brisé une seule des cordes, mais qu'il s'agissait en plus de fibres normales, et pas des modèles renforcés que Taris avait fait produire sur mesure. Elle s’améliorait.

    L'apprentissage rapide du banjo et sa haute puissance (presque trente mille à dix-huit ans !) n'étaient pas ce qui impressionnait le plus Taris chez cette petite adolescente : elle avait réussi à vivre une vie normale, dans un village d'une planète périphérique pendant seize ans, sans alerter ni blesser qui que ce soit, à l'exception de sa famille proche. Cela n'avait pas survécu à la puberté ; avec les afflux d'hormones étaient venues à la fois une augmentation drastique de son ki, et de nouvelles émotions qui l'avaient rendue incapable de se contenir.
    Un malheureux chagrin d'amour avait soufflé toute cette admirable entreprise de dissimulation. Et un pâté de maison, ainsi qu'un séduisant jeune homme. La récupération de Sally avait été plus sportive que celle de Polt... Mais Taris avait reconnu l'expression de la jeune fille quand il avait bloqué sans effort un uppercut qui aurait eu raison d'une montagne. C'était celle qu'il avait lui-même eu des siècles auparavant, lorsqu'il s'était retrouvé dans la même situation, face au roi Cold.

    Celle aussi qu'avait arboré Shalut, lorsque Taris l'avait plié en deux d'une seule droite, lui qui s'était cru invincible au point de revendiquer le titre de roi de l'univers, suivi de sa petite bande de brigands.

    C'était de la reconnaissance. Plus que cela, de la délivrance.

    Rien n'avait préparé ces êtres à l'abominable sensation de toute-puissance perpétuelle qui les avait habités. Ils avaient tenté de la surpasser, de la cacher, de l'assumer... Mais comment endurer un fardeau tel que le droit de vie et de mort sur chaque être ? Ils n'avaient pas de contre-pouvoir sinon eux-même. La perspective aurait rendu fou n'importe qui, et les aurait détruits eux aussi, sans Taris. Sa force était ce qui les préservait de devoir régner sur ceux qu'ils auraient voulu considérer comme les leurs.
    Et Nordis était ce qui prévenait Taris de devenir le monstre que Shalut serait devenu sans sa propre intervention. Il était la clé de voûte qui empêchait leur monde de s'effondrer, et d'emporter l'univers avec lui.

    Shalut riait de ses erreurs, maintenant, quoique honteux et coupable sous son masque d'humour. Il était celui qui éprouvait le plus de mal à se contenir, et son gros corps de cafard presque carré lâchait encore parfois des kiaï involontaires. Il faudrait sûrement bientôt remplacer son djembé. Bientôt, mais pas tout de suite. Il avait été un temps où il n'arrivait même pas à frapper une plaque d'acier sans en faire des copeaux.

    La musique était un formidable moyen de canaliser à force et la motricité de ces mutants. Ginue, en son temps, y avait préféré la danse. Mais Taris, en plus de ne pas partager les discutables goûts esthétiques de son collègue de l'époque, était un mélomane dans l'âme. On ne traverse pas un millénaire sans passe-temps de qualité, et il avait eu tout le loisir de s'exercer. Sa coordination motrice déloyale le rendait insurpassable par le commun des mortels. En fait, il était probablement le meilleur guitariste des quatre galaxies.
    Ses trois protégés venaient d'en finir. Ils burent un peu, réglèrent leurs instruments, et attendirent le signal. Un silence s'installa, et ils démarrèrent simultanément. Un accord jaillit de la guitare de Taris, Polt insuffla l'air dans sa flûte, les doigts de Sally parcoururent son banjo, la membrane du djembé sonna sous les paumes de Shalut, et les cinq instruments résonnèrent à l'unisson.

    Le barman jusque-là absorbé par son roman leva la tête, soufflé. Le talent de Taris à la guitare n'était qu'une anecdote dans son potentiel musical. Si ses dons les plus renommés étaient sa puissance, sa longévité et son pouvoir de régénération quasi-infini ; sa capacité à faire varier sa voix sur quasiment n'importe quel timbre restait méconnue.
    Il chantait sur vingt-sept octaves. Et sacrément bien, avec ça.

    Les notes, fortes et justes, emplirent les couloirs du vaisseau, attirant le reste de l'équipage. Trois autres mutants vinrent les observer, se balançant sur le tempo, fredonnant les paroles avec lui. Il ne put que sourire à leur vue. Sa petite famille, dont il était le grand frère. Sa bande de malades, d'assassins, de traîtres, de dépressifs, de minables, qu'il avait tous sauvés. Si le monde entier les observait de loin, jaloux, incompréhensif et haineux, leur famille les acceptait pour ce qu'ils étaient vraiment : des mortels pris au piège dans des corps de dieux.
    Condition dont seul un dieu plus puissant encore pouvait les délivrer.

    Ils finirent le morceau, écoutés par un public attentif, qui s'épancha en applaudissements et en « Encore ! » enthousiastes. Ils se mettaient d'accord sur le morceau suivant, quand les hauts-parleurs du vaisseau se déclenchèrent soudain, annonçant un signal venant de la petite lune autours de laquelle ils gravitaient.
      « Vous pouvez descendre me chercher. » La voix du roi était fatiguée mais heureuse.
        « Il s'appelle Krios. »
        Dernière édition par Lamantin_Furtif le Lun Nov 06, 2017 0:03, édité 1 fois.
        "Dorenavant votre rage me parviendra comme un sketch de Gad Elmaleh"
        Many, 12 juin 2016


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        Re: DBAF-Lamantin

        Messagepar niicfromlozane le Mer Mars 25, 2015 20:19

        Yo !

        Par où commencer ?

        Bon, déjà :

        On remerciera Niic à la fois pour le retard d'une semaine et pour son très grand apport en matière de relecture et surtout d'agencement.


        On va quand même préciser que ma "relecture" a surtout consisté à indiquer des virgules manquantes, à suggérer des sauts de ligne et à repérer des coquilles… Mais je plaide coupable pour le retard et vu la scène que tu nous as pondu (aka la dernière de cette partie), je pense que ça en valait la peine.


        Bref, je suis connu pour mon enthousiasme, du coup je vais encore exagérer le truc, histoire qu'on comprenne bien à quel point je trouve ce début prometteur et pourquoi je suis enthousiaste. (début; prometteur)

        Comme j'ai un peu de peine à mettre de l'ordre dans mes remarques, je balance des trucs que je t'ai pas déjà dit en PV un peu en vrac.

        — Déjà, je suis fan du style. L'héritage de Pratchett est évident pour qui le connaît et comme on peut s'en douter, c'est loin de me déplaire. Le truc, c'est qu'imiter Pratchett, c'est pas à la portée du premier venu, et on dirait que tu fais ça avec une facilité déconcertante, au point de l'adapter au style de tes premiers OS. Un sacré tour de force.

        — On rentre dans ton univers à une vitesse ahurissante grâce à un premier chapitre rondement mené. La construction du récit au travers de l'histoire du chocolat est vraiment bien construite et permet une présentation des personnages tout en amenant naturellement à la conversation entre l'Immortel et le Nécromancien qui est un parfait climax et tu nous présente les enjeux "macro" de l'univers, c'est nickel.

        — Les persos sont bien vivants, y a pas de souci. On les identifie très vite et on comprend rapidement les enjeux. Tu disais dans l'interview que les dialogues étaient un problème, mais là, franchement, c'est rudement bien fichu. Pas parfait, mais ça se voit que t'as taffé dessus et ça participe grandement à l'immersion.

        — La manière dont tu situes le récit et présente les différents enjeux dans l'univers est aussi très réussie. Les éléments sont amenés naturellement et logiquement. Quoi de plus cohérent que de voir un personnage préciser l'année à l'Immortel ?
        Ce qui rejoint d'ailleurs ce que je disais: on comprend tout de suite où tu vas avec les personnages.

        — Je suis mitigé sur le chapitre 2. En même temps il est vachement bien fichu
        lamantin a écrit:Une structure dans laquelle un monstre imaginaires à la mâchoire immense aurait croqué une bouchée, et un sol qu'une charrue géante aurait labouré sur un large sillon menant droit à la morsure.

        Et en même temps il a un petit côté frustrant. Le truc, c'est que non seulement il était court, mais que tu surfais pas sur la fluidité du premier. Une seule scène, pas de personnages déjà rencontrés, on peinait à faire le lien avec le reste, même si la forme était vraiment belle et le fond de l'histoire intéressant. Ça manquait de repères.

        — Quant à ce chapitre-là, je trouve que tu t'en sors vraiment bien. La première partie fait le pont avec le chap précédent et tu continues à nous introduire des persos mais en récupérant Taris au passage. Je trouve cette scène vachement bien construite. On sent la mélodie s'emballer dans les mots et j'ai adoré la manière dont tu as expliqué le contrôle du pouvoir par l'expression artistique (MG le clin d'œil à Ginyu). Et quand on pense que tu viens de toucher le sommet, tu en rajoutes une couche avec ce magnifique final.
        Franchement, comme je te l'ai dit, j'aime vraiment beaucoup cette dernière scène. C'est peut-être le truc le plus abouti que j'ai pu lire dans le cadre d'une fic DB. C'est à la fois beau, techniquement abouti, original, cohérent et ça apporte un éclairage nouveau sur le manga, de manière intelligente et avec de la forme. Tout ce qu'on peut attendre d'une fic.

        Arriver à balancer un truc aussi intense dans un chapitre 3 qui aurait très bien pu être un chapitre 2 (bon, ok, y a les OS auxquels tu te paies le luxe de faire des clins d'œil au passage, disons un chapitre 6), c'est balaise.

        Chapeau.


        J'attends la suite avec impatience. Va falloir assurer. :) GL !

        ++


        PS: Ah oui, je me réjouis de voir ce qu'est cette "chose" si puissante dont parle l'immortel, quoique j'ai ma petite idée… Et du coup, je me réjouis d'autant plus d'en apprendre plus à son sujet !
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        Re: DBAF-Lamantin

        Messagepar omurah le Jeu Mars 26, 2015 1:19

        Bon, j'avais prévu de m'épendre en hyperboles sur le fait que j’ai mégasurkiffé la deuxième moitié du chapitre. Mais Niic s'en est chargé bien comme il faut. Donc je me contente d'un gros +1 à son commentaire ^^
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        Re: DBAF-Lamantin

        Messagepar Lamantin_Furtif le Jeu Mai 21, 2015 22:04

        Bon, je poste ce chap' parce que ça commence à faire longtemps.


        Chapitre 4 - En quête d'alliés


        L'un des énormes pieds de l'immortel foula à nouveau le sol de la lune, puis le second le rejoignit, extrayant totalement le corps éternel de la dimension Makaï. Le portail se referma derrière lui.

        Les Kaïoshins, aussi curieux de ce que le géant avait à leur dire qu'alarmés par son expression dégoûtée et abattue, le fixèrent, dans l'attente des informations promises. En lieu et place, ils reçurent une douzaine de paquets de friandises haut de gamme, qui s'écrasèrent piteusement sur le sol, en soulevant un vague nuage de poussière lunaire.
        Les particules retombèrent lentement, teintant les boite de nuances grises, alors que l'immortel se ré-affalait en tailleurs, soulevant un nuage plus gros et piteux encore.
        Ils attendirent une explication qui ne vint pas, avant de prendre la parole :

          - Alors ? C'était quoi ?

        Les grands yeux délavés se tournèrent vers eux, comme s'ils avaient été des intrus.

          - Reprenez votre monnaie, nous sommes quittes. Et ne comptez plus sur moi.

        Les deux kaïoshins, séchés, mirent un petit moment à assimiler l'information, se demandant quelle réaction ils étaient bien censés adopter. Le plus jeune s'emporta le premier :

          - Attends une seconde, qu'est-ce que tu as trouvé là-bas ? On a tout un univers à protéger et je ne vais pas risquer la vie de toutes ces personnes juste parce que tu es de sale humeur, alors parle.

        Les deux miroirs nacrés le fixèrent jusqu'à ce que Kibitoshin gagna en réserve. L'immortel, presque revenu à son hibernation, perdait en réactivité à vue d’œil.

          - Vos collègues sont morts ou enfermés. Et ça vaut peut-être mieux.

        Les kaïoshins le fixèrent en silence, attendant une réponse. Mais le colosse semblait en avoir fini. Il fermait doucement les yeux, quand un puissant dégagement de ki l'interrompit. Les traits de Kibitoshin avaient changés : il ne restait plus grand-chose du petit homme timide, en lequel on avait du mal à voir un dieu authentique. L'être qui laissait transparaître sa rage sur la lune morte de Pandora était plus grand, plus fort, plus dur. Sa volonté de sauver l'univers sous sa garde avait pris le pas sur sa douceur, et l'immortel ne semblait alors guère plus qu'un sacrifice raisonnable. Il n'eut pas besoin de prononcer un seul mot : le changement dans son aura était éloquent. L'interrogé consentit à continuer.

          - Vous vous attendiez à quoi ? Vous avez laissé les démons à la merci de ces monstres pendant des millénaires. Ils ont fini par se révolter. Et vous êtes les suivants sur la liste.

        Il inspira lentement, alors que le soleil couchant laissait apparaître les étoiles de l'astéroïde.

          - Vos vous valez bien les uns les autres en matière d’imbécillité et de violence. Je me retire de cette histoire-ci.

        Sa phrase était à peine achevée qu'une puissante vague d'énergie creusa une tranchée à sa droite, dans un vacarme abominable. La main droite de Kibitoshin changea d'orientation pour pointer sa tête. Il ne crut pas bon de lui spécifier l'absurdité de la menace.

          - Fini de blaguer. J'ai tout un univers à protéger, et ce n'est pas ton ego et tes petits jugements qui vont m'en empêcher. Je veux savoir leur nombre, qui sont leurs chefs, leur puissance, et surtout quand ils passeront à l'attaque. Je suis beaucoup plus puissant que toi, à présent, s'il faut te torturer à mort ou fouiller l'univers à la recherche des dernières choses qui te sont chères pour les détruire sous tes yeux, je le ferai sans hésiter. Et si je n'y arrive pas j'enverrai des dizaines de sayens dans le Makaï, quitte à ce que ça tourne au carnage. Mais plus rien ne menacera mon univers ! Tu vas parler, Immortel !


        Le kaïoshin était le premier surpris par son explosion de colère, mais il ne perdit pas la face, ne se défit pas de son air inflexible, garda une expression si dure que ses interlocuteurs se mirent à sérieusement envisager qu'il mette ses menaces à exécution. Que l'attaque de Boo ait été si traumatisante pour que même un être comme lui consente à sacrifier ses enfants.
        Ce n'était pas le cas. Mis au défi, il aurait été bien incapable de tourmenter ainsi l'Immortel, ou d'envoyer une seule personne vers une destination aussi dangereuse et inconnue, pour une cause possiblement perdue d'avance. Il maudissait son incapacité à aller lui-même vérifier ce qui clochait en bas, et aurait volontiers renoncé à sa divinité pour épargner à qui que ce soit la tâche de s'y risquer à se place. Mais il ne pouvait pas changer cela. Et aucune Dragon Ball n'aurait pu le défaire de son statut. Alors il ferait ce qu'il avait de mieux à faire, en espérant que l'immortel croit à son bluff.
        Il resta ainsi, la main braquée vers le visage de l'immortel, dans un silence seulement troublé par le crépitement de son aura. Le duel de regard s'éternisa, et, à mesure que son assurance déclinait face à ces yeux sans pupilles qui paraissaient lire dans son âme, un sourire compatissant adoucit les traits de pierre du géant.

          - Non. Tu ne le feras pas.

        Le Kaïoshin ne bougea pas l'un millimètre, mais déglutit difficilement sans réussir à trouver les mots qui convaincraient son interlocuteur si perspicace qui, sorti de sa transe, se relevait difficilement.

          - Les terriens seront leur première cible. Ils viendront bien assez tôt.

        L'immortel les salua de sa main, tout en masquant son énergie vitale à un niveau indétectable.

          - Faites attention à vous.

        Kibitoshin ne comprit qu'une seconde trop tard ce qu'il avait en tête, et, lorsqu'il se projeta à toute vitesse pour le saisir, ses mains ne rencontrèrent que le vide. L'immortel s'était volatilisé, et avec lui, leur seule source d'information sur la tempête qui s'annonçait au loin.
        Son aura s'éteignit progressivement, et le silence reprit son règne sur Pandora.



        *******


        Adjack, du haut de son promontoire, observait les hordes lever le camp. la majorité des chefs s'étaient accordés pour dire qu'ils s'étaient largement assez fait respecter, et que leur objectif n'avait de toute façon jamais été de déclencher une guerre totale. Les autres s'en étaient allés, scandalisés par la lâcheté des leurs.

        Les tribus n'avaient pas quitté les lieux instantanément. La capitaine de la garde avait eu tout le temps de troquer une bonne partie de son uniforme contre un poncho, des jambières de cuir épais, et quelques bracelets de plus. Sa coiffure était à présent relâchée, et elle laissait sa tresse lui redescendre jusqu'au creux du dos, au lieu de l'attacher... Elle devrait bientôt la couper, cela devenait handicapant pour le combat. En fait, elle aurait dû la raccourcir depuis longtemps, mais sa coiffure avait rendu le problème invisible.
        Et déjà, les derniers nomades rangeaient leurs tentes et levaient le camp.

        ...


        ******


        Il arriva sans même qu'elle ne l'entende s'approcher. Ellac avait fait ses débuts en tant que traqueur, et il n'était pas bon de l'oublier.

          - Vous contemplez votre victoire ?

        Son ton était sarcastique, acide.

          - Nous cherchions à limiter les effusions de sang... ça en fait une victoire, oui.

          - Hum...

        Il prit le temps d'apprécier la nouvelle tenue d'Adjack. Puis, après un court moment d'appréciation assez gênant, son faciès simiesque se fendit d'un sourire.

          - Justement, il n'y a pas eu de combat. Et j'avoue que je suis curieux de connaître votre niveau. Votre père et moi, nous étions de bons amis. Si ça ne vous dérange pas...


        Adjack chercha à comprendre. Un duel ? Un match amical ? Maintenant ? Pourquoi ?
        Et puis elle croisa son regard, insistant, grave, en totale contradiction avec son ton détendu. Cela valait peut-être le coup après tout. Et elle avait besoin de se changer les idées.

        Le temps d'un signal à leurs gardes personnels, et ils s'étaient envolés vers une zone plus calme, où les dégâts collatéraux ne blesseraient personne. Plusieurs combattants se jugeant assez rapides et résistants pour assister sans risques vinrent se poster aux alentours, pour les observer. Leur présence arracha à Ellac une moue désapprobatrice. Il voulait visiblement parler loin des oreilles indiscrètes...
        Bien, elle pouvait lui offrir cela.



        *******



        Leurs premiers échanges ne furent qu'un échauffement, un test de capacités, pour avoir une idée de leur différence de niveau. Il s'avéra qu'elle était pratiquement inexistante. L'un et l'autre ne montraient des signes d'effort que lorsque leur opposant dévoilait une portion considérable de son ki. Une fois qu'elle fut rassurée sur le sérieux de leur confrontation, Adjack passa soudainement à la vitesse supérieure. Face à un crochet du droit peu impliqué, elle se jeta brusquement à terre à vitesse de combat, faucha les jambes du chef de tribu, et lui envoya une vague d'énergie, qui le fit décoller du sol à plus de trois cent kilomètres/heure. elle se lança à sa poursuite, sous les exclamations de la foule.


        La boule de ki n'atteignit le sol qu'une seconde environs avant Adjack, mais son adversaire eut le temps de se ressaisir. Alors qu'elle comptait enchaîner sur un coup de pied pour l'éloigner encore, il lui attrapa la jambe, la fit tournoyer sur elle-même, et l'envoya voler au loin à son tour, pour s'envoler à sa poursuite, tout en la bombardant. L'assistance était semée.
        La réception fut difficile pour tous les deux. Leur style de combat de basait sur des prises et des coups à très courte portée, partant du principe que leurs forces physiques et endurances seraient de toutes façons supérieures à celles de leur ennemis. Se trouver face à un concurrent tout aussi puissant s'avéra à la fois déroutant et douloureux.
        Et puis, soudain, Adjack fut totalement surpassée. Elle ne parvint même plus à bouger face à la clé de bras qu'on lui imposait. Encore sous l'effet de l'adrénaline, elle déploya ses formidable réserves d'énergie pour commander à ses bras surpuissants d'envoyer valser son ennemi, mais les deux étaux indestructibles qui l'enserraient tremblèrent à peine. Ce ne fut qu'alors qu'elle perçut l'ombre.

        Le monde semblait plus sombre, comme si une chose diffusait de l'obscurité comme une bougie aurait diffusé de la lumière. Elle croisa le regard d'Ellac, et ne put retenir un hoquet de surprise : ses yeux étaient complètement noirs, comme si ses pupilles avaient pris l'intégralité de l'espace de ses globes oculaires.

        Elle n'aurait jamais soupçonné de telles réserves chez un homme de si petite taille, mais il semblait à présent capable de la briser en deux d'une simple contraction des biceps.

          - Co... Comment est-ce que vous faites ça ?

          - On en apprend des choses, dans les désolations... Baphasi reviendra sûrement avec quelques tours en réserve, si elle revient un jour. Mais ce n'est pas le sujet. Que pensez-vous du nécromancien ?

        Baphasi ? Oui, Baphasi, bien sûr. La reine. La fille de Dabra. Le nom lui était complètement sorti de la tête. Ellac résistait exceptionnellement bien à l'oubli... Prudente, Adjack attendit qu'il relâche son emprise pour répondre.

          - Disons qu'il ne me plaît pas. Mais il a son utilité.

          - N'inversez pas les rôles. Il a déjà pratiquement tous les sorciers de la citadelle à ses pieds. À ce rythme là, vous ne serez bientôt même plus un obstacle pour lui.

          - Vous parlez comme si il était un ennemi...

          - S'il en devenait un, il serait inarrêtable. Il a des morts-vivants dans presque toutes les maisons nobles. Espérons que la prise de Noxus les fera un peu réfléchir, mais ça n'inversera pas la tendance.

        Adjack réfléchit quelques instant. Elle n'avait jamais considéré Abel comme autre chose qu'un allié détestable. En fait, elle se tenait aussi loin de lui que possible. C'est alors qu'une évidence la frappa : si elle s'en était toujours tenue éloignée, c'était aussi et surtout parce que Ladra l'avait toujours maintenue, par ses ordres et ses missions, le plus loin possible du mage. Se pourrait-il que...

          - Ladra se doute de quelque chose. Pourquoi croyez-vous qu'elle s'est installée à Ionia depuis si longtemps ? Elle ne revient pratiquement plus à la Citadelle, il me semble ?

        Les pièces du puzzle s'assemblaient dans la tête d'Adjack. Elle ne s'était jamais vraiment penchée sur les luttes de pouvoir, et se maudissait à présent de son manque de clairvoyance. Ladra ne l'avait pas mêlée à cela, mais elle aurait dû s'en rendre compte depuis longtemps...

          - Qu'est-ce que vous me voulez ?

          - Vous êtes le bras droit de la régente... Et... Je me doute que mes déplacements sont surveillés. Alors je veux que vous lui disiez que, si les choses venaient à s'envenimer, elle aurait un allié. Ah, et aussi...

        Il sortit un carnet de sa poche et le lui tendit.

          - C'est une liste de mes contacts à Ionia, et dans quelques autres cités. Des gens de confiance. S'ils pouvaient monter rapidement en grade, nous y gagnerions tous. Il faut se dépêcher, il gagne en pouvoir chaque jour.


        *******


        Le sol du kaïoshinkaï se déchira lorsque l'un des deux combattants le percuta à toute vitesse, vaincu. Irradiant d''un ki qui aurait fait pâlir même un démon du froid, le responsable se posa au sol, et tendit la main à son rival, pour l'aider à se relever.
        Autours d'eux, plusieurs autres duels étaient en cours, surveillés de loin par les deux silhouettes à qui la garde de l'univers avait échu.

          - Ils ne valent pas les terriens.

        Le ton du plus âgé des kaïoshins était sans appel. Il avait depuis le début été partisan de lancer les terriens à l'assaut de leurs ennemis, plutôt que les attendre, vulnérables. Son confrère avait eu le plus grand des mal à le convaincre de ne pas lancer les hostilités.

          - Non. Mais ils pourraient très bien suffire.

          - Dabra les aurait écrasés.

          - Et je pourrais écraser Dabra comme une mouche. Au pire, on libérera leur potentiel. Pas moyen que les démons soient plus puissants que ça.

        Il y eut un silence entre les deux dieux. Chacun sachant parfaitement ce que l'autre avait en tête. Finalement, ce fut le plus âgé qui reprit la parole.

          - Tu ne leurs fais plus confiance, c'est ça ?

        Le regard de Kibitoshin se perdit au loin, là où les recrues continuaient leur entraînement.

          - Non.

        C'était dur à admettre. Pendant des millénaires, il avait été seul au monde. Goku... Et Son Gohan étaient si invincibles, si bons... Pendant un temps, il avait pu se libérer de l'immense fardeau qui était le sien, et le laisser reposer sur des épaules sayennes. Oob et Pan avaient repris le flambeau avec brio, mais déjà, il avait senti une faiblesse chez eux, un vice qui n'avait pas existé chez la génération précédente. Et, lorsque les deux héros avaient pris leur retraite, il avait finalement décidé de s'éloigner de la terre, pour reprendre sa place au sommet de l'univers. Seul.
        Peu importait comment les choses étaient tournées, les sayens étaient trop puissants. Leur seule existence mettait l'équilibre universel en danger, mais, avec ce qui se tramait dans le monde d'en-dessous, ils pouvaient à tout moment devenir un joker salutaire. Joker auquel il ne voulait surtout pas recourir. La dernière fois, il avait été faible : sans l'aide de l'immortel et des terriens, Babidi l'aurait dominé de but en blanc.
        Cela ne se reproduirait plus jamais. L'univers était sous sa protection, et il ne faillirait plus. Il aurait sa propre armée. Une armée fidèle, infaillible, sélectionnées sous des critères de loyauté et de performance, et pas par la nécessité immédiate. Ce serait elle, et pas un quelconque héros providentiel qui se mettrait en travers du chemin des ténèbres lorsqu'elles fondraient sur le monde.


        Les deux duellistes, remis du combat, discutaient, vérifiant que leurs blessures respectives n'étaient pas trop graves. Si leurs physiques différaient grandement, ils avaient été des croyants fidèles, sages et dévoués toute leur vie, et tâcheraient d'être à la hauteur de leur mission. Leur unité était assurée par les vêtements, identiques à ceux des kaïoshins, et qui les accrochaient encore un peu plus à leur sentiment de mission divine et de fusion spirituelle, qui avait accompagné leur gain de puissance. Mais toute cette panoplie n'était là que par souci d'esthétique, un seul détail comptait, et les rendait capable d'accompli leur mission future.

        Deux détails, plutôt.

        Et ils pendaient à leurs oreilles.


        *******


        La porte de la petite cabane claqua, et la silhouette d'Abel Alazrhad s'y matérialisa en un clin d’œil. Ce n'était qu'un petit taudis, de taule et de rondins, mais il avait été aménagé par des séries de signes cabalistiques et d'artefacts que le nécromancien avait jugé utiles. On pouvait voir un cadavre partiellement disséqué duquel se dégageait une odeur pestilentielle. À l'intérieur, deux brutes patibulaires maintenaient fermement un civil sur une chaise, bien qu'il soit déjà ligoté.
        La surenchère de précautions paraissait ridicule : il ne s'agissait là que d'un démon de troisième classe, du genre à grouiller dans les cités sans que qui que ce soit ne se préoccupe de leur existence. Il était maigrichon, ridé, sans corne, aile, ou signe particulier... Il ne savait même pas voler. Et pourtant, ce qui était à l'heure actuelle le sorcier le plus puissant de l'univers le dévorait des yeux avec une joie non dissimulée.

          - Oui... C'est bien elle.

        La surprise détourna un peu le captif de sa panique.

          - Euuuh... Je suis pas une fille !

        Le mage bloqua une seconde suite à la remarque, puis, s'approchant, écarta la question d'un geste de la main.

          - Oui, oui... Bien sûr... Excusez moi.

        Ce ne fut qu'alors qu'il le reconnut. Ses yeux s'écarquillèrent de terreur, alors qu'il se remémorait les on-dits sur cet être si redouté .

          - Pitié, monseigneur... Je n'ai rien fait. Je ne suis personne...

          - Pour l'instant, je te le concède. Mais ça va bientôt changer.

        Il était au bord des larmes.

          - Pitié... J'ai une famille.. Ne me tuez pas....

        Abel réfléchit quelques instant, puis éclata d'un grand éclat de rire, qui ne fit que tétaniser encore plus le malheureux.

          - Bien sûr que non ! Je ne me suis pas donné tout ce mal pour te tuer alors que je viens à peine de te retrouver ! En fait c'est même exactement l'inverse.
        Dernière édition par Lamantin_Furtif le Lun Nov 06, 2017 0:05, édité 4 fois.
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        Re: DBAF-Lamantin

        Messagepar ButterflyAway le Ven Mai 22, 2015 1:39

        Aaah, retour sur ce qui se passe du côté de l'immortel ! J'attendais ça depuis le premier chapitre, j'avais bien aimé son introduction et l'humour qui gravitait autour. Et tout plein de dialogues s'ensuivent, cool ! :)

        Je sens que tu te perds moins dans les détails dans ce chapitre et que tu vas plus largement à l'essentiel pour que ça bouge de tous les côtés. J'aime bien la volonté acharnée de Kibitoshin, qu'on sent vraiment angoissé par la tournure que prennent les événements, quitte à se retirer le balais face à l'immortel. Et la mention des Potalas... de futures fusions à venir ?

        Bon, je vais t'avouer qu'après le très bon chapitre 3 que tu as pondu, celui-ci me semble plus faible sur la forme. Pas mal de fautes d'ortho, de phrases où il manque des mots et qui du coup ne veulent rien dire. Et j'ai eu du mal à rentrer dedans.
        Une faute récurrence que tu fais depuis toujours (comme ça, c'est fait, je veux plus la voir) : "si il". Sauf rares exceptions, c'est toujours "s'il", comme on le prononce à l'oral ou dans "s'il te plait".

        Quelques répétitions de la forme qui se répercutent sur le fond, aussi : tu dis au moins trois fois que les Kaio Shin attendent une réponse de l'immortel, alors que cette précision n'est plus utile les deux autres fois vu que tu l'as déjà dit.

        Bonne continuation et go go, need Baphasi !
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        Re: DBAF-Lamantin

        Messagepar Pedro le Ven Mai 22, 2015 18:09

        Abdul Alazred a-t-il trouvé la comment réincarner Cthullu avec ce prisonnier ?...
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        Re: DBAF-Lamantin

        Messagepar Lamantin_Furtif le Sam Mai 23, 2015 21:26

        Yop, Merci des comms. Alors déjà, désolé tout le monde pour le chap torché que je vous ai envoyé. J'étais au-delà de ma tolérance à la fatigue lors de la relecture finale et ça a donné un résultat nul. En plus, j'ai cherché à me passer de Niic, en me disant que c'était une bonne idée... Bon, bref, c'était nul de ma part, je ne recommencerai plus, promis. :oops:
        Niic a corrigé l'essentiel des fautes, et j'ai édité, du coup.

        Pour me faire pardonner (et éviter les coups de fouet), un très court chap d'une qualité normalement supérieure arrivera Mardi.


        Pedro a écrit:Abdul Alazred a-t-il trouvé la comment réincarner Cthullu avec ce prisonnier ?...


        Je vois qu'on est au taquet sur les références ! :P
        C'était effectivement un clin d’œil à l'oeuvre de Lovecraft
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