Dragon Ball Extended Universe : Les Chroniques d'une Guerre

Faîtes-nous partager votre fibre littéraire en écrivant votre propre histoire mettant en scène les personnages de Dragon Ball et, pourquoi pas, de nouveaux ! Seules les fanfictions textes figurent ici.

Re: Dragon Ball Extended Universe : Les Chroniques d'une Gue

Messagepar Freeza97 le Jeu Juin 28, 2018 21:04

Et un nouveau chapitre réussi, je trouve le développement de Zarbon très intéressant. Je suis aussi très intrigué par ce que tu comptes faire avec l'autre type de Pomélo dont j'oublie toujours le nom. Va-t-il revoir son prince un jour ? Les enfants aussi sont intéressants on voit petit à petit le commando Ginyu prendre forme.

Par contre je dois dire que je suis assez déçu par le personnage de Rubi, j'aimerais qu'elle soit davantage qu'un objet de désir pour Danmarine, parce qu'à part ça je trouve qu'elle n'apporte pas grand chose à l'histoire. Ce n'est que mon avis bien sûr, mais au stade où nous en sommes si elle devait périr sur Ikonda je crains bien que je n'en aurais absolument rien à battre.

Je n'ai pas grand chose d'autre à rajouter à part…


TROIS ANS ?????!!!!!
Foenidis a écrit:« Face à celui de décembre, le monde tremble... un sourire aux fossettes, le nouveau se resservit un verre de 97. »
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Re: Dragon Ball Extended Universe : Les Chroniques d'une Gue

Messagepar Ared Tekenshi le Dim Juil 15, 2018 14:24

Herr Kénéral Imate…
Lecteur Ared Tekenshi au rapport ! :D

De toute ma carrière de lecteur de fanfic, je n’avais encore jamais vu un Dodoria & Zabon aussi magnifiquement développés et un Freeza aussi charismatique !

« Trembler face à moi n'est pas de la lâcheté, Dodoria san. Simplement du bon sens. »

Une scène tout simplement sublime !!!

Le tout dans un décor merveilleusement développé d’un univers peu abordé dans le manga (chose que je recherche dans les fanfic’s ^^).
Le terme de flux, le sang curatif des Actinidia, le passif de Pui-Pui et j’en passe…
J’admire votre sens du détail et les libertés que vous prenez pour enrichir cet aspect méconnu de Dragon Ball.
Vos mises en page sont sympathiques. Après, ce n’est que moi, mais je trouve dommage que vous n’ajoutez pas des tirets quand vous employez les suffixes honorifiques aux personnages. Ça fait très bizarre à lire ^^
Et je salut le personnage très travaillé de Danmarine (dont je m’interroge vivement sur son avenir et sur celui de Kiwi) !

Mais tout ce que je viens de raconter n’est rien comparé à THE personnage de votre cru.
Pierrot !
Son look, sa personnalité, ses manies, son mystère, sa filiation, ses entrées en scènes… Une pure merveille à mes yeux *.*

En espérant vous revoir prochainement sur le champ de bataille littéraire !
Lecteur Ared Tekenshi, terminé.

Pifouu… Le vouvoiement c’est pas mon truc xD
Bref, j’adore ta fic’, bonne continuation ! :wink:

Et au passage (tant que j’suis ici) : bon début cette histoire avec TenShinHan ! A voir ce que ça va donner au prochain chapitre.
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Re: Dragon Ball Extended Universe : Les Chroniques d'une Gue

Messagepar Imate le Lun Juil 16, 2018 12:33

Pas encore de nouveau chapitre, mais je repasse pour remercier chacun de vous pour ces retours ! La suite est en chantier, pas d'inquiétudes à ce sujet^^

omurah a écrit: je me demande encore pourquoi jusqu'ici tu n'as pas tellement travaillé le duo Dodoria-Zâbon (je veux dire, en tant que "duo")

Je ne dirai qu'une chose : La fic est loin d'être terminée, garde les yeux sur l'avenir :P

Freeza97 a écrit:Par contre je dois dire que je suis assez déçu par le personnage de Rubi, j'aimerais qu'elle soit davantage qu'un objet de désir pour Danmarine, parce qu'à part ça je trouve qu'elle n'apporte pas grand chose à l'histoire.

C'est ton point de vue, et je peux le comprendre, même si je le trouve plutôt réducteur pour Rubī qui reste une leader militaire aguerrie ayant fait ses preuves sur Pomélo plus d'une fois. Ce n'est pas parce que dans ce chapitre plutôt "tranche de vie" je développe leur romance que le personnage ne sert qu'à ça. Rassure toi, son rôle ne s'arrêtera pas à cela :wink:

Ared Tekenshi a écrit:Herr Kénéral Imate…
Lecteur Ared Tekenshi au rapport ! :D

Que dire à part un énorme merci pour ce commentaire, ça fait vraiment plaisir à lire ! Trop de compliments pour tout relever, ce qui n'est pas pour me déplaire bien sur^^

Vraiment, c'est très plaisant de voir que les détails, ou même la mise en page que j'essaye de rendre un tant soit peu originale pour que la lecture soit moins monotone, sont appréciés par les lecteurs. De même que de savoir que les personnages originaux de la fics attirent votre intérêt !

Pour ce qui est des tirets entre les noms et suffixes honorifiques, il me semble que tu n'es pas le premier à me le faire remarquer. Si le rendu dérange vraiment plusieurs personnes, je peux tout à fait songer à ajouter un trait d'union, ça ne mange pas de pain.

Ared Tekenshi a écrit:Et au passage (tant que j’suis ici) : bon début cette histoire avec TenShinHan ! A voir ce que ça va donner au prochain chapitre.

Merci beaucoup également pour ceci ! J'ai eu envie de me lancer dans une autre petite fic, sans doute plus courte, en parallèle de celle-ci. J'espère attirer quelques curieux, même si pour le moment ça ne déchaîne pas les foules :mrgreen:

Quoi qu'il en soi, ravis de vous compter dans les rangs de mes lecteurs, Ared Tekenshi-san :D

Et un grand merci à vous tous comme toujours ! Vous êtes géniaux !
« Un Général...ne doit jamais faillir à son devoir »

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(Portrait de Danmarine par Kouki)
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(statut : en cours ; 31 chapitres publiés ; chapitre 32 en cours d'écriture)
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Re: Dragon Ball Extended Universe : Les Chroniques d'une Gue

Messagepar Imate le Ven Août 03, 2018 20:37

Chapitre 26 : «C'est eux qui avaient toute l'eau»


Il est en retard...

Assis à même le sol recouvert d'un sable brûlant, vêtu d'affreuses guenilles en lambeaux, et enchaîné aux poignets comme aux chevilles, l'homme aux cheveux verts coupés très court essuya la sueur perlant à grosses gouttes sur son front.

Venant du plafond, en réalité, de plusieurs mètres au dessus de lui, les hurlements d'une foule en délire se firent entendre, tandis que l'alliance des tambours et des pieds de milliers de personnes tapant sur le sol firent vibrer l'ensemble de la structure, provoquant de notables chutes de sable sur l'individu.

Frottant ses pieds sales dans le sable, agitant ses chaînes en guise d'ambiance sonore de bagne, à défaut d'avoir un harmonica sous la main, le prisonnier tentait de s'occuper l'esprit comme il le pouvait, malgré les indésirables effets du temps et de la chaleur qui commençaient à peser plus lourd encore que le boulet relié à sa jambe droite.

À gauche, un mur, couvert de sang et de sable.

Au sol, ses pieds, pourvus d'ongles bien trop noircis par la crasse pour qu'il n'ose les regarder.

À droite, un mur, couvert de sang et de sable.

À quoi bon chercher, il avait déjà scruté par cent fois le moindre recoin de cette insalubre cellule. Regarder devant lui était aussi bien.

Ainsi, le front luisant, les traits ternis par la fatigue, le prince releva la tête – qu'il posa contre le mur derrière lui, couvert de sang et de sable – et fixa face à lui les barreaux de la cage le retenant captif. Loin de son habituel beauté légendaire, dépossédé de sa perle autant que de sa longue chevelure, Zarbon vivait ces « premières fois » qui nous attendent tous dans une vie, mais auxquelles il aurait aimé échapper encore un peu.

La faim.

La soif.

Et cette insupportable sensation de ne pas être plus propre que l'un de ces bohémiens qu'il avait toujours exécré, qu'importe si leur musique pouvait trouver grâce aux yeux de son frère autrefois.

Tout cela n'avait plus d'importance.

De toute façon, l'heure n'était plus ni à la réflexion ni au désarroi. Car il était finalement arrivé.

Oh pas le grand faucheur, ça non, à moins qu'il eut été raccourci de quelques têtes et n'ait troqué sa longue robe ténébreuse pour un extravagant uniforme de cosmonaute.

-Je te trouve enfin, j'ai bien cru devoir fouiller toutes les cellules avant de te trouver.

-Tu es en retard...

Plus en forme que ne le laissait penser son état, le Pomélo-seijin se leva soudainement en soulevant ses chaînes, craqua son cou de gauche à droite à l'aide de l'une de ses mains, et acheva sa phrase par le nom de ce mystérieux petit homme, apparemment en retard alors qu'il avait rendez-vous quelque part.

...Jaco.

* * *

Deux semaines plus tôt, Planète Freeza 79

* * *

...et cet espèce d'idiot s'est fait prendre la main dans le sac ! Il avait volé toutes les culottes des filles de la classe pendant la séance de gym sans que personne l'ait vu faire, mais ce crétin a tellement saigné du nez qu'il a perdu connaissance pendant sa fuite !

Sur le chemin du retour, le petit groupe d'ami riait aux éclats en écoutant Ginyu relater les pitreries perpétrées par Guldo durant l'après-midi, et comment Barta avait du l'aider à s'enfuir.

-Guldo est vraiment irrécupérable, faire encore ce genre d'idioties à notre âge...

-Non mais écoutez le celui là, «notre âge» ! Je te rappel qu'on a presque tous quatorze ans, toi et Reacum vous en avez que douze, alors viens pas la ramener !

-Et alors, c'est pas ça qui m'empêchera de te mettre une raclée, Jheese !

«Mais...je n'ai rien dit du tout moi !» se défendit innocemment le jeune roux alors que ses deux amis se mesuraient encore l'un à l'autre comme presque chaque jour.

-Bon vous deux, quand vous aurez fini de batifoler, on pourra peut être reprendre la route.

«Qu'est-ce que t'as, Naeko ? T'es jaloux ou quoi ? T'en veux aussi ?» demanda le jeune Kiwi d'un ton farceur et taquin au blondinet que se sentit immédiatement gêné par cette remarque déplacée.

-Quoi ? Pas le moins du monde, pourquoi les petites gens prennent toujours leurs désirs pour des réalités ?

Se chamaillant, illuminant la ville de leurs rires enchanteurs, les camarades de classe poursuivirent leur chemin dans les rues de la capitale au sol tapissé de rouge, d'or, et même d'ambre.

Le début de la saison automnale marquait celui des premières vacances de l'année scolaire. Comme à la veille de chacune d'elles, les jeunes adolescents prévoyaient tout un tas de projets extraordinaires à accomplir ensemble durant les deux semaines à venir. Projets qui bien sur ne voyaient jamais le jour, ces garçons restant surtout chez eux des jours durant à flemmarder, et le dernier à rattraper deux semaines de devoirs en vingt-quatre heures.

Au long du trajet, le petit groupe décroissait. D'abord quitté par Reacum, attendu à son cour de danse – ou plutôt de boxe, pour ses amis – puis par Ginyu qui devait retrouver ses deux comparses au parc pour régler l'affaire urgente dont toute l'académie avait déjà eu vent.

Jheese, Naeko, et Kiwi poursuivirent ensemble, traversant le marché toujours si actif. Animé par cette même musique pittoresque, humant encore ces mêmes senteurs d'épices, de fleurs, de savons, de produits frais et de pain chaud tout juste sorti du four en pierre du boulanger du quartier, toujours tenu par ces mêmes marchands que Kiwi connaissait maintenant tous ou presque à force de le traverser chaque jour. Voilà bien une chose qui n'avait pas changé ces dernières années.

-Au fait Naeko, cette nana avec qui tu parles depuis la rentrée, ça avance ?

Plutôt blasé par la question de l'ancienne star de Fluxball, le petit blondinet qui tenait sa veste de costume et son sac à la main par dessus son épaule, la seconde étant réservée à sa poche, se contenta d'une réponse évasive. Ce n'est qu'à force d'insistance qu'il daigna délier sa langue.

-Si tu veux tout savoir, elle est venue chez moi avant hier. Je n'étais pas très emballé à l'origine, au final c'est mon oncle qui m'a convaincu de l'inviter chez nous pour faire connaissance. Voilà, tu sais tout.

Persuadé de ne pas «tout savoir», le petit Brench-seijin, la tête toujours décorée de sa casquette fétiche, s'arrêta juste devant Naeko qui manqua de trébucher en avant par surprise tant celui-ci n'était pas concentré sur la route à cet instant. Même s'il lui demanda effectivement d’où venait ce sourire malsain, Naeko savait très bien quelles pensées lubriques se cachaient derrière.

-Hihi...tu l'as serrée, hein ? Avoue !

-Quel rustre...je ne «serre» personne, Jheese. J'ai reçu une éducation un tantinet plus fine que celle d'un yankee lanceur de balles.

-Ooooh ! Mille excuses votre altesse ! Permettez moi de reformuler la question dans ce cas. Ahem...avez vous...

-Inutile d'insister, tu perds ton temps.

-Tu veux dire que tu me diras rien ?

-Non, je veux dire que tu auras beau t'évertuer à faire montre d'un langage soutenu, les mots dans ta bouches auront toujours le niveau de raffinement d'un Durian-seijin.

Autant amusé par la répartie aiguisée du jeune noble que par la soudaine colère de Jheese qui le fit paraître plus rouge encore qu'il ne l'était au naturel, Kiwi se trouva hilare, riant, riant aux éclats. Au fond, les choses n'avaient pas tant changé. Mais elles étaient pourtant si différentes à la fois.

Finalement, le trio arriva devant l'appartement de Danmarine, ou plutôt celui de Kiwi désormais. Après quelques minutes de leurs sempiternelles conversations ponctuées d'autant de petites piques affûtées que de fou-rires, le Brench-seijin annonça qu'il devait partir, car «lui en tout cas allait serrer». Envolé avec le plus de boucan possible pour fanfaronner devant ses camarades, Jheese abandonna les deux garçons.

-Je n'arrive pas à croire que je côtoie Ginyu et sa clique. Quand il n'y avait que toi, je pouvais gérer, mais vous tous en même temps, je crois que c'est au dessus de mes forces.

-Hahaha ! Je sais qu'au fond tu nous aimes bien, tu veux juste pas t'avouer tes sentiments !

-Tu surestimes votre capital sympathie, si tu veux mon avis.

-C'est plutôt toi qui le sous-estime, on a quand même eu un sacré effet sur toi. Il s'est bien ramolli le petit richard qui la jouait froid et distant !

Froissé dans sa fierté de jeune comte, Naeko attrapa sèchement son ami par le col de son armure – le garçon préférant conserver un accoutrement militaire contrairement au reste de ses camarades – et le défia de prononcer un mot de plus.

-Hé, sinon quoi ?

Voyant ce petit air suffisant et ce sourire provocateur sur le visage de Kiwi, Naeko se trouva soudainement hésitant, et décida finalement de passer l'éponge, lâchant le garçon qui retomba sur le fessier.

-Tss...tu as le don de me rendre fou...

-Tu vois ? Tu t'es ramolli.

Lassé des railleries du petit Actinidia-seijin, bien que loin d'être aussi vexé qu'il voulait le faire croire, le jeune blond coupa court à la conversation, et prit le chemin du retour, en direction du manoir de son oncle, sans oublier de saluer son ami en partant, mais sans se retourner pour autant, affichant un semblant de rancune surjouée qui fit simplement sourire Kiwi, avant de se relever pour entrer chez lui.

Élevé aux bonnes manières par son frère, la première chose que fit le garçon en entrant dans cette maison vide fut d'enlever ses chaussures. Première destination, la cuisine, et plus précisément le réfrigérateur, un arrêt incontournable pour lui qui se trouvait toujours assoiffé après une après-midi entière d'exercices physiques. Une moitié de bouteille de jus de jogan plus tard, Kiwi, enfin désaltéré, gagna sa chambre se trouvant à l'étage, ou il put déposer son sac, avant de s'avachir mollement sur sa chaise de bureau, les mains croisées derrière la tête, face à la fenêtre faisant face à un imposant arbre demi centenaire, et d’où il pouvait observer une pluie multi chromatique de feuilles d'automnes embellissant la ville plus encore que les neiges hivernales pourtant chères à son cœur.

Derrière cet écran de feuilles portées par le vent, très loin au dessus des branchages de ce vieil arbre, une multitude de navettes entrant et sortant de l'espace aérien de la ville décorait la voûte céleste. Mais aucun d'eux n'était celui que Kiwi attendait.

Bien plus haut encore, trop loin pour que Kiwi ne puisse l'apercevoir, une petite navette monoplace transportant un caisson sécurisé allait faire son entrée dans la mésosphère de Freeza 79, le pilote demandant encore l'autorisation d'accès après avoir transmis ses codes d'identification.

Code d'identification confirmé, permission d'atterrir sur la plate-forme 2/2/5/7 de l'astroport de la capital. Bon retour chez vous monsieur.

«Chez moi, si on veut, oui.»

Après avoir coupé le canal de communication, Zarbon regarda la ville commençant à lui apparaître après avoir traversé le barrage de cumulus qui lui obstruait la vue. Un sentiment bien étrange que celui qui l'envahissait à cet instant. Rentrer chez lui, voilà bien quelque chose qui ne définissait pas pour lui son retour sur Freeza 79. Et pourtant, il aurait été malhonnête de sa part de prétendre ne pas être heureux d'y revenir après deux semaines d'absence.

«Eh là dedans ! On est arrivés, alors tâche de te tenir tranquille à partir de maintenant, compris ?» ordonna le jeune officier de police en tapant derrière lui sur la paroi séparant son cockpit de la cargaison qu'il transportait. À son bord se trouvait, plongé dans l'obscurité la plus totale, un homme massif au visage carré et au nez légèrement crochu. La peau mate, presque orange, et ses longs cheveux bruns coiffés d'une épaisse natte, l'imposant prisonnier immobilisé par une camisole renforcée se caractérisait surtout par la boucle doré qu'il portait à l'oreille gauche, et par sa cicatrice en croix marquée sur sa joue droite, chevauchant à moitié son menton protubérant.

Manipulant toujours aussi habilement les commandes de son vaisseau pour manœuvrer durant l'atterrissage, Zarbon poursuivit son monologue, se doutant pourtant bien que son unique interlocuteur ne devait lui prêter aucune attention.

-On s'arrête ici pour la journée, et nous repartons dès ce soir en direction de la planète Nutts, la planète prison. J'espère que le programme te convient.

Alors qu'il pénétra enfin dans l'espace aérien de la ville, sa radio, en recevant la fréquence local, s'alluma soudainement pour sa plus grande surprise, manquant de provoquer un carambolage avec le vaisseau traversant le couloir aérien voisin. Remis de ses émotions, le prince aux cheveux longs approcha son doigt du bouton de l'appareil, avant de s'arrêter net en entendant ce que Kiwi écoutait lui aussi au même moment dans sa chambre.

Cela fait plusieurs mois que nos unités sur Ikonda n'ont donné signe de vie. La coque naturelle qui ceinture la surface de la planète sur ses deux tiers empêche à la fois nos communications ainsi que le déploiement efficaces de nos forces.
Aux dernières nouvelles, le Général Danmarine et ses hommes sont sortis victorieux de l'attaque de la cité sous-marine de Daikon, au prix de très lourdes pertes. Toutes nos transmissions ayant été interrompues suite à la prise de la ville immergée, le sort de cette unité reste inconnu.
D'après un communiqué du Gouverneur Sorbet, il n'est prévu d'envoyer aucun soutien tactique sur place du fait des débordements actuels que subissent nos forces sur les planètes frontalières de l'Empire.
Selon nos envoyés spéciaux, le Général Rōku continue de repousser avec poigne l'invasion des forces ennemies de...


Submergé d'informations, Zarbon se décida à éteindre sa radio et à terminer de poser sa navette. Celle-ci amenée à bon port, l'officier de police enclencha l'ouverture de son sas, et sortit de la navette d'un élégant bond. Une fois ses ordres donnés aux agents en postes, notamment de lui apporter son vaisseau au quartier général à la fin de la journée, il quitta l'astroport sans plus attendre, laissant ceux-ci s'occuper d'emporter le cube de confinement jusqu'au département haute sécurité de la tour académique et militaire qui se trouvait en son sous-sol.

À l'opposé total du bureau du gouverneur Sorbet, trônant au sommet de l'édifice démesuré derrière ce bureau de marbre absurdement grand, son siège tourné vers la large baie vitrée offrant au petit être bleu la plus belle vue qu'il était possible d'avoir sur la capitale, et le dos faisant face à son homme de confiance venu délivrer son rapport quotidien.

-Je n'arrive pas à croire que la situation soit aussi critique. Jamais notre empire n'a connu pareille crise. Si Freeza-sama réalise que la situation nous échappe, je n'ose imaginer quel châtiment nous sera réservé...

-Dans ce cas, tâchez d'imaginer celui qui nous sera réservé s'il venait à apprendre que nous avons joué un rôle dans cette débâcle. Byōna commence à avoir des soupçons à notre sujet. S'il découvre la moindre preuve de notre alliance avec...

« Ferme-la sale pleutre ! » interrompit sèchement le politique corrompu, pourtant visiblement une proie de bien meilleur choix pour la peur que ne l'était Tagoma, qui s'efforçait de demeurer serein malgré la situation et les remarques incisives de son supérieur.

-Il est trop tard pour regretter nos actes. Garde un œil sur la situation actuelle et averti moi à la moindre fluctuation, c'est clair ? Si les choses nous échappent, nous devons pouvoir réagir vite...

-Et pour ce qui est de Danmarine ?

-Cet imbécile nous a servi d'écran de fumée pendant un temps quand les services secrets le soupçonnaient encore à cause de son passé. Mais les doutes pesant sur lui ont fini par s'estomper devant le manque de preuves, nous n'aurions peut-être pas dû le couvrir autant. Dorénavant, il ne nous est plus d'aucune utilité. Si il pouvait mourir sur le champ de bataille en emportant avec lui tout ce qu'il sait nous concernant, nous aurions un problème en moins à régler.

Au fait de la situation critique de l'Empire, Kiwi, qui se balançait sur sa chaise, avait pourtant ses propres préoccupations préfigurant en haut de sa liste de priorités. Faire défiler sur son écran d'ordinateur les photos de son frère et lui fut un temps une consolation, avant de ne devenir qu'un supplice qu'il ne pouvait s'empêcher de s'infliger jour après jour depuis son départ. Arriver finalement à une photo de classe sur laquelle lui et ses camarades riaient aux éclats fut une libération. Un regard attendri posé sur ce tableau de joie, le jeune garçon se surprit à sourire.

«On peut savoir ce qui te fait sourire à ce point là ?»

Pris de surprise, cette fois par un autre, l'Actinidia-seijin manqua de faire chavirer sa chaise, bien peu stable sur ses deux pieds arrières, à cause de cette voix qui venait de l'autre côté de la fenêtre. Une voix émanant du garçon qui quitta soudainement sa cachette en haut de l'arbre, se laissant tomber sur les fesses directement sur l'épaisse branche faisant face à la fenêtre de la chambre.

-Jheese ? Qu'est-ce que tu fais là ? T'avais pas un rencard ?

«J'ai menti», avoua-t-il sans honte en se pendant la tête en bas tourné vers son interlocuteur.

-J'étais juste jaloux que Naeko voit autant de filles...

-Quoi ? Tu veux dire que...tu t'intéresses à lui ?

-Mais t'es à côté de la plaque mon pauvre ! Je m'intéresse surtout aux minettes qu'il fait craquer sans sourciller alors que moi je me tue à la tâche ! Sérieux, c'est moi la star, je devrai être bien plus populaire que lui...

-Tu crois vraiment qu'il voit tant de filles que ça ?

-J'en suis même sur, suffit de voir avec qui il traîne ! Et pendant ce temps là nous on mijote dans notre célibat comme deux foutus cornichons dans un bocal. Avoue que toi aussi t'es jaloux !

-Ptet bien, ouais...

-Il a forcément un secret ! Ce soir, on s'introduit chez lui, et on trouve ce qu'il cache ! Tu me suis ?

«Pénétrer chez quelqu'un par effraction est passible d'une lourde peine sur ce système, je me verrai obliger de vous arrêter jeunes gens.»

Soudainement dérouté et pris de panique, Jheese perdit l'équilibre, tombant de son perchoir en hurlant que l'idée venait de Kiwi, avant de se souvenir qu'il pouvait voler pour arrêter sa chute, juste avant de heurter le sol, se posant nez à nez avec l'agent de police à la peau bleutée que Kiwi interpella d'une voix enjouée lorsqu'il l'aperçut depuis sa fenêtre.

-Zarbon-san !

* * *

Bordure de l'Empire, Planète Freeza 82

* * *

Sur une planète désolée, ou les pluies de feuilles colorées de Freeza 79 laissaient place à de terribles pluies acides, ou les jungles luxuriantes entourant la capitale n'étaient ici que des terres sèches et stériles, et ou la paix s'était vu troquée contre la guerre, un camp de base de l'armée impériale s'était établie non loin d'une zone sensible ou les affrontements faisaient rage.

À l'intérieur d'une tente faite d'un tissu inoxydable, des hommes affectés tant pas les combats que les conditions difficiles de la planète se reposaient sur leurs lits de fortune, tandis qu'un petit officier à l'épaisse barbe étudiait la situation à partir de nombreux plans et cartes étalés sur sa table. Chacune des personnes présentes s'était vue octroyer un masque respiratoire, nécessaire à la plupart des êtres vivants pour survivre sur cette planète. Ce n'était cependant pas le cas de l'homme imposant qui pénétra dans la tente, la tête seulement couverte d'une capuche pour le protéger de la pluie. Une protection vaine à en juger par les trous apparaissant un peu partout sur sa cape déjà en piteux état.

-Bon retour à vous, Général Rōku. J'ignore comment vous pouvez survivre là dehors sans équipement. Je ne tiendrai pas une heure à l'extérieur de cette tente.

-Ma composition n'a rien à voir avec celle d'un pauvre gratte-papiers dans ton genre, Kashū.

-Toujours aussi rude à ce que je vois.

«Qu'on m'explique ce que Freeza-sama trouve à cette planète pour nous envoyer la défendre face aux envahisseurs.» se demanda à haute voix le Général félin en retirant sa tunique avant de s'attabler avec le petit homme à la pilosité développée.

-Paraît-il que le peuple qui a vécu sur cette planète possédait des artefacts capables de rendre immensément puissants leurs porteurs. Je ne vois pas ce qu'un homme aussi puissant que Freeza-sama peut avoir à faire de ce genre de magie, mais j'imagine qu'il cherche à se l'approprier avant qu'un autre ne le fasse.

-Je sais déjà tout ça, la fameuse légende du peuple de Hera. Satsu l'évoquait souvent quand il buvait un peu trop. Autant dire pratiquement tout le temps. Ce que je ne comprend pas, c'est pourquoi l'Empereur croit à de telles sornettes.

-Allez savoir. Lui et son père se sont toujours intéressés au domaine du mystique et de l'occulte. Moi qui pensais que les hommes puissants étaient terre-à-terre.

-En tout cas, ce n'est pas avec de la magie que l'on réussira à tenir en respect l'ennemi plus longtemps. Et l'arrivée d'un nouveau Général ennemi n'a fait qu'empirer les choses. Atlas et ses hommes ont réussi à forcer trois de nos barrages en seulement deux semaines.

-Avec leurs armures en revêtement intégrale, les soldats ennemis résistent bien mieux aux conditions environnementales. Je me tue à en parler au haut commandement, mais que voulez vous, personne ne tient compte des supplications d'un pauvre gratte-papiers dans mon genre.

Préférant déguster la boisson chaude et revigorante qui venait de lui être apportée plutôt que de répondre aux sarcasmes de son fidèle mais non pas moins présomptueux officier, Rōku écarta sa remarque pour se tourner vers d'autres problèmes.

-Nous manquons surtout d'effectifs. Si cet imbécile de Sorbet se décidait à envoyer des renforts sur les fronts fragilisés, nous réglerions le problème en moins de temps qu'il n'en faut pour dire «Actinidia-seijin».

-Pour cela il aurait fallut commencer par rapatrier les unités accaparées par des opérations de conquête pour nous concentrer sur la défense. Mais le gouverneur n'a pas l'air de cet avis.

Alors que Rōku enlevait son armure – fortement entamée par l'acide – afin de la remplacer par une neuve, il rebondit sur cette réflexion qui immédiatement lui fit penser à un sujet des plus sensibles.

-À propos, qu'en est-il de la situation sur Ikonda ? Les forces de Danmarine seraient un réel regain pour nos troupes.

-Hélas, aucune nouvelle à ce jour, et Sorbet-sama ne compte leur envoyer aucun renfort. J'ai l'impression qu'il ne sait plus comment gérer cette situation.

Bien sur, il était naturel de penser ainsi, de supposer qu'il s'agissait d'une maladresse stratégique liée à la situation critique difficilement gérable, d'une peur de fragiliser les défenses en mobilisant une partie de celles-ci pour une mission de sauvetage risquée.

Mais Rōku n'était pas dupe. Au courant de bien des choses. Bien des choses qu'il aurait préféré ignorer. Bien des choses qui le conduisaient à croire que la décision de Sorbet était plus réfléchie qu'il n'y paraissait.

Sa nouvelle armure sur le dos, une tunique neuve par dessus son plastron, et une capuche en parfait état couvrant sa tête, la massive panthère noire regagna l'extérieur, mettant un terme à sa conversation avec son officier, qui se rendit compte qu'il parlait seul depuis déjà plusieurs secondes, ce qui finalement n'était pas si rare avec son Général au caractère imprévisible.

Dehors, à quelques pas du campement, le Général Rōku se tenait au bord d'un gigantesque précipice donnant vue sur les ruines d'une cité ancienne reposant en contre-bas. Ni la pluie acide ni l'air partiellement toxique de la planète anciennement connue sous le nom de Hera ne semblaient faire vaciller la volonté du fauve à l’œil gauche balafré, qu'il entrouvrit pour laisser sa pupille blanchie par la cécité respirer quelque peu, elle qui de toute façon ne pouvait souffrir de l'horrible spectacle se tenant devant lui.

Celui des milliers de cadavres de camarades morts au combat, jetés et entassés en bas de la colline d’où il se tenait, brûlés par l'acide, et noircis par leur sang putréfié. Alors que faisait route vers eux depuis l'horizon l'immense armée porteuse d'un message de mort.

* * *

Cœur de l'Empire, Planète Freeza 79

* * *

Tu transportes un criminel super dangereux, c'est vrai ?

En route pour la tour académique, en compagnie de son protégé et son camarade – tant captivés par les récits du policier qu'ils ne rebutaient pas à refaire le chemin inverse en direction de leur école avec lui – Zarbon prenait un réel plaisir à narrer la manière dont il avait secouru la veuve et l'orphelin puis arrêté le terrible malfrat activement recherché depuis plusieurs semaines.

-Je fais une escale ici pour des raisons administratives, puis je le conduis sur Nutts, une planète neutre peuplée principalement de ferrailleurs, qui conserve son indépendance des lois impériales, en échange de quoi nous l'utilisons comme planète prison.

-Hé ! Hé ! Comment il est ce tueur méga dangereux ? Je pari qu'il fait super peur !

-Tu lui as déjà demandé, Jheese ! Évidemment qu'il fait peur, tous les criminels font peur !

-Et bien, si vous voulez tout savoir, il me ferait presque penser à Dodoria, enfin avec une apparence plus humaine.

Passés les rires que provoqua cette comparaison peu flatteuse pour l'une et l'autre des parties à cette moquerie, vint l'inévitable silence causé par l'absence de l'intéressé et de ceux l'accompagnant.

-Même s'il a mauvais caractère, Dodoria-san me manque. Ranfu-san aussi. Et mon frère...

«Ne t'en fais pas», rassura l'ancien prince en caressant le dessus du crâne du jeune homme, alors que le trio s'arrêta au pied de l'escalier rouge menant à la tour.

-Je suis certain qu'ils vont bien. Ton frère n'est pas du genre facile à battre, et ça je suis bien placé pour le savoir. Dodoria a la tête fichtrement dur, il ne démérite pas son surnom. Et j'ai rencontré peu d'hommes aussi sage que Ranfu. À eux trois, je suis persuadé qu'ils s'en sortiront. Le plus grand danger qu'ils puissent rencontrer là bas reste Rubī, tu ne crois pas ?

Mêlant larmes de peine et de rire, les yeux de Kiwi s'illuminèrent à nouveau, sous le sourire de son ami aux longs cheveux blancs.

-C'est ici qu'on se sépare, je dois régler quelques formalités, puis j'emmène le fauteur de troubles. Je reviendrai vite, c'est promis.

Une fois ses au revoir achevés, Zarbon gravit les marches en laissant là les garçons qui le regardèrent partir ensemble. Mais alors que Kiwi souriait sincèrement de joie grâce aux paroles réconfortantes de celui qu'il voyait aujourd'hui comme un membre de sa famille, le sourire de Jheese, lui, semblait davantage de nature malicieuse.

-Non mais t'as entendu la même chose que moi nan ? Un criminel super méga dangereux, une mission top secrète de la police galactique, une planète prison pleine de tueurs et de mecs flippants ! C'est pas genre super cool ?!

-Arrête un peu avec tes «super», et je crois pas qu'il ait parlé d'une mission secr...

«On s'en fou joue pas sur les mots !» interrompit vivement le fluxballer surexcité à l'idée d'annoncer ses plans à son ami.

-Tu dis toi même qu'on se fait toujours chier pendant nos vacances ! Et ben là voilà l'occasion rêvée ! On va partir avec lui pour emmener ce criminel en taule ! Si ça se trouve on devra se battre contre d'autres prisonniers là bas, t'imagines un peu le délire ?

-Je suis pas sur que Zarbon-san accepte de nous emmener avec lui, c'est pas...

-Héhé ! Qui a parlé de lui demander l'autorisation ? On a juste à attendre cachés pas loin, et quand il vient pour embarquer, on se faufile à l'intérieur !

-Je sais pas Jheese, ça me fait pas tellement rêver ton histoire, y'a quoi d'intéressant à voir dans une prison ? Tout ça, si tu veux mon avis, ça sens le plan foireux.

-Oh aller quoi ! Je suis sur qu'on va bien se marrer ! Et t'imagines si au retour de vacances on raconte à tout le monde notre aventure sur une planète prison avec un policier et un super criminel ? Si avec ça on fait pas craquer les filles, je sais pas ce qu'il leur faut !

-Tu veux dire que c'est ça le but de ton super plan ? Raconter des histoires bidons pour plaire aux filles ?

-Déjà, c'est moi qui dit «super», pigé ? Et puis fais moi confiance, y'a rien de tel que des histoires d'aventures pour se rendre intéressant ! On va quand même pas laisser à Naeko le monopole de la drague ? Alors, t'es partant ?

Hésitant bien que peu convaincu par l’argumentaire douteux de son ami, Kiwi resta sans réponse, laissant déblatérer le Brench-seijin pendant qu'il réfléchissait à cette proposition en pesant le pour, et le contre qui lui paraissait bien plus lourd.

* * *

Espace neutre, Planète Ikonda

* * *

En dehors de l'Empire, de l'autre côté de la bordure actuellement en proie au chaos, au beau milieu d'un territoire neutre ou les lois impériales n'ont aucun pouvoir, se trouvait l'une des planètes les plus singulières de l'univers.

Enveloppé sur plus des deux tiers de sa surface par un cocon protecteur blanchâtre, semblable à la coquille d'un œuf sphérique percée en un point autour duquel ses débris gravitaient, l'astre avait ainsi pu échapper à l'envahisseur pendant plusieurs millénaires avant qu'un corps céleste ne percute son cocon il y a de cela près de deux siècles, ouvrant une brèche servant aujourd'hui de voie à Freeza.

Aux abords de l'étrange planète s'était installé un blocus empêchant le passage de vaisseaux ennemis, et bloquant ainsi la route de potentiels renforts.

Une fois l'unique passage de la coque protectrice franchi, et l'épais nuage de gaz céleste traversé, il restait encore plusieurs milliers de kilomètres avant d'atteindre finalement la surface de la planète la plus inaccessible de la galaxie : Ikonda.

Un monde aux cités technologiquement plus avancées que n'importe quelle ville de l'Empire, chacune reliée par des routes aériennes sur lesquelles circulait le Skyline Sphere, le transport en commun le plus rapide et le plus sûr de la planète, à l'apparence d'un cocon de verre. Ces autoroutes célestes traversant les immenses plaines aux teintes de vert mélèze et de bordeaux à la végétation tropicale et luxuriante, au beau milieu desquelles trônaient par centaines d'immenses glaciers à l'existence en désaccord total avec le climat tempéré de la région.

Des étendues sauvages, parcourues par une faune aussi étrange et spectaculaire que la flore. Des créatures aux pelages multicolores, aux tâches de formes irréelles, certaines pourvues de bois de cristal reflétant la lumière du soleil passant par la brèche du cocon, d'autres dotées d'une dizaine de queues fouettant l'air dans la course effrénée de leur porteur.

Cette nature indomptable, évoluant dans une harmonie utopiste avec les cités modernes des Ikonda-seijins, au milieu de laquelle s'était égarée une unité de l'armée de Freeza, composée d'à peine une dizaine d'hommes, aussi apeurés qu'affamés, en proie au désespoir, mais aussi à la fatigue qui les poussa à s'installer prêt d'une énorme plante à la tige brune supportant un large grelot turquoise fluorescent accompagné de nombreuses versions réduites.

-Lieutenant, on marche depuis des jours, on a perdu la moitié de nos hommes, et si on continue d'errer le ventre vide on risque de vite les rejoindre.

-Si ta seule aptitude de terrain est de geindre, je peux t'y envoyer sur le champ !

Épuisé et à bout de nerf, le lieutenant au physique de phacochère anthropomorphique, grognant et pestant contre ses hommes en expirant bruyamment par son groin, n'avait plus la patience des les écouter se plaindre de manques dont il était le premier à souffrir. Son canon à flux brachial portatif braqué sur le soldat plaintif, le porc qui soutenait ses hommes depuis leur arrivée sur Ikonda il y a de cela trois ans en leur insufflant de son mieux la motivation pour laquelle il était réputé, n'était plus capable de distiller en eux que le doute et la crainte.

-Lieutenant ! Gardez votre calme !

-Fermez-là ! C'est moi qui donne les ordres ici bordel ! Vous croyez pouvoir faire mieux que moi ? Je n'ai cessé de faire de mon mieux depuis mon arrivée ici, pour motiver mes hommes malgré la terreur qui les envahissait à la simple évocation d'Ikonda ! Pour les rassurer quand nous traversions cet enfer ! Pour les réconforter après chacune des défaites qui m'ont coûté presque l'intégralité des soldats placés sous ma responsabilité ! Mais est-ce qu'un seul d'entre vous, tas de pétochards, a ne serait-ce qu'une fois essayé de me soutenir ?! Au lieu de perpétuellement vous plaindre !

Face à la crise de fureur de leur supérieur, les soldats apeurés tentaient tant bien que mal de le ramener à la raison, voyant bien que leur camarade, avachi contre l'étrange plante et dans la ligne de mir du canon du lieutenant, était tétanisé et au bord de l'évanouissement. Un état qui ne s'arrangea pas lorsque le phacochère arma son canon, prêt à faire feu.

Canon aussi tôt braqué sous son propre menton.

-Allez tous vous faire foutre !

Les yeux cachés par leur propre mains, seul l'écho du tir raisonnant dans la plaine, et l'envol des oiseaux présents aux alentours, alertèrent les militaires que le coup était bien parti.

Lorsqu'il rouvrirent les yeux, une fois les effets du retour de lumière passés, se dessina alors devant eux leur lieutenant, étalé sur le sol de tout son long, du sang sur le visage.

Ainsi que devant lui, accompagné d'une dizaine d'autres soldats, l'homme qui l'avait sauvé in extremis en déviant la trajectoire de son arme, avant de l'envoyer au sol d'un violent crochet du gauche.

Vêtu d'une armure couverte d'un long poncho de couleur sombre, tranchant drastiquement avec le rouge vif de sa longue chevelure.

-Capitaine Ranfu !

-Vous me devez des explications, lieutenant. Mais je m'occuperai de votre cas plus tard, avec ce tapage, l'ennemi vous a probablement repéré. Vous êtes chanceux de vous être trouvé non loin de mon unité.

À peine arrivé, faisant preuve d'une autorité et d'une prestance irréprochable, le capitaine nouvellement bombardé pris les choses en main sans tarder, organisant la fusion des deux unités et la préparation de la prochaine opération.

-Avant toute chose, prenez le temps de vous ravitailler, mes hommes vont distribuer des rations, mais nos ressources sont limitées, alors tâchez de faire preuve d'abnégation afin de permettre à chacun de vos camarades de se ressourcer. Est-ce bien clair ?

Peu attentifs, et incertains d'avoir saisi chaque mot du capitaine, les soldats d'infanterie se jetèrent sur la nourriture distribuée, allant jusqu'à la dévorer animalement à même le plastique pour les plus affamés du lot. L'un d'eux, plus intelligent et surtout plus assoiffé, préféra s'approcher de la source se trouvant au pied du glacier pour se désaltérer.

«Je ne ferai pas ça si j'étais toi», stoppa immédiatement le roux au grand dam de ce soldat fortement déshydraté.

-Ce n'est pas de l'eau que tu t'apprêtes à boire, mais une forme semi liquide d'azote. Sa densité différente d'un liquide classique l'empêche de se mélanger avec l'eau de pluie, qui gèle une fois sa surface atteinte. C'est en s'accumulant durant des millénaires que ces glaciers se sont formés au beau milieu de ces plaines printanières. Ingères-en une seule goûte, et c'est la mort assurée.

Le visage bleui par la peur – lui qui d'habitude arborait un magnifique teint jaunâtre – le sergent s'éloigna de la source en rampant à défaut de pouvoir se tenir sur ses jambes tremblotantes, espérant ne pas arriver trop tard pour avoir de l'eau.

-Je vois que vous êtes bien renseigné sur les singularités de cette planète, Capitaine.

-Si vous voulez survivre en territoire hostile, vous devez apprendre à le connaître aussi bien que votre planète natale. C'est un enseignement que je tiens du Général Danmarine, et qui m'a sauvé la vie à de nombreuses reprises.

Admiré par ses hommes qui voyaient en lui un exemple à suivre, Ranfu profitait de cet instant de sérénité, ainsi que de la bonne entente qui régnait entre ces deux unités heureuses de se retrouver, et relâcha la pression un instant. Il observait la nature, admirait les plantes et animaux qu'il côtoyait depuis maintenant trois longues années. Cette faune et cette flore qu'il avait appris à apprécier, à connaître, à contempler.

Tant de fois contemplée que le capitaine au vif esprit d'analyse et de déduction qui lui avait valu sa promotion remarqua une irrégularité, une tâche sur ce magnifique tableau.

L'un des cervidés du troupeau en train de paître non loin, le seul d'ailleurs à ne pas brouter, et dont les bois censés arborer un éclat pareil à celui du diamant, lui paraissaient bien artificiels et métalliques en comparaison.

Une coïncidence plus troublante encore associée à la présence de l'étrange oiseau volant dans un périmètre bien précis autour du troupeau, toujours à portée du spécimen suspect avec lequel il partageait ce même regard vide et mécanique.

Tandis que le capitaine avait le dos tourné, trop occupé à essayer de discerner une potentielle menace, l'un des hommes du régiment allié s'était aventuré à grimper le long de la tige de l'énorme plante porteuse de grelots pour cueillir l'un de ces fruits à l'aspect resplendissant.

Une erreur que Ranfu vit trop tard lorsqu'il se retourna et aperçut le benêt en haut de la fleur, alors que les dizaines de grelots bleus laissèrent échapper de leur noyau une intense lumière rouge allant de paire avec le son strident qui en émanait.

Avertir ses hommes était la seule chose à faire. Mais aussi fort qu'il put hurler, il lui était impossible d'arrêter la soudaine chute des grelots.

Une pluie meurtrière qui s'abattit sur les deux bataillons réunis sous la plante – bien trop semblable à une vraie pour que Ranfu ait pu se douter plus tôt de la supercherie – révélant alors la véritable fonction de ces grelots d'apparence si inoffensifs.

Des bombes impitoyables qui emportèrent avec elles l'entièreté des hommes se trouvant dans leur champ d'action, n'épargnant que Ranfu, l'homme avec lequel il conversait, ainsi que l'infortuné revenu bredouille de son oasis rêvé, heureusement encore trop loin de ses camarades à cet instant.

Jusqu'à sa mort, il s'en voudrait d'avoir eu pour première pensée au moment de l'explosion,

« Mais...C'est eux qui avaient toute l'eau... »

Captivé par ce brasier qui se reflétait dans ses yeux, et venait de prendre la vie de ses hommes alors qu'il avait baissé sa garde, rien qu'une seconde, pour la première fois depuis des lustres, le capitaine, émergeant tout juste de cette douce illusion qui le berçait jusqu'à aujourd'hui alors qu'il était persuadé d'avoir tout vu de cet enfer à la technologie évolutive, fut rappelé à nouveau à la réalité lorsque l'un des deux seuls hommes ne lui ayant pas encore faussé compagnie pour aller se blottir dans le confortable linceul de la mort s'écria à gorge déployée,

EN HAUT !!!

À suivre !
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Re: Dragon Ball Extended Universe : Les Chroniques d'une Gue

Messagepar omurah le Ven Sep 07, 2018 20:27

Superbe qualité descriptive ! (s'agissant des planètes s'entend, et de l'ambiance générale du chapitre surtout)

et je valide totalement le titre :mrgreen:

Bon je trouve que la toute fin (le rappel à l'ordre suivi du "en haut") n'est pas à la hauteur de ce chapitre, mais c'est parce que le chapitre était vraiment très cool, que je me dis qu'une conclusion à même de le sublimer eut été la cerise sur le gâteau, là on dirait plutôt que t'as coupé un chapitre qui était plus long que ça à l'origine :mrgreen:
Bon je dis ça avec le sourire parce qu'évidemment, c'est pour chipoter :P
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Re: Dragon Ball Extended Universe : Les Chroniques d'une Gue

Messagepar Imate le Mer Sep 19, 2018 15:56

omurah a écrit:là on dirait plutôt que t'as coupé un chapitre qui était plus long que ça à l'origine :mrgreen:


Pour l’anecdote, tu vas rire, mais tu n'es pas loin de la vérité pour tout te dire :lol:

Je n'ai pas vraiment "coupé" le chapitre en deux à proprement parlé (je n'ai d'ailleurs qu'à peine entamé la suite, faudrait que je trouve le temps de me bouger un peu le fessier :P ), mais j'avais effectivement prévu d'étendre ce chapitre davantage, mais pour des raisons que je ne peux expliciter ici (sinon spoil spoil^^), j'ai préféré l'arrêter à cet endroit et laisser durer un peu le suspens. Je pensais honnêtement qu'une coupure si nette dans le vif de l'action était une bonne idée. Bah, j'aurai essayé ! :mrgreen:

Mais merci de ton retour en tout cas, notamment sur la description, j'avoue avoir bien pris mon pied à décrire la planète Ikonda, ça et la scène du retour de Zarbon :D
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Re: Dragon Ball Extended Universe : Les Chroniques d'une Gue

Messagepar Imate le Sam Déc 08, 2018 21:31

Ce fut long. Ce fut périlleux. Je ne pensais pas en venir à bout. Plusieurs d'entre vous sont sans doute tombés au combat depuis. Mais finalement, nous y sommes. Enfin !

Ouais, fin', voilà quoi. J'ai enfin fini le nouveau chapitre. C'tout.

Du coup bonne lecture à tous :mrgreen:

Chapitre 27 : La chute d'une étoile


En orbite autour de la planète Ikonda, la flotte spatiale de Freeza affrontait les armes de défenses tentant de repousser l'invasion. Armés d'un arsenal chargé de munitions de flux – une invention brillante de l'Empire lui ayant permis de prendre l'ascendant à l'occasion de nombreuses batailles – les navires impériaux faisaient feu dans le but de permettre une percée dans les solides protections mises en place pour leur barrer la route.

Ce qu'ignoraient les Ikonda-seijins, c'est que cette pluie ardente de flux bleuté n'avait pas tant pour objectif d’anéantir leur ennemi que de donner une chance à leurs navettes de transport de passer les boucliers afin d'atteindre la surface de la planète.

Ainsi débuta l'ultime incursion armée sur Ikonda.

À l'intérieur de l'une des navettes étant parvenue à forcer le passage avant d'être désintégrée par la réactivation des boucliers et les bombardements ennemis, un jeune soldat, horrifié à la vue de ses camarades abattus avant même d'avoir pu connaître la gloire de la guerre sur le champ de Mars, terrifié à l'idée de vivre cette gloire sans eux dans quelques instants à peine, et finalement envieux de ce sort semblant si doux et si rapide en comparaison de ce qui l'attendait sûrement là bas, tremblait de tous ses membres, vissé sur son siège, et pris d'une soudaine crise d'hyperventilation.

Une crise qui ne lui fit pas le plaisir d'être fatale, interrompue soudainement par une main qui vint sèchement rencontrer la joue du garçon terrorisé pour le calmer. L'unique main du lieutenant qu'il utilisa ensuite pour essuyer la sueur coulant sur le front du jeune homme à l'aide d'un mouchoir en tissu.

-On se reprend soldat. L'heure n'est pas à la couardise. Vos camarades sont tombés afin de nous permettre de réussir cette mission. Imaginez leur réaction en apprenant qu'ils ont donné leur vie pour un pétochard.

Frappé en plein cœur par les rudes paroles de Ranfu, le soldat reprit ses esprits, cherchant en son for intérieur la motivation et le courage nécessaire pour faire face.

De son côté, posté devant le hublot central de la navette, Ranfu chercha activement du regard le transport dans lequel se trouvaient Dodoria et son Général, ne trouvant apaisement qu'une fois leur navette aperçue. Rassuré, le lieutenant enfila sa tunique brune par dessus son armure de combat, camouflant ainsi son handicap, et fixa la surface d'Ikonda avec détermination.

Ce jour remontait déjà à il y a trois ans.



EN HAUT !!!

Ramené à lui même alors qu'il s'était laissé hypnotiser par la danse des flammes ondulantes du charnier dont la lumière macabre se reflétait dans ses yeux, le capitaine leva soudainement la tête, découvrant alors les dizaines de cargos rectangulaires flottant dans les airs, ouvrant lentement leurs portes pour lâcher sur eux une nuée de guerriers cybernétiques.

Par centaines, les soldats d'Ikonda – des êtres à la peau rouge et visqueuse, au corps presque intégralement couvert d'une armure de métal robotisée à l'exception de leurs bras et de leur tête à mi-chemin entre le reptile et la créature marine – plongèrent impitoyablement sur Ranfu.

Ce dernier ordonna alors aux deux seuls survivants de son unités de rester cachés, décidé à faire face à cette menace seul.

Alors qu'une vague de cyborgs s'écrasa contre le sol, le grand roux esquiva d'un bon en arrière, avant de voir sortir de l'écran de fumée crée par le choc de ces nombreux corps métalliques sur la roche, une seconde vague d'Ikonda-seijins fondant sur lui.

Une fois légèrement élevé à l'aide d'un kikoha pourpre qu'il tira vers le bas, le capitaine se réceptionna à la surface de ce véritable serpent d'acier formé par l'amas de guerriers modifiés, et surfa sur celui-ci, la tunique et les cheveux au vent, alors qu'il continua sa course imprévisible plusieurs secondes encore – donnant l'occasion à Ranfu de tirer plusieurs salves dans le tas – avant de se disloquer subitement pour l'encercler dans les airs.

Désormais entouré par cette légion de fer meurtrière, Ranfu cessa toute frivolité et se mit en garde, attendant le bon moment pour répliquer. Ce moment ou l'arceau de métal se referma sur lui.

Cet instant dont il profita pour libérer du creux de sa seule main une bombe de lumière crée avec son propre flux pour aveugler les créatures aux yeux jaunâtres, et perturber leurs capteurs sensoriels pour passer librement à la contre attaque.

Alors qu'ils découvrirent la diversion mise au point par le capitaine, un second bataillon aérien, se déplaçant dans l'air à l'aide de propulseurs placés dans leurs armures, s'attaqua à lui sans même se soucier des Ikonda-seijins pris dans leur assaut frontal. Devant l'imminence du danger, Ranfu fonça en direction du sol, aussitôt poursuivi par la horde de tueurs robotiques. Raison pour laquelle il freina sa course instantanément pour les laisser le dépasser, et faire feu dans leur dos sans aucun scrupule, abattant plusieurs ennemis avant que la supercherie ne soit levée et qu'ils ne fassent demi-tour.

Ne manquant pas de courage, Ranfu se jeta à corps perdu dans la bataille. Il bloqua l'un des assaillants en tête de pelotons de tout son corps, saisissant le sommet métallique de son crâne pour le broyer avant de bondir sur un autre Ikonda-seijin qu'il attrapa en plein vol.

Pour tenter de se débarrasser de cet indésirable parasite, le cyborg entama une vrille aérienne dans le but de le déstabiliser. Une manœuvre aussi habile qu'inutile contre le capitaine, bien habitué à combattre les habitants de cette planète et leurs tactiques pré-programmées. Fermement agrippé à celui qui lui servait de véhicule, Ranfu attendit sagement que la rotation ne détraque les stabilisateurs du soldat cybernétique pour renverser la vapeur, faisant lui même tournoyer l'Ikonda-seijin pour le projeter en arrière contre l'un de ses congénères, tout en prenant appui contre lui pour se propulser contre un autre.

Vu d'en bas, le spectacle donné par leur capitaine alors qu'il n'était doté qu'un d'un bras pour s'opposer à une armée entière, semblait encore plus magnifique aux yeux de ces deux soldats désespérés.

La puissance de l'homme qui a gagné ses galons de capitaine en récompense de ses exploits sur Ikonda durant ces trois dernières années. L'intelligence du style de combat de celui que les Ikonda-seijins surnommaient le Démon Rouge.

Sa réputation n'était plus à faire. Mais malgré la force et le talent tactique et militaire acquis depuis son arrivée, Ranfu commençait à perdre pieds devant l'ampleur de cette armée de métal, dont le nombre de soldats en fer blanc ne semblait pratiquement pas diminuer.

Expédié vers le sol par le poing de l'un de ses nombreux adversaires, Ranfu essuya dans sa chute une pluie de missiles tirés par les canons embusqués des armures des cyborgs, jusqu'à s'écraser violemment sur la terre ferme.

Motivé par l'image mentale de son Général, l'homme se releva malgré le choc qui avait laissé sa tunique en piteux état. Bombant le torse devant les cohortes d'Ikonda en vol stationnaire dans le ciel, observant celui qui leur résistait vaillamment, Ranfu affirma qu'il ne s’avouerait pas vaincu.

Sur ordre de son commandant, l'un des cyborgs se détacha du groupe pour attaquer le capitaine ennemi. Alors qu'il vit s'abattre sur lui le cyborg d'Ikonda décidé à l'achever, Ranfu attrapa un bout de sa tunique à l'épaule droite.

-Un Capitaine...ne doit jamais faillir à son devoir !

Le son de deux métaux s'entre-choquant retentit et résonna dans la vallée lorsque l'Ikonda-seijin porta un coup à Ranfu.

Alors que la tunique de Ranfu avait déjà été emportée par le vent, les cyborgs découvrirent avec stupeur que le Démon Rouge venait d'intercepter l'attaque de son bourreau.

Une attaque qu'il avait intercepté du bras droit.

Un bras dont il s'était pourtant vu priver par Satsu durant la guerre de Pomélo.

Un bras cybernétique, née des recherches des Ikonda-seijins, dérobées par les hommes de Freeza.

Un bras fait d'un métal suffisamment solide pour que le coup suivant de Ranfu ne transperce le torse de son ennemi.

Face à cette découverte, la colère s'empara des êtres robotisés qui s’abattirent sur Ranfu tel un raz-de-marée meurtrier prêt à l'emporter. Submergé par leur nombre croissant et leur énergie inépuisable, le capitaine n'avait plus que son bras pour le protéger des coups dévastateurs de ces soldats de métal, qui l'assaillaient sans merci, déterminés à reprendre ce qui leur appartenait.

La résistance de Ranfu commençait à pâlir, de plus en plus écrasé au milieu de ces dizaines de guerriers enragés. Vint alors l'inévitable et fatidique instant ou le grand roux courba l'échine, genoux à terre. Comme chacun de ses camarades.

Vaincus.

Tous sans exceptions.

Tranchés par une imposante épée venue de nul part, lancée en une trajectoire circulaire, effectuant une vrille autour de Ranfu qui se vit alors libéré de ses geôliers, tous découpés par cette énorme lame de pierre qui une fois son travail terminé vint se planter dans un arbre artificiel non loin de lui, avant que son propriétaire n’atterrisse tout à coup sur le manche de la dite épée qu'il avait lui même lancé.

-Tu m'auras fait attendre...

-S'cuse moi, je voulais pas t'interrompre pendant ton imitation grotesque. C'était à mourir de rire !

«Quoi ? Tu...tu étais déjà là quand j'ai...pourquoi t'as attendu aussi longtemps espèce de gros plein de soupe sans cervelle ?!» balbutia Ranfu alors que son visage était devenu presque aussi rouge que ses cheveux, autant de gêne que de colère contre l'impertinence de son sauveur, qui récupéra son épée et le rejoignit d'un bond.

-Tu devrais me montrer un peu de reconnaissance pour t'avoir sauvé les miches si tu veux mon avis, la rouquine !

Trop affairés à s'égosiller l'un envers l'autre, ni Ranfu ni Dodoria ne prêtèrent attention au nouveau bataillon tout droit sorti de l'une des nombreuses navettes qui se posa en formation offensive autour d'eux. Leurs armes braquées sur les deux énergumènes en pleine dispute, les Ikonda-seijins, stupéfaits d'un tel détachement au beau milieu d'un champ de bataille, hésitaient même à ouvrir le feu de peur de les interrompre.

Ce n'est qu'après plusieurs secondes à se chamailler que le capitaine et son caporal réalisèrent le guêpier qui s'était tranquillement installé, sur le point de leur tomber dessus.

-Dodoria, nous nous crêperons le chignon une autre fois, nos hôtes vont s'impatienter.

-Y'a vraiment qu'une nana comme toi pour causer coupe de cheveux dans un moment pareil.

Désarçonné par cette remarque de Dodoria qui faisait comme à l'accoutumé preuve d'un premier degré abusif, Ranfu n'eut que le temps de bégayer avant que le Durian-seijin ne se jette contre les troupes ennemies, suivi presque aussitôt par le capitaine.

Tandis que l'un combattait le feu par le feu et confrontait l'ennemi à son propre armement, l'autre relevait le défi de découper l'acier à l'aide d'une épée faite de pierre et d'os. Dos à dos, littéralement, les meilleurs ennemis repoussaient à eux deux les écrasantes légions de métal dont l'avancée semblait pratiquement inarrêtable. Et pourtant.

Pourtant, cet abominable sourire ne disparaissait pas de son visage bestiale.

Il en empalait un sur le bout de son épée pour le balancer sauvagement contre ses frères, utilisant le cyborg comme une bombe humaine qu'il envoyait se faire exploser dans la mêlée ennemie, avant de se retourner pour trancher dans le vif les Ikonda-seijins tentant de le prendre à revers.
L'autre faisait preuve d'une technique et d'une habileté sans commune mesure, ondulant entre ses assaillants pour éviter chacune de leurs attaques aussi brouillonnes que mal coordonnées, exploitant ainsi la faiblesse de ces guerriers certes améliorés, mais peu habitués au combat rapproché.
À eux deux, ils paraissaient capables repousser ce flot d'ennemis qui vu du ciel semblait pareil à un tsunami métallique prêt à les engloutir. Et pourtant.

Pourtant, cette expression pessimiste ne quittait pas son visage aux traits tirés par l'anxiété.

Une résistance honorable, qui commençait cependant à montrer des signes de faiblesses. Un épuisement dont ces cyborgs infatigables ne pouvaient être victimes. À bout de souffle, le front en sang, Ranfu se fatiguait à vue d’œil. Pas moins que Dodoria, qui malgré sa mine fière et égayée par ces affrontements sans fin, peinait lui aussi à bloquer l'attaque des trois guerriers qui s'étaient rués sur son épée, que Dodoria utilisa pour les repousser d'un seul coup, avant d'être lui aussi projeté par le coup inattendu qu'il reçut en plein visage.

Telle était la force de la planète Ikonda. Une population née depuis les eaux, ayant au fil du temps colonisé les terres, peuplant à la fois les profondeurs et la surface, permettant ainsi à la population de croître presque indéfiniment, offrant du même coup à la planète Ikonda une armée virtuellement inépuisable, composée de soldats dépossédés de tous les besoins vitaux qui pèsent sur les êtres vivants grâce à une technologie hors du commun.

Finalement, même la puissance de ces deux colosses finit par ne plus suffire. Semblable à une horde de bêtes affamées, l'armée les écrasait de plus en plus, réduisant bientôt leur espace vital à un stricte minimum étouffant.

Mais cette zone cessa tout à coup de se réduire. Les Ikonda-seijins avaient, sans explication, interrompu leur progression, figés tels de vulgaires épouvantails.

Quand tous s'orientèrent dans la même direction, délaissant totalement Ranfu et Dodoria qui s'apprêtaient à partager leurs derniers instants, chacun répéta, comme une soudaine alerte générale,

«Menace prioritaire détectée»

«Menace prioritaire détectée»

«Menace prioritaire détectée»

«Menace prioritaire détectée»
«Menace prioritaire détectée»

«Menace prioritaire détectée»
«Menace prioritaire détectée»

«Menace prioritaire détectée»

«Menace prioritaire détectée»


Plongé dans l'incompréhension la plus totale, Dodoria manqua de perdre contenance en voyant Ranfu qu'il pensait sangloter. Mais le capitaine, contre toutes attentes, fut pris d'un rire gargantuesque.

«Hahahaha ! Vous êtes perdus. Vous êtes tous perdus !»

-Pourquoi tu te marres ? Il leur prend quoi à ces boîtes de conserve ?

La réponse à la question de Dodoria, captant toute l'attention des Ikonda-seijins, s'approchait d'un pas serein, arrivant du sud, là ou se trouvaient les barrages de défense ennemis qui entravaient la route des renforts.

Au loin, Dodoria eut à peine le temps d'apercevoir la silhouette d'un homme, qui semblait marcher paisiblement, avant que les centaines de machines à tuer qui les entouraient ne commencent à faire feu dans sa direction. Dans la hâte, Dodoria attrapa Ranfu qui lui donnait l'impression de sombrer dans une folie hystérique, et l'emmena à l'abri de cette pluie de feu qui s'abattit sur l'individu désigné comme une «menace prioritaire».

Du fait de cette cohue, et à cause de la déflagration qui n'avait pas tardé à embraser la plaine pour annihiler cette menace avant qu'elle n'arrive, Dodoria n'était pas certain de ce qu'il avait vu.

Mais il aurait pourtant juré que le pauvre sot qui venait de se jeter seul dans la gueule du loup, alors qu'il approchait dangereusement du champ de bataille, était affairé à l'ajustement de ses gants.

Le pilonnage s'éternisa durant de très longues secondes avant qu'enfin les tirs ne cessent pour laisser le silence caresser les oreilles de Dodoria, assourdi par cet effroyable bombardement. La fumée née des flammes allumées par les multiples explosions avait du mal à s'estomper.

Épaisse, opaque, la brume noire obstruait même les capteurs des incendiaires. Tant et si bien que ceux-ci ne réalisèrent qu'ils avaient manqué leur coup qu'à l'instant ou Danmarine émergea de la masse vaporeuse, indemne, et sans aucune égratignure.

Sans la moindre once d'hésitation, les centaines de cyborgs sans émotions déployèrent tous simultanément leurs propulseurs et décolèrent à plein régime vers leur unique cible.

En réponse, Danmarine se contenta de lever la main dans leur direction. Un geste simple qui divisa l'escadron en un instant, s'écartant de la voie pour le contourner, le seul Ikonda-seijin n'ayant pas eu le temps de changer de cap s'étant vu stopper net dans sa course, comme arrêté par une barrière imperceptible, juste devant la main de Danmarine, qu'il referma alors, libérant une onde de choc qui broya le cyborg.

À sa droite comme à sa gauche, une nuée d'ennemis se refermait sur lui comme une mâchoire sur sa proie. Pris en tenaille, le Général n'esquissa pourtant pas la moindre expression sur son visage empreint d'un calme olympien. Les deux bancs s'écrasèrent l'un contre l'autre pour s'arracher leur proie, sans se soucier des victimes que causerait le choc.

Assistant à l'acharnement de ces voraces prédateurs, Dodoria peinait à penser qu'il était sur le point, quelques minutes plus tôt, d'en faire les frais en lieu et place de son sauveur, sans qui il ne serait probablement plus en état de méditer sur la question. L'imperturbable Durian-seijin laissa malgré lui échapper un soupir de soulagement, accompagné d'une coulée de sueur le long de sa tempe.

Un état d'esprit que ne partageait pas Ranfu, de nouveau en pleine possession de ses moyens, motivé par un soudain regain de confiance qui était finalement parvenu à l'apaiser.

S'échappa alors de cette masse d'acier grouillante un filament de lumière qui s'envola à pleine vitesse pour s'éloigner des deux compères, qui le virent partir en direction de l'imposant glacier, poursuivi par la cohorte meurtrière qui passa juste à côté d'eux en ne leur accordant pas plus d'attention qu'à de vulgaires plantes vertes.

Un désintérêt que n'appréciait guère Dodoria, heurté dans son honneur de guerrier, qui se saisit de l'un des fuyards en l'attrapant par la jambe au passage afin de l'éclater contre le sol.

-Non mais de quoi il se mêle ? Une menace prioritaire t'en as une juste sous les yeux tas de ferraille, de quel droit vous osez m'ignorer ?!

Arrivé face au glacier, Danmarine pris soudainement de l'altitude, redressant son vol à 90 degrés pour s'élever en ligne droite en frôlant la surface de la montagne glacière. Une manœuvre que de nombreux de ses poursuivants n'eurent pas le talent de réussir, s'écrasant contre la paroi gelée.

Alors que de son côté, Dodoria finissait d'ôter à la main chaque boulon de la carcasse semi-mécanique de sa pauvre victime pour se passer les nerfs, Ranfu reçut un appel sur son communicateur, qu'il pensait pourtant devenu inutile depuis que les transmissions avaient été brouillées il y a de cela plusieurs semaines.

Ici l'unité Red, les renforts sont arrivés ?

-Capitaine Ranfu au rapport. Je confirme, ils sont arrivés juste à temps.

J'en étais sûre. Ce crétin n'en fait décidément qu'à sa tête. Il a abandonné notre unité subitement sans donner d'explications, alors je me suis douté qu'il volait à la rescousse de ses deux petits protégés préférés.

«Ferme ton clapet sale sorcière !» laissa échapper le mufle de Durian, profondément atteint dans son ego.

Je suis ta supérieure hiérarchique tronche de litchi, fait preuve d'un peu plus de respect si tu ne veux pas finir en cour martiale !

-Tronche de quoi ?

Agacé par le caractère puéril de deux protagonistes de cette pénible chamaillerie, le capitaine y mit un terme en interpellant son interlocutrice qui commençait à faire vriller le tympan de l'oreille à laquelle était attaché le communicateur.

-Rubī ! À quelle distance vous trouvez vous de notre position actuelle ? Le Général Danmarine est aux prises avec l'ennemi, vu leur nombre, il risque d'avoir besoin d'aide.

On est encore pas mal loin, et cette saloperie n'avance pas !

Ranfu, occupé à la fois à observer l’ascension de Danmarine et à écouter Rubī hurler à ces hommes de faire aller plus vite cette « saloperie » qu'elle ne semblait pas porter dans son cœur, commençait à perdre patience, et semblait sur le point d'aller porter main forte à son Général, lorsque la jeune femme l'interrompit subitement.

Mais pas de panique, je vous vois parfaitement d'ici. À cette distance ce sera parfait.

Le grand roux ne comprenait probablement rien à ce que baragouinait la capitaine. Sans doute est-ce pour cela qu'il coupa simplement son communicateur et prévint Dodoria qu'il allait rejoindre son Général.

Cependant, bien loin de leur position, déracinant les arbres et la végétation sur son passage, provoquant la fuite des créatures sauvages terrifiées et l'envol des oiseaux apeurés, porté par ses chenilles mécaniques, progressait inexorablement l'imposant canon à flux des forces de Freeza. Un modèle d'une taille impressionnante, bien que moindre en comparaison du colossale mortier utilisé sur Pomélo dont l'immensité s'était finalement avérée handicapante.

Tout autour de l'énorme arme mobile évoluaient divers véhicules transportant nombre de soldats appartenant à la fameuse unité Red commandée par le capitaine Rubī, et chargée de l'escorte de la nouvelle arme de l'armée impériale.

Perchée sur l’extrémité du canon malgré les avertissements incessants de l'ingénieur qui tentait de la faire revenir avec lui dans la cabine de pilotage qui se trouvait plus bas, Rubī observait à travers ses jumelles à grossissement augmenté la cible vers laquelle le canon mouvant se dirigeait.

-Vous avez entré les coordonnées que je vous ai communiqué ? Qu'est-ce que vous attendez pour faire feu ?

-Mais, mademoiselle Rubī, je vous répète que vous devez descendre de là, c'est bien trop dangereux !

-C'est «Capitaine Rubī» pour toi sale cloporte ! Dépêche toi d'exécuter les ordres avant que je ne demande à quelqu'un d'autre de le faire pendant que tu joueras l'équilibriste sur ce canon !

Inquiet pour le sort de sa capitaine, mais pas autant que pour le sien, l'artificier se décida à obéir, valida les coordonnées obtenues grâce à la triangulation effectuée suite à la communication avec le capitaine Ranfu, et enclencha finalement le tir.

Bien plus rapidement que son grand frère, le canon se mit à vibrer en même temps que se réchauffait sa surface métallique, à peine assez brûlante au goût de Rubī qui ne semblait pas plus dérangée par les trépidations du fébrile canon sur lequel elle se tenait fièrement, et qui propulsa puissamment un projectile de flux d'un pourpre éclatant.

Le tir revisita le paysage qui se trouvait sur sa trajectoire, effaçant toute trace de vie sur son passage, perçant les obstacles rocheux et glacés tentant de lui barrer la route. Rubī, tout juste décoiffée par le tir assourdissant qui enflammait encore l'air environnant, afficha alors un large sourire, incarnation à la fois d'une satisfaction intense, et d'un sadisme horrifiant.

En route pour rejoindre Danmarine qui volait à pleine vitesse vers les hauteurs du colossal glacier en frôlant sa surface qui s'effritait sous la pression, Dodoria et Ranfu freinèrent leur course et leurs ardeurs à l'instant ou leur flanc droit fut rasé par une puissante déflagration venue de nul part s'écraser sur le glacier, quelques mètres à peine sous le Général qui dut augmenter sa célérité pour ne pas être emporté avec bon nombre de ses poursuivants.

«YEAH ! Dans le mile Émile ! Joli tir, le cloporte !»

Le sommet de l'iceberg atteint, et débarrassé de plus de la moitié de l'armée mécanique qui le traquait, le Général poursuivit sa course en ligne droite vers l'autre bout du glacier, alors que les Ikonda-seijins encore nombreux arrivèrent juste derrière lui.

Alors qu'il fonçait en direction de l'extrémité de la surface du glacier, Danmarine se retourna et stoppa sa course de manière aussi soudaine que brutale, freinant son avancée en enfonçant ses pieds dans la glace qui se fissura le long de sa traînée de freinage, et parvenant à s'arrêter à tout juste quelques centimètres du précipice, désormais face aux deux ou trois centaines de cyborgs assoiffés de sang encore en état de marche.

La main ouverte à côté de sa taille, le Général généra alors une faible aura électrique aux reflets d'améthyste. À l'instant fatidique, tout juste quelques dixièmes de secondes avant que les Ikonda-seijins n'arrivent sur lui, alors que la main du cyborg en tête de cortège n'avait qu'à se refermer pour lui écraser le visage, et que les armes des guerriers robotisés commençaient à s'illuminer, prêtes à le bombarder de nouveau,

Danmarine braqua sèchement la main vers eux, déployant un tir de flux d'une envergure ahurissante qui balaya l'entièreté de l'armée cybernétique instantanément réduite à l'état de poussière, alors que le rayon s'éleva dans les airs à perte de vue dans un fracas tonitruant et assourdissant, projetant sa lumière violette sur toute la plaine, sous les yeux exorbités de Ranfu et Dodoria, qui comprirent alors pourquoi le Général avait tenu à mettre autant de distance entre eux, et réalisèrent alors ce qui leur serait arrivé s'ils s'étaient risqués à le suivre.

Alors que la lumière se dissipa et que le calme regagna enfin ces contrées d'Ikonda, Ranfu et Dodoria rejoignirent Danmarine, qui s'avança vers eux d'un pas ferme ne masquant pas son mécontentement, après avoir évité de marcher sur le bras de l'Ikonda-seijin qui avait tenté de lui écraser la face avant d'être réduit en cendres, exception faite de cette partie de son corps.

-Dodoria ! Ranfu ! Je vous avais pourtant ordonné de rejoindre l'unité de Rubī sans attendre ! Est-ce que vous réalisez que vous auriez pu vous faire tuer ?

Prêts à se faire passer un savon par le Général qui venait d’anéantir une armée à lui tout seul en un claquement de doigt – une démonstration, si elle était nécessaire, de la puissance qu'il avait gagné durant ces trois dernières années – Ranfu et Dodoria laissèrent pourtant bien vite tomber leur mine déconfite qui laissa place à une expression de stupeur.

Alors que Danmarine se mit à vomir son propre sang, et s'effondra soudainement sans raison apparente.



DANMARINE-SAMA !!



Étalé sur le sol, abattu par un rayon qui venait de lui transpercer la poitrine, le gnome vert de peau se vidait de son sang aux pieds de ce grand homme à la longue chevelure ébène vêtu d'une longue robe bleu nuit, qui cachait son visage derrière ce masque d'ivoire inquiétant scindé en deux moitiés, l'une représentant la moitié du visage d'une femme, et la seconde, celui d'un homme.

Ce duo réduit de moitié se trouvait dans une large pièce obscure dans laquelle aucune lumière ne pénétrait à l'exception de la lueur blafarde des flammes bleutées brûlant sur les deux uniques torchères de la lugubre salle du trône.

Sur le dit siège royal, le responsable des tâches qui s'incrusteraient probablement sur le sol. Quelque peu essoufflé par le minime effort qu'avait représenté la mise à mort de ce triste sire. D'une voix inhumaine et partiellement étouffée par son masque, le visiteur s'adressa au souverain contrarié.

-Votre altesse, vous devriez éviter de tels excès. Je doute qu'il soit bon pour votre santé déclinante de gaspiller votre énergie pour ces pauvres êtres éphémères.

Malgré la confiance évidente qu'affichait l'homme masqué, la soudaine pression qui envahit la pièce et semblait presque palpable, pratiquement visible à l’œil nu comme flottant dans cet air vicié et irrespirable, le paralysa sur place, son corps rigidifié par cette terrible envie de meurtre qui manqua presque d'arrêter les battements de son cœur. Une soudaine soif de sang qui, pour s'être éveillée si vite, ne devait pas être enfouie si profondément chez ce vieillard à la présence oppressante assis au fond de son trône de pierre.

«Je t'ai déjà prévenu de ce qu'il t'arriverait si jamais tu parlais à nouveau en ces termes de ma personne. Même un serviteur aussi précieux que toi n'aura pas la grâce d'un troisième avertissement, Nero.»

Lorsque la tension ambiante commença doucement à s'apaiser, ce fut cette fois l'homme au visage dissimulé qui peina à retrouver sa respiration. Lui qui était pourtant connu pour être le seul capable de demeurer en la présence de son maître sans perdre connaissance, voir davantage.

-Je t'écoute. Comment avancent nos opérations ?

Pesant ses mots pour ne pas finir comme le dernier qui avait tenté de répondre à cette question avant de refroidir sur la moquette désormais marquée d'une ignoble tâche indélébile, Nero répondit malgré tout avec le plus grand sang-froid qu'il était possible de détenir en pareille situation.

-Les forces ennemies résistent avec vigueur. Nous faisons face à un ennemi redoutable. Mais leur leur panache commence à se flétrir tel la si courte et fragile vie d'une frêle fleur. Leurs frontières ne tarderont plus à céder.

-Bien. Ce sont là les nouvelles que j'attendais. Freeza n'est qu'un enfant capricieux qui a repris le rôle de son père vieillissant. Cold n'est qu'un imbécile s'il pense que son rejeton est capable de me faire obstacle. Lui seul a jamais été capable de me tenir tête.

Soudain pris d'une toux virulente, le souverain se rendait bien compte que les années passant lui étaient néfastes, malgré son entêtement et l'acrimonie dont il faisait preuve chaque fois que l'un de ses séides avait l'audace de lui faire remarquer. Essoufflé, de la bave s'écoulant de sa large cavité buccale, le vieillard s'empara d'une poignée de médicaments contenus dans un récipient incrusté dans l’accoudoir de son trône, et les ingurgita d'une traite.

-Ce remède me permet de prolonger considérablement mon espérance de vie, mais il ne me rendra pas ma jeunesse. C'était sans doute une erreur d'accélérer ainsi mon vieillissement en donnant vie à tant de guerriers. Il me tarde d'obtenir cette fameuse technologie dont Cold cultive le secret depuis tant d'années.

-Vous avez sacrifié de nombreuses années de votre vie pour nous mettre au monde. Soyez assuré que nous serons prêt à sacrifier les notre pour vous sans la moindre hésitation.

«À ce propos...» soupira-t-il en lançant un regard sinistre à son laquais.

-Vanitas a-t-il donné signe de vie ?

-C'est à dire maître...que nous n'avons eu aucune nouvelle de lui depuis maintenant plusieurs années. Il est difficile de croire qu'il puisse encore être...

-Non, il est en vie. Je peux le sentir. Il est de tous mes enfants le plus vile et le plus puissant. Mais ce n'est sans doute pas pour cela que tu souhaites le penser mort. N'est-ce pas ? Tu sais qu'un tel égocentrisme serait un acte de déloyauté à mon égard, Nero.

Instinctivement, l'homme masqué posa genoux à terre et baissa la tête en signe de soumission. Courber l'échine était le seul moyen d'éviter une nouvelle tâche sur le sol de la précieuse salle du trône.

Un silence pesant et assourdissant ponctua les longues secondes qui suivirent cette remarque menaçante du souverain, qui su cependant garder contenance, et se mura dans un mutisme qui donnait des sueurs froides à Nero. Ce dernier, sentant bien que sa présence n'était plus désirée, s'inclina devant son maître, et quitta la pièce sans dire mot.

* * *

Dans l'enceinte de l'un des centres militaires construit sur Ikonda durant ces dernières années – la planète étant partiellement investie par les forces de Freeza depuis déjà bien longtemps – l'unité de Rubī et ce qu'il restait de celle de Ranfu fêtaient la victoire comme il se devait, s'adonnant à la boisson comme à la dégustation de quantités faramineuses de nourriture.

Le grand roux, sur le point de les interrompre dans ces festivités incongrues, changea finalement d'avis en voyant que même Rubī et Dodoria célébraient ce grand moment ensemble. Le succès de la dernière opération leur ayant permis de percer les dernières défenses ennemies, et d'enfoncer les portes du dernier bastion d'Ikonda, alors que leurs forces déjà fortement diminuées continuaient de s'amenuiser.

Ces hommes avaient survécu à l'enfer. Il leur devait bien cet instant de répit.

Un moment dont Danmarine ne pouvait profiter, patientant à la place assis en caleçon sur un lit d'infirmerie, attendant l'arrivée du médecin avec déjà en tête l'intonation exacte sur laquelle il lui dirait qu'il allait bien, n'avait pas besoin de soin, et pouvait aller célébrer la victoire avec ses compagnons.

Un laïus que Danmarine n'eut le temps d'exposer au docteur qui à l'instant ou il entra dans la pièce lui coupa la parole, habitué aux patients pressés de retourner se battre.

-Général, vous n'êtes pas raisonnable. C'est déjà la troisième fois que vous me revenez dans cet état. On peut dire que vous n'avez pas usurpé votre réputation de Général le plus têtu de la galaxie, pour sur.

-Docteur, nous en avons déjà discuté, vous savez que je ne peux pas prendre une retraite anticipée au moment ou mes hommes ont le plus besoin de moi.

-Je vous ai pourtant proposé une alternative que vous avez cru bon de décliner, il y a déjà un an de cela. Peut-être devriez vous reconsidérer les choses à présents, avant qu'il ne soit trop tard.

-Combien de fois allons nous avoir cette conversation ? Si vous n'avez rien d'autre à dire je vais...

«Danmarine !» apostropha vigoureusement le médecin, sur un ton bien moins révérencieux, laissant à penser qu'un sermon attendait le Général qui n'osa pas protester.

-Écoutez moi bien. La première fois que vous avez eu un incident comme celui-ci, les examens et analyses que j'ai pratiqué étaient sans appel.

La mine basse, Danmarine attendait qu'une nouvelle fois, son médecin bien trop attentionné à son goût ne lui répète ce qu'il savait déjà, alors que celui-ci, de manière presque théâtrale, marqua une pause dans sa phrase, laissant le tic de l'horloge remplacer temporairement les mots.


« Vous êtes mourant, Général. »


-La capacité atavique de régénération cellulaire des Actinidia-seijins est un phénomène biologique remarquable. Mais c'est aussi une faculté à double tranchant. Lorsque vous êtes blessé, vos tissus se régénèrent d'eux mêmes, bien plus vite que la normale. Mais lorsque vous vous trouvez en danger de mort imminente, votre corps sécrète une hormone qui accélère votre régénération cellulaire, vous permettant de guérir presque instantanément. Avoir su tirer parti de cette capacité est tout à votre honneur, mais les choses ne sont pas si simples.

Voyez-vous, les cellules se renouvellent en permanence. Mais lorsque votre corps accélère votre régénération lors de situations critiques, ce renouvellement s'effectue en boucle, à un rythme effréné. Cette auto-destruction puis régénération de vos cellules qui se répète encore et encore, plusieurs centaines de fois par secondes, provoquant cette vapeur qui s'échappe de votre corps, certes vous rend plus fort et presque invincible, mais affecte également l'équilibre naturel de votre structure cellulaire. Si votre peuple ne disposait pas d'une longévité supérieure à la moyenne, vous seriez mort depuis bien longtemps.

À force d'avoir recours à cette méthode pour vous surpasser et surprendre l'ennemi, vous avez fait de cette régénération accélérée une habitude pour votre corps. C'est bien là le problème. Vous n'êtes plus capable de l'empêcher, mais si vous continuez ainsi, alors la finalité est inévitable.

Votre corps finira simplement par se détruire de l'intérieur.


Tandis qu'il laissa méditer Danmarine, le médecin qui s'était occupé de ses nombreux bilans de santé sur Ikonda ces dernières années, partit quérir une mallette qu'il avait entreposé dans un coffre de l'infirmerie. À l'intérieur du bagage qu'il ouvrit devant Danmarine se trouvait une seringue, et un flacon contenant une solution jaunâtre que le Général sembla reconnaître.

-Vous ne l'avez pas détruit ?

-Détruit ? J'ai passé un an à élaborer cette solution pour vous, je n'allais tout de même pas anéantir le fruit de mon dur labeur. Heureusement pour vous d'ailleurs. Car il s'agit là de votre unique salut. Si je vous injecte cette solution, cela devrait faire obstacle à la production de cette hormone. Votre régénération cellulaire sera toujours plus importante que celle du commun des mortels, mais vous ne pourrez plus vous régénérer instantanément. Dans votre intérêt.

Une nouvelle fois, le Général était face à l'évidence. Cette échéance, il l'avait repoussé aussi longtemps que possible. De crainte que la perte de cette capacité ne l'empêche de protéger les siens.

Comme de nombreuses fois en ce jour, les mots n'étaient plus de mise. Seulement l'incessant tac de l'horloge, et la main tendue du docteur tenant en son creux la seringue à la fois salvatrice et et condamnatoire.

* * *



C'est stupide...



Pas du tout, et puis fermes la un peu tu veux ? J'essaye d'écouter ce qu'il se passe dehors.



Rien. Ici il ne se passe rien. Dehors il ne se passe rien. Et c'est la même chose depuis une heure qu'on est enfermés ici, il ne se passe, toujours, rien !


«Bon, tu sais quoi ? T'es jamais content ! Je veux plus t'entendre !

Sur Freeza 79, au niveau des derniers étages de la tour académique qui surplombait la capitale planétaire et l'éclairait en cette sombre nuit de ses lumières tel un phare, le vaisseau de fonction de Zarbon était posé sur une plate-forme, amené ici par l'un des employés de l'astroport et qui s'était posé là à l'aurore, instant dont deux garnement avaient profité pour se faufiler à l'arrière du vaisseau sans que personne ne les voit. Mais Kiwi, agacé par l'attente qui commençait à s'éterniser, et déjà à l'origine peu convaincu du plan de Jheese qui, il commençait à en être certain, se contentait d'improviser au fur et à mesure, commençait à perdre patience, et ce malgré l'insistance du Brench-seijin qui tenait absolument à ce que Kiwi ne soit son partenaire de coup fourré.

Dos à dos dans la soute peu confortable de la navette, plongés dans le noir, les deux jeunes adolescents regrettaient amèrement de s'être embarqués dans un projet aussi ridicule. Alors qu'ils hésitaient tout deux à sortir et à tout laisser tomber, ils entendirent finalement la porte extérieur s'ouvrir, alors que plusieurs hommes transportant une cargaison arrivèrent sur la plate-forme.

« Vous n'avez qu'à arrimer le cube de confinement à la soute de mon vaisseau, je pars immédiatement pour la planète Nutts. »

Cette voix, Jheese et Kiwi l'avaient reconnue avec certitude, il s'agissait bien de celle du prince de Pomélo dont ils attendaient l'arrivée avec impatience.

À l'extérieur, une équipe transportait le cube de confinement, cellule classiquement utilisée par la police galactique de l'Empire pour enfermer les criminels, tandis qu'une escorte tenait le massif prisonnier mate de peau en camisole à l'aide de bâtons télescopiques pour l'amener jusqu'à sa cellule.

Dans un soudain élan d'agressivité, le prisonnier coiffé d'une natte épaisse parvint à se dégager de ses geôliers, rapidement attrapé par Zarbon qui le plaqua contre son vaisseau, sur lequel se heurta violemment le genoux de l'individu captif. Un choc que ressentirent les deux garçons qui se trouvaient à l'intérieur.

-Je ne peux pas t'en vouloir d'avoir tenté ta chance, Amondo. Mais dorénavant tu vas devoir te tenir tranquille, à moins que tu ne tiennes à ce que je te balafre également l'autre joue.

-Héhéhé, pardonnez mon prince.

L'homme à la boucle d'oreille enfermé dans sa prison cubique fixée au vaisseau, Zarbon salua l'équipe de transfert de prisonniers, et prit place à l'intérieur du véhicule dont il enclencha le réacteur.

«Ça y est Kiwi, on décolle ! Je te l'avais dit !»

-Chut ! Tait toi ou il va nous entendre.

La permission d'entrer dans l'espace aérien transmise par radio, un dernier coup d’œil à la jauge de carburant pour s'assurer qu'il avait de quoi faire le voyage, et les vérifications de dernières minutes effectuées, Zarbon décolla finalement, sans se rendre compte qu'il transportait plus de passagers que prévu.

* * *

Sur Ikonda, l'un des endroits les plus redoutés de la galaxie, la fête battait son plein. Des festivités célébrant un moment de joie immense : L'éradication presque totale du peuple d'Ikonda, et l'invasion de leur planète qui allait enfin tomber entre les mains du plus grand conquérant que l'histoire ait connu.

Bien que peu inspiré par l'exploit, Danmarine tint à rejoindre ses hommes et à fêter la seule victoire dont il était fier. Avoir réussi à les sauver, eux.

Ranfu se livrant comme à son habitude à un excès de zèle démesuré, recadrant ses soldats qui s'amusaient un peu trop à son goût, affichant un clair manque de discipline au sein de ce complexe militaire.

Rubī buvant à outrance sous les yeux ébahis de ses hommes qui mêmes dans leurs rêves les plus fous seraient incapables de tenir la cadence.

Dodoria, incapable de tenir debout après avoir essayé de suivre la jeune femme dans ce concours idiot qu'il regrettait déjà d'avoir lui même déclenché.

Voilà ce qui rendit son sourire, sobre et sincère, au Général lorsqu'il arriva dans la pièce, à nouveau vêtu de son armure de service. Une arrivée toute en discrétion, et qui pourtant déclencha immédiatement l'euphorie générale. Alors que le survivant d'Actinidia était acclamé comme lé héros victorieux de cette guerre, ses amis proches accoururent prestement.

-Danmarine-sama ! Comment vous sentez vous ? Vous êtes certain que vous devriez déjà être debout ?

-Ne t'inquiètes pas Ranfu, je...

-Vous avez besoin de repos, vous n'avez pas quitté le front une seule fois en 3 ans, même un homme de votre stature ne devrait pas repousser ses limites à ce point !

Tandis que Dodoria assistait silencieusement mais d'un air accusateur au léchage de bottes en règle de Ranfu, auprès duquel Danmarine tentait tant bien que mal de s'excuser et de lui faire comprendre que tout allait bien, Rubī, elle, observait le visage du Général, qu'elle était la seule à pouvoir déchiffrer malgré les masques successifs qu'il pouvait empiler par dessus.

Mais elle n'y vit rien de reconnaissable. Ni peur, ni peine. Ni joie ni colère. Simplement un sentiment de perdition, paradoxalement mêlé à un profond soulagement.

« Comment va notre héros de guerre ? »

Se demandant qui souhaitait encore le questionner sur son état, le Général se retourna, d'avance agacé à l'idée de devoir se justifier de nouveau. Il découvrit alors un visage familier. Un visage blanc, aussi lisse que le crâne qui le surplombait, supporté par un corps massif.

-Eggu-san ? Que faites-vous sur Ikonda ?

-Mais je viens féliciter les champions à qui nous devons cette grande victoire bien sur ! Vous comprendrez bien que Tagoma n'ait pas eu le temps de venir lui même, Sorbet serait incapable de lasser ses chaussures sans lui. Mais il a pris soin d'envoyer son cher frère !

« Original comme concept, se pointer sur le champ de bataille une fois que la guerre est finie », grommela Dodoria sur un ton railleur, toujours rancunier depuis l'altercation qui avait eu lieu le jour de sa première rencontre avec ce Général de la promotion piston.

-Dodoria !

-Non Danmarine, il a raison. Je ne suis plus qu'une sorte d'inspecteur dorénavant. Je viens vérifier que tout se passe bien pour le bétail que nous envoyons à l'abattoir.

Alors que Ranfu tenait son ami au tempérament sanguin pour l'empêcher de mordre son supérieur alors en proie à un rire des plus grossiers, fier de sa répartie pour le moins douteuse, Danmarine interrompit au plus vite ce qui ressemblait aux prémices d'un nouveau dérapage dangereux du Durian-seijin.

-Je doute que vous soyez simplement venu féliciter votre « bétail » pour son travail, Eggu-san. Venons en aux faits si vous le voulez bien.

La sournoiserie marquée sur son visage blafard par un sourire narquois, le grand chauve, tout en dévisageant le bouillonnant Dodoria, arracha des mains d'un soldat passant prêt de lui le fruit qu'il s’apprêtait à manger, et croqua goulûment à pleine dents dans sa chair juteuse, avant de répondre à son interlocuteur de la moins aimable des manières.

-Perspicace et direct Danmarine, comme toujours. Inutile de passer par des formules alambiquées dans ce cas. C'est toi et ta fine équipe que je suis venu voir. Vous êtes convoqués sur la septième lune de Freeza Prime, une navette vous attend déjà.

L'évocation du lieu sur lequel leur présence était requise médusa les concernés, exception faite de Dodoria qui demanda grossièrement à son Général ce dont-il s'agissait, agacé d'être le seul à ne rien comprendre une fois encore.

-Freeza Prime est la planète de résidence de Freeza-sama, le noyau de son empire. Chacune de ses lunes est le siège de l'un des principaux services de l'empire. Et la septième lune est celui des services secrets impériaux.

« Les services de renseignements, Danmarine », corrigea le grand chauve d'un ton belliqueux.

-Et tu nous l'annonces en public, de vive voix ? Tu es peut-être devenu Général parce que ton frère t'as pistonné, mais tu es toujours aussi inconscient, Eggu.

-Et toi tu es toujours le même lèche cul arrogant. On a beau avoir fait nos classes ensemble, je n'hésiterai pas à t'envoyer au trou pour insubordination, alors tient ta langue. Aucun de ces abrutis ne nous écoute, ils sont trop occupés à faire la fête pour avoir réussi à sauver leur misérable vie. Et j'ai autre chose à faire que de la jouer cérémoniel grandiloquent. Plus vite ce sera réglé, plus vite je pourrai rentrer chez moi. Tout ce que vous devez savoir, c'est que vous devez poser vos culs dans la navette qui vous attend sur la piste d'atterrissage sans poser de questions. Est-ce que c'est bien clair, « Capitaine » Ranfu ?

« Limpide » fut la réponse concise que donna le capitaine à contre cœur, bien conscient d'avoir outrepassé ce que lui permettait son grade, sous le coup d'une colère qui lui venait sans doute davantage de la nouvelle de cette mission précipitée qui leur était annoncée si brusquement, lui qui au lieu de rentrer chez lui afin de serrer à nouveau son fils dans ses bras ne pouvait que serrer le poing pour contenir sa rage et sa frustration.

-Bien, alors dans ce cas vous pouvez disposer. Bon, et si j'allais me prendre un verre avant de partir ?

Alors que la colère croissait graduellement en lui à mesure qu'il voyait l'énergumène s'éloigner en riant pour aller prendre du bon temps dont ils étaient eux même privés, elle se dissipa lorsqu'une main chaleureuse et bienveillante se posa sur l'épaule de Ranfu.

Tandis que le quatuor s'apprêtait à embarquer à nouveau vers une nouvelle destination napée de mystère, bien loin d'ici, à l'autre bout de l'empire, un autre groupe de quatre personnes voyageaient déjà à bord d'un vaisseau, bien que seuls deux d'entre eux avaient connaissance du nombre exact de passagers.

Volant au rythme de la musique aux sonorités jazzy qui passait sur le 11ème canal radio des ondes impériales, Zarbon, vêtu de son prestigieux uniforme d'agent des forces de l'ordre, et les pieds posés sur le tableau de bord pour un confort optimal – malgré une étrange odeur se répandant dans l'air, sans doute due à des émanations de gaz célestes – se laissait flotter dans le vide intersidéral parmi les autres corps célestes en mouvement, dans la direction de la planète prison, Nutts, ou une cellule fraîchement libérée attendait son passager.

Il avait essayé durant leur premier trajet ensemble d'entamer la causette, tant bien que mal, avant de se rendre compte que le criminel poursuivi pour braquages et meurtres de masse n'était ni le plus sympathique ni le plus bavard des compagnons de voyage.

Il fut alors d'autant plus surpris lorsqu'il crut entendre une voix venant de l'arrière du vaisseau. Zarbon peinait à croire que son compagnon de route ait soudainement ressenti l'envie de tailler une bavette, qui plus est, en s'adressant à lui d'une voix si innocente. En premier lieu, le policier soupçonna des interférences radio d'être à l'origine de cet étrange phénomène.

Jusqu'à ce qu'il entende à nouveau la fameuse voix, à laquelle une seconde répondit de se taire, cette fois très distinctement, et d'une façon qui sembla bien familière au Pomélo-seijin, qui se leva subitement de son siège pour ouvrir la porte de la soute, ou il découvrit avec effarement la présence de deux invités surprises.

Stupéfait, Zarbon, dont la mâchoire se décrochait lentement en même temps que ses yeux, eux, sortaient progressivement de leurs orbites, fut sur le moment incapable de prononcer le moindre mot malgré la fulmination qui menaçait de poindre d'un moment à l'autre. Les deux garçons, en nage et bouches bées, aussi surpris que celui qui venait de découvrir leur supercherie, tournèrent lentement le dos à Zarbon en tremblotant, dans l'espoir de se faire oublier.



QU'EST-CE QUE VOUS FICHEZ ICI TOUT LES DEUX ?!!



À bout de nerfs, effectuant les cent pas depuis plusieurs minutes en écoutant les explications sans queue ni tête des deux garnements sagement assis sur les sièges passagers, Zarbon ne pouvait pourtant s'empêcher de sourire, voyant dans les yeux malicieux et faussement navrés de ces garçons intenables, le même éclat que celui qui rayonnait dans ceux de son frère et lui, lorsque étant enfants, ils en faisaient eux aussi voir de toutes les couleurs à leur père, Zarbon se laissant facilement entraîner dans les nigauderies de Melo.

-Vous savez que vous n'auriez de toute façon pas pu me suivre à l'intérieur de la prison une fois sur Nutts puisque vous n'avez pas l'accréditation suffisante ? Vous y avez réfléchi ?



-Et au fait qu'en tant que futurs militaires en formation, vous pourriez avoir de gros ennuis en enfreignant la loi de cette façon ? Devant un officier des forces de l'ordre par dessus le marché ?



Plus amusé de voir les visages de Jheese et Kiwi se décomposer à mesure qu'il poursuivait ses réprimandes que réellement impliqué dans cette leçon de moral, Zarbon comprit qu'il était inutile de les entasser davantage, et s'approcha des deux garçons devant lesquels il s'accroupit, et posa affectueusement la main sur leur tête.

-Bon, vous savez quoi ? Je me vois mal vous laisser rentrer bredouille. Si vous restez sagement dans le vaisseau pendant que j'escorte le prisonnier, je vous emmènerai visiter la station dans laquelle je travaille. Marché conclu ?

Face à l'enthousiasme des garçons particulièrement réceptifs, Zarbon se surprit à sourire tendrement. Le jeune homme se releva pour reprendre sa place au post de pilotage, ce léger contretemps dorénavant réglé, et vérifia le temps de vol restant jusqu'à la planète Nutts.

Six heures vingt-huit minutes.


Rien d'anormal sur le compteur.

Ce qui en revanche alerta le prince, qui déplaça la mèche de cheveux qui gênait ses yeux ambrés, était ce clignotement rouge incessant venant du signal d'alarme de la jauge de carburant. Ce n'était pas la première fois que ce voyant lumineux lui jouait des tours, et il était de toute manière persuadé d'avoir demandé à ce que le plein soit fait avant son départ.

Pourtant, il ne pouvait que remarquer encore cette désagréable odeur qui persistait depuis qu'il avait ouvert la porte de la soute.

-Ah, Kiwi, on a oublié de lui dire. Tu sais, pour le truc.

-Le truc ? Quel truc ? De quoi est-ce que vous parlez ?

-Ben, en fait, Zarbon-san, pendant qu'on était cachés là dedans, on a remarqué qu'il y avait une espèce de fuite. On voulait te le dire, mais comme on était pas vraiment censés être là...

-Ouais, une grosse fuite, y'en a partout, et ça schlingue à mort !

-Jheese !

-Ben quoi ? Même toi tu trouves que ça fouette avoue-le !

Soudain prit de panique, Zarbon ne prêta même pas attention à la dispute des deux enfants et se précipita à l'intérieur de la soute. Il alluma la lumière pour y voir plus clair, terrifié à l'idée qu'il puisse avoir deviné d’où venait le problème.

C'est alors qu'il l'aperçut. L'énorme bosse, renfoncée vers l'intérieur du vaisseau. Un creux causé à l'extérieur par un choc d'une violence inouïe, probablement avant le décollage, lorsque les boucliers extérieurs n'étaient pas encore activés. Un coup, porté précisément au niveau du réservoir d'essence, suffisamment fort pour percer une brèche à l'intérieur, trop petite pour être remarquée à temps, mais suffisamment élargie par l'écoulement progressif du carburant pour que celui-ci ne se vide sur le sol de la cale.

Tandis que Zarbon réalisait la catastrophe, Kiwi et Jheese commençaient à paniquer dans le cockpit, alors que les vibrations du vaisseau tressaillant et vrombissant anormalement trahissaient déjà la perte de contrôle imminente. Le pilote regagna à toute berzingue les commandes pour tenter de trouver une solution de secours.

Mais celles-ci ne répondaient déjà plus.

Sur le radars, aucune trace d'un quelconque cargo impérial, d'uns station de police, ni même d'une planète alliée. La navette perdait en altitude, la coque vibrant de plus en plus, alors qu'elle s'approchait inexorablement de la puissance gravitationnelle la plus proche.

Une planète, dont le vaisseau s'était trop approché à cause des secousses l'ayant fait dévier de sa trajectoire initiale. Un monde couvert de sable, inconnu des passagers qui n'y virent aucune ressemblance avec l'une des planètes connues de l'empire, pas plus que la base du donnée du vaisseau, qui n'afficha rien d'autre que la mention « Planète Inconnue » sur ses écrans avant que ceux-ci ne s'éteignent, tout le système perdant lui aussi les pédales alors que la vitesse du véhicule en pleine chute augmentait, provoquant la surchauffe des machines.

Dans l'affolement, Zarbon ne put qu'attacher les garçons sur chacun des deux sièges de la navette deux places, et se préparer au pire, à l'inévitable.

Le crash du vaisseau sur ces terres inconnues n'était plus simplement une éventualité, mais une question de temps.

Tenant à peine debout, suant à grosses goûtes à cause de la chaleur produite par la carlingue sur le point de fondre, et sentant la pression écraser son corps pourtant forgé par les combats, Zarbon, qui n'entendait déjà presque plus les hurlements de terreur des deux passagers clandestins, assourdi par la dépressurisation précipitée, se contenta, avant de perdre connaissance, de leur vociférer l'absurdement évident conseil que tout le monde ne peut qu'appliquer en pareil situation, alors qu'il voyait le sol couvert de sable rouge se rapprocher inexorablement à travers le pare-brise.

Accrochez-vous !
« Un Général...ne doit jamais faillir à son devoir »

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(Portrait de Danmarine par Kouki)
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Re: Dragon Ball Extended Universe : Les Chroniques d'une Gue

Messagepar Imate le Jeu Jan 24, 2019 19:23

Et me revoilà avec un nouveau chapitre ! Moins d'attente que la dernière fois, mais un peu quand même c'est vrai, on va pas s'mentir :lol:

C'est un "arc" (si je peux appeler ça comme ça) prévu depuis déjà très longtemps, depuis le début de la fic en fait (fin', comme plus ou moins...tous les "arcs" qui se succèdent finalement^^), et que j'avais vraiment hâte de raconter. Nouveau décor, nouvelle ambiance, nouveaux personnages, nouvelle atmosphère...bref, un peu d'air frais ! J'espère que vous prendrez autant de plaisir à le lire que j'en ai eu à l'écrire !

Alors sur ces quelques mots, je vous souhaite à tous un excellent chapitre ! :D

* * *


Chapitre 28 : Justicier en territoire hostile


Ardents.

Aveuglants.

Étouffants.

Et comme si un seul ne suffisait pas, un second – qui semblait vu d'ici plus chétif que l'autre, ou bien plus éloigné – en projetait lui aussi.

De ces rayons de chaleurs qui lui rappelaient ceux des déserts de sa planète natale qu'il évitait à tout prix dans sa jeunesse. Chez lui, au moins, il n'y avait qu'un seul soleil pour l'importuner.

Oui, comme si ça ne suffisait pas...

Grossier.

Agressif.

Irritant.

Sans doute pire encore que celui qu'il avait connu sur son monde d'origine. Non seulement plus rugueux, plus brûlant, et plus épais, mais aussi dépourvu de l'élégant éclat doré qui au moins lui donnait bonne mine, au profit d'une couleur rouge pugnace pour les yeux.

En fait, était-ce seulement du sable, recouvrant le sol sur lequel il était allongé, ou simplement la poussière qui s'était accumulée au fil du temps dans ce désert rocheux ?

Le corps engourdi par la soif et la déshydratation, par ce climat sec et cette température caniculaire, mais sans doute aussi à cause du choc subi suite au crash de l'appareil, dont son esprit encore embrouillé peinait à se rappeler clairement, Zarbon ne parvenait pas à lever le petit doigt.

Alors qu'il essayait d'appeler de sa bouche, aussi asséchée que ces rocheuses dans lesquelles il s'était écrasé, les deux garçons qui l'avaient accompagné durant ce voyage, l'agent de police à l'uniforme réduit en lambeaux – seul le pantalon ayant partiellement survécu, exception faite de la jambe droite – commença à tourner de l’œil de nouveau, sa vision se troublant rapidement, et non pas uniquement du fait des perturbants rayons des soleils.

Mais avant que la vue ne s'ajoute aux sens qu'il avait perdu, le Pomélo-seijin vit s'approcher de lui d'imposantes silhouettes. Des êtes massifs, vêtus de caches-poussière agrémentés de capuches, dont dépassaient seulement leurs cornes de diables, tandis qu'ils s'approchèrent prudemment de lui, sans qu'il ne puisse opposer résistance.

L'éblouissante lumière blanche laissa alors place aux ténèbres.







Bruyants.

Grouillants.

Babillards.

Pour autant, il ne comprenait pas un mot desdits babillages environnants, n'oyant qu'une succession de baragouinages dénués de sens. Lentement, le prince aux cheveux de jade détachés lui tombant sous les épaules, dont le pantalon déchiré avait été troqué pour un pagne pittoresque quoi qu'en meilleur état que son uniforme qu'il apercevait posé sur un tabouret, se redressa depuis la couche de paille sur la quelle il était alité, à l'intérieur d'une tente faite de peau animale.

Zarbon porta la main à son front dont s'écoulait encore quelques filets de sang malgré le bandage qui y avait été appliqué, non pas tant pour stopper cette faible effusion que pour calmer la migraine dont il ne parvenait à se défaire, accentuée par l'insoutenable chaleur qui le tiraillait alors même que le haut de son corps était découvert.

Le prince bleu de peau se leva péniblement, les muscles toujours sévèrement endoloris, prenant appuie d'une main sur l'un des larges os de bête maintenant la tente debout, tandis que la seconde lui servait à tenir son flanc gauche lui aussi bandé. Il s'avança vers la sortie d’où émanait la lumière du jour, et ces voix étranges qui l'avaient sorti de son sommeil. Zarbon agrippa un coin du tissu pour l'écarter et s'extirper du tipi, tombant nez à nez avec l'un de ces taureaux rouges qu'il pensait tout droit sortis de ses songes alors qu'il hallucinait dans le désert.

Mais ce diable ci n'était pas un mirage. Il était bien là, debout devant lui, l'air étonné de le voir sur pieds, une excroissance brune et protubérante au milieu du visage en guise de nez, et une longue queue traînant sur le sol sous sa tunique.

À l'extérieur de la tente, qui se trouvait être l'une des nombreuses habitations précaires d'un campement construit autour d'une racine d'arbre gigantesque, et peuplé par ces êtres cornus, l'un d'eux faisait bouillir de l'eau dans une marmite, à l'intérieur de laquelle il plongea des herbes desséchées – sans doute par l'aridité du désert dans lequel ils vivaient – ainsi que la queue d'un lézard dont il venait de manger le corps d'une seule bouchée.

C'est alors que le marmiton vit l'un de ses congénères à la peau rouge se faire violemment expulser d'une tente pour s'écraser contre un établi sur lequel séchait de la viande. Alertée, la garde du campement rappliqua au galop, tous armés de lances de bois. Leur invité sortit alors subitement de son antre, stoppé dans son élan par la lumière aveuglante du soleil, et la dizaine d'armes longues qui l'attendait.

Blessé et déboussolé, Zarbon se prépara néanmoins au combat, tentant de dominer ses émotions pour empêcher la plaie sur son ventre de saigner davantage. Mais ce qui parvint réellement à le calmer soudainement, ce fut la voix familière qu'il entendit l'appeler par son prénom. Il tourna la tête, et l'aperçut, avec son jeune ami, assis en tailleur avec d'autres enfants de la tribu autour d'un plateau de jeu garni de galets blancs et noirs.

«Kiwi ? Jheese ?»

Après avoir présenté ses plus plates excuses au médecin qui avait tantôt rencontré son pied, Zarbon avait rejoint les deux adolescents qui lui expliquèrent alors en détail les récents événements qui pour son esprit embrumé étaient encore troubles.

Les jeunes garçons étaient parvenus à extirper l'agent des forces de l'ordre en dehors du vaisseau en flammes alors qu'il avait perdu connaissance lors du crash lorsque sa tête avait heurté de face le pare-brise de l'appareil. Alors que Kiwi était parti explorer les environs, il avait alors fait connaissance avec Risha, un membre de la tribu Neta parti en dehors de leur camp à la recherche de plantes séchées, attiré dans leur direction à la vue du véhicule tombé du ciel et venu s'écraser dans ce désert de roches rouges. Le garçon avait alors accompagné son nouvel ami jusqu'à leur bivouac pour aller chercher de l'aide.

«Je présume que la navette est complètement fichue, de même que notre radio», commença Zarbon avant d'interrompre sa phrase pour remercier le cornu qui lui apporta dans un récipient en bois la concoction qui bouillait plus tôt dans le faitout.
«Ceci-dit, c'est un miracle qu'on s'en sorte avec seulement quelques égratignures. J'imagine que je dois remercier ces gens pour ça»

Tandis qu'il dégustait sa boisson chaude à la saveur étonnamment gouteuse et aux vertus revitalisantes, Jheese poursuivit le récit de son ami, contant de quelle manière les Netas avaient pris soin d'eux et de leurs blessures, couvrant leurs plaies avec des onguents dotés d'effets miraculeux apparemment renforcés par le rituel de leur shaman.

-Et, Amondo...le prisonnier que je transportais. Il est ici lui aussi ?

-Vu l'état du vaisseau, Jheese et moi, on a pensé qu'il s'en était sûrement pas sorti. On a pas pensé à vérifier...

-Il vaut mieux s'en assurer, il est trop dangereux pour être laissé en liberté. Dès que je me sentirai un peu mieux, vous m'amènerez au vaisseau.

«Seuls, vous n'avez aucune chance de trouver votre chemin. Risha vous accompagnera, c'est un chasseur hors-pair habitué au désert et à ses facéties.»

Cette voix étouffée qui interpella Zarbon appartenait à un membre âgé de la tribu Neta. Le doyen et shaman de la tribu, que Kiwi apostropha du nom de Kimazu, un vieillard, lui aussi vêtu de l'un de ces caches-poussière, le sien étant distinguable des autres par les motifs qu'il arborait, et tenant dans sa main droite un bâton à l'extrémité pourvue de plumes, bijoux, et divers autres grigris.

-Vous parlez notre langue ?

-Certains d'entre nous en ont appris les rudiments pour communiquer avec les êtres du monde extérieur, ceux qui peuplent la métropole.

-Alors il y a une ville, au delà de ce désert ?

-Je ne peux donner de réponse unique à votre question. Oui et non sont des réponses valables l'une et l'autre.

-Vous parlez par énigme, Kimazu-san. Que suis-je censé comprendre ?

-Je vous répond oui, car il existe bien une ville. Grande, artificielle, et matérialiste. Mais je vous répond non, car elle ne se trouve nul part ailleurs que dans ce désert. Il n'y a rien d'autre que le désert dans notre monde, étranger. Plus depuis bien longtemps.

-Vous voulez dire que cette planète n'a pas toujours été ainsi ?

Aidé par sa canne dans ses déplacements patauds, le doyen effectua quelques pas, suivi attentivement du regard par Zarbon et Kiwi, nettement plus attentifs que Jheese qui ne se préoccupait que de lécher le fond de son bol pour aspirer la moindre goutte restante de son breuvage, avant d'être réprimandé d'une claque derrière le crâne par son camarade.

Lourdement, le shaman leva alors son sceptre et le pointa en direction d'une immense et massive structure naturelle d'une forme étrange et à la circonférence dantesque, semblant s'étendre jusqu'aux cieux.

-La ville se trouve près de cette montagne ?

-Une fois encore étranger, je ne saurai répondre simplement par oui ou non. Il est vrai que la métropole se trouve à son pied. Mais ce que vous contemplez là, ce n'est pas une montagne, jeune visiteur des étoiles. C'est un arbre.

Manquant de s'étouffer avec le reste de soupe coulant dans son gosier, Jheese s'emporta en réponse aux délires du vieux doyen.

-Vous délirez complètement grand-père, aucun arbre ne peut faire une taille pareille !

Puni d'une nouvelle baffe de son ami, le joueur de Fluxball ne laissa pas passer ce énième manque de respect, et se jeta sur Kiwi avec lequel il se roula dans la poussière sous les yeux écarquillés des autres jeunes membres de la tribu, amusés par se spectacle, tandis que Zarbon restait concentré sur les paroles du sage.

-Nous autres avons baptisé cet arbre Yggdrasil, les hommes de la ville le surnomment Shinseiju. Il y a de cela de nombreuses années, cet arbre est apparu soudainement. Ses racines se sont répandues sur toute la surface de notre planète. L'arbre a poussé en une nuit, peut-être deux. La terre n'a pas tardé à se dessécher, les plantes se sont vidées de toute vie, les animaux se sont raréfiés. Les habitants de Kabōcha ont vu cet arbre comme une punition divine. Mais un homme, lui, y a vu son sacre.

« Futō »

D'une voix sinistre, le jeune chasseur borgne que Kiwi avait rencontré dans le désert prononça le nom que maudissaient chacun de ses congénères, avant de laisser le shaman reprendre son histoire.

-Les hommes se sont mis en tête d'atteindre le sommet de l'arbre afin de percer son secret, et rendre à la planète Kabōcha son éclat d’antan. Pukinpa Futō, est le premier à avoir achevé l’ascension d'Yggdrasil. Inazuri, illustre guerrier de notre tribu, était le second. Rares sont ceux qui connaissent la vérité sur ce qui s'est passé là haut. Aux yeux des hommes, Pukinpa Futō est devenu ce jour là le messager de la divinité d'Yggdrasil. Quant à Inazuri, il est devenu le démon qui a tenté de s'en prendre à sa vie.

«C'est pourquoi nous autres, ses semblables, avons été bannis loin de sa cité.», précisa Risha, le chasseur dont l'une des cornes était brisée.
«Et Inazuri, le héros de notre tribu...mon père, a été mis à mort par Futō et ses sous-fifres, pour l'empêcher de révéler la vérité.»

-Quoi que cet homme ait découvert en haut d'Yggdrasil, cette chose lui a conféré une force surhumaine, suffisante pour asseoir sa domination et s'autoproclamer Empereur. Depuis, il a fait construire son domaine au pied de l'arbre, barrant la route à quiconque tenterait à nouveau de le gravir.

«Et personne ne fait rien pour faire tomber cette ordure de son piédestal ?» demanda bêtement Kiwi sur un ton méprisant, alors qu'il venait de se relever après avoir laissé Jheese à terre.

-Ce ne sont pas nos affaires, Kiwi. Ne t'en mêle pas.

-Tu vas laisser ce type s'en tirer ? Ton boulot c'est pas de faire respecter la justice ?

-Cette planète n'entre pas dans notre juridiction. J'en suis navré, mais ce n'est pas à nous de décider qui doit régner ou non.

-Une bien sage décision, étranger. Mieux vaut rester loin de Futō, dans votre intérêt. Si vous le voulez bien, je vais retourner à mes rituels, et communier avec les esprits de nos défunts. Peut-être trouverais-je les réponses dont nous avons besoin. Risha vous accompagnera jusqu'à votre vaisseau et vous montrera la direction de la cité. Je vous souhaite bon voyage, puisse votre cœur guider vos pas.

Après avoir sobrement remercié le vieillard pour le gîte et l'hospitalité, Zarbon se leva, sommant à Kiwi et Jheese, toujours en train de végéter à terre, de présenter eux aussi leur gratitude comme il se devait avant de le suivre.

Chacun vêtus d'un cache-poussière offert par les villageois, les trois voyageurs laissèrent la tribu derrière eux, les deux adolescents saluant énergiquement leurs nouveaux amis en partant, tandis que Zarbon conversait avec leur guide dépossédé d'un œil et d'une corne du même côté du visage, afin de savoir si son vaisseau se trouvait ou non à une distance raisonnable.

Ainsi, le quatuor pour le moins hétéroclite entama son périple dans ce désert de roches rouges à la recherche de la carcasse de l'appareil de Zarbon, et accessoirement de celle d'un certain prisonnier. Malgré leur capuche protectrice, les deux jeunes garçons éprouvaient des difficultés à endurer l'intenable fournaise émise par les deux astres ardents qui leur faisaient déjà regretter le confort de leur tente et le breuvage rafraîchissant de Kimazu.

Courage et professionnalisme, mais sans doute surtout expérience des déserts de sa planète natale, permettaient à Zarbon de poursuivre sans fléchir cette traversée des sables écarlates de la planète Kabōcha.

-Vous semblez déjà vous habituer aux conditions extrêmes de ce désert, voyageur, je suis impressionné.

-Ne le soit pas. J'ai toujours donné ma préférence aux contrées verdoyantes de ma planète d'origine, mais mon père gardait cet attachement maladif pour ce maudit désert et ses sables d'or. C'est à cause de lui que j'y ai passé tant de temps. Il serait sans doute ravis de voir qu'aujourd'hui cela m'est bénéfique, pour me dire qu'il avait raison une fois de plus.

-Votre père m'a l'air d'être un homme de caractère.

-Il l'était, en effet. Tout comme le votre j'imagine.

D'un simple échange de regards, les deux hommes comprirent qu'ils partageaient l'un et l'autre un lourd et douloureux passif. Malgré ses efforts pour suivre l'exemple d'un certain Général au tempérament inébranlable, Zarbon peinait encore à garder enfoui les souvenirs de son passé. Les minutes qui suivirent ne furent meublées que par le silence et les plaintes incessantes de Jheese.

L'ascension d'un imposant monticule de pierre à la surface rugueuse mena le petit groupe d'explorateurs en hauteur, là d’où ils purent apercevoir en contrebas les restes d'un appareil bien familier. Se laissant tomber sur le derrière, Jheese émit une nouvelle fois quelques remarques plaintives au sujet du climat et de la fatigue, sans pour autant que celles-ci ne parviennent à capter l'attention de l'un quelconque de ses compagnons, tous focalisés sur le vaisseau qu'ils avaient finalement retrouvé après une heure de marche.

-Je ne pensais pas le retrouver dans un tel état, le choc a vraiment dû être terrible.

-Kiwi et moi on t'a bien dit qu'il avait morflé sévère ! Ce type a du finir en compote à l'arrière, on perd notre temps !

«Dîtes, Risha-san...» interrogea le jeune Actinidia-seijin qui plissait les yeux pour diminuer l'effet de flou crée par la chaleur et la distance qui le séparait du vaisseau qu'il tentait d'observer attentivement,
«J'ai l'impression qu'il y a quelque chose sur la carlingue...»

-Sûrement une bête sauvage qui aura senti l'odeur de l'homme que vous êtes venus chercher. Il n'y a personne d'autre que la tribu Neta dans ce désert.

Intrigué, Zarbon s'attarda lui aussi sur cette forme qui se tenait sur la carcasse de son vaisseau. Une forme qui même vue d'ici lui semblait bien disposer de bras et de jambes. Une silhouette peu imposante, se tenant accroupie sur la ruine dans laquelle il avait l'air de chercher quelque chose.

Une silhouette, à n'en pas douter, appartenant bien à un humain.

En trombe, le policier dévala la pente, glissant en direction de son vaisseau, avant d'effectuer à mi chemin un gracieux saut périlleux, s'élançant le pied en avant vers l'inconnu au petit gabarie, qui se plia en deux, le dos perpendiculaire au sol, esquivant ainsi des plus habilement l'attaque sautée de son assaillant, qui se retrouva le nez dans un tas de sable de l'autre côté de la carcasse de son appareil, sous les yeux effarés de ses camarades.

La tête fraîchement sortie de cet agrégat poussiéreux – du sable plein les cheveux et les yeux qu'il frotta vigoureusement – Zarbon se retourna vers l'individu mystérieux qui avait anticipé son assaut aérien avec une facilité déconcertante.

-On dirait que mes cours de limbo portent leurs fruits finalement ! Que me veux-tu, crapule ? Tu cherches les ennuis ?

«Non mais on croît rêver !» brailla le prince aux nerfs à fleur de peau en crachant le sable qui s'était retrouvé sur sa langue déjà bien assez sèche à son goût,
«Je te signale que tu es sur MON vaisseau ! Alors c'est plutôt à moi de te poser des questions !»

En se frottant la tempe d'un air faussement gêné – tentant davantage de paraître cool aux yeux des spectateurs assistant à la scène depuis la butte – le garçon au visage bleu pâle et au corps violacé ouvrit ses larges yeux dorés, et déclara

«C'est vrai que je ne me suis même pas présenté, ou sont donc mes manières ?», avant d'entamer une série de poses toutes plus loufoques les unes que les autres, agrémentées d'un discours qu'il semblait avoir préparé et répété à l'avance, face à un Zarbon plus que dubitatif.

-Les jeunes filles frémissent dès qu'elles me voient ! Les garçons de mon âge rêvent de me ressembler ! Je suis l'élite parmi l'élite ! La star des étoiles montantes ! Et bientôt, j'intégrerai la célèbre Patrouille Galactique et et je ferai régner l'ordre et la justice !

Je suis le beau gosse pistolero le plus célèbre de la galaxie : Jaco !

-Oooooh ! Ce mec a trop la classe ! Z'avez vu ces poses ultra stylées ?!

Sur un ton aussi incompréhensif qu’écœuré, Kiwi demanda à son ami «Tu...tu le trouves vraiment cool ce type ?», question que Risha, tout aussi abasourdi, n'avait pas osé poser.

-Hehe, je vois que mon charme opère déjà ! Malheureusement pour toi, je ne m'intéresse pas aux hommes.

«Et si tu m'expliquais ce que tu veux à mon vaisseau au lieu de déblatérer des balivernes ?!» s'énerva le prince qui perdait patience.

Tout en farfouillant dans ses poches de toute évidence en désordre, l'étrange garçon s'expliqua,
« Je suis à la recherche d'un fugitif », puis sortit, chiffonné et froissé, une boule de papier sur laquelle un dessin semblait avoir été griffonné par un enfant.

-C'est un individu extrêmement dangereux et hautement recherché, l'avez-vous aperçu dans le coin ?

-Je suis censé le reconnaître avec...ça ?

-J'ai suivi sa trace jusqu'ici, mais je l'ai perdu lorsqu'il est entré dans l'atmosphère de cette planète. Je suis persuadé qu'il a dû atterrir par ici, mais il n'y a plus personne dans ce vieux tacot, et des traces de pas laissées dans le sable semblent se diriger vers le sud.

-Il n'a pas « atterri », il s'est écrasé. Enfin, on s'est écrasé, pour être exacte. L'homme que tu cherches s'appelle Amondo, pas vrai ? C'est mon prisonnier, c'est moi qui le transportais dans ce vaisseau.

-COMMENT ?! Ne me dis pas que tu es...tu es...un membre de la Patrouille Galactique ?

«Euh...non, pas du tout» répondit avec gêne le policier, qui n'avait d'ailleurs jamais entendu parler de cette fameuse patrouille.

-Vraiment ? Alors pour qui travailles-tu, bandit ?

Agacé par les insultes ridicules et répétées de cet énergumène qui avait sitôt repris son ton hautain, Zarbon dût fournir un effort surhumain pour conserver son calme, et répondit simplement qu'il travaillait « en solo », préférant cacher le fait qu'il faisait parti de la police impériale de Freeza, ne sachant pas à qui le jeune pouvait bien prêter allégeance.

-Hm, je vois, un vulgaire chasseur de prime. J'aurai du m'en douter, c'est pour ça que tu ne portes aucun insigne. Très bien, alors écoutes moi. Si je capture ce dangereux criminel, la Patrouille Galactique acceptera certainement de m'engager cette fois ! Alors tu vas gentiment me laisser l'embarquer ! Compris ?

-Que veux-tu dire par « cette fois » ?

« Eh bien, c'est à dire que... » balbutia le petit alien qui paraissait bien moins confiant que tantôt,
«Ils m'ont recalé à l'entretien d'embauche parce que selon eux je ne suis qu'un ado inexpérimenté, mais je vais leur prouver à quel point je leur suis indispensable !»

Persuadé que les raisons de ce refus devaient être tout autre, Zarbon ne prit cependant pas la peine de relever ses prétextes.

-Tu m'en vois navré Jacky, mais malheureusement pour toi, si Amondo n'est pas mort dans ce tas de ferraille, alors ça veut dire qu'il a pris la fuite.

« C'EST JACO ! », vociféra l'apprenti justicier en dégainant son arme avec célérité pour la pointer sur Zarbon, qui ne se sentait pas le moins du monde menacé par ce jouet.

-Détends-toi cow-boy, je te présente mes excuses. Jaco, ça va ?

Peu convaincu par ces excuses bâclées, le petit homme répondit d'un simple « Mouais », et rangea son arme.

-Dans ce cas, il va falloir que je parte à sa recherche. Une élite telle que moi ne peut pas laisser filer ce vile gredin !

-Je vais sûrement te décevoir, mais Amondo est mon prisonnier. Et de toute façon, tu n'es pas de taille face à lui. Un conseil, rentre chez toi petit.

Petit

Petit

Petit

Je mesure presque UN METRE CINQUANTE !!

Mis hors de lui par cette remarque de trop, Jaco sortit à nouveau son arme et tira sans sommation sur celui qu'il prenait pour un chasseur de prime avant même que Kiwi et Jheese n'aient le temps de l'avertir. Fort de ses réflexes, Zarbon put éviter le tir en se baissant latéralement vers la droite, puis profita de cette occasion qu'il attendait avec impatience : Le moment ou ce fauteur de trouble insupportable tirerait le premier pour lui fournir une raison de cogner.

Mais à sa grande déception, son coup manqua sa cible. De même que le suivant. Et celui qui suivit. Aucun d'eux ne fit mouche. Avec une dextérité hallucinante, Jaco esquivait chacune des attaques de Zarbon, ondulant entre ses coups tel une anguille.

La quatrième attaque, il l'évita jouant à saute mouton par dessus la tête du Pomélo-seijin avant de lui tirer dans le dos avec son pistolet à décharge plasmique. Un choc bien désagréable, mais loin d'être suffisant pour mettre Zarbon au tapis. Le policier chargea à nouveau le pistolero qui rampa ridiculement entre ses jambes et lui tira dans chaque talon, faisant tomber à la renverse son adversaires, la tête la première dans ce fichu tas de sable.

Fou de rage, Zarbon sortit sans plus tarder la tête du sol en hurlant à gorge déployée, les yeux injectés de sang et de sable.

-Gihihihi, je vais sûrement de décevoir, mais tu n'est sûrement pas de taille face à moi.

Blessé dans son orgueil, c'est un Zarbon fulminant qui se jeta sans réfléchir une nouvelle fois sur l'empêcheur de tourner en rond qui ne cessait de gigoter, et qui bien entendu, évita une nouvelle fois cette attaque précipitée d'un sublime saut arrière, virevoltant avec grâce, devant un Jheese qui observait la scène, des étoiles plein les yeux, admirant cet époustouflant bond avec attention, décomposant chaque pose aérienne de l'artiste au ralentit, jusqu'à son élégant atterrissage sublimé par un cri des plus caractéristique.

Toooooooo !

En ôtant le cran de sûreté de son arme, Jaco, le sourire aux lèvres, continua de railler son nouvel ennemi.

«Quel grossier personnage, il est temps de t'enseigner les bonnes manières !»

Décidé à en découdre, Jaco décolla soudainement les pieds du sol. Lentement. Et contre sa volonté.

Derrière lui, l'imposant Risha le soulevait en le tenant par le sommet du crâne, regardant le garçon d'un air sévère et désapprobateur.

-Vous vous êtes assez amusés comme ça. Je vais vous raccompagner en ville et vous réglerez vos problèmes une fois là bas. Et nous partons sur le champ, est-ce clair, petit homme ?

La morve au nez, Jaco se contenta d’acquiescer sans broncher les paroles du grand cornu qui le reposa délicatement à terre et rejoignit ses deux petits camarades en haut de la colline pour reprendre leur route, suivi de Zarbon, sous le regard de Jaco, resté assis là ou il avait été reposé tel un vulgaire bagage abandonné.

À nouveau, le quatuor allait devoir traverser le désert rouge, sec et brûlant, cette fois-ci en direction de la cité. Tandis que Kiwi devait gérer les jérémiades de son ami toujours aussi plaintif, Zarbon interrogeait Risha sur ce qu'ils trouveraient là bas. Après tout, s'ils se rendaient là bas en partie dans l'espoir d'y retrouver Amondo – qui s'il avait survécu à son périple dans cet enfer de pierre et de sable n'avait que là bas ou se rendre – c'était surtout dans le but d'y trouver un moyen de transport, ou à défaut de quoi réparer le leur, si tant est que cela était encore possible.

À en croire les ébauches orales du chasseur, la ville de Nattō, malgré l'appauvrissement globale des richesses naturelles de la planète Kabōcha, était une cité bien portante. Opulente par son commerce, foisonnante de diverses activités et jeux de tous genres se déroulant dans l'enceinte de son cirque.

Mais surtout, elle devait sa fortune à sa proximité d'Yggdrasil, dont les racines qui la parcouraient s'avéraient être de véritables cornes d'abondance. Sous la régulation impériale, le peuple pouvait disposer du nectar qu'ils extrayaient de l'arbre pour s'en nourrir, mais aussi pour alimenter la faune et la flore au sein de la cité.

Cependant, cela ne calma pas l'inquiétude de Zarbon, qui ne nota aucune mention à une quelconque technologie un tant soit peu avancée.

-Zarbon-san, vous devriez regarder derrière nous.

-Je sais Kiwi, ne te retourne pas.

«Vous êtes durs tout les deux !», défendit le Brench-seijin, tantôt admiratif de la prestation de l'invité indésirable.

-S'il voulait nous accompagner, il n'avait qu'à le demander. Mon frère dit toujours qu'un homme doit assumer ses actes et ses décisions s'il veut mériter le respect des autres.

« Mais je ne vous suit sûrement pas ! Je me rend simplement en ville moi aussi, voilà tout ! »

-Nous arriverons bientôt, voyageurs. J'aperçois l'entrée de la cité. À partir d'ici, tâchez de vous faire discrets, et gardez bien vos capuches sur vos têtes. Les étrangers sont vus d'un mauvais œil par ici.

À l'approche de la titanesque porte de bois de la cité, les deux jeunes garçons ne purent soutenir leur mâchoire. La stupéfaction qui leur avait été arrachée l'avait été non seulement par l'immensité de la structure, mais aussi par ce flux impressionnant de personnes entrant et sortant de la ville, transportant diverses cargaisons et marchandises, parfois sur leur épaules, d'autres fois sur leur tête ou accrochées dans leur dos. Mais également, à bord de chariots eux aussi faits de bois tirés à mains nues.

Si les habitants de Nattō étaient tous humains – une race commune de l'univers bien qu'elle ait fortement perdu en influence – leur style vestimentaire lui était bien différent de ce qu'ils connaissaient. Ni armure, ni combinaisons synthétiques ou vêtements composés de fibre artificielle. Ici les gens semblaient tous vêtus de tuniques aux couleurs claires, principalement blanches ou beiges, bien que certaines furent brunes ou bien ébènes, et le sommet de leur tête couvert par divers turbans. Des vêtements amples et simples, pour une mode rustique et modeste.

Une chose en revanche semblait terriblement familière à Kiwi. Ces nombreuses odeurs, de viandes fumées, de fruits et légumes frais, d'alcools fermentés et de parfums fragrants, le tout embaumant l'air d'un arôme particulier et indescriptible. Une senteur qu'il avait l'habitude de humer sur le marché multiethnique de son quartier sur Freeza 79.

Un régal pour l'odorat, mais aussi pour les yeux, lesquels se voyaient faire miroiter par les marchands à la voix portante, nombre de trésors et bijoux, argenterie et vaisselle. Des vêtements aussi, bien plus colorés que ceux portés par le commun de la populace.

Une véritable mosaïque sensorielle s'offrait aux voyageurs, dont les deux plus jeunes découvraient pour la première fois un monde qui leur était totalement étranger.

Sans doute Zarbon se serait-il laissé attendrir en voyant ses deux protégés s'extasier ainsi, s'il n'avait pas remarqué, à l'instar de Risha, que de plus en plus d'habitants tournaient leur regard dans la même direction avec suspicion.

-Ne nous avais-tu pas dit qu'avec ces tenues nous serions discrets ? Pourquoi ce gens nous dévisagent-ils ?

-Ce n'est pas nous qu'ils observent, étranger.

En un instant, l'inquiétude qui tirait les traits délicats du prince se transforma en dépit, dont l'origine supposée ne tarda pas à se faire entendre.

«Pourquoi vous me regardez tous comme ça ? C'est la première fois de votre vie que vous voyez une super élite ?»

Voyant se former autour du jeune garçon un attroupement qui n'était sûrement pas loin de se transformer en foule en colère, Risha tenta d'emmener ses protégés loin au plus vite. Une fuite qui semblait ne pas plaire aux deux plus jeunes.

-Kiwi, Jheese, ce n'est pas notre problème, dépêchons nous de partir.

-Mais Zarbon-san, on ne va quand même pas l'abandonner comme ça. Je sais que c'est un crétin, mais...

Une fois l'échoppe la plus proche escaladée pour se mettre en sécurité, Jaco remarqua l'envergure de la foule qui s'était rassemblée. Sa si précieuse couverture n'était sans doute plus d'actualité.

-Écoutez moi, bas peuple de l'univers ! Je sais que des êtres aussi peu civilisés que vous l'ignorent sûrement, mais vous êtes sous la protection universelle de la grande Patrouille Galactique ! Et il se trouve que moi, le sublime Jaco, fera bientôt parti de l'élite de ses rangs ! Vous n'avez donc rien à craindre de ma présence parmi vous !

Tandis que Jheese était ébloui par la prestance incommensurable du fanfaron qui n'avait apparemment pas atteint ses autres camarades, il fut le seul à ne pas remarquer immédiatement les soldats armés arriver en écartant la foule pour atteindre la source de ce raffut. Des gardes protégés par des plastrons dorés et un casque surplombé d'une magistrale plume pourpre, mais exhibant fièrement leur bras et jambes nues.

-On dirait que la situation va dégénérer, nous devons vite partir voyageurs, avant qu'il ne soit trop tard.

« Qu'est-ce que tu fiches ici, étranger ? Les gens de ton espèce ne sont pas les bienvenus dans notre cité, tu ferais mieux de mettre les voiles avant d'avoir des ennuis ! »

-Vous devriez faire preuve de politesse avec votre protecteur !

-On n'a pas besoin de ta protection ici, fou moi le camp et plus vite que ça ou tu vas le regretter !

-Quels rustres...je me demande bien pourquoi la Patrouille ne vous a pas déjà tous exterminé...

Il n'avait pas conscience de ce qu'il venait de déclencher en proférant un tel discours génocidaire. En un instant, la foule en colère se métamorphosa en cortège sanguinaire, appuyé par les soldats dont la patience avait définitivement été bravée.

-C'est une menace ? Tu oses nous menacer sur notre planète ? Tu as suffisamment abusé de notre hospitalité, étranger. Gardes ! Arrêtez cet homme au nom de sa majesté Futō !

Sur ordre de leur supérieur, deux membres de la garde s'attaquèrent aux bases de l'échoppe afin de la renverser. Tenant difficilement en équilibre sur la structure de bois tremblante et sur le point de s'effondrer, Jaco tanguait de droite à gauche, jusqu'au moment ou il se décida de se dégager de cette situation périlleuse par un magnifique saut de cabri qui l'emmena juste derrière les individus armés.

Le petit homme, dos tourné à la garde, esquiva le coup de lance qui tenta de lui trancher les jambes d'un simple petit bond, puis leva une jambe du sol et se laissa tomber vers la gauche pour esquiver le second coup avant de se remettre en équilibre. Finalement tourné face à ses adversaires, le regard malicieux du garçon révéla sa confiance inébranlable. La jambe tendue et les deux mains sur le sol, Jaco, en position de départ de course, s'élança promptement vers le premier de ses ennemis qu'il expédia au tapis d'un coup de coude lancé en plein dans l'estomac, suivi d'un second au niveau du menton.

Puis c'est un grand écart inattendu qui lui permit d'éviter la lame qui manque de peu de lui trancher la tête. Les mains posées à terre, une poussée lui suffit à se propulser au dessus des gardes. Celui qui reçut son pied en plein visage ne le vit d'ailleurs pas venir. Pas plus que celui qui attrapa par un réflexe stupide le casque de son collègue, qui venait de décoller de son crâne par la violence du coup, pour se retrouver juste entre ses mains. Une diversion suffisante pour Jaco qui profita de l'inattention du garde – trop occupé à regarder le casque qu'il tenait – pour s'en prendre lâchement à ses parties intimes qu'il réduisit en bouilli d'un franc coup de tibia.

Cette pauvre âme laissée à terre, l'entrejambe encore fumante, le prétendant au titre de patrouilleur galactique effectua un saut périlleux arrière, agrémenté de son célèbre cri, afin d'esquiver le tranchant de la lance qui rata une nouvelle fois sa cible et déchiqueta à la place la longue plume du casque de l'eunuque.

Maintenant encerclé, le jeune pistolero posa la main sur son arme rangée dans le holster attaché à sa ceinture, tout en zyeutant autour de lui les lanciers vengeurs.

-1, 2, 3, 4, 5, 6...voilà l'occasion rêvée pour sortir mon coup fétiche.

Juste avant que ne s'avancent les soldats, Jaco se laissa glisser sur son flanc droit tout en dégainant son revolver, se servit de son pied pour tourner sur lui même sur le sol, et effectua une rotation parfaite tout en tirant dans les jambes de chacun de ses assaillants en même temps.

Ce n'est qu'à l'instant ou il se releva et prit la pose que tous perdirent l'équilibre, les jambes paralysées par ce tir aussi atypique qu'efficace, ce qui ne manqua pas une fois de plus d'attiser l'effervescence chez Jheese, et même contre toute attende, une certaine admiration de la part de Zarbon.

-Le moins qu'on puisse dire c'est qu'il ne manque pas de talent, pour un avorton.

Une maigre victoire bien vite éclipsée par l'arrivée d'un nouveau régiment de gardes, plus nombreux encore que les précédents. Certains attirés par le bruit, l'agitation, ou intrigués par ce rassemblement. D'autres même appelés par les citoyens apeurés par cette menace venue d'ailleurs. Suffisamment de gardes en tout cas pour inquiéter Jaco, qui commença soudainement à perdre confiance.

-Zarbon-san ! Il ne pourra pas s'en sortir tout seul plus longtemps ! On doit aller l'aider !

-Voyageur, faîtes ce que je dis et quittons ces lieux immédiatement, avant que nous ne soyons découverts à notre tour !

En plein dilemme, Zarbon regardait ces nombreux soldats débarquer, prenant d'assaut le jeune garçon dont la panique se lisait dans ses mouvements de plus en plus hasardeux et pénibles. Lui même ne comprenait pas pourquoi il s'en souciait tant. Son devoir de gardien de la paix faisait sans doute vibrer sa corde sensible. Mais il savait qu'il devait se ressaisir et penser avant tout à la sécurité de ses deux jeunes compagnons.

Bousculé par des attaques répétées, Jaco évitait maladroitement chaque assaut mortel des lances ennemies. Son stress s'amplifia de plus belle lorsque sa tentative de riposte se vit contrecarrée par l'attaque d'un garde qui le désarma, expédiant son revolver directement dans l'une des jarres d'un stand du marché.

Sans défense et à la merci des lanciers, Jaco se recroquevilla sur lui même, les mains sur la tête, dans une étrange position de repli qui ne lui serait sans doute d'aucun secours.

Mais c'est d'ailleurs que le secours vint. De ce pied arrivé de nul part, venu s'écraser en plein visage de celui qui s'apprêtait à achever le petit être à la peau violette.

De ce pied que Jaco, empli de gratitude, aurait sans doute baisé s'il n'avait eu autant d'amour propre, et si son propriétaire n'avait pas été tantôt aussi irrespectueux à son égard.

-Tu avais l'occasion de partir, pourquoi une fripouille telle que toi est revenue ?

« N'insulte pas les gens qui te viennent en aide ! » enragea le prince, qui regrettait déjà d'être intervenu en la faveur de l'impertinent pistolero aux côtés duquel il se retrouvait maintenant encerclé, et à visage découvert, sa capuche s'étant ôtée dans le feu de l'action.

-En aide ? Mais une super élite n'a pas besoin d'aide ! Je peux très bien me débrouiller seul.

-La prochaine fois, rappelle moi donc de ne pas m'attirer d'ennuis pour le paltoquet que tu es !

Forts de cette alliance indésirée mais non moins fructueuse, Jaco et son sauveurs improvisé firent front commun devant la horde armée de Nattō qui ne parvenait pas à faire plier ces étrangers, pas même celui qui perdait plus tôt du terrain et se sentait soudainement investi grâce à l'intervention du prince d'une force nouvelle appelée courage.

Si le plus petit des deux continuait de compenser son manque de force par des acrobaties permises par son extrême agilité afin de se défaire des guerriers, Zarbon quant à lui dégoulinait de sueur. Mais pas une goutte n'était due à autre chose que la chaleur. Avec une aisance déconcertante, le Pomélo-seijin paraît chaque assaut des lanciers, habitué au style nettement plus maîtrisé de son frère auquel il avait maintes et maintes fois fait face durant leurs entraînements. En comparaison, la technique bien peu raffinée de ces gardes manquait cruellement de perfection, au point qu'un doigt suffisait au prince pour dévier leurs armes. Celui-ci néanmoins prenait soin de ne pas trop égratigner ses adversaires. Certainement pas par compassion, leur sort lui importait peu, et il n'aurait eu dans des circonstances plus clémentes à sa personne, aucun scrupule à leur ôter la vie. Mais bien afin d'éviter de s'attirer les foudres de ce fameux empereur dont on l'avait exhorté de se méfier.

Malgré leur surnombre, les gardes venus au secours de la populace commençaient à perdre confiance, et à sentir le vent tourner. La plupart se contentait dorénavant de se tenir à bonne distance des deux forcenés et de les observer en maintenant la pointe de leur lance braquée sur eux. Voyant lui aussi que la chance avait changé de camp en sa faveur, Jaco porta la main à son holster, lentement, sans lâcher du regard le blanc des yeux de ses opposants, agitant les doigts à côté de son ceinturon, avant de finalement braquer son index dans leur direction, simulant le tir de l'arme qu'il avait perdu plus tôt dans la bataille d'un magnifique : Zap !

Un piètre jeu d'acteur qui pourtant suffit à mettre en déroute les quelques gardes à cran qui ne s'étaient pas laissé tomber au sol pour tenter d'éviter le tir fictif. Fier de sa performance qui ne manqua pas d'amuser Zarbon, le pistolero mima le rangement de son revolver après avoir soufflé sur le bout de son doigt. Et alors que les deux garçons restés un peu plus loin avec Risha acclamaient les vainqueurs de cette guerre de rue, l'un des gardes en fuite se heurta à un obstacle que personne ne s'attendait à voir ici.

À la carrure aussi imposante que sa musculature, une peau couleur de braise couverte par une armure de plaques dorées complète à l'exception du casque dont le port était empêché par deux cornes de bouc diaboliques, et lui aussi doté d'une arme longue, une hallebarde faite du même matériaux que son armure, mais celles-ci ornée de motifs somptueux appartenant à la famille de l'empereur.

-Ca...capitaine ! Que faites-vous ici ?

Le regard de Zarbon fut immédiatement capté par le silencieux taureau rouge qui venait d'apparaître devant lui, provoquant d'étranges tremblements dans tous le corps de Jaco qui commença à reculer subrepticement.

-Les vermines comme vous ne sont pas les bienvenues dans ma ville.

-Risha-san, cet homme vous ressemble beaucoup, non ?

«T'es sur ? C'est vrai qu'ils ont un air de famille, mais celui-là n'a pas de queue.» renchérit le camarade de Kiwi en réaction à sa remarque restée sans réponse de la part du guerrier de la tribu Neta, dont les pupilles rétractées à l'apparence presque animale s'était figées à la vue du Capitaine de la garde impériale.

Toi...toi...SALE TRAITRE !

Terrifiés par le rugissement de leur guide, les deux jeunes garçons ne purent cependant s'empêcher d'être curieux devant cette interpellation de Risha, qui attira l'attention de son congénère.

-Risha ? C'est toi qui a amené ces étrangers ici ? Tu sais pertinemment que ces nuisibles ne sont pas admis dans l'enceinte de notre cité. Et toi non plus d'ailleurs.

-J'ai attendu le jour ou nous nous retrouverions pendant plus de dix ans...

Abstraction totale faite des enfants qu'il protégeait, et de tout ce qui l'entourait, le borgne dont la capuche était elle aussi désormais tombée, croisa ses deux bras sous sa tunique, de la quelle il extirpa deux serpes dorées.

-Le jour ou je pourrai enfin pouvoir racheter l'honneur de notre peuple et celui de mon père avec ton sang ! Shisami !

Pris d'une rage incontrôlable et inextinguible, Risha chargea tel un buffle en direction de celui qui se dessinait, aux yeux des personnes n'ayant pas encore fui et assistant à ce véritable drame, comme son ennemi juré. Dans sa course folle, le vengeur emplafonna et piétina tout ceux qui se trouvaient sur son passage, soldats comme civils, sans la moindre distinction. Avant de faire parti de ses victimes, Zarbon et Jaco s'écartèrent se son chemin, sautant chacun dans des directions opposées, le plus petit ayant intelligemment orienté sa roulade vers celle ou se trouvait son arme.

Sans exprimer la moindre émotion, le capitaine de la garde bloqua les deux dagues de Risha avec chacune de ses cornes, regardant son adversaire droit dans les yeux sans faillir.

-Je vois que les années n'ont pas suffit à étouffer ta rancune, l'ancêtre doit être extrêmement déçu de son cher petit protégé.

-Tu t'es assuré de rester gravé en moi à jamais en laissant ton œuvre sur mon visage !

-Je ne t'ai pas oublié moi non plus. Sais-tu que j'ai parfois l'impression de toujours la sentir ? Cette excroissance en bas de mon dos...que tu m'as arrachée il y a seize ans.

Toujours empreint d'un calme olympien dissimulant sa furie intérieure, Shisami commença à repousser les lames de Risha avec ses cornes, sans que celui-ci ne parviennent à contrer la force impressionnante du son ancien compagnon. Le capitaine de la garde se saisit alors des poignets de son adversaire, l'empêchant ainsi de dégager ses serpes de combat, et le fit reculer, glissant inexorablement vers l'arrière sur le sable qui parsemait le sol, repoussant Risha rien qu'avec ses extrémités osseuses protubérantes.

Rapidement passé d'un état de colère noire à une anxiété absolue, Risha, impuissant face à la puissance colossale de Shisami, tenta vainement de lui résister, avant que finalement, le capitaine ne le soulève au dessus du sol, maintenant en l'air un Risha agitant inutilement les jambes dans le vide pour essayer de se dégager, avant de se faire fracasser contre les pavés sableux recouvrant la rue, le forçant à lâcher prise sur ses dagues. La gorge désormais serrée par la main massive de son tortionnaire, Risha, une fois de plus tenu en l'air, sentait sa trachée s'écraser sur elle même tandis que plus la moindre once d'air ne parvenait à pénétrer dans ses poumons.

-Tu aurais mieux fait de rester pourrir avec les autres raclures de notre espèce dans votre misérable trou miteux. Tu te serais au moins évité une humiliation aussi cuisante que celle qu'a connu ton imbécile de père.

Avec une véhémence sans pareille, Shisami envoya sa victime s'écraser contre un tas de caisses laissées là par un marchand qui avait sans doute promptement fui les lieux depuis longtemps. L'être sans pitié arma alors sa hallebarde, prêt à la lancer sur ce gibier qu'il comptait bien achever sans perdre une seconde de plus.

Et sous les yeux de Jheese et Kiwi, impuissants devant cette situation, hurlant le nom de Risha dans l'espoir que celui-ci ne se relève dans un élan de vigueur et évite l'attaque meurtrière, s'enfonça alors impitoyablement le poing de Zarbon, au creux de celui de Shisami qui vit l'attaque arriver par sa gauche et parvint à la stopper avec sa seule main libre.

-Ne te mêle pas de ce qui ne te regarde pas, étranger.

-J'aimerai autant, je t'assure. Seulement...



Mon boulot, c'est de faire respecter la justice.
« Un Général...ne doit jamais faillir à son devoir »

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(Portrait de Danmarine par Kouki)
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Re: Dragon Ball Extended Universe : Les Chroniques d'une Gue

Messagepar Imate le Sam Juin 08, 2019 15:23

Bon bon bon, j'ai pris le temps avant de poster un nouveau chapitre, mais si je continue d'attendre d'éventuels retours, je crois qu'on a le temps d'attendre :lol:

Alors tant pis ! En voilà quand même un de plus ! Et bonne lecture à vous :P

* * *


Chapitre 29 : Un Coola paré d'or


Un
Deux
Trois
Quatre
Cinq
Six
Et sept.

Fermés l'un après l'autre jusqu'au col en position relevée de sa chemise, afin de le cercler d'un long tissu.

Un tour, puis un autre. Dedans, et dehors, puis de nouveau vers l'intérieur.

À moins que ça ne soit dehors, dedans, et la boucle finale vers l'extérieur ? Nouer une cravate n'était pas dans ses habitudes, et la dernière à avoir décoré son cou datait de quelques années. Enfin, cela fera sans doute l'affaire.

Afin de compléter cet ensemble élégant, il enfila sa veste hors de prix, accordée à son pantalon de costume bleu nuit, et qui lui allait particulièrement bien au teint.

Un, deux, et trois boutons de manchette enfilés. À un poignet, puis à l'autre. Il ne les avait porté qu'à deux reprises depuis le jour ou ils lui furent offerts pour sa promotion prestigieuse. La première fois fut justement lors de la réception donnée en son honneur pour l'acquisition de son rang de Général. La seconde était pour la cérémonie funéraire de celui qui les lui avait offertes. Il ne pensait jamais les remettre, mais n'avait pu se résoudre à les jeter. Une sage décision tout bien considéré.

Après s'être admiré une poignée de secondes de trop dans le miroir tout en ajustant le col de sa veste laissée ouverte, Danmarine s'assit sur le bord de la baignoire de la salle de bain dans laquelle il se préparait, et lassa ses chaussures blanches. La touche finale enfin apportée, le Général ouvrit la porte automatique séparant la salle d'eau du reste de la chambre d'hôtel, ou se préparait le reste de son équipe.

Ranfu, vêtu d’un costume gris boutonné de façon stricte, au design classique de la vieille école – qui cependant avait l'avantage de lui seoir à ravir – attachait ses longs cheveux cramoisis coiffés en une longue queue de cheval lui arrivant en bas du dos, et ne laissant devant son visage que deux fines mèches rouges chacune tombant devant l'un de ses yeux.

Dodoria, lui paré d'un ensemble chic de couleur mauve, à la veste fermée à l'avant par quatre imposant boutons par dessus une élégante paire de bretelles, qui lui rappelait une soirée bien désagréable durant laquelle il avait été forcé de porter un pareil accoutrement parfaitement ridicule à son goût, s'acharnait sur son nœud papillon qu'il était tout bonnement incapable de nouer, préférant le jeter avec véhémence sur la moquette, avant qu'un long talon rouge ne s'en approche, et qu'une main féminine ne le ramasse.

« Fais donc un effort pour te comporter un peu moins comme un molosse tu veux ? Aller, assieds-toi au bord du lit, je vais m'en occuper »

Non sans omettre de ronchonner allégrement, le Durian-seijin s'exécuta néanmoins, et laissa la jeune femme habillée d'une robe au rouge plus pétant encore que celui de sa longue chevelure coiffée de mèches ondulantes, à travers lesquelles on apercevait légèrement les larges anneaux dorés décorant ses lobes, pour le moins plus discrets que le décolleté qu'elle arborait.

Sagement assis au bout de la couche, le gros dur se laissa choyer par la belle rousse, qui semblait bien mal à l'aise avec ces hauts talons aiguilles qui ne l'aidaient clairement pas à se mouvoir. À se demander comment le Général Pierrot pouvait en porter à longueur d'année. Tandis que Ranfu remontait les aiguilles de sa montre clipsée sur son poignet gauche, il ne put s'empêcher de remarquer les courbes de la Capitaine, mise en valeur par sa robe alors qu'elle se tenait penchée devant Dodoria. Mais rappelé à l'ordre par un sec « Capitaine ! » proféré avec autorité par Danmarine, il cassa par inadvertance le mécanisme de sa montre.

« Je...j'étais perdu dans mes pensées, Général ! Je n'étais pas en train de... » bégaya difficilement le rouquin dont le visage était devenu presque aussi rouge que sa chevelure de feu.

-Ouais, c'est ça, t'es pas crédible une seconde, la rouquine. T'empestes encore plus qu'un Durian-seijin en rûte pendant notre période de reproduction !

Vexé par le rire gras et momentané de Dodoria, rapidement réprimandé par Rubī qui ne supportait pas de le voir gigoter pendant qu'elle s'évertuait à nouer ce fichu nœud papillon, le Capitaine tenta une nouvelle fois de se défendre vainement, incapable d'aligner deux mots convenablement, écrasé par le poids du stress que lui causait le regard appuyé de Danmarine.

-Faudra m'expliquer un jour cette obsession que vous avez de ce côté de la Galaxie avec les mamelles. Sur Durian on était peut-être des barbares, mais au moins on avait pas ce genre de complexe maternel dégueulasse.

-Voilà, et un foutu nœud pap', un. T'as pas intérêt à le détacher dans cinq minutes. Oh, Danmarine, je ne t'avais même pas remarqué. Très séduisant, mais toujours aussi gauche quand il s'agit de nouer une cravate à ce que je vois.

« Tu trouves ? » demanda timidement le Général, avant de se reprendre subitement, agacé d'être une nouvelle fois tombé dans le jeu de la Capitaine.
« Aucune importance, dépêchez vous d'en finir avec les préparatifs, le briefing va bientôt commencer. »

Vous ne pensez pas si bien dire, Danmarine-san.

Dissimulé dans l'ombre d'un coin de la pièce, venu de nul part tel une émanation vaporeuse, insaisissable et pratiquement imperceptible, Byōna venait de se matérialiser sans que personne n'ait vu quand ou comment il était arrivé. Une entrée en scène aussi glaciale que surprenante, et qui ne laissa pas Ranfu et Dodoria de marbre. Suffisante pour crisper le Général et tirer les traits de son visage. Mais loin de surprendre Rubī, habituée aux apparitions et disparitions, soudaines et répétées, de son supérieur et ancien partenaire.

-Je vois que vous avez tous trouvé une tenue convenable. Parfait, elles vous seront indispensables pour passer inaperçus ici. Maintenant, si vous le voulez bien...

Pendant que Byōna ouvrait la mallette qu'il avait apporté avec lui et en extrayait le contenu afin de l'installer minutieusement sur la table qui lui servirait à exposer la situation et les détails de la mission à son équipe, Danmarine repensait à leur escale sur la pluvieuse septième lune de Freeza Prime. Le siège des services de renseignement de l'Empire, ainsi que celui des services secrets, d'après la rumeur. Là ou lui et ses subalternes avaient été convoqués par Byōna, sur ordre de Freeza, sur qui Danmarine aurait apparemment fait forte impression, au point qu'il l'ait demandé en personne pour cette mission primordiale.

En effet, Danmarine et son équipe ont fait parler d'eux il y a trois ans de cela en jouant un rôle crucial dans la conquête de Pomélo et en contribuant à mettre au jour les sombres projets de Kota. Un exploit réitéré sur la planète Ikonda, réputée imprenable depuis des années. Raison pour laquelle chacun d'entre eux avait été convié à se joindre à cette mission.

Connaissant la précédente affectation de Rubī, Danmarine ne doutait nullement d'elle. Elle était d'ailleurs sans le moindre doute la plus compétente du groupe pour ce travail. Il émettait davantage de réserves à l'encontre de Ranfu qui certes excellait dans le domaine militaire et stratégique, et dont les talents de combattant aguerri n'étaient pas à remettre en question, mais qui cependant peinait à se fondre dans la société civile et à se comporter de manière naturelle face à une situation impromptue.

Quant au dernier membre de ce quatuor...à vrai dire, il préférait ne pas y penser. Le moins que l'on puisse dire néanmoins, c'est que Danmarine n'était pas des plus confiants concernant leur capacité à mener une telle mission à bien.

Alors qu'il était plongé dans ses pensées, Danmarine n'avait pas remarqué l'objet que Byōna venait de poser sur la table, et qui soulevait les interrogations de Dodoria.

-C'est un Scout-Scop ?

« Un scou-quoi ? », balbutia le Durian-seijin, énervé rien qu'à la prononciation compliquée du mot de cet étrange appareil similaire à une longue vue qui venait d'être sorti de la mallette.

-Le Scout-Scop est un appareil servant à détecter et mesurer les sources de flux. Les scientifiques de Freeza-sama l'ont mis au point il y a environ deux ans. En raison du blocus des Ikonda-seijins, ils n'ont pas pu nous en faire parvenir, mais Egg m'en avait parlé avant que nos communications ne soient coupées.

-Tout ce que vient de vous expliquer Danmarine-san est juste. À ceci près qu'il n'a pas précisé que ce modèle est déjà pratiquement obsolète. Et ceci à cause de cet homme.

Projeté depuis un dispositif tenu dans le creux de la main de Byōna, l'hologramme de l'individu en question révéla un homme d'apparence chétive, aux traits marqués par les années, et vêtu d'une toge bleue ciel par dessus laquelle était enfilée une armure moderne, similaire à celle portée dans l'armée.

-Le professeur Citrus, un scientifique originaire d'une planète neutre, aurait été embauché par sa majesté Coola pour ses facultés hors normes. Armes, armures, aérospatial, système de repérage de flux, il aurait révolutionné leur technologie en un an plus que notre cellule de recherche en une décennie. Nos espions ont pu constater que la date du début de production de ces nouvelles technologies coïncidait avec celle ou Citrus les a rejoint. Mais étrangement, à en croire la base de données commune à nos deux empires, cet homme est un véritable fantôme.

« Vous pensez qu'ils nous dissimulent volontairement son existence ? », demanda innocemment Ranfu, ce qui ne manqua pas d'amuser la seconde Capitaine se trouvant dans la pièce.

-Ce que tu peux être naïf Ranfu. Nos deux Empires sont peut-être en bons termes depuis longtemps, mais derrière cette façade ils se livrent une guerre permanente.

-Une guerre ? Sans que personne le sache ?

« Pas ce genre de guerre, Dodoria » lui répondit son Général sur un ton qui laissait penser qu'il était bien au courant de cette triste réalité.
« Course à l'armement, multiplication des conquêtes, guerre économique, contrôles et taxations aux frontières. Freeza-sama et Coola-sama redoublent d'inventivité lorsqu'il s'agit de se livrer bataille autrement que par la force »

-Même si ces deux empires ne sont que des ramifications du territoire du Grand Empereur Cold sous la régence de ses fils, le jour ou il prendra sa retraite et les laissera chacun régner en maîtres absolus sur leurs portions respectives de son empire approche à grands pas. D'ici là, chacun d'eux tente d'accroître sa puissance, en prévision du jour ou ils seront libres de réduire l'autre en cendres. Mais lorsque l'heure fatidique sonnera, alors nous serons présents pour offrir la victoire à Freeza-sama.

Si les paroles à la résonance patriotique de Byōna firent battre le cœur de Ranfu, et celui de Dodoria – lui surtout emballé par l'idée d'une confrontation sans pitié contre un ennemi aussi redoutable – Danmarine, lui, redoutait le caractère inéluctable de cette menace dont il avait pris conscience à force de fréquenter les hautes sphères de ce monde. Mais l'heure n'était pas aux préoccupations.

-D'après nos informateurs, ils cacheraient Citrus sur cette planète. Il est fort probable qu'il soit parqué dans une installation scientifique dissimulée, et il ne sera sans doute pas simple de retrouver sa trace. Le dernier rapport de nos espions sur cette planète date d'il y a un mois. S'ils ont suivi la procédure, alors leur couverture a du leur survivre. C'est donc à vous de prendre la suite.

-Et si vous crachiez le morceau sur le but de votre « mission top secrète » ? Vous voulez qu'on zigouille ce type ?

-Le « zigouiller » n'est pas notre intérêt premier, Dodoria-san. Ses connaissances pourraient représenter une aide précieuse pour notre armée. Votre tâche consiste à débusquer et capturer Citrus en évitant à tout prix de révéler votre identité et votre appartenance aux rangs de Freeza-sama. Dérober le fruit de ses recherches, et disparaître sans laisser de trace.

-Ah ouais, et c'est tout ? Bon, mais dans...l'éventualité, ou j'arriverai pas à me faire discret.

Si ça arrive il n'y aura qu'à suivre le protocole. Élimination immédiate des témoins. Et si la capture de la cible s'avère impossible, liquidation pure et simple.

Ces mots, dans la bouche de Rubī, rappelaient à Danmarine le passé de la jeune femme, autrefois plus glaciale que sulfureuse à l'époque ou il fit sa connaissance. Une insensibilité qu'approuva l'ancien supérieur de la capitaine d'un hochement de tête et d'un sourire un peu trop charmant au goût du Général.

-Cette mallette contient toutes les vidéos, enregistrements, et autres éléments qu'ont pu collecter nos hommes. Même si cela ne constitue qu'une piste mince, vous devrez l'exploiter au mieux afin de repérer votre cible.

Byōna se dirigea vers la fenêtre de la petite chambre de motel, couverte d'un épais rideau, laissant trois des membres de l'équipe inspecter les éléments d'enquête disposés sur la table, tandis que le quatrième préféra rester en retrait pour se curer paisiblement le nez.

-N'oubliez surtout pas, ici, vous devez vous considérer en territoire ennemi. Évitez toute vague tant que vous n'avez pas atteint votre objectif. Et surtout ne révélez jamais votre véritable identité. Bienvenus, sur Coola 77.

Lentement, Byōna tira le rideau, qui laissa à mesure qu'il s'écartait entrer dans la pièce une intense lumière dorée et artificielle qui rayonna dans les yeux ébahis de l'équipe d'espions improvisée, qui découvrit alors par cette ouverture, la démesure de la planète la plus petite et la plus riche de la galaxie. La planète casino, Coola 77.

La surface de l'astre ne comportait plus la moindre parcelle de végétation, à l'exception des quelques parcs et plantes décoratives disséminées dans la cité planétaire. Des grattes-ciel à perte de vue, à l'architecture irréelle, composant une ville illuminée par les projecteurs et les gigantesques néons multi-chromatiques. Des rues littéralement pavées d'or, aux intersections marquées par de sublimes fontaines et d'immenses statues insensées de l'empereur. Quelques luxueux véhicules volants circulaient sur les voies principalement empruntées par des piétons dont l'apparence trahissait la richesse. Certains même préféraient se déplacer à dos d'étranges et imposants volatiles au plumage rosé tenus par des rennes attachés à leur bec jaunâtre.

Alors que les nouveaux venus s'émerveillaient devant la magnificence de la planète qui attirait les plus riches touristes de l'univers, trois petites tapes venues heurter la porte d'entrée captèrent immédiatement leur attention.

-On dirait que le dernier membre de l'équipe est arrivé.

«Le dernier ?» répéta Danmarine, qui pensait l'équipe dors et déjà complète.

-À l'exception de Rubī, vous êtes ici en raison de votre force, outre le fait que votre couverture est assurée par votre départ pour Ikonda il y a trois ans, votre victoire n'ayant pas encore été annoncée officiellement au public, et vos visages étant relativement peu connus dans ce coin de l'univers. Même si Freeza-sama semble vous faire une entière confiance, je devais m'assurer du succès de cette mission. J'ai donc convié un cinquième invité dont l'espionnage est la spécialité. Un jeune homme en qui j'ai entièrement confiance, et l'une de vos proches connaissances, Danmarine-san.

On ne peut plus intrigué, le Général suivit intensément Byōna du regard tandis qu'il se dirigeait vers la porte pour accueillir le mystérieux dernier membre. À l'instant ou il l'ouvrit, tout le monde scruta de bas en haut l'individu, vêtu d'un costume de serveur, une longue queue en panache s'agitant dans son dos, couvert d'un pelage vert à l'exception des poils du bout de son appendice caudal, de l’extrémité de ses oreilles dressées sur son crâne, et de ceux de son museau canin qui affichait un large sourire.

-C'est un plaisir de vous revoir après tout ce temps mon Général !

«Fox ?»

Heureux de retrouver celui qui lui avait tant de fois servi d'agent infiltré, et avec qui il avait fini par nouer une réelle relation de confiance, Danmarine engagea sitôt la conversation avec le renard tandis qu'il refermait la porte derrière lui, l'interrogeant sur son rôle dans la cellule d'espionnage, qui s'avérait n'être qu'un emploi intérimaire. Ravis de compter son ami de longue date parmi eux, le Général serra la main de son fidèle espion chaleureusement.

-L'équipe est au complet. Dorénavant, vous serez livrés à vous mêmes. Commencez pas tâter le terrain. Mêlez vous aux gens, étudiez la situation. Vous avez carte blanche.

Quelques mots conclusifs plus tard, le Général Byōna quitta l'équipe qui se retrouva finalement seule. La plus expérimentée du groupe, Rubī prit la parole afin de finaliser l'organisation de l'opération.

-Comme l'a dit Byōna, nous allons commencer par une phase préliminaire. Il va s'agir d'analyser les lieux et les environs et de dialoguer avec les habitants pour en apprendre plus sur la situation de cette planète et éventuellement obtenir des informations sur ce que l'on cherche. Mais tâchez de rester subtils.

« Surtout toi Dodoria ! » ajouta la capitaine, ce qui ne manqua pas d'agacer le Caporal, qui de toute manière était à vrai dire agacé par bon nombre de choses.

-Fox et moi allons enquêter seuls, mais il vaut mieux que vous restiez à trois pour le moment. Tâchez de ne rien faire de stupide. On se retrouve tous ici à la fin de la journée, sans faute.

-Eh ! J'ai pas de montre moi, je fais comment pour savoir quand je dois revenir si jamais on se sépare ? J'ai aucune notion du temps, sur Durian on sait juste qu'on doit bouffer quand on a la dalle et pioncer pour digérer.

-Je vais t'en donner une, comme ça, tu n'auras aucune excuse si tu arrives en retard.

-T'es bien gentil mais t'as vu la taille de mes poignets ? Ils sont pas vraiment fait pour vos bijoux de ptites précieuses tu sais.

Sans même relever la remarque du barbare, Danmarine déroula juste devant son nez, une montre à gousset attachée au bout d'une chaîne. Une montre qui n'était pas inconnue au Durian-seijin, qui ne put sur l'instant masquer une certaine émotivité.

-Cette montre, c'est celle de...

-Je l'ai faite réparer avant de venir ici. J'ai pensé qu'il aurait sûrement voulu que ce soit toi qui l'ait. Garde la précieusement.

Après avoir observé le présent de Danmarine un moment non sans émotion, il le rangea dans l'une des poches avant de sa veste, sans dire un mot.

Le briefing achevé, les préparatifs terminés, et les détails de la mission peaufinés, l'équipe put ainsi se mettre en route.

Si tôt en extérieur, Fox mit en pratique ses talents d'expert du parkour. Si le jeune renard n'avait rien d'un combattant ni d'un expert dans l'utilisation du flux, son agilité lui permettait sans mal d'atteindre les hauteurs des impressionnantes battisses de la ville dorée afin d'entamer son repérage depuis un point de vue nettement plus avantageux.

Rubī, une fois ses trois collègues salués et gratifiés d'un amical et maternant clin d’œil, partit de son côté afin de mener son enquête sans se sentir entravés par ceux qu'elle considérait comme des poids. Trois poids qui, comme enivrés par l'atmosphère aux fortes effluves d'argent, de pognon, de fric, agrémentés d'un soupçon de senteur de flouze, se laissa prendre au jeu qui consistait pour eux en une mission d'espionnage dans la peau de trois touristes riches à souhait venus se baigner dans la démesure de la planète la plus fastueuse de la galaxie, marchant tous trois alignés sur les pavés de marbre couvrant la rue piétonne sur laquelle ils s'étaient engagés.

Ranfu, à la gauche de son Général, enfilant sur son nez une paire de menues lunettes rondes aux verres jaunis par dessus chacun desquels passait une fine mèche de cheveux rouges, seuls résistants de sa longue toison capillaire à se pavaner devant son visage, le reste étant plaqué en arrière, et attaché en une longue queue de cheval.

Dodoria, lui placé à droite de son supérieur, davantage dérangé par ce costume si serré dont la couleur violette ne lui plaisait guère, et un brin étranglé par l'instrument de torture que lui avait attaché Rubī autour de la gorge, affublé du doux nom de nœud papillon, qu'il essayait de desserrer légèrement maintenant que sa tortionnaire était partie.

Au centre, Danmarine, resplendissant dans son costume bleu d'homme d'affaire, resserrait les boutons de manchette de son poignet droit, à défaut d'avoir un gant à ajuster, avant d'attraper chaque côté de sa veste pour le retendre convenablement.

Exposant non sans un certain plaisir leur allure pour le moins distinguée, le trio parada un moment sans se soucier du reste, observant simplement le monde extraordinairement opulent qui les entourait. Ce n'est qu'après avoir pleinement profité de ce court instant de fanfaronnade bien mérité que les trois hommes s'arrêtèrent, aux abords d'une grande fontaine décorant une place qui donnait accès à de nombreux hôtels et restaurants, afin de planifier la suite des événements.

«C'est bien beau de nous lancer dans l'exploration de cette ville, mais il serait bon de savoir par ou commencer...» admit Danmarine en s'asseyant au bord de l'étonnante fontaine, dont la sculpture centrale ne représentait nul autre que sa majesté Coola dans une pose aussi aristocratique qu'extravagante.
«On sait que ce Citrus a sûrement besoin d'un local d'envergure pour mener ses recherches, il doit donc être dissimulé à l'intérieur d'un bâtiment de taille. Seulement...je n'ai pas vu un seul immeuble qui ne me paraisse pas aussi immense que la tour académique de Freeza 79.»

«L'espionnage requiert sans doute plus de subtilité que le combat finalement.», remarqua Ranfu tout en grattant le menton d'un chat errant au pelage étonnamment brillant pour un vagabond, une intervention qui ne manqua pas de contrarier le Général.

Tandis que les deux hommes situés près de la fontaine se trouvaient en plein brainstorming, Dodoria, quant à lui insouciant, se vit aborder par un individu exubérant à la voix portante, vociférant un charabia auquel le Durian-seijin ne comprenait rien et distribuant aux passants des prospectus. Pourtant peu intéressé au départ, le barbare qui avait hésité à cogner sur cet énergumène qui avait placé ce tract entre ses mains sans son autorisation, fut soudainement captivé par la représentation photographique présentant monts de mets délicieux, parfaitement mis en valeurs par la retouche d'image et les filtres avantageux.

« La meilleure nourriture de la galaxie ! » disait le dépliant racoleur, destiné à promouvoir un hôtel casino apparemment fraîchement rénové l'année passée, « plus flambant neuf que jamais ». Des phrases attractives que Dodoria lut à haute voix avec beaucoup plus d'enthousiasme que cela le méritait tout en marchant au hasard sans vraiment regarder ou il allait, ses yeux étant trop accaparés par ces promesses de buffet à volonté. Mais cette lecture ne passa pas inaperçue auprès de Danmarine, alors pris d'une épiphanie.

-Mais bien sur, c'est ça ! Citrus a été recruté il y a de ça un peu plus d'un an ! Son local a donc du être construit plus ou moins à la même date. Ils ont probablement camouflé ces travaux en rénovant entièrement le casino dans lequel ils ont installé secrètement son laboratoire !

Alors que Ranfu félicita son Général pour sa vivacité d'esprit, celui-ci remercia Dodoria qui éclaira bien qu'involontairement sa lanterne, avant de lui demander le nom de ce casino, sans obtenir de réponse du Caporal.

«Eh, venez voir ça ! C'est écrit que si on réussi à bouffer 20 kilos sans se taper une indigestion, on gagne un prix ! Faut absolument qu'on y aille !» s'extasia Dodoria, qui n'obtint pas de réponse des deux rabat-joie.

Danmarine chercha Dodoria du regard, en même temps que ce dernier leva le nez de sa brochure. Mais étonnamment, aucun des deux ne trouva l'autre.

En baissant la tête, le Durian-seijin eu l'impression que le sol se dérobait sous ses pieds. En avançant à l'aveugle durant sa lecture, il s'était retrouvé sur ce qui lui semblait être un étrange rail ondulant selon sa propre volonté.

Emporté au loin par le tapis roulant qui formait un véritable dédale aux embranchements multiples conduisant chacun à des rues différentes, le Caporal se trouvait déjà hors de vue de ses compagnons qui commençaient à peine à réaliser.

À comprendre qu'il ne lui avait pas fallut dix minutes pour réussir à se perdre.

Si Danmarine intériorisa son inquiétude qui s'échappait malgré tout de son visage dépité sous la forme de gouttelettes de sueur, Ranfu quant à lui préféra extérioriser en hurlant à gorge déployée, dans l'espoir dissimulé que le chef de Durian n'entende ses provocations et ne rapplique en deux temps trois mouvements.

Tout juste sorti de la ramification de trottoir roulant sur laquelle il s'était involontairement engouffré, Dodoria, livré à lui même, se retrouvait au milieu d'une immense avenue, entouré d'une véritable armée de passants qui lui fit découvrir pour la première fois le mal de la foule, et la frustration de ne pas pouvoir emplafonner la moindre personne qui le bousculait même par mégarde.

Mais loin d'être du genre à se laisser décourager, il décida plutôt de commencer son exploration en solitaire. À la recherche de la cible prioritaire :

Le « Golden Coola Grand Casino » et son buffet à volonté.

-Quel empaffé ! On lui a pourtant répété de ne pas trop s'éloigner !

-Tout ce que nous pouvons faire, c'est espérer qu'il saura éviter d'attirer l'attention. Nous ne pouvons pas perdre de temps à le rechercher, Ranfu. La mission passe en priorité.

C'est ainsi, sur la base d'un semblant de piste, que le trio devenu duo se lança à la recherche d'un casino rénové durant ces douze derniers mois. Un indice qui s'avéra très rapidement aussi consistant qu'une aiguille dans une meule de foin, tant les rénovations étaient monnaie courante sur cette planète en perpétuelle expansion, toujours à la pointe de la technologie et de la mode. En interrogeant passants sur passants, et en se rendant de casino en casino, Danmarine et Ranfu réalisèrent rapidement que ce ne serait pas une mince affaire.

Un sentiment que partageait Dodoria, lui aussi en perdition, incapable de suivre ne serait-ce que vaguement le plan indiqué sur le prospectus, et visiblement incapable d'accoster la moindre personne pour lui demander son chemin sans la faire fuir immanquablement.

Heureusement pour eux, Fox et Rubī, déjà au turbin depuis un moment, s'en sortaient de toute évidence beaucoup mieux. Le renard, dissimulé dans les conduits d'aération d'une installation à l'origine douteuse, écoutant avec minutie le moindre mot jacté par les individus suspects en pleine conversation. La jeune femme, tenant un homme contre un mur en lui caressant tendrement la joue, tandis que ses quatre acolytes gisaient sur le sol, un sort probablement suffisamment peu enviable pour que le mafieux ne passe aux aveux rapidement avant que la grande rousse au sourire sadique ne lui fasse subir le même.

Sans doute Ranfu et Danmarine seraient capables d'en faire autant, si seulement ils avaient la moindre idée de qui espionner ou interroger, le tout sans faire de vague, la discrétion n'étant pas leur point fort. Au lieu de cela, perdus dans cette ville grouillante aux néons aveuglants sans la moindre idée de ce qu'ils devaient faire, les deux incapables s'étaient isolés dans une rue peu fréquentée, proche d'un hôtel actuellement en construction, pour déguster la crème glacée qu'ils venaient de payer le prix fort. Un tarif sans doute justifié par les paillettes d'or saupoudrées sur la glace, bien que Danmarine – adossé contre un mur sur lequel reposait le pied de sa jambe droite arquée – en cherchait encore, après plusieurs coups de langues, l'intérêt gustatif.

-Tout ça ne nous mène nul part, Danmarine-sama. Je commence à croire que nous ferions aussi bien de retourner à la chambre de motel pour attendre les autres. Pardonnez moi de ne vous être d'aucune aide...

«Tu n'as pas à t'excuser », assura le Général à son Capitaine, dont la courbette expiatrice à l'intention de son supérieur l'avait conduit à plonger son nez dans son en-cas glacé.
« On ne peut pas dire que je sois d'une grande aide moi non plus. Notre enquête ne nous mène absolument nul part. Cependant...»

La pause, marquée par Danmarine qui en profita pour se redresser et se décoller du mur afin de se diriger vers Ranfu dont il s'approcha suffisamment pour lui susurrer quelques mots à l'oreille, n'avait pas pour unique but de laisser son ami dans l'attente.

-...elle semble tout de même avoir attiré certaines attentions.

En suivant le regard de l'énigmatique Général, Ranfu aperçut un homme vêtu d'une veste marron, au crâne couvert d'un béret de la même couleur et dont la visière dissimulait partiellement son visage, qui les observait discrètement depuis le coin de la rue, bien trop lumineuse pour que sa présence ne passe inaperçue. Se sachant compromis, l'individu prit la fuite, aussitôt poursuivi par ceux qu'il filait jusqu'à maintenant.

Peu à leur aise dans ces costumes aussi élégants que gainés, Ranfu et Danmarine s'efforcèrent malgré tout de ne pas perdre la trace de celui qui venait de tourner dans la ruelle voisine. Lorsque ce dernier, après avoir renversé une poubelle en aluminium sur le chemin du rouquin, s'empressa d'atteindre la cage d'escaliers la plus proche pour gagner en hauteur, Ranfu s’apprêta à prendre son envol pour le prendre de court. Un réflexe que Danmarine réprima avant qu'il ne soit trop tard, rappelant à son acolyte qu'il s'agirait là du meilleur moyen pour jeter leur couverture aux oubliettes. La traditionnelle course à pieds serait donc leur seul moyen de rattraper l'homme en costume marron.

Le dernier étage atteint, celui-ci enfonça la porte de secours et s’engouffra dans le dernier étage de ce bâtiment à l'intérieur encore en chantier, et heureusement pour lui, actuellement désert. Mais les deux olibrius qu'il avait passé l'après-midi à observer ne comptaient visiblement pas abandonner maintenant.

Espérant que cela suffirait à les décourager, le fuyard se saisit d'un sac d'argile encore ouvert laissé sur un plan de travail à côté duquel il passa dans sa course folle, et le jeta derrière lui, libérant alors son contenu dans l'air. Un réel danger pour l'apparence de Danmarine, qui usa de son flux aussi légèrement et discrètement que possible pour créer une ouverture dans le nuage d'argile et s'y frayer un chemin sans salir son magnifique costume. Une chance que Ranfu n'eut pas à saisir, lui qui avait préféré un autre chemin à son entrée dans le bâtiment afin de prendre le mystérieux espion à revers.

Danmarine devait composer avec les échafaudages obstruant sa route, et les projectiles lancés par l'individu mystère, allant du simple outil de chantier tel qu'une perceuse ou un niveau, au mur de parpaings tout juste empilés les uns sur les autres, parfait pour se faire renverser aisément.

Arrivant en bout de course, avec un Danmarine à ses trousses, et un Ranfu arrivant par sa droite, le fuyard n'eut d'autre choix que de continuer jusqu'à la corniche, et de sauter dans le vide qui se remplit derrière lui de colombes à l'envol provoqué par son arrivée si brusque. Un bond si précipité que ses deux poursuivants n'eurent le temps de l'anticiper, et se heurtèrent l'un l'autre en se rejoignant.

Bien décidé à percer à jour l'identité de cet empêcheur de tourner en rond, les deux militaires sous couverture plongèrent également, à défaut de pouvoir voler, et découvrirent que la chute de l'homme avait sans doute due être amortie par l'énorme tas de sable qui faisait office de tapis de réception. Danmarine préféra calibrer sa chute afin d'atterrir plus loin. Probablement Ranfu aurait-il du faire de même, cela lui aurait évité de s'y enfoncer en tombant, et de devoir en ressortir couvert de résidus.

À peine eurent-ils le temps de retrouver du regard le véritable félin qu'ils pourchassaient, que celui-ci s'était déjà attelé à l'escalade d'une grue avec l'habileté d'un gymnaste.

Tout en vidant, en milieu de course, ses poches du sable qu'elles contenaient, Ranfu s'interrogea sur la capacité de l'homme à les faire tourner davantage en bourrique.
« Ce type va nous faire courir encore longtemps ? J'ai rarement vu un non utilisateur de Flux aussi vif ! »

-Il est presque aussi agile que cet acrobate Tāba-seijin que j'ai pourchassé sur Freeza 22. Mais lui non plus ne m'avait pas échappé !

Sur ces mots, Danmarine accéléra subitement, accroissant sa célérité en insufflant de son flux dans ses mollets qui se virent enveloppés d'une lueur bleutée, et se lança lui aussi dans l’ascension de l'immense structure métallique, sautant de barreau en barreau pour accélérer la montée et le prendre de vitesse.

Alors que l'homme vêtu d'une veste marron portée par dessus une chemise bleue ciel venait tout juste d'arriver au sommet, il fut si tôt rejoint par Danmarine. Coincé, en bout de course, au bord de l'extrémité de la grue, il resta un instant immobile, observé par le Général. Tout deux à peine dérangés par le zéphyr soufflant leur veste.

-Saperlipopette, on dirait bien que suis dos au mur. Bien qu'il ne soit face au vide, pas vrai ?

Sur ce trait d'humour trop léger pour ne serait-ce que faire esquisser un sourire à Danmarine, le plaisantin se retourna vers lui, tenant la visière de son béret de deux doigts. Lorsqu'il la souleva d'une tape du pouce, il révéla enfin son visage. Une peau assez pâle, contrastant avec le vert éclatant de son œil aussi malicieux que son sourire charmeur, son second globe oculaire étant dissimulé derrière un étrange cache-œil mécanique doté de ce qui ressemblait à un objectif de caméra.

-Je ne vous cache pas que je suis on ne peut plus surpris, il est rare pour moi de trouver quelqu'un capable de me talonner aussi longuement. Je présume que vous êtes un utilisateur de Flux, pas vrai ?

La maîtrise du Flux n'était pas si rare de ce côté de la galaxie, bien qu'elle ne soit en aucun cas comparable avec l'usage qui en était fait sur le champ de bataille. Il s'agissait ici d'une maîtrise beaucoup plus fine de l'énergie, à la portée même des personnes ordinaires ne disposant que d'une quantité limitée de Flux.

-Qui es-tu ? Pourquoi est-ce que tu nous suis ?

-Ouuuuh ! Direct à ce que je vois, pas vrai ? Alors autant ne pas y aller par quatre chemin, d'autant que je suis face à une impasse. Je suis journaliste, j'enquête sur une affaire étrange qui semble mêler étroitement notre gouvernement et certaines mafias. Et je surveille les allers et venues de certains individus suspects.

« Et vous ! Mon bon monsieur ! » annonça-t-il en pointant vulgairement Danmarine de son index,
« Vous me semblez on ne peut plus suspect ! Ça oui ! »

-Qu...suspect ? Ce qu'il ne faut pas entendre, cette histoire ne tient pas la route. Quel intérêt tu aurais eu à nous suivre ?

-L'intérêt ? Vous voyez cet appareil fixé sur mon œil gauche ? Il me permet de photographier ce que je vois d'un simple clignement d’œil ! Tout ce que j'ai à faire, c'est vous suivre jusqu'à ce que vous fassiez quelque chose de louche. Ingénieux, pas vrai ?

-Ça suffit, je suis désolé mais je n'ai pas de temps à perdre avec ces âneries. Tu vas me donner cet appareil et ficher le camp. Tu ne sais pas dans quoi tu mets les pieds.

-Excuuuuuuusez-moi ? Je ne vais rien vous donner du tout cher monsieur ! Je sais parfaitement dans quoi j'ai mis les pieds, et les deux !

« Vraiment ? » demanda le Général avec un brin d'inquiétude dans la voix, de peur d'avoir déjà été percé à jour.

-Tout à fait ! Dans une affaire on ne peut plus louche !

Un silence passablement long se laissa meubler par un coup de vent passager qui ne manqua pas de mettre Danmarine mal à l'aise, alors qu'il comprit que cet énergumène, lui, ne comprenait absolument rien. À court de temps et de patience, le Général commença à avancer prudemment vers le journaliste, qui le somma de s'arrêter, tout en portant vivement sa main vers le dispositif attaché devant son œil. Alors persuadé qu'il s'agissait bien d'une arme, Danmarine se mit en garde.

-Tu comptes m'empêcher d'approcher ?

-Vous m'avez l'air bien trop têtu pour que je puisse vous en dissuader, pas vrai ? Alors tout ce que je peux faire maintenant, c'est vous refaire le portrait !

Magistral coup de bluff. D'un simple battement de paupière, l'approche de sa main n'étant qu'une ruse visant à faire douter son poursuivant, l'homme au béret prit une dernière photo du Général, avant de se laisser tomber dans le vide, toujours le sourire aux lèvres. Précipitamment, Danmarine rejoignit le bout de la grue, d’où il put apercevoir le fuyard, accroché au câble de la machine duquel il se balança le plus loin possible, avant de disparaître dans la nature, au milieu de la foule, laissant le câble revenir lentement vers Danmarine, qui l'avait dors et déjà perdu de vue.

Vaincu, Danmarine prêta tout juste attention à Ranfu qui l'appelait alors qu'il venait tout juste de le rejoindre là haut. Le Général se contentait simplement de fixer la direction dans laquelle cet empêcheur de tourner en rond pour le moins atypique était parti.

Défait, et pourtant, toujours le sourire aux lèvres.

Bredouilles, Danmarine et son acolyte furent contraints de rejoindre le bercail plus tôt que prévu. Assourdi par les jérémiades de Ranfu, particulièrement vexé que quelqu'un soit parvenu à échapper à son indéfectible Général, Danmarine coupa son lieutenant dès que l'occasion se présenta. Une énorme occasion rose et épineuse qui avait miraculeusement su retrouver le chemin du motel par lui même et rentrait justement au même moment.

-Dodoria ! Te voilà enfin, triple buse ! J'espère que tu n'as pas causé de grabuge en notre absence !

-On se détend la rouquine, j'ai juste cherché ce foutu casino, mais cette putain de ville est bien trop grande et tout se ressemble.

« Le casino ? » apostropha Danmarine, curieux de savoir quel piste avait bien pu suivre le Durian-seijin dont il avait peut-être sous-estimé l'intellect,
« Tu as trouvé des indices sur le lieu ou pourrait se trouver Citrus ? »

-Citr...ah, ça, ouais ouais je l'ai cherché partout, pour sur.

Intrigué par la réponse évasive de Dodoria, le Général n'insista néanmoins pas davantage, préférant regagner leur chambre au plus vite plutôt que d'évoquer le sujet à l'extérieur, au risque d'être une nouvelle fois écouté. Aux abords de leur suite, qui se trouvait au premier étage du discret motel auquel ils accédèrent par l'arrière d'une ruelle peu reluisante, Ranfu remarqua, en haut de l'escalier, la présence de Fox, prenant l'air accoudé à la rambarde, juste devant leur porte.

-Ah, vous voilà. Rubī-san est à l'intérieur, j'ai préféré sortir avant qu'elle ne commence, j'ai trop peur de me sentir mal...

« Qu'elle ne commence quoi ? »

Cette question traversa l'esprit des trois comparses qui se regardèrent un court instant avant de monter l'escalier quatre à quatre pour rejoindre la chambre numéro 102 sans perdre un instant. Mais en ouvrant la porte, plus aucun d'entre eux ne se trouvait sur la même longueur d'onde.

« Un amant ? »

« Un pervers fétichiste ? »

« Un de ces lutteurs qui se battent à poil comme on en voit à ce qu'ils appellent la télévision ? »

Chacun y alla de sa propre théorie en découvrant l'objet des terreurs de Fox, assis juste devant Rubī. Un homme, au visage balafré et à la musculature imposante, tout juste vêtu d'un caleçon et d'une chemise blanche, installé de force sur une chaise sur laquelle il était retenu prisonnier par une corde, les mains menottées dans son dos.

-Cette femme est folle ! Je vous en prie, sortez moi de là, ne me laissez pas avec elle !

« Tient, vous êtes déjà rentrés ? » réalisa Rubī qui n'avait même pas remarqué leur présence, trop accaparée par son nouveau jouet. Questionnée par son Général qui tenait vivement à obtenir des explications, la Capitaine lui répondit tout en s'assurant que le prisonnier ne risquait pas de se libérer.

-En me renseignant ci et là, j'ai pu apprendre que depuis quelques mois, des livraisons clandestines étaient effectuées par certains malfrats et contrebandiers pour le compte d'une société qui possède plusieurs casinos sur cette planète. Là ou ça coince, c'est qu'il s'agit bien souvent de matériel scientifique et d'électronique high-tech.

« Drôle de commande pour des établissements qui font dans les roulettes et les machines à sous, pas vrai mon chou ? » souleva la tortionnaire en tenant sa victime par le menton de manière infantilisante.

« Et donc c'est pour cette raison que tu as capturé l'un de ces contrebandiers ? » demanda Ranfu sans dissimuler son scepticisme.
« Si tu veux mon avis, ça me paraît un peu léger comme piste. Et puis qui te dis que ce type sait quelque chose à propos de ces affaires ? »

-Bien dit, le grand rouquin ! C'est des conneries, dîtes lui de me relâcher, je sais rien du tout !

-Si j'étais toi, je ne viendrai pas me dire comment faire mon métier, Ranfu. Et puis, si jamais il ne sait vraiment rien, il sera toujours temps de se débarrasser des meubles encombrant, tu ne crois pas ?

Dérangé par les propos glacials de sa subordonnée, Danmarine se rangea néanmoins de son côté.

-Rubī a toujours eu une sorte d'instinct en la matière, Ranfu. Même si je n'approuve pas toujours ses méthodes, nous pouvons lui faire confiance plus qu'à quiconque. Ses états de services au sein de la cellule CIRD le prouvent.

-CI...quoi ?

-« CIRD », Dodoria. Capture, Interrogatoires, et Reconditionnement des Déserteurs. Il s'agit d'une unité spéciale des services d'espionnage et de renseignement de l'armée, consistant à traquer les nombreux déserteurs de l'armée de Freeza-sama, les interroger afin de découvrir leurs intentions et déterminer s'ils ont ou non divulgué des informations importantes, et les reformater lorsque c'est envisageable.

-J'ai intégré cette unité durant mes jeunes années, et y ai servi pendant quatre années sous les ordres de Byōna, avant de rencontrer Danmarine durant l'une de nos missions. C'est après ça que j'ai décidé de rejoindre l'armée régulière. Mais j'étais connue pour être l'une des meilleures dans mon domaine de compétence.

« C'est à dire ? » demanda une nouvelle fois Dodoria, bien curieux au sujet de la jeune femme qu'il ne parvenait pas vraiment à cerner contrairement aux autres membres du groupe.

-L'obtention d'informations auprès d'un prisonnier. Autrement dit...

« La torture. »

Cette réponse moins détournée et sans retenue superficielle de Ranfu s'accompagna d'un regard qui lui non plus ne cherchait nullement à sauver les apparences. Si les deux capitaines entretenaient bien une certaine rivalité depuis que Dodoria les connaissait, cherchant à s'attirer mieux que l'autre les faveurs du Général, il n'avait toutefois jamais vu une telle animosité s'instiller entre eux.

-Faîtes ce que vous avez à faire, Capitaine.

Stricte et procédurier, le second Capitaine aux longs cheveux rouges coiffés d'une queue se contenta de cette parenthèse et se para à nouveau de ses lunettes rondes à verres jaunes avant de quitter la chambre de motel.

-Eh, Danmarine, elle nous fait quoi la rouquine là ? Ses burnes lui sont remontées dans le bas ventre pour avoir si peur de regarder une séance de torture ?

Tandis que Rubī commença à déboutonner la chemise du prisonnier paniqué se débattant aussi énergiquement qu'une truite hors de l'eau, Danmarine, regardait son ami sortir de la pièce avec empathie.

-Ranfu est déjà passé entre les mains de Rubī. Voilà pourquoi il se sent mal à l'aise d'assister à cela.

-La rouquine a déjà torturé la rouquine ? Faut avouer que ce serait presque drôle.

-Il en garde les stigmates aujourd'hui encore. Pas seulement physiquement. C'est à cause de ça qu'il est si distant avec Rubī. Mais...elle ne faisait qu'obéir aux ordres.

« Pas la peine de prendre ma défense, Danmarine. » rétorqua l'intéressée, visiblement agacée de cette conversation se tenant comme si elle n'était pas présente.
« J'assume entièrement ce que j'ai pu faire à l'époque. Ranfu fait preuve de professionnalisme en travaillant avec moi sans rechigner. Je ne veux pas que vous lui manquiez de respect en le couvant comme un enfant gâté. »

-T'es vraiment si douée que ça pour qu'il puisse pas te sentir aussi longtemps après ? Je vois pas ce que ça a d'extraordinaires, pour faire parler un gars j'ai qu'à lui coller quelques pains en pleine poire !

-N'importe quel soldat entraîné est capable de résister à la souffrance, et sait qu'il risque plus si jamais il révélait des informations sensibles. Ce genre de méthode grossière ne fonctionne que très rarement en pratique.

-Hé, ah ouais ? Et elle compte faire quoi de plus ?

Minutieusement, une fois les fines mèches de cheveux vermillons gênant sa vue écartées derrière son oreille, Rubī fila entre ses doigts une longue aiguille, forgée de son propre flux, et arborant un éclat cristallin aux reflets multicolores.

-C'est quoi ça ? Si tu crois me faire parler en me piquant avec tes petites épines, tu te goures !

-Ooooh, donc tu admets que tu as bien quelque chose à dire ? C'est bien, on progresse. Il ne me reste plus qu'à...

« Te délier la langue. » conclut la jeune femme en léchant la joue de sa victime, avant d'enfoncer lentement l'aiguille dans son sternum, qui le traversa sans laisser la moindre trace visible à l’œil nu.

-Quoi, c'est tout ? J'ai à peine senti un picotement, va falloir faire mieux que ça ma poulette !

-Alors de ce côté de la galaxie aussi on trouve des porcs de ton espèce ? Enfin, fais donc preuve d'un peu de patience, veux-tu ? Je ne voudrai pas que tu te méprennes à mon sujet.

Progressivement, le sourire du contrebandier s'effaça, par à-coups, son rictus tressautant à chaque décharge qu'il ressentait, chacune plus forte que la précédente, juste à l'endroit ou l'étrange aiguille avait été enfoncée, et ou apparaissait lentement une tâche noire, grossissant à mesure que les gémissements de douleurs de la victime se transformaient en hurlement de damné.

-E...eh, Danmarine, qu'est-ce qu'il a ? Ce mec m'avait pas l'air si douillet y'a cinq minutes.

Alors qu'il observait, impassible, sa subordonnée plonger ses aiguilles de flux les unes après les autres dans le corps de l'homme en sous-vêtements et à la chemise ouverte, le Général révéla au Caporal Durian qui semblait compatir à la douleur du torturé, les secrets des méthodes de Rubī, dont les effets provoquaient déjà d'horribles cris qui ne passeraient pas inaperçus si elle n'avait pas pris soin d'obstruer sa bouche avec un chiffon afin de ne pas alerter les autres résidents des chambres voisines.

-Ces aiguilles de flux ne sont pas si douloureuses en elles mêmes. Mais Rubī sait précisément ou les planter. Elle sonde le corps de sa victime pour y trouver les points de connexion de son flux, et elle les y plante afin de créer une réaction entre son flux et le sien. Pour faire simple, sa victime est littéralement brûlée lentement de l'intérieur par son propre flux.

De l'extérieur, Ranfu n'entendait que faiblement les plaintes étouffées du prisonnier, alors qu'il regardait sur le seul avant-bras organique lui restant, un cercle noir encré dans sa peau, comme le souvenir d'une souffrance atroce et insoutenable inscrite en lui à tout jamais.

Alors que la nuit fraîche commençait à tomber – bien que retardée par les nombreuses lumières de l'exubérante cité – le Capitaine ôta ses lunettes de soleil, qu'il rangea dans la poche avant de sa veste, et ferma les yeux, rien qu'un instant, lui qui avait pour habitude de ne jamais relâcher son attention en mission. Mais pour une fois, rien qu'une seule fois, Ranfu fit le vide en lui, inspirant et expirant pour dompter la colère qui montait en lui.

S'il avait levé les yeux pour observer l'horizon, plutôt que les fermer de peur de regarder derrière lui, Ranfu aurait aperçu au loin une immense tour casino dont les projecteurs éclairaient pratiquement jusqu'à leur motel. Un gigantesque immeuble auquel la nuit offrait un éclat doré, grouillant encore de monde à cette heure tardive. Un imposant casino au sommet duquel, dans une salle plongée dans les ténèbres, tout juste illuminée par les centaines d'écrans de surveillance qui s'y trouvaient, siégeait un homme bleu pâle de peau, de forte carrure, à peine visible dans cette obscurité, scrutant les vidéos des caméras – bien trop nombreuses pour la vigilance d'un seul homme – de ses menues pupilles écarlates.

Des caméras, disposées en de multiples lieux de la mégalopole. Notamment dans une petite ruelle, bien calme à cette heure de la nuit. Mais qui, plus tôt dans la journée, se vit animée par le passage impromptu d'une mystérieuse femme, venue interrompre le deal qui s'y déroulait alors.

Le visage caché derrière ses imposantes mains croisées devant lui, l'inquiétant individu aux oreilles allongées et pointues ne semblait pas prêt à lâcher cet écran des yeux.

Ni à cesser de dévisager l'agresseuse dont les traits, toutefois floutés par la vidéo, captivaient au plus haut point sa curiosité.
« Un Général...ne doit jamais faillir à son devoir »

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Re: Dragon Ball Extended Universe : Les Chroniques d'une Gue

Messagepar biskus le Lun Juin 10, 2019 23:03

Yo imate .

Toujours un plaisir que de suivre les jeunes aventure de la team F
Le pont noir de la fic et pour moi La longueurs des chapitres, ni gagnerais tu pas à les raccourcir à La publication ? Et publier un peu plus souvent ?

Sinon j’aime bien ce groupe très hétéroclite, on a l’humour le sérieux le sadisme tout dans un groupe .
Dodoria qui fait pas exprès de trouver une piste .

Bref pas souvent de retour sur ta fic de ma part mais j’aime toujours autant
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Re: Dragon Ball Extended Universe : Les Chroniques d'une Gue

Messagepar Imate le Lun Juin 10, 2019 23:11

Salut biskus ! Merci pour ton retour, c'est toujours un plaisir de savoir que ma fic est appréciée :D

Pour la longueur des chapitres je t'avoue que c'est pas toujours facile de savoir quand j'en fait trop ou pas assez, j'ai du mal à me limiter, et comme j'aime bien détailler, j'ai peur qu'à trop raccourcir le nombre de pages, il ne se passe pas grand chose^^

Mais si ces derniers chaps sont longs c'est aussi parce que je pouvais pas publier souvent par manque de temps (je vais essayer de redevenir plus régulier si possible), alors pour compenser l'attente, je me suis dit que de longs chapitres étaient nécessaires. Mais j'essayerai d'en tenir compte et de faire moins long si j'y arrive :lol:

Encore merci pour ton commentaire !
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Re: Dragon Ball Extended Universe : Les Chroniques d'une Gue

Messagepar Imate le Lun Juil 22, 2019 18:39

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Chapitre 30 : Là ou se réunissent les gens comme toi


Une somptueuse journée s'annonçait dans le royaume de Pukinpa, berceau de la civilisation de la planète Kabōcha. Non pas que l'ardente omniprésence des deux astres solaires était chose rare pour la capital du désert de roche rouge, mais le passage de quelques cumulonimbus dont la formation s'était faite rare – sans doute une punition divine qui leur était infligée par la faute de l'homme ayant perfidement pénétré les inatteignables contrées céleste depuis le sommet de l'arbre monde Shinseiju – ombrageait quelque peu la cité et rendait l'air plus respirable.

Une occasion que ne manquerait pas bon nombre d'hommes et femmes courageux pour accomplir leurs besognes dans des conditions plus clémentes qu'à l'accoutumé. Parmi eux, l'un des plus vieux potiers du marché à ciel ouvert de la cité de Nattō, vétéran chez les commerçants les plus expérimentés, avait attendu patiemment derrière l'ombre de son étal que la masse nuageuse ne daigne enfin survoler sa rue afin de décharger son char de sa cargaison de poterie faite main, œuvre de plusieurs semaines de dur labeur.

Une à une, le vieil homme à la tête couverte d'un chèche de tissu blanc le protégeant de la chaleur, descendit seul chacune de ses œuvres aux dimensions aussi variées que leurs formes. Aussi assidu qu'il put être durant son travail, il lui était impossible cependant de ne pas prêter une oreille à demi attentive au raffut qui agitait le quartier voisin, vers lequel aussi bien les vendeurs que les passants s'étaient rués en quête d'un événement sensationnel qui n'intéressait guère le vieillard, bien attelé à sa tâche, et décidé à la mener à bien sans se laisser distraire.

D'autant qu'un seul pot restait à décharger. Il pourrait bien aller jeter un œil fureteur lorsqu'il aurait terminé. Même si la raison de tout ce tapage ne l'intéressait absolument pas, bien entendu.

Alors qu'il descendit de son char une ultime fois, son vieux dos lesté de sa dernière jarre en céramique décorée de motifs sculptés en relief, il remarqua au loin un groupe d'hommes arrivant dans sa direction à une vitesse tout à fait inhabituelle. Tandis qu'il les observa du milieu de la route, il finit par distinguer malgré les déformations visuelles causées par le rayonnement des deux soleils qu'il s'agissait d'une troupe de soldats armés. Apeuré par cette charge des gardes royaux, si hâtés qu'ils laissaient derrière eux un vaste nuage de poussière rouge, le potier s'immobilisa et ferma les yeux, priant pour ne pas être piétiné sur leur passage.

Lorsque le brouhaha de leurs pas cadencés s'éloigna enfin, l'homme se retourna pour les regarder partir en direction du tapage qui suscitait l'attention de tous le voisinage. Non pas par curiosité mais par simple acquis de conscience, le vieux marchand se décida à aller voir sur place dès qu'il aurait rangé sa jarre, qui avait miraculeusement survécu au passage de ce troupeau féroce.

Pendant quelques instants encore, il put ainsi se sentir chanceux en cette somptueuse journée. Tant qu'il ne s'était pas encore retourné pour constater que son étal garni des précieuses marchandises qu'il venait d'y déposer avait été balayée par le passage des soldats royaux.

Soldats se dirigeant en masse là ou le Capitaine de la garde affrontait un forcené qui l'avait à l'instant empêché de punir comme il se devait son ancien compagnon et responsable de la perte de sa queue. Un forcené bleu de peau, aux cheveux verts trempés d'une sueur qui serait bien vite séchée par la fournaise de ce pays désertique.

Un genoux posé dans la poussière vermeille que le vent avait ramené jusque sur les pavés de la cité, le souffle coupé par l'effort physique couplé à l'air étouffant, le prince de Pomélo réalisait que son adversaire était bien mieux adapté que lui à cet environnement malgré les heures qu'il avait passé à s'entraîner avec son père dans les déserts dorés de sa planète natale.

Lui qui avait toujours préféré ses contrées vertes et luxuriantes, il ne s'agissait là que d'une confirmation de son aversion pour le sable et l'aridité.

-Tu perds ton temps étranger. Tous ceux qui s'opposent à l'empereur Futō partagent le même destin.

Tout en se relevant de façon à masquer au mieux les difficultés qu'il endurait afin de garder la face, Zarbon répondit au taureau rouge avec autant de vanité qu'il lui était possible d'exprimer.

-Ne compare pas ton misérable destin avec le mien. Je suis un prince, et je n'ai aucun avertissement à recevoir d'un lâche qui trahi son peuple et s'en prend à ses semblables.

-Un prince ? Ici tu n'es rien, moins noble que n'importe quel rebut dont même les caniveaux ne voudraient pas, et pas plus important qu'un insecte venu s'écraser sous ma botte.

Comptant bien démontrer la véracité de sa comparaison disgracieuse, Shisami leva le pied et tenta de l'abattre sur Zarbon avant qu'il n'ait le temps de se redresser. Fort de ses réflexes toujours vifs malgré l'inhospitalité néfaste de la planète, le Pomélo-seijin s'esquiva en glissant sur la droite, et profita de l'élan gagné pour charger son adversaire, qui bloqua son attaque du tibia à l'aide de sa hallebarde dorée sans éprouver le moindre mal. Dégagé en arrière par le capitaine de la garde, le policier galactique esquivait non sans peine les assauts répétés de l'arme longue, qu'il jugeait être la source principale du déséquilibre de cet affrontement.

Zarbon para la dernière attaque du plat de la main contre la face de la lame et s'envola afin de prendre son ennemi de hauteur, et l'assaillir d'un tir de flux, qui se trouva contré par une rotation rapide de la lance de Shisami, dont le tourbillonnement annihila purement et simplement l'attaque énergétique. Pensant cependant avoir le temps nécessaire, le prince plongea vers l'ancien membre de la tribu Neta, qui le contredit d'un revers de son bâton qui l'expédia au sol, d’où il vit son adversaire pointer vers lui l'extrémité menaçante de sa lame.

« C'en est assez ! »

À court de patience, le jeune Kiwi qui se tenait alors à l'écart avec Jheese terrassa les quelques soldats lui barrant la route, et rejoignit d'un bond vengeur son oncle spirituel malgré les avertissements de son ami aux longs cheveux blancs. Une vaine tentative, tuée dans l'œuf lorsque Shisami l'attrapa par la gorge en plein vol sans avoir à bouger outre mesure.

-N'espère pas jouir de ma clémence car tu es un enfant, petit être.

Maintenant fermement la main autour de la gorge de l'enfant pour l'étrangler, Shisami redirigea sa hallebarde, alors pointée vers Zarbon, dans le but de trancher la tête du petit gêneur. Une intention meurtrière qui alarma instantanément le prince, qui trouva la force de se relever avec vigueur, et de lancer son poing vers le capitaine de la garde. Se sachant suffisamment rapide, ce dernier poursuivit son geste, prévoyant de se débarrasser d'abord du gamin, avant de définitivement régler son compte à l'homme bleu.

Erreur de calcul qui lui coûta une sévère brûlure au poignet, causée par le flux émanant des petites mains de sa victime qui ne l'avait pas agrippé seulement dans le but vain de lui faire lâcher prise par la force. Désorienté par cette douleur incisive à laquelle il ne s'était pas attendu, Shisami n'eut pas davantage le temps de contrer le coup de phalanges de Zarbon, qui fit cette fois mouche, et tapa en plein museau du cornu, envoyé au tapis.

-Maintenant ! Jheese ! Risha ! Ja...

Hurlant à ses troupes que l'ouverture qu'ils attendaient pour fuir était finalement arrivée, Zarbon ne stoppa pas sa phrase avant de prononcer ce maudit nom simplement par manque d'affection envers son propriétaire. Mais bien parce qu'à sa grande stupéfaction, le patrouilleur galactique avait déjà disparu dans la nature.

-Quelle raclure, je savais qu'on ne pouvait pas faire confiance à ce bougre de Jaco ! Peu importe, nous devons partir au plus vite avant que d'autres gardes ne rappliquent !

Alors qu'il mettait hors d'état de nuire les nombreux soldats qui obstruaient le passage, Zarbon entendit derrière lui le massif taureau rouge se redresser en s'appuyant sur sa lance, déterminé à ne laisser aucun d'eux s'enfuir. Mais avant même que celui-ci n'ait le temps de les interpeller avec fureur, il se sentit soulever au dessus du sol par une force titanesque, porté de derrière par les deux énormes bras rouges lui serrant la taille.

-Risha ?!

« Fuyez ! Maintenant ! »

-Risha-san !

PARTEZ !!


Supplié par le jeune Actinidia-seijin de secourir le taureau borgne qui cherchait en lui toutes les forces qu'il possédait pour immobiliser son ennemi juré et permettre la fuite d'étrangers qu'il venait à peine de rencontrer, Zarbon s'assura d'honorer son courage, attrapa les deux enfants sous chacun de ses bras, et les emmena de force en se jetant par dessus la horde de soldats qui s'avançait vers le capitaine en détresse.

Les cris de Kiwi n'y firent rien. Bientôt, Risha serait encerclé par la garde, et défait une nouvelle fois par Shisami qui parvint à le maîtriser tant bien que mal.

-Tu n'as décidément pas changé, Risha.

Finalement, le béni cumulonimbus qui parcourait la voûte céleste et gratifiait la cité de sa fraîche présence, passa au dessus du lieu d'attroupement que beaucoup de spectateurs avaient déjà fui, projetant son ombre sur ce champ de bataille improvisé, et sur Risha, à genoux, et vaincu.

Dans quelques heures, la nuit projetterait la sienne, plongeant la cité dans l'obscurité. Conditions idéales pour les trois fuyards qui avaient réussi à se faire discrets jusqu'au coucher du soleil, lorsqu'ils trouvèrent en une remise abandonnée et délabrée, l'abri dont ils avaient tant besoin.

-Vous n'auriez pas du le laisser seul là bas ! Ce n'était pas à lui de nous sauver !

-Il avait fait son choix.

-Et moi le mien, je voulais rester pour l'aider !

« Tu n'aurais fait que rendre son sacrifice inutile ! » vociféra le prince avant de s'effondrer contre le mur et de se laisser glisser vers le sol, la gorge soudainement prise d'une mauvaise toux.

Avant de pouvoir lui demander d’où lui venait cette faiblesse, Jheese aperçut une large tâche de sang à travers ses bandages derrière le cache-poussière qu'il portait, offert par les Neta.

-Votre plaie s'est rouverte, vous n'êtes pas encore complètement remis du crash. Faut vous reposer, m'sieur.

Déjà bien au fait de ce que lui apprenait le jeune Brench-seijin, Zarbon avait senti les sutures précaires avec lesquelles il avait été rafistolé se défaire partiellement durant son combat, raison pour laquelle le prince n'avait pu se donner pleinement.

-Désolé, Zarbon-san. Je n'avais pas pensé à votre état...

-Ça ne fait rien, je comprend ton énervement. Et puis, si j'ai fait ça, c'est aussi parce que je ne voulais pas qu'il t'arrive quelque chose. Ton frère me tuerait à coup sur.

Amusé par cette tendre déclaration dissimulée, Kiwi s'approcha de son mentor afin d'examiner sa plaie au ventre, tandis que Jheese s'en alla regarder à travers les planches de la porte de la remise pour s'assurer qu'aucune oreille indiscrète n'était venue les écouter après la bruyante dispute de ses deux compagnons d'infortune.

-On va devoir se faire oublier pendant quelques jours. D'ici à ce que les choses se tassent, nous resterons cachés. Ensuite, nous chercherons un moyen de quitter cette planète, et de retrouver Amondo.

Fort déplaisantes étaient ces instructions pour Kiwi, qui n'objecta pourtant pas une nouvelle fois, préférant épargner aux résidents de cette remise un énième échauffement d'esprits par cette nuit déjà bien assez étouffantes dont il valait mieux profiter pour récupérer après cette éprouvante journée.

Bien vite l'éveil laissa place au sommeil pour Zarbon, exténué par le regain de son hémorragie, sous peu imité par Jheese qui accusait le coup, après tout il s'agissait là de sa première excursion hors de la confortable capitale de Freeza 79.

Le troisième compère de la petite équipe improvisée ne suivit cependant pas leur exemple immédiatement, encore trop exalté par cette aventure pour se laisser bercer par le calme de la nuit. Avec circonspection, Kiwi quitta furtivement la remise et gagna les toits en quelques cabrioles.

Dans un premier temps, son regard se porta sur l'immensité de cette ville à l'allure radicalement opposée à la moderne cité ou il avait grandi. Les rares lueurs qui l'éclairaient encore dansaient au loin, là ou résonnaient les sons des instruments de musique dont il avait ouï la mélodie.

Puis, alors qu'il éleva les yeux de la base au sommet de l'arbre titanesque, ils finirent par s'attarder sur la voûte céleste, qui laissa le scintillement de ses étoiles se refléter en eux.

Parmi elles, songea le jeune garçon, devait sans doute se trouver celle pour laquelle son frère l'avait quitté il y a de cela ce qui lui apparaissait être une éternité. Peut-être.

Peut-être même que de là bas, il observait lui aussi les étoiles. Peut-être même que, parmi celles qu'il contemplait, se trouvait justement celle ou Kiwi se trouvait. Mais alors, cela voulait-il dire, puisque le garçon regardait vers le haut, que son frère avait la tête en bas ? À moins que ça ne soit lui qui ne soit à l'envers ?

Ces pensées absurdes amusèrent assez le garçon pour le faire pouffer de rire, seul sur ce toit, avant qu'il ne se rappelle son devoir de discrétion. S'asseyant alors en tailleur, les yeux toujours rivés vers les astres, le garçon, fasciné par l'immensité de ce monde qu'il comprenait à peine, s'autorisa enfin un instant de répit.

Et le sombre interlude séparant le crépuscule de l'aube s'acheva dans la chaude lumière du premier soleil à s'éveiller.

« Vous y allez seul ? Dans votre état ? »

Aux premières lueurs du jour, Zarbon s’apprêtait à lever le camp. Après avoir enjoint les deux enfants à rester cacher d'ici son retour, le prince enfila de nouveau la cape offerte par les Neta, et couvrit son visage désormais trop connu et reconnaissable avec son capuchon.

-Inutile de te faire du souci, Jheese. Je ne peux rester alité dans notre situation. Et je serai plus discret si je me déplace seul.

« Mais si vous vous retrouvez pris au piège, nous serons livrés à nous même. »

Arrêté avant son départ par la voix de Kiwi, Zarbon répondit en esquissant un sourire amusé.

« Et bien, je te pensais plus courageux que ça. » railla-t-il avant de s'approcher du garçon pour lui tapoter la tête affectueusement.

-Je vais simplement recueillir quelques informations, je reviens vite.

Lorsque la porte se referma derrière Zarbon, le jeune Actinidia-seijin crut un instant voir son frère quitter la pièce, le laissant seul une nouvelle fois. Mais une petite main rouge vint se poser sur son épaule et effaça son air mélancolique.

-Tu tiens beaucoup à lui, pas vrai ?

« Boucle la un peu » répondit le garçon sur un ton dérisoire en repoussant la main de son camarade.

Seul et camouflé dans les rues de la ville de Nattō, Zarbon effaçait au mieux sa présence parmi les passants.

Ne toucher personne.

Ne regarder personne dans les yeux.

Garder la tête suffisamment inclinée pour ne pas montrer son visage, mais pas assez pour éveiller les soupçons.

Avancer suffisamment vite pour ne pas avoir l'air de chercher quelque chose, mais suffisamment lentement pour ne pas avoir l'air d'en fuir une autre.

Ces quatre commandements en matière de dissimulation représentaient pour Zarbon un véritable sacerdoce auquel il ne saurait déroger. Des principes inculqués par son frère durant leur plus tendre enfance, alors qu'il suivait son aîné dans les rues de la cité, loin de la surveillance de leur père et de leurs serviteurs.

« Mais Melo, nous n'avons pas le droit de nous aventurer ici tout seuls. Père a dit... »

« Arrête de faire ton bébé Zarbon, t'en as pas marre de toujours rester cloîtré au château ? C'est tellement plus excitant de nous promener ici comme des gens du peuple ! »

Un avis que le prince cadet ne partageait pas du haut de ses six ans, bien plus attaché que son frère au confort du palais royal et aux luxes que lui offrait son statut privilégié. Loin d'être comme lui désireux de se fondre dans la masse qu'il jugeait alors inculte et crasseuse.

Il suivit pourtant son frère des années durant, dans ses expéditions dérobées, apprenant à se mouvoir en toute discrétion. Bien d'autres choses lui furent enseignées par Melo au fil du temps, notamment les arts du mensonge, ou encore du vol.

« Melo ! Nous n'avons pas le droit de voler ces gens. Et puis à quoi peut bien te servir de voler une si petite bourse alors que nous pouvons avoir tout l'argent dont nous avons besoin ? » avait alors demandé à l'époque le plus jeune des deux frères, lorsqu'il vit le second dérober habilement la bourse d'un passant sans que celui-ci ne s'en aperçoive, avant de filer en vitesse.

« C'est pas drôle de tout avoir facilement, tu trouves pas ça beaucoup plus drôle de te débrouiller par toi même ? »

« Pas vraiment, non... » avait-il alors répondu ce jour là. Il n'avait pas imaginé qu'il mettrait un jour à l'œuvre ces pratiques obscures pour lesquelles il ne ressentait que du mépris.

Aujourd'hui pourtant, Zarbon remercia son regretté frère, tout en s'excusant intérieurement auprès de l'homme qu'il venait de priver de sa bourse subrepticement avant de prendre le premier tournant sur son chemin.

Comme il l'avait appris de son père lorsqu'il l'accompagnait en tant qu'observateur durant ses négociations avec certains grands propriétaires terriens dans le but de racheter leurs parcelles, l'argent est le meilleur moyen d'obtenir quelque chose. Même lorsqu'il s'agit d'informations.

Subtilement, l'agent de police galactique sous couverture continua d'évoluer dans ces rues malfamées qu'il savait être le lieu idéal pour trouver ce qu'il cherchait, observant discrètement les visages de chaque individu afin d'y déceler cette étincelle de malhonnêteté qu'il avait appris à reconnaître aisément en exerçant son nouveau métier de garant des forces de l'ordre, au point d'être considéré comme l'un des meilleurs dans son domaine.

Voilà pourquoi il n'eut aucun doute en apercevant la malice dans les yeux de ce vieil homme enturbanné assis devant un tonneau, jouant à faire rouler des pièces sur ses doigts, avec il est vrai un indéniable talent.

-Vous semblez habile de vos mains, vieillard.

-C'est très aimable à toi mon garçon. Il est vrai que je ne laisse jamais une pièce tomber, ni me passer sous le nez lorsqu'elle est à ma portée.

« Vraiment ? » releva Zarbon en s'intéressant faussement aux histoires du vieil homme avant de prendre place à côté de lui sur le vieux banc de pierre sur lequel il était installé.
« Il m'est peut-être possible de vous en offrir quelques unes en échange de votre aide précieuse. »

-Hohoho, et qui te dit que l'envie me prend d'aider un étranger ?

-Disons simplement que l'appât du gain se lit sur votre visage. Et que vous semblez assez intelligent pour accepter une offre aussi alléchante et pour laquelle vous n'avez rien à perdre.

-Hmmm...je ne suis pas certain d'en avoir envie, aujourd'hui j'ai prévu de profiter de l'accalmie solaire pour prendre un peu l'air et me distraire. Que dirais-tu plutôt de jouer un peu avec moi ? Je vais te montrer comment faire rouler ces pièces à la perfection. Nous parlerons ensuite de ton problème.

-Je n'ai pas le temps pour ça, je suis pressé et je ne peux me permettre de perdre mon temps à jouer à ce jeu stupide.

-Oh, je vois, et bien tant pis, finalement je n'ai pas envie de t'aider.

La bourse dans la main, et une veine gonflant sur sa tempe, Zarbon tapa du poing sur le tonneau, fissurant le bois en claquant sur lui le petit sac de toile rempli d'argent, puis approcha son visage intimidant de celui du railleur dont il n'appréciait pas les manières, les traits tirés par la hargne, et les pupilles presque blanches de rage.

-Écoute moi bien le va-nu-pieds, l'effort que je fourni pour endurer ta présence nauséabonde arrivera bientôt à terme, et il n'y a que deux façons pour moi de solutionner cette situation. Partir d'ici avec ce que je suis venu chercher en te laissant ce sac d'or, ou effacer sur le champ ton insignifiante existence. Laquelle choisis-tu ?

-Tu manques grandement d'expérience en matière de négociation mon garçon. Mettre la pression sur l'autre partie est un bon moyen de l'inciter à parler, mais perdre patience si vite révèle simplement ton immaturité.

« Si tu ne veux pas que je révèle tes tripes au grand jour, tu ferais mieux de ne pas me faire perdre une seconde de plus. » annonça sombrement le prince alors que les ongles de sa main droite commençaient à pousser et s'aiguiser.

-Hoho, derrière l'élégance de ton visage noble se cache une animosité remarquable. Ces traits délicats masqueraient-ils ceux d'une bête féroce ?

« Mais soit. Je vais te dire ce que je sais » se ravisa alors au dernier moment le vieil enturbanné avant que Zarbon ne cède à la colère.

-Je n'ai même pas encore posé ma question.

-C'est inutile, quoi que tu puisses chercher, tu ne le trouveras que là bas. Ma réponse sera la même quelle que soit la question.

« Là-bas ? » pensa Zarbon, avant d'entendre la mystérieuse réponse du vieil homme, qui commença à s'adresser à lui à voix basse.

De son côté, resté caché dans la remise, Jheese s'essayait à la reproduction de quelques poses stylisées effectuées par sa nouvelle idole portée disparue. Une attitude bien légère au goût de Kiwi qui, alors qu'il effectuait inlassablement les cent pas dans cette minuscule pièce à l'air infestée de particules de poussière bien peu respirable et à la chaleur crevante, réprimanda de manière cinglante son ami Brench-seijin qui chuta de surprise, interrompu au beau milieu d'une pose excessivement exubérante, et se cogna la tête contre le mur de pierre rouge de la remise.

-Non mais c'est quoi ton problème ? Ça va pas de beugler comme ça alors qu'on est censés se faire discrets ?

-Si t'arrêtais de danser comme une ballerine alors qu'on se trouve peut-être en danger de mort, j'aurai aucune raison de beugler !

-Qu'est-ce que t'as contre les ballerines ? Et le seul qui nous met en danger en révélant notre position, c'est toi !

À bout de nerfs, Kiwi saisit son ami à la peau rouge par le col, ce dernier n'étant pas prêt à se laisser intimider. Mais avant que leur altercation dépasse le point de non retour, Zarbon ouvrit la porte.

-À quoi est-ce que vous jouez tout les deux ? On vous entend de l'autre bout de la ruelle.

Qu'importent les remontrances de Zarbon, les deux enfants, ravis de revoir leur aîné, l'accueillir en clamant son nom à l'unisson, ce qui leur valut un second sermon sur leur manque totale de discrétion. Nouveau coup de gueule qui épuisa Zarbon, préférant s'asseoir un instant pour se calmer.

-Durant ma reconnaissance, j'ai aperçu des avis de recherches à notre effigie. On peut dire qu'ils ne perdent pas de temps, en seulement une journée...

« Des avis de recherches ?! » répéta Jheese avec effervescence,
« On est des criminels connus, c'est totalement cool ! »

« Ça n'a rien de cool, Jheese ! » rectifia son compagnon, approuvé par Zarbon dans l'instant.

-De ce fait je n'ai pu m'approcher que de peu de personnes. Ceux qui semblaient le moins recommandables. Aucun n'a été en mesure de me dire précisément s'il existait un moyen de quitter cette planète, ni de retrouver Amondo. Mais chacun s'accorde à dire qu'en ville, il n'y a qu'un endroit ou nous aurons une chance de trouver ce que nous cherchons.

À l'évidente question posée par les garçons, le prince répondit par la seule appellation qui lui avait été donnée pour nommer ce lieu apparemment situé au sud de la cité, enfoui dans ses tréfonds miséreux à l'abri des regards.

« Là ou se réunissent les gens comme toi. »

Ainsi s'enquit le trio de se rendre aussi promptement que discrètement à la destination vers laquelle convergeaient toutes les sources que Zarbon avait pu interroger. Tous trois encapuchonnés – Jheese tirant en permanence sur son capuchon pour s'assurer que son visage ne pouvait s'exposer à la vue de tous – ils suivirent les quelques vagues indications recueillies en traversant les rues les moins fréquentées, bourbiers et coupe-gorges dans lesquelles il était de bon ton de ne pas s'attarder. Et pourtant, de véritables sanctuaires en comparaison du lieu vers lequel leur quête les menait.

Accompagnés par un soleil de plomb dans leur périple, ainsi que d'une gourde salvatrice achetée par le prince de Pomélo avec les quelques deniers qui lui restaient en poche une fois ses négociations conclues, ils finirent par atteindre le point le plus au sud de la ville. Un lieu désertique, décharge ou s'amassaient débris de bois et gravas, décorés de quelques morceaux de poteries brisées et de parcelles d'étoffes arrachées. Pas âme qui vive.

Ce qui devait être une terre salutaire porteuse d'espoir ne leur apparut que désolé et vain. Alors que Jheese abandonnait déjà tout optimisme, Zarbon, pourtant certain de ne pas avoir été dupé, s'aventura dans ces monts de détritus pour y trouver quelque chose, sans vraiment savoir ce qu'il cherchait. Bien avisé de ne pas baisser les bras malgré les plaintes du garçon rouge de peau déjà décidé à se laisser grignoter par les charognards, il découvrit sous le pied qu'il posa devant lui une arrivée d'air qui piqua sa curiosité.

Lorsqu'il porta l'œil vers l'ouverture décelée plus tôt, Zarbon parvint à apercevoir ce qu'il devina être des silhouettes, mais aussi quelques lueurs ci et là. Puis en tendant l'oreille, des bruits de pas et voix éparpillées lui parvinrent.

C'était ici. Aucun doute. C'était bien là. Ses jeunes compagnons ralliés par un signe autoritaire, il déplaça deux ou trois planches, balaya quelques gravas gênant, et enfin, sous leurs yeux se dessina ce qui ressemblait à une cité souterraine clandestine. Une boule logée dans la gorge, les aventuriers se décidèrent à s'engouffrer dans l'accès exigu.

C'est une fois sous la surface, sortis du recoin sombre ou ils avaient atterris pour gagner l'allée principale, qu'ils comprirent ou ils venaient de poser les pieds. En ces lieux, pas un passant ne semblait honnête. Pas un n'était affairé à autre chose que de les fusiller du regard. Pas un n'avait l'air d'autre chose qu'un dangereux repris de justice.

Mais surtout : Pas un n'était originaire de cette planète.

Une variété de pigmentations plus riche que la palette d'un arc-en-ciel, des morphologies aussi diverses qu'étranges, des êtres non bipèdes mêlés à la populace. Les tenues de chacun semblaient confectionnées pour protéger leur identité, voir leur intégrité physique. Des tuniques amples, pratiques pour dissimuler leur apparence ; au moins quand un tentacule ne traînait pas derrière. Des armures parfois, assemblages recyclés de morceaux de ferrailles formant plastrons précaires, casques cabossés, ou jambières rafistolées.

Tandis qu'ils avançaient prudemment sous les regards curieux, Zarbon remarqua également que tous ici étaient armés. Qu'il s'agisse d'épées dans leur fourreau, d'armes longues dotées de lames aux formes improbables, de canons conçus illégalement à partir de parties d'armes militaires mêlées entre elles par soudure ou à l'aide de bandes collantes, ou encore simplement de cornes aiguisées fichées sur le front ou le crâne de certains, chacun disposait d'un moyen de se défendre. Ou de s'en prendre à plus faible que lui.

Si un élément positif pouvait être retiré de ces découvertes alarmantes, c'est que ces gens, aussi menaçant soient-ils, disposaient des moyens et connaissances technologiques suffisantes pour pouvoir fabriquer certaines pièces plus modernes que ce qui se trouvait en surface.

Mettre la main sur un artisan ou un marchand véreux capable de leur fournir ne serait-ce que le matériel suffisant pour fabriquer une navette de fortune à partir des débris de son vaisseau, voir même un émetteur leur permettant de contacter une aide extérieure, constituait la priorité absolue pour Zarbon qui voulait avant tout mettre en sécurité les deux garnements qui l'accompagnaient. Mais il ne pouvait s'empêcher de songer à l'éventualité qu'Amondo se terre lui aussi dans ce lugubre quartier souterrain, vaguement éclairé par les quelques rayons de lumière traversant le plafond fait de planches, de couvertures sales et de gravas, soutenu par les poutres et piliers de fer rouillés disposés un peu partout.

Une fois de plus, le policier appliqua les leçons de son frère, aussi peu recommandables lui paraissaient-elles autrefois. Notamment l'une de ses nombreuses « Leçon numéro 1 », les bars sont les meilleurs endroits pour obtenir des renseignements douteux.

Emmener des enfants avec lui dans un boui-boui si sordide et crapuleux n'était pas du goût du Pomélo-seijin, cependant, les laisser seuls au milieu de cette rue sinistre parmi les criminels les plus dangereux de Kabōcha reviendrait à les abandonner à leur sort dans un enclos peuplé de fauves affamés.

Contraint, Zarbon pénétra dans le saloon poussiéreux accompagné de Kiwi et Jheese. Fait pour le moins étrange, leur entrée coïncida avec l'interruption soudaine et simultanée de chacune des conversations douteuses qui animaient tantôt le bistrot au mobilier couvert de crasse.

Parmi les trois tables auxquelles il était possible à Zarbon d'asseoir ses jeunes compagnons, il lui sembla plus judicieux d'opter pour celle située dans un coin de la taverne, voisine d'une autre à laquelle un seul homme s'était attablé, couvert d'un manteau particulièrement large, et le visage dissimulé à l'aide d'un chapeau vissé sur son crâne.

Kiwi et Jheese avertis de se tenir tranquilles, direction le comptoir d’où l'observait également le propriétaire de l'établissement tout en essuyant cinq chopes à la fois grâce à ses tentacules, tout aussi suspect que sa clientèle.

Sans se démonter pour autant, Zarbon tenta d'entamer le dialogue, lorsque l'un des client l'interpella sur un ton accusateur.

« Tient tient tient, je ne suis pas surpris de te voir fréquenter un rade comme celui-ci, maraud. Je me doutais bien que tu n'étais qu'une vile arsouille. »

Un ton qui n'était pas inconnu aux oreilles sifflantes de Zarbon, dors et déjà exaspéré par son interlocuteur, également remarqué par le reste de la clientèle à laquelle n'avait pas échappé son commentaire désobligeant au sujet de leur débit de boisson fétiche.

Lorsque enfin il se retourna, il le découvrit assis à une table en plein milieu de la salle, un verre de lait à la main, et un sourire narquois sur le visage.

-Il me semble que tu te trouvais toi même dans ce bar avant même que je n'y pose un pied, Jaco !

« Mais moi je me suis aventuré ici dans une intention noble ! Je poursuis l'importante mission de capturer ce perfide félon d'Amondo ! » clama fièrement le prétendant au titre de patrouilleur galactique en bondissant sur sa table aussi théâtralement que possible.
« Et contrairement à toi, je ne fais nullement cela pour de l'argent, gredin ! »

« Jaco-san ! » tonitrua le jeune frère de Danmarine de soulagement en voyant Jaco sain et sauf – sentiment que ne partageait pas Zarbon en cet instant – celui-ci le gratifiant du surnom de « Kiwi-Boy » en lui répondant qu'il était ravi de le retrouver en bonne santé.

Une hypocrisie que ne supporta pas le plus âgé de la bande, qui fulminait à propos de la pleutre fuite du héros autoproclamé lors de l'incident.

Alors que le ton montait de quelques octaves devant les deux enfants inquiets au sujet de la tournure qu'allaient prendre les événements, et que certains des truands occupant le bar dégainaient déjà lames vicieuses, haches crantées et autres canons sciés en réponse à l'altercation malvenue des deux hommes, Jaco extirpa son arme hors du holster attaché à sa ceinture, provoquant un mouvement de recul chez Zarbon, qui se rua alors à pleine vitesse sur le pistolero.

Quand soudain, le coup partit. Les visages décomposés de Kiwi et Jheese face à la scène n'étaient pas si différent des expressions de stupeur portées par les autres clients. Juste à temps, Zarbon avait saisi Jaco au vol et l'avait plaqué contre le sol. Un réflexe due à ses facultés d'observation et d'analyse, qui lui permirent, en remarquant l'angle du canon de Jaco, de comprendre que l'arme n'était pas pointée vers son visage. À terre, les deux meilleurs ennemis retournèrent la table afin de s'en servir de couverture face au second tir qui affola cette fois toute la salle.

Un nouveau coup de feu déclenché par le même tireur que quelques secondes plus tôt lorsqu'il avait tenté d'abattre le garçon arborant sur son uniforme le blason de la patrouille galactique qu'il avait lui même cousu à la main.

Tentative d'assassinat perpétrée par le mystérieux individu assis seul juste devant la table de Kiwi et Jheese, assistant à l'attaque sournoise depuis le dos du tireur dont le chapeau s'était envolée dès le premier tir, et dont le manteau de toile, ouvert d'un revers du bras droit, dévoila son corps de métal dissimulant en son sein un véritable arsenal meurtrier.

Son visage, désormais à découvert, semblable à celui d'un reptile marin à la peau rouge et visqueuse, et ses yeux jaunes dénués de pupilles, éveillèrent alors chez Kiwi, pour qui cette apparence si distinctive déjà aperçue dans les médias n'était pas inconnue, un sentiment de peur incontrôlable que remarqua Jheese.

« Cet homme...c'est un... » balbutia le garçon tombé de sa chaise en dévisageant le cyborg qui venait d'essayer d'abattre Zarbon et Jaco, tout deux restés à couvert derrière leur table, alors que l'ennemi, dont le bras s'était transformé en quadruple canon à flux de puissance minimale, s'avançait lentement vers leur position, son bras armé tendu vers la droite, et le manteau de toile troué flottant dans sa démarche.

« ...Ikonda-seijin ! »


* * *

Et voilà, 30 chapitres déjà ! Ouais, bon, "déjà" alors que ça fait trois ans et demi que j'ai commencé cette fic, je sais, disons que j'écris "à mon rythme" :mrgreen:

J'espère en tout cas que les lecteurs de cette fic continuent de la lire et surtout continuent de prendre du plaisir à la lire, malgré le temps qui file et l'attente. Sachez en tout cas que je prend toujours autant de plaisir à l'écrire et à vous la partager, et que je compte bien continuer ainsi pour encore un moment ! Merci à vous :D
« Un Général...ne doit jamais faillir à son devoir »

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Re: Dragon Ball Extended Universe : Les Chroniques d'une Gue

Messagepar Kodeni le Sam Août 03, 2019 21:09

Prologue

Je me suis laissé tenter par la découverte de ta fanfiction.
Son thème me parait original car jamais vu pour ma part jusqu'ici. Ton travail parait structuré au vu des différents items que tu proposes en page de garde (frise chronologique...).
C'est donc avec plaisir que je me suis lancé dans le prologue. Premier plaisir, que Cooler soit intégré à ton canon. L'idée de l'invasion en utilisant un guerrier de la race de Kiwi ainsi qu'en traitant Dodoria avant son entrée dans l'armée m'a plu tout de suite.
J'ai hâte de découvrir l'élément déclencheur qui le fera entrer au service de Freeza et c'est donc avec plaisir que je poursuivrai la lecture de ton travail.
Pourquoi ne sommes nous pas immortels ? La menace qui plane sur le monde l'est bien elle !
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Re: Dragon Ball Extended Universe : Les Chroniques d'une Gue

Messagepar Imate le Dim Août 04, 2019 21:25

Ravi de te compter parmi mes lecteurs, c'est toujours un plaisir d'attirer la curiosité, j'ai hâte d'avoir tes retours et tes impressions sur la suite :wink:
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Re: Dragon Ball Extended Universe : Les Chroniques d'une Gue

Messagepar Imate le Lun Août 05, 2019 3:38

Yooooooooo !

Bon, je poste ça vachement tard, mais j'avais tellement envie de l'écrire et hâte de vous la partager que j'ai pas voulu attendre demain :lol:

Il s'agit du premier "Chapitre Spécial" de la fic, consacré au passé d'un certain personnage. Une histoire que je voulais vraiment raconter et qui mérite bien une petite parenthèse avant la reprise de l'intrigue principale. Puisque c'est un spécial, le chapitre est assez long, et pourtant je vous assure que je me suis fait violence pour ne pas m'étendre davantage ! Je pense en tout cas reproduire l'exercice à l'occasion, sur un autre thème bien sur, parce que je dois dire que ça m'a beaucoup plu, et j'espère que ça vous plaira à vous aussi.

Sur ce, je vous souhaite une excellente lecture, et je vous laisse avec ce superbe dessin réalisé par Kouki, qui a reproduit l'instant de colère vécu par le personnage aujourd'hui mis à l'honneur dans le chapitre 23. Un grand merci à lui :D


Spoiler
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Chapitre Spécial : Le Briseur de Crânes


Teinté d'un sombre magenta, le ciel nocturne de la planète Durian resplendissait cette glaciale nuit de pleine lune précédant le solstice d'hiver. L'épaisse neige vaguement colorée par l'éclat fuchsia de la lune tombait lentement, parsemant le sol déjà gelé par le froid hivernal.

Le village des nomades de Durian – sédentarisés durant la saison froide de leur cycle saisonnier – composé de bâtisses faites de torchis, de branches, et de matériaux primaires, à l'architecture pour le moins approximative et difforme, se préparait paisiblement au couvre feu.

Un à un, les Durian-seijins, cette race guerrière et barbare à la morphologie parfaitement dotée par la nature des atouts du combat indistinctement entre mâles et femelles, regagnaient leurs huttes et baraques à la tombée de la nuit, et couvraient les foyers pour en éteindre les flammes, ne gardant que quelques rares feux de camp dont ils tiraient la chaleur nécessaire à leur survie.

Au nord de ce village précaire et improvisé au milieu des montagnes riches en fer des contrées hostiles de Durian, trônait une structure plus imposante que les autres. Un domicile en forme de dôme, à la silhouette déformée faite d'argile, et disposant de cinq entrées autour d'elle laissant passer la lumière du feu central qui éclairait l'obscurité.

Et devant l'une de ces entrées, deux massifs guerriers roses de peau semblaient converser d'une manière étonnamment sérieuse pour ces habitués des discussions primitives et vulgaires, tout en observant discrètement le jeune Durian qui se trouvait à l'intérieur du dôme d'argile, s'amusant avec un coutelas bien trop affûté pour son âge.

-T'es sur qu'on devrait le faire ? Ce gosse a que cinq cycles, on pourrait au moins attendre trois cycles de plus, on est pas des bêtes.

-Arrête de te comporter comme une mamie gâteuse, qu'est-ce qu'on en a à foutre ? Un coup derrière la tête et on en parle plus.

-Je trouve quand même ça dégueulasse, il pourrait devenir un grand guerrier et nous aider à conquérir les terres de Dulcis au sud pour étendre notre territoire !

« Cet enfant est un danger pour nous tous »

Cette voix rauque, émise par l'imposant guerrier vêtu d'une large fourrure blanche et d'un diadème fabriqué à partir d'ossements que le contestataire appela « Dinarum-sama », sembla imposer subitement le respect à chacun des individus en présence. Ce Durian plus grand que la moyenne, mesurant probablement deux bons mètres, avait la face balafrée d'un sublime tranchant lui traversant en biais le visage, passant par l’œil borgne qui le rendait si reconnaissable, perpétuellement ouvert pour exposer son globe blanc entaillé.

Mais surtout, l'impressionnante épée de pierre distordue attachée dans son dos, symbole de sa puissance, était la réelle source de sa domination sur ce clan. Oxleyanus, l'épée du Dieu de la chasse Jagd, offerte au clan nordique de Durian pour récompenser les flots de sang qu'il répandait depuis des siècles sur son passage. L'arme réservée au guerrier le plus puissant.

-A son jeune âge, il fait déjà montre d'une force et d'une violence redoutable. Le laisser en vie et lui offrir la chance de devenir plus fort serait un risque pour notre tribu. Un tel guerrier risquerait de se laisser guider par sa folie des grandeurs et nous conduirait à notre perte.

Désarçonné par ce discours de leur chef, le barbare récalcitrant ne put que baisser la face en signe de respect et de soumission.

Depuis sa prise de pouvoir sur leur précédent chef, Dinarum avait apporté à son clan la prospérité à laquelle il n'avait jamais goûté, et avait effectué son premier pas vers ce que certains peuples appelaient « civilisation », bien que la route fut encore longue. Raison pour laquelle il avait su s'attirer les faveurs de nombreux guerriers de renom au sein du clan.

-Je n'en arrive pas à cette extrémité par plaisir, mais par nécessité. Si je vous ai réuni cette nuit, c'est pour lui offrir une mort respectable de la main des plus grands guerriers de Durian. C'est le moins que je puisse faire pour cet enfant. Mon cher fils.

Accompagné d'une troupe de dix hommes, dix fiers combattants Durians, Dinarum s'apprêtait à mettre à mort le fruit de ses relations charnelles avec une jeune femelle d'un autre clan, violée devant ses hommes en guise de tribu pour célébrer leur victoire, et condamnée à l'autre monde une fois l'enfant donné.

Ce bâtard, née d'une relation forcée avec la fille d'un chef ennemi. Cet enfant illégitime et non désiré. Ce sang-mêlé impur doté d'une puissance monstrueuse que l'on pourrait penser appartenir au Dieu de la chasse lui même.

Cet enfant maudit, plus puissant que lui, celui que l'on surnommait La Bête du Blizzard, Dinarum, l'élu des Dieux.

Avec ferveur, le chef barbare et ses dix guerriers pénétrèrent à l'intérieur du dôme stratégiquement, à deux par entrées, Dinarum restant légèrement en retrait, tandis que l'enfant, d'une taille déjà plus que respectable pour son âge, s'attarda à peine sur la présence de ses aînés, accaparé par son jouet de métal offert par son père à sa naissance.

-Mon fils, soit certain que mon cœur se sert à cette pensée, mais je n'ai d'autre choix qui s'offre à moi. Tu représentes un danger que je ne saurais laisser exister et mettre le clan en péril.

Trop jeune pour saisir le sens des mots de son père ce soir là, l'enfant se contenta, en entendant la voix du grand guerrier qui l'avait élevé, de lever les yeux vers lui et de lui sourire tendrement. La chaleur de ce jeune visage le fit douter un instant. Non pas le père, déterminé à mettre un terme à cette vie. Mais le guerrier tantôt hésitant, et de nouveau mis en émoi face à ce si jeune enfant, incapable de comprendre la situation.

D'un signe sec de la tête, le chef de clan envoya l'un de ses hommes accomplir la sale besogne pour laquelle il ne désirait nullement se salir les mains. Sans remord, le guerrier s'approcha de l'enfant, qui sur ses quatre membres, s'avança lui aussi légèrement pour lui attraper naïvement le pied avec douceur.

-Aller, finissons-en vite, qu'on puisse aller boire une coupe en ton honneur.

Son imposante masse épineuse dans les mains, le Durian-seijin souleva son arme au dessus de sa tête, projetant l'ombre de l'objet contondant sur le gamin qui leva ses yeux ronds vers elle.

« Bon voyage dans l'autre monde, jeune bâtard ! »

Impitoyablement, le barbare amorça le geste descendant sur sa victime qu'il comptait achever d'un coup direct et franc. En un clin d’œil, la masse de pierre s'écrasa sur le sol, réduit à l'état de brisures sous son poids.

C'était fini.

En un instant, cette vie avait été prise.

Abondement, du sang gicla et s'écoula de la trachée ouverte d'une plaie béante du guerrier Durian, égorgé sans peine par l'enfant qui s'était jeté sur lui tel un animal enragé sous les yeux horrifiés de ses aînés. Exsangue, le barbare s'effondra dans le silence le plus absolu. Couvert de sang, à quatre pattes sur le corps de sa victime, le petit garçon leva les yeux vers ses assaillants, et avec une totale et déconcertante innocence, lécha le chaud et délicieux liquide rouge qui venait d'asperger son visage.

Une veine gonflée sur la tempe, Dinarum ordonna d'un ton virulent à deux autres de ses hommes de finir le travail. Cette fois sans faire de manières, les guerriers se ruèrent sur l'enfant en hurlant sauvagement.

Mais les plus sauvages des bêtes présentes ce soir là, ils n'étaient pas.

Le second coup de masse que l'enfant reçut de sa vie, il décida cette fois de l'arrêter avec ses petites mains roses, tenant désormais sur ses deux pieds, pour mieux en déposséder son propriétaire, et lui briser les deux genoux d'un vif revers. Les rotules explosées et en sang, le Durian-seijin, agenouillé devant l'héritier illégitime du clan, vit ses jours raccourcis en même temps que le haut scalpé de son crâne.

Souhaitant profiter de cet instant d'inattention, le second abattit sa hache, fier de sentir sa lame s'enfoncer dans la chair. Une fierté éphémère, éteinte, tout comme sa vie, lorsqu'il réalisa qu'il s'agissait de la chair de son camarade, alors que le tout jeune garçon l'avait déjà contourné pour bondir sur ses épaules, et lui marteler le crâne de ses deux poings, jusqu'à ce que mort s'en suive.

« Qu'est-ce que vous attendez ?!! » beugla le chef de clan en postillonnant rageusement, la veine toujours plus gonflée, et son seul œil valide injecté de sang, afin que tout le reste de sa troupe assassine ne bondisse sur l'enfant pour en finir.

Cette nuit là, des hurlements de souffrance retentirent dans les montagnes enneigées de Durian, réveillant un village paisiblement endormi. Des hurlements provenant du nord du village, là ou brillait encore le dernier grand foyer nocturne qui attira les regards des quelques curieux sortis de chez eux pour découvrir la source du bruit.

Le dôme du chef, ou à cet instant, à l'image d'une bête, ou plutôt à celle d'un démon sanguinaire, cet enfant qui n'arrivait pourtant qu'à la taille de la plupart de ses adversaires, bondissait avec véhémence d'une victime à l'autre, les écorchant vif un à un, alors que les ombres des Durian-seijins projetées sur les murs d'argile du dôme par les flammes orangées du feu central se retrouvaient couvertes du sang qui giclait par litres d'un bout à l'autre de la pièce devant les yeux aussi apeurés qu'enragés de Dinarum.

« Qu...qu'est-ce...qu'est-ce que tu es au juste ? »

Quel genre de monstre es-tu au juste ?!

Pures. C'est ainsi que Dinarum aurait décrit les yeux de son fils à cet instant, lorsqu'il le regarda avec tendresse, et lui lança ce sourire d'enfant, si doux et chaleureux, le visage, et les mains couvertes du sang des dépouilles de ses jouets, tendues vers celui qu'il appela maladroitement « père ».

Vers celui qui extirpa hors de son fourreau de tissu la légendaire lame de pierre Durian, en lui rendant son sourire d'un air empreint de malaise.

-Tu es...un démon. Une punition des Dieux pour avoir enfanté cette putain ! Mais je vais leur prouver...

JE VAIS LEUR PROUVER QUE JE SUIS LE PLUS FORT !!!

Se pensant défié par ses divinités, davantage guidé par la rage et la fureur que par les bonnes intentions dont il prétendait être animé plus tôt, la Bête du Blizzard s'élança sur sa progéniture avec toute la folie qu'on lui connaissait sur le champ de bataille.

Mais l'enfant, imperturbable, et dont la lame était jusqu'à lors restée immaculée, conservait, encore et toujours, cet intarissable sourire.

Nombreux à avoir été alerté par ces mystérieux cris, les villageois s'étaient dirigés en masse vers la maison du chef de clan pour découvrir la raison de ce tapage. Les derniers arrivés, un père et son très jeune fils, peinèrent à se frayer un chemin au milieu de cette foule silencieuse et captivée.

Quand finalement ils parvinrent à atteindre le point de vue idéale, ils découvrirent alors ensemble le spectacle horrifiant devant lequel ces gens se cachaient yeux, nez et bouches béantes.

Car elle avait viré au rouge.

L'épaisse fourrure blanche dont Dinarum se couvrait arborait cet éclat pourpre, mélange de sang, de reflets du brasier, et de la lueur de la lune passant par le toit à ciel ouvert.

Car ils avaient viré au rouge.

Les murs de ce dôme, décorés de ces indescriptibles œuvres d'art d'enfant, ces formes abstraites dessinées avec le sang de la dizaine de guerriers massacrés et éviscérés qui gisaient sur le sol et empestaient cette senteur de charogne insoutenable.

Car elle avait viré au rouge.

La lame jusqu'ici inutilisée de l'enfant Durian-seijin, qui avait finalement servi contre celui qui l'avait lui même offerte. Un usage atroce que celui-ci. Qui d'autre aurait bien pu avoir l'idée de se servir d'un poignard pour découper péniblement la tête de son père ?

Car oui, il avait viré au rouge. Cet enfant au destin maudit qui venait de perpétrer ce massacre cauchemardesque sous l'éclat de la pleine lune fuchsia, et dont la peau naturellement teintée de rose, se trouvait colorée de cette sublime teinte vermeille, alors qu'il tenait entre ses frêles petites mains, perché sur une sculpture difforme, la tête de son paternel, qu'il regardait dans les yeux.

Il le regardait, en arborant ce terrifiant, ce démoniaque, cet incompréhensible sourire d'enfant.

Un sourire qui soudain s'effaça, comme si le garçon comprenait enfin. Comme s'il avait compris que ce jeu auquel il venait de participer n'en était pas un. Comme si malgré son jeune âge, il saisissait, ne serait-ce que vaguement, la gravité de son geste.

Une épiphanie, un éclair de lucidité, qui précéda une expression abominable de rage inextinguible, que l'enfant accompagna d'un déchaînement de sa force animale, concentrée dans ses bras et dans ses mains, alors qu'il comprima le crâne de l'homme qui avait ce soir là tenté d'attenter à sa vie. Et il serra ce crâne encore.

Et encore.

Et encore.

Et encore et encore et encore et encore.


Jusqu'à ce qu'enfin, ne se brise sous ses paumes, libérant tout le liquide qu'il contenait encore et qui se déversa sur lui, dans un affreux et angoissant craquement de chair et d'os, le crâne brisé de son père, Dinarum, face à une foule de Durian-seijins sous le choc, et devant les yeux étrangement sereins de la mère de la victime, doyenne du clan, assistant à la scène dans un calme absolu, le pommeau de sa canne entre les mains, avant de commencer à s'approcher lentement et prudemment du garçon.

Teinté d'un sombre magenta, le ciel nocturne de la planète Durian resplendissait cette glaciale nuit de pleine lune précédant le solstice d'hiver. L'épaisse neige vaguement colorée par l'éclat fuchsia de la lune tombait lentement, parsemant le sol déjà gelé par le froid hivernal.

Cette nuit durant laquelle l'histoire de Durian prit un tournant décisif. La glaciale nuit de pleine lune qui vit naître le plus redoutable guerrier que ce monde ait connu.

L'incarnation du Dieu de la chasse, le démon de Durian, le Briseur de Crânes.

Dodoria.

* * *

Neige et ensoleillement se succédèrent par dix fois depuis ce jour. Dix cycles saisonniers durant lesquels l'enfant maudit par le destin fut élevé par sa grand-mère paternelle, contrainte de prendre en main l'éducation du rejeton de son fils après sa mort.

De par son tempérament, la vieille femme n'était sans doute pas la mieux placée pour lui fournir un enseignement intellectuel. Elle avait cependant ce qu'il fallait pour apprendre à cet enfant à canaliser sa force.

Qu'importe si les vents se déchaînaient, si des torrents de pluie s'abattaient, si le blizzard leur gelait les os, ou si le soleil leur brûlait la peau, par tous temps, la doyenne de la tribu enseignait à Dodoria l'art du combat, le maniement de l'épée à l'aide d'une réplique de bois, et l'instruisait au mieux quant aux us et coutumes de leur peuple.

« Rien n'est plus important pour un Durian que sa fierté de guerrier ! », disait-elle.

De ses six doigts Dodoria n'avait pas assez pour compter les fois ou sa tutrice avait pu tenter de le tuer durant leurs exercices. Peut-être en aurait-il eu suffisamment en ajoutant ses huit orteils au compte. Même cela il n'en était certain. Mais il savait qu'il lui devait sa robustesse et sa ténacité à toute épreuve.

« Pour te remercier de tout ce que t'as fait pour moi, je te fais cette promesse, vieille branche : Un jour, c'est moi qui te tuerai ! » avait-il juré solennellement le jour de son onzième anniversaire.

La vieille femme lui fit vivre un enfer. Mais un lien indéniablement indéfectible s'était tissé entre elle et son bâtard de petit fils au fil des ans. Qu'il s'agisse de leurs affrontements au bâton opposant l'expérience et la sérénité du troisième âge à la vigueur et la force de la jeunesse. Des repas infects qu'il partageaient dans leur tente lorsque le clan établissait son campement. De la sévère tape sur le crâne que Dodoria recevait de la canne de sa grand-mère en guise d'au revoir avant de partir batailler avec ses camarades.

« Et si tu meurs, tâches au moins de ne pas me faire honte ! »

Le jeune adolescent aujourd'hui âgé de quinze cycles ressentais une forme d'attachement pour ce quotidien partagé avec la vieille femme.

Mais ce qu'il aimait par dessus tout, sans le moindre doute, c'était cette sensation indescriptible de son épée déchirant la carcasse de ses ennemis lorsqu'il laissait libre à cour à sa fureur sur le champ de bataille.

Quarante-sept ! Le Dieu de la chasse est avec moi aujourd'hui ! Allez-y ! Venez plus nombreux ! Le grand Dodoria a encore soif de sang !

Opposé à une tribu venue de l'est, le clan nordique vénérant Jagd, la divinité de la chasse, avait réussi à repousser l'envahisseur jusque dans les montagnes, son terrain de prédilection, là ou ses guerriers auraient l'avantage. Sans compassion aucune, Dodoria, armé d'une imposante hache, le corps couvert d'une peau de bête à la fourrure bleue nuit, se jetait au milieu de la vague ennemie, découpant ses adversaires à la chaîne. La personnalité irascible qu'on lui connaissait nourrissait sa rage de vaincre.

Animant ses combats d'un odieux rire de satisfaction, le guerrier rose n'avait aucun scrupule à laisser ses alliés sur la touche, relégués pour la plupart au rang de simples spectateurs. Lorsqu'il souhaitait vite se frayer un chemin, Dodoria visait les jambes pour faire chuter ses adversaires. Si son arme était prise dans les os de sa dernière victime, il n'hésitait pas à se servir de son bras pour broyer le visage de ses assaillants. Quand il voulait en finir vite, le cou était la cible idéale, sustentant son plaisir en voyant voler autour de lui une flopée de têtes ennemies.

Lorsqu'il eut fini de s'amuser avec ses proies, ne disposant plus que d'une seule victime tombée à genoux au milieu des cadavres, Dodoria planta sa hache dans le sol, et s'approcha de l'unique survivant en se tapotant le dessus de la tête.

« Dispose donc de moi comme tu le souhaites, jeune guerrier du nord. Je m'avoue vain... »

La mâchoire subitement paralysée par l'emprise de deux vigoureuses mains, le guerrier étranger venant de signer reddition se trouva dans l'incapacité de terminer sa déclaration.

-Oh non non non, personne n'abandonne le combat sur un champ de bataille !

« Un vrai guerrier Durian... » grogna le jeune homme en commençant à compresser la tête de celui qui sentait monter l'agonie alors que son propre sang lui montait au cerveau, lui même petit à petit écrasé par sa propre boîte crânienne déjà partiellement brisée.

… Ne goûte à la défaite que dans la mort !

D'une simple pression, Dodoria broya le crâne du dernier survivant du clan vaincu, laissant la bouillie résultant de l'éclatement lui asperger le visage. En se redressant silencieusement, au milieu de ses frères et sœurs l'observant avec un subtil cocktail d'admiration et de répulsion, l'héritier de Dinarum leva les mains vers le ciel – laissant glisser d'entre ses doigts les morceaux de cervelle restés agglutinés – et écarquilla les yeux, avant de proclamer dans un éclat de rire terrifiant,

« SOIXANTE ! Voilà ma soixantième offrande, mon vieux Jagd ! Et putain que ça fait du bien de sentir ta bénédiction couler sur mon corps ! »

-A moins que ça ne soit juste le sang et les viscères de mes victimes qui me tiennent chaud !

Plus barbare et vorace que quiconque, le Briseur de Crâne s'attirait l'attention du peuple autant en mal qu'en bien. Jamais Durian n'avait connu un guerrier si cruel et redoutable. Lorsque certains voyaient en lui l'incarnation de Jagd, d'autres reconnaissaient l'incarnation d'un mal qu'il fallait à tout prix éradiquer.

Comme après chaque bataille, les guerriers quittèrent le champ de mars pour regagner leur camp en silence, Dodoria en tête, dévisagé par ses congénères comme s'il s'agissait du diable en personne. Le barbare n'ignorait pas ce mépris et cette haine viscérale de ses semblables à son égard. Mais il avait apprit à ne pas y prêter attention.

À leur retour au campement, les jeunes guerriers revenus de batailles se virent acclamés par les vieux, les femmes enceintes temporairement incapables de combattre, et les impotents restés sur place pour préparer en leur absence les festivités qui devaient célébrer leur victoire, ou leur rendre hommage le cas échéant.

Plus intéressés par la nourriture et le vin que par l'idée de festoyer avec ses semblables, Dodoria s'empara d'un cuisseau de viande cru qu'il commença à dévorer à pleine dents, et d'une jarre de vinasse dont il s'abreuva pour étancher une autre soif que celle du sang. Mais avant qu'il n'ait le temps de s'isoler, Olens, l'un des rares membres de la tribu à oser s'adresser à lui directement, l'interpella vivement. En réponse à la demande de Dodoria qui exigeait de connaître la raison de ce trouble à sa tranquillité bien méritée, Olens se contenta d'un signe de la main lui demandant de le suivre.

Jusque sous cette tente ou gisait le corps sans vie d'une vieille Durian-seijin emportée par l'âge à peine quelques heures plus tôt.

-J'ai essayé de la garder éveillée jusqu'à ton retour, mais...

-Laisse, ça fait rien. Aller fous le camp.

Exécution immédiate, le jeune guerrier du même âge que Dodoria, resté au camp pour protéger les faibles, quitta la tente funéraire pour laisser son frère faire son deuil. Le visage fermé, il observa quelques instants sa grand-mère qu'il voyait pour la première fois si sage.

Simplement quelques instants, avant d'arracher un nouveau morceau de son gigot, mâchant vulgairement et bruyamment devant sa défunte grand-mère. Avalant goulûment une généreuse gorgée de son pineau pour faire passer le tout. S'essuyant franchement la bouche en reniflant. Visiblement pas tant perturbé par les quelques miettes et gouttes semées sur le corps.

-Alors t'as quand même fini par crever vieille branche, hein ? Pas trop tôt.

Une troisième gorgée prise pour finir sa jarre, Dodoria la claqua contre la commode de bois se trouvant à sa droite. Mais non sans avoir préalablement rempli une coupe qu'il déposa à côté de la défunte.

-Comme ça y'aura plus personne pour me briser les noix ou me parler de mon vieux. Aller, à ta santé !

En écartant le rideau de la sortie Dodoria marqua un temps d'arrêt, comme retenu par quelque chose.

-Tss...fait chier. Dire que j'aurai même pas pu tenir ma promesse.

Ce soir là, comme chaque soir marquant la fin d'une bataille, le barbare s'isola pour se sustenter loin du monde. Une absence remarquée, mais loin d'être regrettée par ses semblables. Un soir comme n'importe quel autre. Rien n'avait changé.

De là ou il se trouvait, riant et festoyant avec le reste de la tribu, Olens chercha cependant dans la foule, quelqu'un ou quelque chose qu'il ne trouva pas. Comme une absence qu'il sembla regretter. Une absence, un regret, qu'il occulta bien vite lorsque l'heure arriva de conclure cette fête en brûlant leur mort. Trente-sept d'entre eux étaient tombés au combat. Trois corps purent être ramenés au campement. Quatre défunts furent brûlés.

Mais qu'importe. Ce soir là n'avait rien de bien particulier, finalement.

Et il se perdit bien vite dans l'oublie, tandis que neige et ensoleillement se succédèrent par dix fois, jusqu'à ce jour, qui marqua le vingt-cinquième cycle que Dodoria vécut sur Durian.

Désormais en âge de diriger son clan, Dodoria avait officiellement acquis son statut de chef. Depuis, le terrible clan du nord mené par le Briseur de Crânes faisait frémir bon nombre de Durian-seijins par delà les larges étendues de la belle planète rose.

Cela faisait ce jour, du moins de mémoire mais rien n'était sur, presque un cycle entier que Dodoria et ses hommes avaient entamé cette campagne. Immobilisés au cœur du blizzard ou ils durent dresser un campement de fortune pour y allumer quelques feux salvateurs, les barbares s'étaient attelés à la rude tâche de s'emparer des terres du sud, déjà convoitées par Dinarum plus de vingt cycles auparavant. Se réchauffant devant les flammes, le chef barbare reçut la compagnie d'un Durian-seijin de son âge environ. Un visage familier. Sans doute le seul visage qui semblait en le voyant exprimer autre chose que de la haine et de la peur.

-Dodoria-sama, je dois être franc avec vous, vos hommes n'ont plus le moral. Ils commencent à douter de leur chef. Cela fait des jours que nous n'avons pas mangé. Des semaines que nous n'avons pas combattu. Un guerrier Durian qui ne mange ni ne bataille n'a pas la motivation pour...

-C'est mort, hors de question. On rentrera pas tant que j'aurai pas pris la tête de ce con de Dulcis. C'est rentré dans ton petit crâne ou faut que je force l'entrée ?

-Vous savez bien que la cohésion n'est pas au mieux. Plusieurs membres du clan estiment qu'un...enfant illégitime ne devrait pas diriger le clan. Qu'il apporte la honte et le déshonneur sur nous. Tous ne reconnaissent pas votre légitimité. Mais si au moins vous pouviez accepter de...

Brutalement, Dodoria saisit le crâne de son interlocuteur à pleine main, le forçant à le regarder dans le fond des yeux. Ses yeux soudainement brûlant de colère.

-Si au moins quoi ? Qu'est-ce que j'en ai à foutre de ce qu'ils pensent ? Un bâtard comme moi n'est pas digne de les diriger ? Qu'ils osent me défier, je laisserai ma place à celui qui la mérite ! Et j'ai pas besoin d'une vieille relique pour mériter ma place !

« Alors prouve-le ! »

Émergeant d'un feu de camp voisin, la voix émanait d'un autre guerrier du clan. L'un des plus respectés, et loyal serviteur de Dinarum, à la musculature adaptée à sa taille plus importante encore que celle de son chef illégitime.

-Bats-toi contre moi, démon. Cela fait bien trop longtemps qu'on te laisse crier partout que tu es le chef du valeureux clan du nord. On t'a laissé en vie par respect pour la vieille Jensis, mais on aurait du te couper la tête bien plus tôt !

-Eh ! Montre un peu de respect à ton chef !

Ferme-là, Olens...

Dors et déjà debout, Dodoria surplombait son unique partisan qui aperçut alors sur son visage cette même fureur qui l'avait marqué à vie. Cette fureur qui transparaissait sur son visage si jeune alors qu'il réduisit la boîte crânienne de son propre père en morceaux. Cette fureur qui le fit reculer bien vite à l'instar des autres spectateurs formant autour des deux hommes une véritable arène humaine au milieu de ce blizzard.

-Toi aussi t'as un truc à prouver. Tu veux prouver que t'en as, hein ? Que t'as d'assez grosses couilles pour défier celui dont tout le monde à peur ? Quoi, t'es pas comme toutes ces lopettes ? Tu veux me faire croire que tu te pisses pas dessus quand tu croises mon regard ? Et ben vas-y, prend les à pleine main et montre les moi !

Fièrement, le barbare venu défier son chef ôta sa fourrure, prêt à lui faire face qu'importent les conditions.

-Dinarum-sama, je vais finir ce que vous n'avez pu accomplir.

🎼Le Briseur de Crânes🎼

D'une manière aussi puérile que virile, le chef barbare imita son adversaire, exposant lui aussi son torse et ses blessures de guerre. Les deux Durian-seijins entamèrent un balais animal, se tournant autour tels deux bêtes prêtes à se déchiqueter l'une l'autre, alors que l'excitation commençait à se faire sentir autour d'eux. Parmi ces spectateurs en effervescence, Olens, captivé par ce duel de regard primaire, remarqua néanmoins que pour la première fois depuis des jours, ses congénères semblaient faire preuve de motivation.

Une énergie dévouée au lanceur de ce défi acclamé par ses admirateurs, lui vouant un profond respect pour ses exploits sur le champ de bataille. Des faits d'armes remontant à l'époque de leur ancien leader, puis perpétués jusqu'à maintenant. Un féroce guerrier dont la réputation n'était plus à faire.

Ce même féroce guerrier qui chargea avec fureur sur son ennemi, déchaînant la neige autour de lui, vociférant tel un animal sauvage, faisant montre de toute sa puissance.

Déferla alors un véritable déluge de coups, tous portés au visage. Une série d'attaques rapides, lourdes et violentes que Dodoria ne put éviter. Son adversaire frappa, encore et encore, inlassablement, pendant plusieurs secondes qui semblèrent durer une éternité pour Olens, assistant à ce véritable carnage, au milieu de ces guerriers hurlant tant qu'on eut pût les croire fous.

Sous les poings de la bête, le visage ensanglanté et gonflé de Dodoria se dévoilait par intermittence. Un visage sobre. Jusqu'à cet instant.

Jusqu'à cet instant ou celui qui se laissait boxer sans broncher répliqua d'un simple et unique coup qui coucha son adversaire sur ce tapis blanc, déjà tâché de rouge par le sang de Dodoria, rejoint par celui d'un nouveau blessé. Peinant à se relever, sonné par un coup, un seul, le féroce guerrier avait perdu sa hargne, en même temps que le calme gagna de nouveau les rangs.

« C'est tout ? » cracha le chef barbare en même temps qu'il cracha son propre sang.

-Elles sont passées ou ? Ces énormes burnes dont tu semblais si fier ? Hein ?!

Alors qu'il était toujours à terre, l'homme se sentit soulever par une force colossale. Celle du bras de Dodoria qui lui sortit le nez de la neige, pour mieux l'y enfoncer de nouveau avec un nouveau coup en plein visage.

-C'est avec ça que t'es venu me défier ? Moi ? Dodoria le Briseur de Crânes ?!

Et un nouveau coup heurta le visage déjà déformé du grand barbare.

« Le démon de Durian ?! »

Puis un autre.

« L'incarnation du Dieu de la chasse ?! »

Puis un autre.

« L'enfant maudit par le destin ?! »

Puis un autre.

« Le bâtard de Dinarum ?! »

Puis encore un autre.

Pas un bruit ne se fit entendre. Ni même le moindre mot. Personne n'osa lui faire remarquer que celui contre qui il s'acharnait indéfiniment avait succombé dès le troisième coup. Ils ne pouvaient que le regarder, les traits du visage déformés par la rage, frapper encore. Et encore. Et encore.

Jusqu'à ce qu'en joignant les deux poings et en les abattant simultanément sur le visage méconnaissable du guerrier, Dodoria ne réduise en charpie le crâne de sa victime, qui en éclatant, colora la neige d'une magnifique teinte écarlate.

La face couverte de sang, le sien et celui de l'ennemi vaincu, Dodoria se redressa, au milieu de tous ces hommes lui offrant un silencieux respect.

-Voilà ce qui attend le prochain qui pensera pouvoir me défier parce qu'il ne me trouve pas « digne » ! Ce qui m'a permis de survivre jusqu'à maintenant, c'est pas d'être « digne » ! C'est ma force, elle et seulement elle. C'est la seule putain de chose qui compte ! C'est la seule chose qui décide de qui dirige, et de qui suit en fermant sa gueule !

Sans plus d'esclandres, Dodoria tourna les talons, laissant là le cadavre encore frais du guerrier dépossédé de sa tête, profitant du passage que lui offrirent ses hommes en s'écartant vivement à son approche pour regagner sa tente.

Ni le froid, ni la neige, ni la coupe de ce vent glacial, rien ne vint refroidir l'atmosphère. Pour encore un long moment, la cohorte de Durian-seijins demeura immobile, les rangs s'éclaircissant peu à peu. Toujours dans un silence absolu.

Curieusement ou non, un changement d'attitude notable se remarqua au sein du clan dès le jour suivant. Un changement peut-être trop subtil pour être visible par le premier venu. Mais que le plus concerné ne pouvait ignorer.

Toujours des regards, oui. Mais dont ne se dégageait plus cette sensation de mal être.

Toujours cette peur ambiante, il est vrai. Mais imbibée d'une étrange forme de respect.

Une distance notable entre lui et les autres, certes. Mais parfois un mot, un geste, ou rien qu'un salut.

Mais aussi et surtout, une cohésion réelle et certaine durant les batailles qui les opposèrent au clan du sud les semaines qui suivirent avec le départ des grandes glaces, et l'arrivée des bourgeons.

Puis des rires durant les banquets du soir, des félicitations pour ses prouesses, et même par la suite, des remerciements pour sa bravoure.

Les semaines filèrent, les mois passèrent, des cycles entiers mêmes. Jusqu'à la saison chaude du trentième cycle de Dodoria. Alors que le clan pénétrait au cœur des plaines du territoire de Dulcis, et établissait son dernier bivouac avant l'arrivée à son terme de cette longue campagne.

-Nous y sommes presque, Dodoria-sama. Le jour que vous attendiez tant.

-Hehe ! Celui ou j'aurai enfin la tête de cet enfoiré de Dulcis !

« Je peux vous poser une question ? », interrogea humblement le plus proche camarade du chef barbare, alors que les deux s'assirent autour de l'une des nombreuses marmites du campement, disséminées par dizaines un peu partout dans l'étendue verte et fleurie afin de satisfaire la faim des quelques cent-cinquante guerriers nordiques, avec pour réponse un hochement de tête d'acquiescement de Dodoria qui ingurgita un bol entier de bouillon.

-Pour quelle raison tenez-vous tant à prendre la tête de Dulcis ? Notre clan possède toutes les étendues du nord de Durian, ainsi qu'une vaste partie de l'est. Si ce n'est pas pour ses terres, alors pourquoi ?

La bouche essuyée d'un revers du bras, le barbare lui délivra cette énigmatique réponse, « Pour mon vieux ».

-Lui et Dulcis ont passé leur jeunesse à se foutre sur la gueule, enfin, d'après ce que m'a raconté la vieille branche. Ils ont jamais pu se saquer, et Dinarum, mon père, s'était juré de prendre sa tête un beau jour. Alors j'ai décidé de le faire à sa place.

« Qu'est-ce qui peut bien vous pousser à honorer la mémoire de votre ignoble père ? » demanda avec étonnement et bien trop d'honnêteté le barbare bien au fait de ce que son père avait tenté d'infliger à Dodoria.

« Arrête de causer comme ça, tu me rappelles la vieille ! »

-C'est flou, parfois je suis même plus sur que ces souvenirs sont vrais tellement ça fait une paye. Mais je me rappelle que mon vieux s'occupait de moi quand j'étais tout gosse. Il me parlait, il me portait, m'apprenait à marcher, à me servir de ce couteau qu'il m'avait fabriqué. Même si je sais bien ce qu'il a fait et ce qu'il pensait vraiment de moi...aussi loin que je me souvienne, c'est les seuls bons souvenirs qui me reviennent. C'était qu'un fumier de première et je suis pas mécontent de l'avoir zigouillé. Mais, je sais pas, je me dis que je lui dois au moins ça.

Ébahi par ce sentimentalisme débordant dont son chef n'avait pas vraiment l'habitude de s’épandre, Olens ne savait plus que dire. Une main compatissante lui aurait sans nul doute valut un séjour à l'infirmerie, mais l'intention y était certainement.

-Au final, je m'en carre complètement de votre loyauté, c'est bien pour ça que j'ai jamais voulu brandir l'épée de mon paternel. Aujourd'hui vous me respectez parce que vous avez pigé ou est votre place, rien de plus. Ça change que dalle. Nan, la seule chose qui m'importe, c'est de buter un à un tous ceux qui croiseront ma route, et de prouver que je suis le plus fort.

« Et c'est bien pour ça qu'on va aller se farcir Dulcis et sa bande d'amateurs, pas vrai les gars ?! »

Par cette simple déclaration, Dodoria enflamma ses troupes qui lui répondirent avec enthousiasme. Devant ce colosse de la nature, ce chef guerrier née, Olens pensa qu'il n'avait définitivement pas usurpé son titre. Il était bien l'élu, sinon l'incarnation du Dieu de la chasse en personne. Cet homme ne cherchait à accomplir ni le bien ni le mal. Il ne vivait que pour combattre, et honorer ses victimes dans le sang des combats.

🎼L'Immortel🎼

« Les discours de ton père me semblaient plus inspirés. »

Là haut, du sommet de la colline surplombant la plaine. C'est de là que venait de retentir avec écho la voix étouffée par l'âge, mais non moins charismatique du provocateur. Au bord de cette imposante butte, un vieux Durian-seijin au menton garni d'un bouc blanchâtre, précédé par une vaste horde de guerriers aux sourires larges, vêtu d'une étrange combinaison de fer bien différente des peaux de bêtes couvrant les corps de ses semblables.

-Alors c'est toi le rejeton de la Bête du Blizzard ? Dodoria, celui qu'on surnomme le Briseur de Crânes. Je te pensais plus grand.

-Et toi t'es bien Dulcis ? Pour un type qui se fait appeler « L'immortel » je t'imaginais moins décrépi, l'ancêtre.

-Le temps ne m'a pas épargné. Mais tu vas vite comprendre qu'il ne faut pas se fier à mon nombre de cycles.

Il eut été faux, en effet, de prétendre que Dulcis, la peau d'un rose bien pâle, ridée et rugueuse, et quelques piques en moins sur la tête, paraissait être au mieux de sa forme. Pour autant, le vieux Durian-seijin n'en était pas moins imposant. Plus grand encore ne l'était le massif Dinarum, plus costaud que le trapu Dodoria, et le regard toujours aussi déterminé que dans sa jeunesse. Dodoria comprenait enfin pourquoi son père ne l'avait jamais vaincu. Il réalisait aussi que les cycles passés l'avaient de loin renforcé et non affaibli, aujourd'hui plus redoutable que jamais, et accompagné d'un nombre de guerriers plus conséquent que les siens.

Difficile alors de comprendre pourquoi, face à cette situation au premier abord critique, Dodoria affichait cet horrible, cet effroyable, ce démoniaque sourire.

-Vous avez entendu ça les gars ?! Le vieux gâteux nous fait l'honneur de ses conseils ! Une idée de comment on pourrait le remercier ?

Nul réponse nécessaire. À l'intonation employée, tous comprirent le signal. Un à un, les guerriers prirent les armes. Épées, lances, haches, massues, l'arsenal nordique fait de pierre était amplement suffisant. Tous eurent même le temps de se mettre en position. Les deux chefs opposés par un conflit intergénérationnel s'observèrent quelques instants. Les deux sentaient brûler vivement en eux la flamme du combat. Mais un seul d'entre eux souriait à pleines dents.

Dès l'instant ou l'ordre de charger fut donné, déferla alors depuis les hauteurs une immense vague rosâtre, que les hommes de Dodoria s'apprêtaient à accueillir dignement. Bien entendu, Dulcis demeura immobile, assistant au spectacle offert par ses valeureux guerriers. Comme tout bon chef le ferait.

Quelle stupéfaction de voir alors un chef de clan se ruer au cœur de la bataille pour affronter lui même, qui plus est à mains nues, la nuée d'ennemis qui ne s'attendait pas à devoir affronter le leader adverse.

Stoppant l'élan de deux ennemis en les saisissant par la gorge au creux de chacun de ses bras en passant entre eux, Dodoria exécuta une simple rotation pour balancer ses deux projectiles improvisés vers Dulcis, qui les regarda fondre vers lui avec consternation et dédain, avant de les trancher en deux d'un revers de son imposante lame, observant le lanceur qui se trouvait en bas, au pied de la colline, parmi les guerriers qui s'affrontaient autour de lui.

Le chef du nord beugla « Ramène ton cul l'ancêtre ! », un ordre fort déplacé qui précéda un coup de coude violent dans le nez d'un ennemi qui tenta de le prendre à revers.

-Si tu me laisses m'amuser tout seul en bas, je vais rapidement casser tous mes jouets !

Constatant que lui et son ennemi juré ne partageaient pas la même définition du combat, Dodoria dut se résoudre à venir lui même à sa rencontre. D'un pas certain et assuré, il entama sa marche vers la colline, à travers le champ de mars. Soulevant par dessus sa tête l'écervelé qui lui fonça dessus de front pour l'envoyer voler derrière lui. Saisissant par la gorge le suivant afin de l'écraser contre le sol, trachée écrabouillée. Dégageant le prochain d'un revers du poing gauche dans le menton si tôt fêlé par la vélocité de l'impact. Puis un face à face trop littéral, tête contre tête, claquées l'une contre l'autre si puissamment que l'autre ne se relèverait pas. Et qu'importe le fin filet de sang qui coulait de son front à peine ébréché, rien n'effacerait ce sourire d'excitation.

Devant l'avancée du chef ennemi, l'un des hommes de Dulcis se débarrassa à la hâte du guerrier avec lequel il luttait afin de projeter sa lance vers la menace. Menace qui ne daigna pas regarder dans direction ni même stopper sa progression. Ce n'est qu'à l'instant ou le vent siffla dans son oreille, annonça la venue du projectile aiguisé, que Dodoria tourna sur lui même pour s'emparer de la lance et la rendre à l'envoyeur, pourfendu par son propre javelot.

Rien ne semblait pouvoir mettre un terme à la marche du barbare nordique. Ni celui qui, en essayant de lui barrer la route, se fit trancher la gorge par les épines du bras de Dodoria. Ni celui contre qui il retourna son énorme hache pour lui fendre les deux tibias avant de profiter de son agenouillement pour lui fendre le crâne avec.

Ni même les quatre guerriers téméraires qui pensèrent pouvoir le stopper en l'écrasant de leur mêlée, et se virent soudain brûlés vifs par la déferlante d'énergie que le fils de Dinarum laissa exploser autour de lui en grognant tel un ogre affamé toutes griffes et crocs dehors.

-Toujours pas décidé à descendre ?

Trop captivé par les exploits du Briseur de Crânes, Dulcis ne réalisa que tardivement que la quasi totalité de ses hommes avaient été vaincus. Nombreux parmi eux avaient perdus la vie en se jetant à corps perdu contre le démon de Durian. Mais indéniablement, les forces du clan du nord avaient fait montre d'une férocité à toute épreuve, suffisamment ardente pour submerger les rangs pourtant en supériorité numérique de Dulcis qui déploraient bien plus de victimes que leurs envahisseurs.

Trop déconfit par la défaite qu'il voyait poindre pour s'apercevoir de l'immense bond que venait d'effectuer le fils de son ennemi d'antan pour le rejoindre au sommet de son monticule, fendant la terre et soulevant l'herbe sous ses pieds en atterrissant derrière lui. Enfin, les deux chefs se firent face.

-Alors c'est moi qui te rejoins là haut, du con.

Tandis qu'en bas, les affrontements semblaient arriver à leur terme, la vingtaine de survivants nordiques achevant les quelques derniers opposants, le véritable combat s'apprêtait enfin à débuter, devant les fidèles guerriers restant, prêts à admirer et soutenir leur chef.

-Je reconnais bien là le fils du Blizzard. Ton père était tout aussi audacieux. Mais sa force n'était en rien comparable à la tienne. Ni même celle de tes hommes que tu as su pousser à se dépasser. Dinarum serait sûrement fier de toi.

-Héhé, dis pas de conneries, mon paternel supportait pas l'idée que je puisse être meilleur que lui. Tout ça, cette bataille, ce combat, c'est pour lui que je le fais. C'est le bras d'honneur que je lui devais, et j'espère qu'il le verra d’où il est !

Avec hargne, Dodoria se rua sur le rival de son père pour en finir. En finir avec ce combat qu'il avait entamé depuis plus de vingt cycles. Combat qu'il attendait depuis son départ pour le sud il y avait cinq cycles de cela. Combat qui marquerait pour lui ses ultimes adieux au fantôme de son père qui le hantait encore aujourd'hui, et planait au dessus de lui en permanence.

Mais cette hargne et cette détermination s'avérèrent insuffisants pour faire vaciller le Durian en armure, qui parvint à bloquer la ruée de Dodoria en l'agrippant au épaules. Pour la première fois de sa vie, celui-ci ressentit une force capable de surmonter la sienne. Un sentiment aussi déplaisant qu'enivrant dont il se servit pour repousser ses limites, en même temps que Dulcis qui se voyait reculer à vue d’œil, alors que les pieds de Dodoria s'enfonçaient dans la terre sous la pression de chaque pas.

Quand finalement ce duel de force s'acheva, et que les deux hommes dégagèrent leur bras de leur prise, chacun fit parler ses poings, avec la surprise de constater que l'autre avait la faculté de répondre. Mais les phalanges endolories de Dodoria lui signalaient que ses craintes étaient fondées.

L'épaisse tunique de métal que portait Dulcis – outre le fait qu'elle lui donnait cet air prétentieux qu'il lui prêtait en songe lorsqu'il rêvait de la manière dont il l'étriperait – le protégeait trop bien des chocs. Tant et si bien qu'un seul d'entre eux souffrait ce combat. Le visage et le corps couverts de bleus par les poings de Dulcis, et les poings couverts de sang à cause de ses propres coups.

De là ou ils hurlaient leurs encouragements, les guerriers et guerrières du nord étaient incapables de voir le déséquilibre qui rythmait l'affrontement. Ils ne pouvaient que voir la hardiesse sans failles de leur chef qui ne laissait pas un centimètre de terrain à son ennemi.

Celui-là même qui commençait étrangement à ressentir la douleur, alors que les frappes de plus en plus violentes de Dodoria avaient fini par cabosser son plastron. Comme recours à ce retournement de situation, Dulcis dégaina son épée pour forcer Dodoria à reculer, et fit de même afin d'établir une distance de sécurité entre eux.

Tout deux à bout de souffle, ils savaient pourtant que ce bref échange ne faisait office que de salutations.

-T'as de la ressource pour un vioc, avec ta dégaine de macchabée tu payes pourtant pas de mine !

-Je vois que moi non plus, je n'aurai pas du te sous-estimer simplement parce que tu es un bâtard.

🎼Le Clan du Nord🎼

Qu'est-ce que ça peut te foutre que ce soit un bâtard ?!

La seule chose qui compte c'est la force !


Même s'il doit crever, Dodoria-sama va t'exploser la gueule !


Venant d'en bas, les quelques voix qui poussèrent ces cris d'encouragement intriguèrent Dulcis qui ne pensait pas son adversaire si populaire auprès de ses troupes. Un étonnement partagé par l'intéressé, dont le sourire sadique ne fit que s'élargir alors que son arcade sourcilière fendue déversait son sang jusque sur ses dents.

-Tu les entends, Dulcis ? Elle est là, la force du Nord ! Celle que m'a inculqué une certaine vieille bique insupportable ! Un Durian née pour combattre, un Durian vit par sa force, et quand le jour viendra, aucun de nous ne versera de larmes, parce qu'un Durian meurt pour la gloire ! Et ça, un vieux trouduc qui se cache derrière ses hommes et se protège avec une armure est pas capable de le comprendre !

Alors qu'il se jeta une fois de plus comme un sourd sur le chef du clan du sud dont les yeux restèrent ébahis devant une telle folie, ce dernier s'apprêta à l'accueillir avec le tranchant de son épée d'acier.

-Vous les nordiques, vous êtes toujours aussi primitifs ! Vous et votre cervelle ramollie !

À bout portant, Dodoria se jeta vers le sol pour esquiver de justesse la lame de Dulcis, qui frôla les cornes ornant son crâne, puis usa de cette force qu'il était l'un des rares à avoir en lui pour se propulser avec la main droite qui libéra cette étrange énergie invisible vers le sol, brisant ainsi dans son ascension soudaine l'épée et la mâchoire de Dulcis, en lui répondant avec une entière honnêteté, haut et fort, fièrement et sans complexe,

« Évidemment qu'on l'est ! »

Décollé du sol par l'impact, Dulcis sentit ses pieds quitter la terre ferme, alors qu'il commença à chuter du haut de cette colline pour rejoindre le plancher des vaches qui se trouvait plus bas dans un effroyable fracas.

D'un plongeon, les pieds les premiers, Dodoria regagna lui aussi la plaine, ou il trouva seulement un monticule de gravas sous lesquels s'était enterré Dulcis en tombant, tandis que ses hommes s'agglutinaient autour d'eux pour assister à la conclusion de ce combat.

Une vocifération plus tard, le chef du clan du Sud se libéra de son cercueil de pierre, libérant brièvement autour de lui cette même énergie à laquelle il semblait également pouvoir faire appel, dégageant de son espace les gêneurs se trouvant trop près à son goût, ainsi que son armure qui éclata bruyamment, laissant les fragments de métal ricocher en même temps que les cailloux projetés dans la fumée que souleva son énergie.

-J'ai acquis ce surnom d'Immortel après avoir remporté un nombre incalculable de batailles grâce auxquelles j'ai conquis l'entièreté du Sud de Durian sans avoir par ne serait-ce qu'une fois fini grièvement blessé ! J'ai inlassablement repoussé les assauts de Dinarum, la Bête du Blizzard, à ce jour je reste parfaitement invaincu ! Et tu crois qu'un gringalet comme toi, un bâtard, a une chance de s'opposer à moi ?!

Tout en essayant de remettre sa mâchoire ensanglantée en place, le Durian barbu proclama solennellement que lui, le grand Dulcis, se baignerait dans le sang et la tripaille de ses ennemis une fois la victoire acquise. Amusé par la répartie de son aîné, Dodoria ne put s'empêcher d'émettre un rire succinct tout en se tapotant le dessus du crâne.

Poussé à bout par l'attitude révoltante du barbare, le vieux guerrier se frappa le torse à trois reprises avec la main gauche tel un primate fulminant, et s'élança une ultime fois en hurlant vers Dodoria, qui l'accueillit avec le plus large sourire qu'il lui était possible de livrer.

D'un habile pas de côté, Dodoria évita le premier coup en déviant le poing de Dulcis avec le plat de son bras droit. Après avoir parcouru quelques mètres, emporté par son élan, le vieux guerrier dérapa sur le sol afin d'effectuer un demi-tour rapide sur ses quatre pattes, et se rua ainsi comme un animal sur son adversaire, qui le retint avec son avant bras pour l'empêcher de l'atteindre, et l'emporta contre un rocher qui se brisa sous le poids de Dulcis. Sonné, ce dernier se releva néanmoins bien vite, secouant vivement la tête pour se remettre du choc et attaquer de plus bel.

Le coup suivant, Dodoria le reçut bel et bien, en plein visage et de plein fouet. Une frappe violente qui ne l'empêcha pourtant pas de répliquer, et d'envoyer le sien dans l'abdomen de Dulcis alors même que son poing se trouvait toujours enfoncé contre sa joue. À terre, celui-ci aperçut en l'air le chef du Nord qui bondissait sur sa proie en grognant sauvagement, le poing armé.

S'il parvint à se protéger de cette droite descendante, la puissance de ce Dodoria qui avait fondu sur lui depuis les airs l'enfonça dans la terre et la roche composant le sol, brisé sous l'impact. Indemne, le barbu profita de leur proximité pour saisir Dodoria à bras le corps et l'emporter dans ce saut qui lui servit à s'extirper de son trou, afin de le plaquer contre le sol. Désormais en position de domination, Dulcis tenta d'asséner un puissant coup du gauche au visage de son ennemi, qui bien qu'en situation de faiblesse, ainsi maintenu à terre, ne se dégonfla pas un instant, et envoya son front contre celui de Dulcis. Un coup de boule violent qui le repoussa, permettant à Dodoria de se libérer et se lever à son tour.

Le front ouvert, Dulcis beugla aussi férocement qu'une bête enragée, et se rua à nouveau sur le responsable de son courroux, qui ne s'attendit pas à le voir se jeter à ses pieds pour mieux lui saisir la cheville, et le soulever par une force titanesque afin de le balancer contre le même rocher qui l'avait lui même accueilli plus tôt, poursuivant cette contre-attaque par un terrible coup du coude qui démolit littéralement le tas de roche se trouvant sous Dodoria. Voyant la fureur de son vieil adversaire devenir une menace, le barbare nordique, toujours à terre, saisit les poignets de l'Immortel afin de l'empêcher de frapper à nouveau.

Un simple premier pas pour mieux ensuite le saisir à la gorge par le bras et effectuer une prise de soumission par étranglement. Étouffant et postillonnant de manière abondante, Dulcis ne parvenait pas à se défaire de cette entrave malgré toute la force qu'il y mettait. Mais c'est alors qu'il se sentait perdre connaissance que la pression exercée diminuer. Un faux espoir bien vite gâché par l'énorme main de Dodoria qui lui attrapa le crâne et le comprima.

En se relevant, le chef du Nord souleva Dulcis par la tête, le regardant reprendre péniblement son souffle.

« On dirait que tu commences à comprendre, l'ancêtre » suggéra le vainqueur de ce duel avant d'approcher dangereusement son visage du sien en souriant narquoisement.

-On en a rien à foutre de tes vieilles histoires de batailles et de conquêtes ! Y'a plus de Nord ni de Sud qui tienne, Durian toute entière m'appartient, tu piges ? À moi, Dodoria-sama !

Amorçant son lancé avec un mouvement de recul, Dodoria s'assura de mettre suffisamment de force dans son lancé pour que son adversaire ne se relève pas, et l'envoya s'écraser contre la colline d’où il se tenait présomptueusement tantôt.

Acclamé par ses hommes, Dodoria essuya le sang qui couvrait son visage – ne faisant en réalité que l'étaler davantage – et rejoignit sa troupe qui regardait le chef vaincu en riant.

-Olens ! File la moi.

-« La » ? Vous voulez dire...

-Maintenant que j'ai accompli ce que je voulais en me servant seulement de ma propre force, je peux m'en servir sans avoir l'impression de tout devoir à mon enfoiré de paternel.

Joyeusement, le camarade de Dodoria, qui en oublia la douleur de la plaie qui marquait son visage, s'empressa d'aller « la » chercher dans la tente du chef de guerre qui l'attendait en gardant Dulcis en vue. Bien vite, Olens revint avec elle, et la tendit à son chef qui la saisit par le manche, et ôta les bandages qui en couvraient l'épaisse et difforme lame de pierre aux courbes inconstantes et presque surnaturelles.

-Oxleyanus, l'épée que Jagd a utilisé pour chasser les cent bêtes les plus effroyables de Durian, et qu'il a transmise à notre clan pour le récompenser du sang qu'il avait versé. J'ai attendu si longtemps de vous voir la brandir, comme votre père la brandissait autrefois quand j'étais encore enfant.

-Je m'étais juré de pas m'en servir avant de buter Dulcis. Je voulais que le premier sang que je verse avec cette épée soit celui de cette tête de con. Il est temps de faire honneur au Dieu de la chasse comme il se doit !

Orgueilleusement, Dodoria approcha de quelques pas la colline sur laquelle était encastré Dulcis, pavanant avec l'arme qu'il avait toujours rêvé de brandir. Une fois rapproché à une dizaine de mètres de sa cible, distance que ses hommes trouvèrent bien inadaptée pour trancher la tête du chef ennemi vaincu, il s'immobilisa un instant, posant fermement son pied contre le sol d’où se dégagea un fin nuage de poussière sous son poids, et porta à deux mains la massive épée qu'il tenait devant lui.

-Regarde moi bien P'pa. Aujourd'hui, avec ton épée, je vais faire ce que t'as jamais été foutu d'accomplir de ton vivant.

Oxleyanus levée au dessus de sa tête, Dodoria chercha le regard de Dulcis, qui même proche de l'inconscience, soutint le regard de son bourreau jusqu'au bout.

-À partir d'aujourd'hui, tout Durian tremblera rien qu'en entendant mon nom ! Celui d'un bâtard choisi par les Dieux pour faire couler le sang !

D'un geste lourd et incisif, porté par une puissance démesurément grande, le barbare abattit l'épée légendaire vers la colline. Un coup si puissant qu'il souleva pierre et poussière sur son chemin menant à sa cible qui se trouva tranchée en son milieu. Une coupe dévastatrice qui trancha la roche d'une manière impropre. Mais qui surtout, en guise de sacrifice à Jagd, arrivant par le haut, frappa le crâne de Dulcis qui n'eut pas même le temps de le sentir éclater avant que le reste de son corps ne finisse tranché comme le reste, sous les yeux des guerriers du Nord en pleine effervescence, hurlant à la gloire de celui qui annonça son nom si fort qu'il l'espéra atteindre les sphères divines,

Dodoria le Briseur de Crânes !


Un nom qui résonna dans les contrées et dans l'histoire de Durian, dans les esprits et les cauchemars de chacun des guerriers qui croisèrent sa route. Qui résonna jusque dans les cieux fuchsia de la belle planète. Mais sans doute pas assez haut pour être entendu par les passagers de cet immense vaisseau qui approcha du secteur de Durian quelques mois après cette bataille homérique.



« Planète 7B 8556, secteur G-5. Nom, Durian. Nous entamerons la descente d'ici quelques heures. Prévenez le Général de notre arrivée. »

« Ce ne sera pas nécessaire. »

Arrivé à l'instant dans l'enceinte de la cabine de pilotage par les portes automatiques, comme répondant instinctivement à l'appel du pilote vert de peau au long crâne tacheté de rouge, l'élégant Général en armure décorée, pourvu d'une longue cape blanche, tirant ses gants de la même couleur, fut accueillit par un salut militaire simultané et coordonné de toute l'équipe.

-Juste à temps mon Général. Début de l'invasion programmé à onze heure zéro zéro. Débarquement prévu au pôle nord de la planète. Élimination de la population recommandée. Application du programme « Élite » envisageable.

Agacé par le ton particulièrement protocolaire du soldat, le Général capé aux yeux orangés se contenta de passer à côté de son siège en lui tapotant l'épaule en guise de réponse, et s'approcha du hublot sur la surface duquel il posa la main pour admirer la surface rosée de la planète que lui et ses hommes s'apprêtaient à envahir.

-Durian...je doute que nous trouvions un individu digne d'intérêt pour notre armée sur une planète aussi primitive. Tâchons d'écraser toute résistance au plus vite pour s'assurer qu'ils se rendent avant d'être entièrement éradiqués.

D'un geste de la main, le Général à la peau mauve dont les joues étaient agrémentées d'une petite antenne lança sa cape vers l'arrière en se retournant pour quitter la pièce, adressant ses dernières instructions en se dirigeant vers la porte de sortie qui se referma ensuite.

-Préparez ma navette et rassemblez nos hommes. Nous partons pour Durian sur le champ.

Exécution.
« Un Général...ne doit jamais faillir à son devoir »

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(Portrait de Danmarine par Kouki)
Dragon Ball Extended Universe : Les Chroniques d'une Guerre
(statut : en cours ; 31 chapitres publiés ; chapitre 32 en cours d'écriture)
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