L'Œil qui ne pouvait pleurer

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L'Œil qui ne pouvait pleurer

Messagepar Imate le Ven Juil 13, 2018 15:24

Synopsis : Presque une année entière s'est écoulée depuis la clôture du vingt-troisième Tenka Ichi Budōkai. Chacun des participants à ce tournoi homérique s'en était retourné à son paisible quotidien. Mais depuis quelques temps, l'un d'eux se retrouve hanté par un passé dont il n'a pas souvenance. Déterminé à obtenir les réponses qui permettront d'éclaircir ce mystère, il s’enquiert alors de partir à la recherche de ses origines.

L'Œil qui ne pouvait pleurer


Grand-père ! C'est quoi ce qui brille là haut ?

Au sommet d'une montagne porteuse d'une végétation dense et luxuriante, culminant à une hauteur telle qu'on la disait le point le plus proche des étoiles, un village avait été bâti autour d'une source d'eau cristalline, portant en son centre un petit îlot isolé, pourvu d'un immense et massif cerisier millénaire aux pétales roses phosphorescents, illuminant la nuit d'un éclat plus pur encore que celui de la pleine lune se reflétant sur le lac.

Devant cette étendue d'eau sur laquelle naviguaient au rythme des tambours et des feux d'artifice plusieurs navires transportant sur leur pont de jeunes cerisiers de taille plus réduite que leur aîné, un vielle homme observait la voûte céleste accompagné d'un garçon en bas âge, le crâne pourtant déjà lisse, tout deux pieds nus, la plante caressée par le colza qui recouvrait abondement le sol.

C'est le monde d’où nous venons. Toi, tes parents, moi, et chacun de nos ancêtres arrivés ici avant nous. Nous seuls sommes capables d'admirer encore son éclat aujourd'hui. Certains l'appellent l’œil céleste.

Au milieu de la myriade d'étoiles visibles en cette nuit dégagée, un éclat se distinguait des autres. Arborant la même couleur que celle des cerisiers flottant sur l'eau, et entouré d'un halo à nul autre pareil. Un corps céleste, semblable à un œil, rendant son regard au jeune garçon doté d'un troisième œil qui l'observait ici bas.

C'est là que mère et père sont retournés ?

C'est exact. C'est là que nous autres, Mittsume-jin, retournons lorsque notre troisième œil se ferme.

«Le troisième œil d'un Mittsume-jin, jamais ne dors, jamais ne pleure, jamais ne se clos, jusqu'au jour ou il rejoindra ses frères, aux côtés desquels il surveillera ses fils depuis le ciel.»

C'est pourquoi tu ne seras jamais seul. Ne l'oublie pas, TenShinHan.


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Livre premier : Huíyì

Soudain rappelé à l’éveil au beau milieu de la nuit, la chétif poupée de cire – dont les yeux perdaient lentement l'éclat d'émeraude dont ils s'étaient éclairés un instant au sortir de leur sommeil – s'éleva hors de son lit par la lévitation.

Dans la couchette se trouvant dans la pièce voisine, une jeune femme dormait seule, abandonnée par son amant qui s'était éclipsé depuis déjà plusieurs minutes, laissant la belle endormie aux cheveux bleutés blottie dans les bras de Morphée à défaut des siens.

Seul son perturbant le calme de la nuit, un écoulement d'eau provenant de la salle de bain, ou l'homme à trois yeux s'était rendu en urgence pour se rafraîchir le visage, qu'il arrosait encore abondamment des deux mains, lorsque le petit être flottant entra lui aussi dans la pièce.

-J'ai encore fait ce rêve, Ten san. Ton rêve. Qui est cet homme que tu vois toutes les nuits ?

Le visage couvert d'eau, s'écoulant sur sa surface pour remplacer les flots de sueur qui le parcouraient à son réveil, le grand chauve au corps athlétique ferma le robinet et s'observa dans le miroir, qui reflétait également l'image du visage inquiet de Chaozu se trouvant derrière lui, en plus de son propre visage épuisé aux yeux cernés.

-Je n'en sais rien. Je n'ai aucun souvenir de mon enfance, tu le sais bien. Pourtant, ce vieillard me semble si...familier. J'ai l'impression de me souvenir de son visage si doux. Alors que quand je me regarde dans la glace, depuis toujours, c'est comme si...je regardais un inconnu.

-Qu'est-ce que tu comptes faire, Ten san ?

-Toute ma vie, je ne me suis toujours consacré qu'aux arts martiaux. J'ai toujours privilégié l'entraînement. C'est le seul domaine ou je me suis toujours senti en accord avec moi même. Pour une fois...j'aimerai savoir qui je suis en dehors d'un combattant.

C'est ainsi, en quête de se connaître par un autre prisme que celui de la force, que TenShinHan partit à la découverte de ses origines. Il avait quitté cette maison dans laquelle il avait vécu quelques semaines, en compagnie de cette femme qu'il obsédait, et qu'il avait fini par porter lui aussi dans son cœur, quoi que d'un amour bien moins passionnel, au moins pour quelques temps. Il l'avait quitté en pleine nuit, sans aucun bruit, afin de ne pas la réveiller.

Peu d'affaires lui appartenaient de toute façon, il ne lui fallut que peu de temps pour les réunir, et disparaître dans la nuit après avoir laissé sur son oreiller un mot fraîchement rédigé au pinceau sur un parchemin, davantage pour s'excuser que pour s'expliquer.

Un mot que la jeune femme, devenue blonde au petit matin, avait peiné à lire jusqu'au bout, tant l'encre fut vite altérée par ses larmes se déversant abondement sur le papier. Des larmes d'autant plus lourdes que la jeune femme au naturel violent n'avait pas pour habitude d'en verser.

Déjà bien loin du foyer ou il l'avait laissé, le responsable de ces larmes, en compagnie de son éternel petit acolyte aux joues rouges, traversait forêts sauvages, rivières agitées, et immenses étendues vertes aux herbes si hautes qu'il était difficile d'y évoluer à pied.

Il y avait bien longtemps que les deux amis n'avaient pas ainsi voyagé, leur procurant un sentiment de nostalgie encore renforcé par les tenues qu'ils portaient, ainsi que leurs chapeaux de bambou traditionnels, dans lesquels ils n'avaient plus l'habitude de se voir.

Soleil et lune se succédaient tour à tour à mesure que les deux hommes en quête de vérité progressaient dans leur périple. Et chaque fois que la froideur de la nuit prenait la place de la chaleur du jour, et que l'éveil laissait la sienne au sommeil, TenShinHan le revoyait. Ce vieille homme si familier, si chaleureux, qu'il appelait «grand-père» en songe, mais dont il ne se souvenait pas le moins du monde.

Grand-père, pourquoi mes parents ont rejoint l’œil céleste ?

À l'intérieur d'un temple naturel, lieu sacré fondé au cœur d'une grotte aux parois parcourues de lierre et au sol couvert des mêmes fleurs dorées que dans le reste du village, le jeune garçon et son grand-père étaient tout deux agenouillés face à une imposante stèle, survolés par des dizaines de lucioles diffusant une douce lueur fuchsia. Sa prière achevée, le vielle homme alluma un bâton d'encens avant de répondre à la question de son curieux petit fils.

-Tes parents étaient de valeureux guerriers. Ils ont combattu des années durant pour garantir la protection de notre village, et protéger les secrets de notre clan. Autrefois, notre peuple était grand et prospère. Mais nombreux sont les notre à être tombé lors de la grande guerre contre les armées du roi démon il y a de cela plus de deux siècles. Alors, afin de maintenir la paix, notre peuple affaibli doit compter sur les rares combattants qu'il engendre. Tes parents en faisaient partis.

-Alors, ils ont fermé leur troisième œil en nous protégeant ?

Soudain peiné de devoir se remémorer la souffrance de voir partir son fils et sa belle-fille avant lui, le vieillard se leva à l'aide de sa canne, et appuyé par le jeune garçon, trop spirituellement troublé pour poursuivre ses prières.

-Hélas, ils n'ont pas eu cet honneur. Alors qu'ils s'étaient rendus au royaume voisin pour une importante tâche, tes parents ont été lâchement...

«Assassinés»

Ce mot résonnait encore dans son esprit confus lorsque TenShinHan se réveilla en sursaut, paniqué et aussi abasourdi que ce jeune garçon l'avait été dans son rêve, avant de réaliser ou il se trouvait vraiment. Allongé près du feu de camp que lui et Chaozu avaient allumé pour passer la nuit et prendre un repos bien mérité.

Mais combien de temps s'était-il écoulé depuis la dernière nuit véritablement réparatrice qu'il avait passé, lui qui ne pouvait littéralement jamais vraiment fermer l’œil ?

* * *

Treize jours s'étaient écoulés depuis l'entame de leur périple. Arrivés à une petite ville portuaire très humble d'apparence, laissant penser que ses habitants ne vivaient que de la pêche, les deux voyageurs ne prenaient que le temps d'une courte escale afin de se restaurer et de trouver un moyen de transport maritime.

Alors que TenShinHan parcourait les quais couverts d'une fine brume à la recherche d'un navire disponible, son petit compère s'était laissé tenter par les appels répétés et le discours convaincant d'un marchand, habitué à trouver les mots justes pour faire frémir l'estomac des passants. Une fois son anguille choisie et sortie de son baquet d'eau à l'aide de ses pouvoirs psychiques – ce qui ne manqua pas de faire sursauter le vendeur qui resta malgré tout professionnel devant le client – Chaozu observa patiemment la préparation de son festin, cuisant lentement au feu de bois devant ses yeux émerveillés.

-Et voilà pour vous, deux portions de notre célèbre Kabayaki ! Régalez vous et n'hésitez pas à revenir !

Rappelé à l'ordre par son compagnon alors qu'il salivait devant le met tant attendu, Chaozu s'empressa de payer le vendeur, et s'éloigna de l'échoppe pour le rejoindre sur les quais, son Kabayaki enfourné tout entier dans la bouche.

-Le propriétaire de cette embarcation accepte de nous emmener à condition qu'on le protège durant la traversée. D'après lui, un Kaijū rôderait dans les parages. Que ce soit vrai ou non, ça ne devrait nous poser aucun problème.

-Dîtes, les coordonnées de votre destination, c'est bien NBI 8250012 B ? Vous êtes certain que c'est bien ça ? Il n'y a rien là bas, c'est au beau milieu de l'océan !

-Ne vous en faites pas, emmenez nous simplement là bas.

Les préparatifs achevés, le marin pourvu d'une barbiche et au front cerclé d'une cordelette blanche typique des pêcheurs de la région, ainsi que ses deux gardes-du-corps, prirent la mer dans la direction indiquée par le plus grand des deux, le visage dissimulé sous son sugegasa fait de bambou, tandis que Chaozu avait ôté le sien, accroché à son cou par une cordelette, le laissant pendre dans son dos.

La jonque aux voiles immaculées se laissait pratiquement porter par le doux zéphyr soufflant paisiblement sur la mer, légèrement guidé par son capitaine, étonnamment capable d'évoluer sans mal dans la nébuleuse maritime à travers laquelle même le troisième œil de TenShinHan ne pouvait voir.

La brise, le bruit des vagues venant caresser délicatement la coque, le chant des guillemots volant au dessus de la brume et quittant le pays en cette saison de mousson à la recherche d'étendues plus chaleureuses, Chaozu s'amusant à essayer d'attraper les poissons volant passant à tribord de la jonque. Il ne s'était jamais imaginé à quel point l'atmosphère maritime pouvait être relaxant.

Et alors qu'il profitait du son mélodieux que produisait cet orchestre symphonique tenue par mère nature, le jeune homme, assis contre le mat, se surprit à somnoler.

Un sommeil étrangement apaisant, avec le néant pour seule toile de fond. Un vide, insondable, et reposant.

Des ténèbres qui peu à peu se virent remplies d'une pléiade de lucioles dont il reconnaissait la couleur presque rosée, voletant tout autour de lui, s'éparpillant de plus en plus à mesure qu'il rajeunissait.

Comme plongé dans un état de sérénité absolue à l'intérieur de son propre rêve, le garçon admirait ces lumières qui en se regroupant et en flottant de manière si harmonieuse, saccadée, et synchronisée, semblaient danser le Buyō autour de lui.

Avant qu'elles ne changent de couleur, virant du fuchsia à un orangé presque rouge, et ne s'agitent violemment dans un inquiétant tourbillon qui éclaircit alors l'obscurité dans laquelle il était plongé, révélant un village en proie aux flammes, au cœur duquel avaient lieu de sanglants combats.

Apeuré, souhaitant autant rester pour les siens que fuir pour sa vie, le jeune Mittsume-jin était paralysé face à cet horrifiant spectacle.

Par ces flammes dévorant son foyer. Par ces cendres salissant son héritage. Par cette fumée noire dans laquelle il suffoquait.

Par ce sang coulant à flot, et remplaçant l'éclat doré du colza qui décorait sa terre natale par un teint pourpre oppressant.

Au milieu du chaos, il l'entendait pourtant, hurler son nom à gorge déployée, prier, supplier les Dieux pour qu'il ne lui soit pas enlevé. Son grand-père, traversant l'enfer qu'était devenu son havre de paix tant chéri par ses ancêtres, avançant inlassablement entre les corps et les brasiers pour retrouver l'être qui comptait le plus pour lui.

Mais TenShinHan était incapable de le rejoindre, retenu par une force inconnue qui l'attirait vers elle, qui l'extirpait de son foyer, qui l'enlevait à sa famille sans qu'il ne puisse lutter. La gorge nouée, il était incapable de répondre aux supplications de son grand-père dont il s'éloignait lentement, alors que sa voix l'atteignait encore.

Criant, criant son nom, l'implorant d'être encore en vie.

Le suppliant de se réveiller.

Ten san !

Rappelé à la réalité, le jeune champion d'arts martiaux se réveilla dans la panique. Alors qu'un violent torrent frappait le bateau, empêchant son capitaine de le manœuvrer, Chaozu avait les yeux rivés sur la chose qui arrivait au loin. TenShinHan se précipita à bâbord, d’où il put voir, au loin, l'incroyable déferlement d'eau qui fonçait droit sur eux sans s'arrêter, et masquait la créature responsable d'une telle agitation.

-Est-ce que c'est...

«Le Kaijū !»

, répondit le marin en proie à la terreur, tandis que le visage de Chaozu plus blanc encore qu'à l'accoutumée suggérait qu'il se trouvait dans le même état d'effroi, si tant est que ses yeux livides et blafards n'étaient pas déjà une indication suffisante.

Voyant bien qu'il était le seul capable d'agir, TenShinHan s'empressa de jeter le haut de sa tenue ainsi que son chapeau au capitaine qui en aurait sans doute trébuché s'il n'avait pas eu le pied marin, et monta sur la rambarde qui entourait le pont, faisant seul face à la mer, et au monstre qui se précipitait dangereusement sur eux.

Une profonde inspiration effectuée – gonflant son torse d'air et de courage – et les jambes arquées prêtes à résister au moindre choc de quelque envergure que ce soit, il attendit le bon moment. Le dernier moment. Cet instant ou tout se jouerait, ou aucune seconde chance ne serait permise. Cet instant ou l'enjeu oblige un homme à se surpasser.

Et d'une rage insondable qui tétanisa le capitaine de la jonque, TenShinHan poussa un Kiaï effroyable qui fit trembler l'eau, l'air, et probablement les cieux eux mêmes. Un cri tel qu'il sembla stopper un court instant la course du temps, en même temps qu'il stoppa celle du Kaijū, forcé de s'arrêter net malgré son impressionnante vitesse, une seconde à peine avant l'impacte avec le frêle voilier.

Un arrêt si brusque qu'il projeta une immense vague qui menaçait de se déverser sur le navire et ses passagers. Un flot ravageur que le vainqueur de la bête s'apprêtait à recevoir de plein fouet sans broncher, lorsque l'eau elle aussi s'arrêta avant de submerger l'embarcation, maintenue en l'air et fractionnée en des centaines de petites bulles, formant une écume flottant dans l'atmosphère tout autour d'eux.

-Excellent réflexe, Chaozu.

-Je ne sais pas qui vous êtes tous les deux, mais ce qu'il vient de se passer à l'instant était incroyable ! Et le Kaijū, est-il mort ?

-S'il ne l'est pas, ce n'est qu'un sursis, croyez moi.

Il ne pensait pas si bien dire. Quelle surprise se fut alors lorsqu'il aperçut de l'air revenir à la surface et une silhouette s'élever lentement. Prêt à l’accueillir comme il se devait, TenShinHan arma son bras pour en finir avec l'animal, quand soudain, il vit émerger de l'eau froide ce qu'il prit tout d'abord pour un poulpe, avant de réaliser qu'il s'agissait contre toutes attentes d'un visage qui ne lui était pas inconnu. Le visage d'un ami.

Celui d'un petit homme chauve au front décoré par six brûlures faîtes au mogusa, ces herbes brûlantes qu'utilisaient certains moines pour marquer leur corps.

-Kuririn ?!

Reprenant péniblement son souffle après un très long moment en apnée, le jeune moine d'Ōrin retira son masque de plongée à la visière couverte de buée, et reconnut finalement lui aussi ses deux amis.

-TenShinHan ? Chaozu ? Qu'est-ce que vous faites ici ?



Tu t'entraînais ?

Débarqués sur l'îlot se trouvant aux coordonnées NBI 8250012 B, plus communément appelé Kame House par ceux qui en connaissaient l'existence, TenShinHan, Chaozu, et leur étonnant ami, après avoir salué et remercié le capitaine pour les avoir emmenés jusqu'ici, avaient rejoint le maître des lieux au salon pour mieux pouvoir converser autour d'un thé purifiant et de daifukus dont Chaozu raffolait.

-Muten Rōshi sama dit qu'il n'a plus rien à m'apprendre, mais je dois devenir plus fort, au cas ou ce pourri de Piccolo Daimaō tente encore quelque chose. Alors j'essaye de me surpasser par mes propres moyens.

-Tu sembles plus fort encore que durant le dernier Tenka Ichi Budōkai, tu avais l'air...d'un véritable Kaijū.

Hilare et flatté mais peu convaincu par ce compliment, Kuririn préféra prendre la remarque à la plaisanterie, ne comprenant pas vraiment ce que voulait dire son camarade par là, à l'inverse de Chaozu qui se serait sans doute étouffé de rire avec son daifuku s'il ne l'avait pas fait passer à l'aide d'une grande gorgée de thé, qui lui brûla cependant le gosier jusqu'à faire virer son visage blanc au rouge, s'effondrant sous les yeux affolés d'Umigame, la fidèle tortue de Kame Sennin, qui s'empressa d'aller chercher un éventail pour ramener à lui le garçon dont la bouche expulsait un fin nuage de vapeur.

Dans le même temps, le maître de maison revenait avec l'objet qu'il était parti quérir pour son visiteur dans ses affaires, toujours aussi parfaitement ordonnées. Une fois installé en tailleur entre ses deux jeunes élèves – avec autant de difficulté que pouvait en avoir un homme de son âge encombré par l'arthrose – Kame Sennin déroula sur le sol le parchemin descellé, déployant devant eux une carte d'un lointain pays ou il s'était autrefois rendu en compagnie de son maître et de certains de ses condisciples.

-La voilà, la carte du pays de Jiaozi.

-Vous pensez que l'endroit que je cherche se trouve là bas ?

Une latte tirée sur son kiseru – la pipe en bambou qui lui avait été offerte par son premier disciple dont les initiales étaient gravées sur le manche, bien des années avant que le petit fils de ce dernier ne suive le même entraînement – le vieux maître répondit avec assurance qu'il n'y avait « pas le moindre doute à ce sujet ».

-J'ai combattu à maintes reprises aux côtés des Mittsume-jin face aux armées funestes de Piccolo Daimaō. Et si je n'ai jamais foulé du pied leur terre sacrée, je peux néanmoins garantir que c'est là bas qu'elle se trouve.

« Jiaozi ? Mais c'est juste à côté de mon pays natale ! » s'exclama le jeune bonze alors qu'il manqua de cracher sa gorgée de thé.

-Vraiment ?

-Bien sur ! Mon village et le temple Ōrin ou j'ai suivi ma formation se trouvent juste à la frontière de ce pays, ils ne sont séparés que par une grande bambouseraie, c'est à deux pas de chez moi ! Je peux vous y emmener avec mon avion si vous le voulez ! Ce sera l'occasion de rendre visite à mes aînés.

-Un avion ? Tu as un avion, toi ?

Vexé par la remarque hautaine de la petite poupée blanche, tout juste remise sur pieds par Umigame mais déjà suffisamment d'aplomb pour se montrer acerbe, Kuririn expliqua simplement qu'il s'agissait d'un cadeau de son meilleur ami qui avait tenu à partager un peu de sa récompense du vingt-troisième Tenka Ichi Budōkai avec lui.

«Dans ce cas mettons nous en route sur le champ !» clama le grand chauve à trois yeux après s'être levé soudainement, si tôt interpellé par son aîné.

-TenShinHan ! J'ignore ce que tu cherches, mais quoi que tu espères trouver là bas, tâche de mesurer tes attentes. Il n'est jamais bon de remuer le passé quand celui-ci nous a quitté depuis trop longtemps. La déception est le pire des poisons pour un jeune homme fougueux tel que toi. Promet moi de faire preuve de sagesse.

Incertain du sens des inquiétudes du maître, le jeune homme le rassura néanmoins avant de prendre la porte, suivi par Kuririn, puis Chaozu, qui fut retenu un court instant encore par leur hôte.

-Chaozu, veille sur TenShinHan pour moi, veux-tu ? J'ai toute confiance en lui, mais je sais à quel point il peut être facile de basculer à nouveau dans les ténèbres quand on s'en est approché autant que lui.

Aussi déboussolé que son ami par les mots du vieux sage, Chaozu acquiesça vaguement, et gagna lui aussi la plage ou il décolla avec les deux autres, observés par le regard inquiet de Muten Rōshi.

-Fais attention à toi, TenShinHan...



«Muten Rōshi sama ! Votre émission favorite va bientôt commencer !»

À l'appel de sa fidèle tortue, Kame Sennin troqua son air grave pour une expression lubrique et joyeuse, et essuya la gouttelette de sang s'écoulant de sa narine droite alors qu'il retourna à l'intérieur en s'exclamant,

C'est l'heure de la gymnastique mesdames !

* * *

À bord de l'avion à propulsion piloté par Kuririn, TenShinHan repensait aux paroles de son maître tandis qu'il observait les nuages par le hublot adjacent à son siège. Un océan blanc céleste sur lequel naviguait tranquillement ce navire volant. Voilà un cadre propice au repos pour lui qui cherchait depuis des semaines le sommeil, sans jamais parvenir à le trouver plus de quelques minutes.

-Au fait TenShinHan, comment va Lunch ? Muten Rōshi sama demande fréquemment de ses nouvelles depuis son départ l'an passé, tu l'as revu depuis ?

Devant l'absence d'une réponse, Kuririn tourna lentement la tête vers l'arrière du véhicule, ou il vit son passager endormi, le bras sur l'accoudoir et le menton tenu par sa main. Les yeux plissés en signe de vexation, le petit homme se reconcentra sur les commandes comme si de rien n'était en pestant à voix basse.

-Je lui parle à peine et voilà qu'il s'endort. C'est pas tellement l'image que je me faisais d'une virée entre potes.

À demi conscient, plongé dans l'obscurité et se sentant presque hors de son corps, il était impossible à TenShinHan de bouger ni même d'exprimer le moindre mot. Ignorant ou il se trouvait, et même jusqu'à s'il était en vie, le garçon ne pouvait qu'entendre vaguement autour de lui les voix d'hommes inconnus.

L'une nasillarde, affirmant que l'état préoccupant du garçon démontrait sa faible constitution.

Une seconde, plus grave et menaçante, affirmant qu'il ne leur serait d'aucune utilité pour le moment.

La première, à nouveau, supposant qu'il devrait devenir plus fort par lui même avant de pouvoir leur servir.

Une troisième voix, plus douce et aiguë, prit la défense de l'enfant, trop jeune selon lui pour survire seul.

Un geste de bonté aussitôt rejeté par les deux autres qui l'interrompirent sèchement dans ses propos, arguant que la décision était prise, et qu'il lui fallait suivre le plan à la lettre.

Et alors que jusqu'ici seule l'ouïe dont il disposait était familière à ses souvenirs, le toucher lui revint aussi, quelques instants avant que ne revienne le néant, ayant pour seule sensation celle de deux petites mains lui tenant la tête de chaque côtés.

Non, il sentait également quelque chose au creux de sa main. Une chose aussi frêle et fragile que ses souvenirs fragmentés. Il l'avait porté à son visage, lentement, usant de ses derniers instants de conscience pour y parvenir.

Avant de finalement sombrer, un dernier sens lui était revenu, alors qu'il put sentir le parfum de ce qu'il avait serré si fort dans sa petite main lorsqu'on l'avait arraché à sa terre natale. Si fort que la minuscule fleure avait fini écrasée, perdant son aspect si délicat.

Le parfum que humait son grand-père, et qu'il respirait à pleins poumons chaque fois qu'il le serrait dans ses bras.

Ce doux parfum de colza si cher à son cœur.

« Qu'est-ce que tu fous, Chaozu ?! Arrête ça, je ne vois plus rien ! »

Secoué en plein sommeil, le dormeur émergea soudainement, du fait des turbulences causées par un pilote agitant plus que nécessaire les commandes de l'appareil volant, alors qu'il essayait surtout de se débarrasser des objets flottant autour de lui par la volonté du petit farceur cherchant à tuer le temps pendant ce long trajet.

En ouvrant les deux seuls yeux qu'il avait fermé durant sa courte sieste, TenShinHan jeta un œil vers l'extérieur, et put apercevoir, alors que l'avion perdait progressivement en altitude et traversait la couche de cumulonimbus lui cachant la vue, une immense montagne semblant correspondre à la description que lui en avait faite Muten Rōshi.

-Kuririn, c'est ici, j'en suis sur ! Pose toi, vite !

-Laisse moi une minute tu veux ? Quand je me serai débarrassé de ce petit emmerdeur !

Chaque mètre le rapprochant de la montagne faisait battre son cœur un peu plus vite. Devant ce terrain escarpé, Kuririn n'eut d'autre choix que de poser l'avion en bas du mont, au milieu d'une clairière déserte, avant d'entamer l'escalade de la montagne que l'on disait être la plus proche des étoiles : Le mont Nézhā.

Aussi rude que fut l’ascension, TenShinHan ne vacilla en aucune façon. Ni devant cette roche rugueuse et difficile à appréhender, ni devant les chutes de pierres tentant de leur barrer la route, ni même face à la pluie qui leur servit de comité d’accueil. Une force de volonté que Kuririn aurait aimé partager avec lui en l'observant plusieurs mètres au dessus, bien plus avancé qu'il ne l'était dans la montée. Un retard qu'il ne devait finalement pas tant à sa condition physique qu'à ses incessantes altercations avec Chaozu qui, en flottant à côté de lui pour monter sans le moindre effort, passait son temps à narguer le jeune moine encore incapable de maîtriser suffisamment bien le Bukū jutsu pour grimper à une telle hauteur. Une technique dont ne semblait pas vouloir user le plus grand du trio, décidé à prouver sa détermination aux Dieux en gravissant cette montagne à l'aide de ses seuls bras.

Ce n'est qu'à l'issu de trois heures d'escalade que le trio atteignit finalement le sommet, ou attendait une ouverture naturelle sculptée dans la roche, dissimulée derrière des lianes tombantes, et gardée par une statue de Bouddha se tenant à sa droite.

-C'est...ici.


🎼🎶🎵🎵🎶🎼

Hésitant, et pourtant déterminé, TenShinHan écarta finalement les plantes lui barrant la voie, et pénétra en ces lieux qu'il avait quitté il y a si longtemps, faisant fit de son petit ami volant qui tenta de le retenir en l'interpellant d'une voix inquiète. D'un pas assuré, il traversa le couloir rocailleux qui reliait l'extérieur au cœur de la montagne, suivi par son éternel compagnon vêtu de la même tenue traditionnelle que lui, bien différente de la veste de cuir verte et de la casquette que portait le troisième larron du groupe.

Lorsqu'il entendit à nouveau la pluie tomber, il sut qu'il approchait de la sortie, et de la vérité. Cette imminence expliquait sans doute qu'il ait inconsciemment ralentit un instant, avant de se décider à avancer vers son destin afin de découvrir les réponses qu'il cherchait désespérément.

Trempé jusqu'aux os sous cette pluie diluvienne malgré le sugegasa qu'il portait sur la tête, le poing aussi serré que sa mâchoire, observé par son petit camarade qui semblait partager sa stupeur, TenShinHan ne savait pas s'il devait s'en vouloir davantage à lui même, ou aux Dieux n'ayant pas exaucé sa prière. Celle de faire en sorte que ses rêves ne fussent qu'illusion.

Dans le plus total des silences, sous les regards impuissants de ses amis désolés, il avança au milieu de ce village ravagé par le temps autant que par les flammes, sentant sous ses pieds la fermeté d'un sol stérilisé par le feu, et privé à tout jamais de cette étendue dorée de colza oscillant au grès du vent.

Il avança encore, dans ce village fantôme, déserté par toute vie, désormais fleuri de sépultures précaires faites de bambous plantées par dizaines tout autour de lui. C'est cependant devant une seule d'elles que de désespoir il tomba à genoux.

Devant cette stèle marquée du nom de «Ōzagy» qui semblait finalement lui revenir en mémoire pour la première fois depuis son enfance. Contre ce sentiment d'abandon et de solitude, aussi fort fut-il, le jeune homme dont seuls deux de ses trois yeux versaient des larmes, ne put faire autre chose que hurler de peine et de rage.

Incapables de combler cette tristesse autant que de le regarder sans rien faire, ses deux amis le rejoignirent malgré tout. Peu habitué à ce genre de situation, et pour s'assurer de ne faire preuve d'aucune maladresse, Kuririn se contenta de lui donner une main réconfortante sur l'épaule.

Alors que le temps semblait s'être arrêté pour TenShinHan, le jeune moine crispa le visage lorsqu'il sentit non loin d'eux une présence menaçante venue éclipser cet instant de deuil. Mais avant même d'avoir eu le temps d'avertir ses deux compagnons, toute une horde d'hommes armés de hallebardes les encerclèrent, sortis tout droit des maisons brûlées composant les derniers vestiges du village.

TenShinHan n'étant visiblement pas prêt à se relever, comme paralysé, les mains agrippant la terre brûlée, Kuririn tourna la visière de sa casquette vers l'arrière et se prépara à faire face seul à ces ennemis inconnus.

Avant de perdre cette expression pleine de hargne qu'il avait sur le visage, lorsqu'il réalisa...

-Mais...vous êtes...

«Que venez vous faire ici, étrangers ?»



-Ten san...ces gens...

«Quittez ces lieux sur le champ !»



Lorsqu'il réalisa...

Que chacun d'eux possédait un troisième œil.

* * *

Point Trad' :

-Le titre du chapitre, « Huíyì », est un mot chinois désignant « Les souvenirs »
« Un Général...ne doit jamais faillir à son devoir »

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Dragon Ball Extended Universe : Les Chroniques d'une Guerre
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Re: L'Œil qui ne pouvait pleurer

Messagepar Imate le Lun Juin 10, 2019 16:47

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Livre second : 過去 / Guòqù

Seul.

Allongé à même le sol, un sol en pierre brune, crasseux, dans une pièce obscure, ne disposant ni de meubles, ni de fenêtres. Rien qu'une porte de bois, et pour seul source de lumière, la flamme vacillante de la bougie accrochée au mur.

Seul.

Vêtu d'un simple jinbei bleu, habit traditionnel à l'allure simple, de piètre qualité, et dans un état aussi lamentable que la face du garçon couverte de poussière et d’hématomes. Son expression, sans vie, les yeux vides et le regard morne, la bouche entre-ouverte laissant un fin filet de salive s'échapper, et un souffle bien faible le maintenant dans ce monde.

Seul.

Avec pour unique semblant de compagnie, outre l'écuelle de bois contenant les restes de l'infâme repas qu'il n'avait pu se résoudre à finir en dépit des crampes d'estomac dont il souffrait le martyr, la fragile petite fleur de colza qu'il avait pu prendre avec lui, et avait précieusement conservé depuis lors, maintenant depuis longtemps devenue aussi sèche que les yeux du garçon à qui il ne restait plus la moindre larme à verser.

Une solitude, pénible et lourde, que pourtant l'enfant aurait aimé supporter encore, ne serait-ce que quelques instants, avant que la porte ne s'ouvre dans un râle pesant, et ne dévoile la silhouette de l'homme dont il redoutait chaque jour la venue.

Il est l'heure. Lève-toi.

Écrasé par le harassement, le garçon ne parvenait pas même à battre de ses trois paupières, ou à diriger un seul de ses trois yeux fatigués vers son bourreau. Alors se lever était une tâche bien au delà de ses faibles forces.

Il ne s'agissait cependant pas là d'une préoccupation notable pour le geôlier aux cheveux coiffés d'une tresse, qui s'avança vers le petit homme, le souleva par la cheville, puis le jeta hors de sa cellule avec autant de délicatesse qu'il en aurait eu pour un vulgaire sac de toile.

Mais gisant sur le sol, le visage ensanglanté, il ne bougea pas davantage.

Je n'ai pas de temps à perdre avec un faible. Si tu ne veux pas mourir, alors lève-toi.

Peu convaincu par cet ultimatum à l'enjeu inintéressant pour cet enfant qui avait perdu goût à la vie, il n'offrit pas même un mouvement, pas même un regard à son tortionnaire. Le seul usage qu'il fit de ce qu'il lui restait d'énergie fut consacré à une légère pression sur cette fleur fanée, qu'il espérait rejoindre bientôt, lui qui n'était, au fond, pas vraiment plus vivant qu'elle.

C'est alors qu'il souffrit de l'une des rares sensations que son corps pouvait encore percevoir. La douleur, causée par le pied de son bourreau qui écrasa son poignet, insistant sur les veines du petit avant bras bien fluet et à la peau trop pâle, jusqu'à forcer l'ouverture de sa main, lui arrachant la seule chose qui comptait encore à ses yeux.

Ses yeux qui reprirent alors vie, quand le garçon se servit à nouveau de ses cordes vocales pour la première fois depuis des jours afin de pousser un cri à peine audible, autant que pouvait lui permettre sa gorge sèche et serrée. Un élan de courage, si tôt éteint par ce même pied qui fut cette fois porté à son visage avec une rare véhémence.

Pourtant insuffisante pour calmer le jeune fauve qui, finalement, essaya de se lever.

Si tu la veux, alors tu n'as qu'à me la prendre. Ce monde ne te donnera rien si tu ne le lui arraches pas par la force. Alors lève-toi, TenShinHan. Lève-toi !



« Lève-toi, TenShinHan ! »

Rappelé à lui, le Mittsume-jin releva la tête, apercevant sous cette pluie torrentielle, son ami au crâne chauve pourvu d'une casquette à la visière en arrière, esquivant avec autant d'habileté que pouvait en avoir un expert en arts martiaux tel que lui, les assauts répétés des lanciers à trois yeux venus les accueillir, tandis que Chaozu, resté en retrait, ne savait que faire.

-Aïe ! Aïe ! Si tu te dépêches pas de parler à tes frères, je vais finir par me fâcher !

Le petit moine, par son évidente retenue, contrariait les guerriers incapables de le toucher avec leurs hallebardes. Si un coup l'obligea à se baisser pour l'éviter, perdant sa casquette dans l'action, Kuririn n'eut qu'un bond à faire pour l'enfiler de nouveau, dégager l'arme longue d'un coup de pied qui l'expédia dans l'une des maisons brûlées du village en ruine, et prendre ses distances à l'aide de quelques pirouettes.

La tête toujours couverte par son traditionnel sugegasa, l'ancien champion du monde se redressa sur ses deux pieds, remis au mieux de ses émotions, et décidé à aider son ami. Plusieurs de ces combattants se jetèrent alors sur lui, refusant d'écouter le moindre mot. Les bras ondulant tels deux serpents, il bloquait chaque lance tentant de lui sectionner le cou, déviait chaque lame essayant de lui percer la poitrine, et repoussait chacun des adversaires parvenant à s'approcher d'un peu trop prêt.

À l'arrière, l'un d'eux observait passivement le combat, le corps à demi caché par son parapluie, un kyowagasa bordeaux, accordé au yukata qu'il portait, qui laissait cependant paraître à la vue de tous les quatre sabres attachés à son ceinturon. Voyant ses hommes défaits un à un, humiliés par ces inconnus retenant leur incommensurable force pour ne pas blesser ces fiers guerriers, celui qui avait déjà attiré la curiosité de TenShinHan perdit patience.

En même temps qu'il lança vers le ciel son kyowagasa, attirant ainsi le regard de l'étranger venu perturber leur tranquillité, il s'empara de deux de ses katanas, et avant même que Ten n'eut le temps de ramener les yeux dans sa direction, l'épéiste à la chevelure noire coiffée d'une queue de cheval se trouvait à porter de lame.

Subitement apeuré par cette démonstration de vitesse, il échappa de justesse au premier coup d'épée en reculant fébrilement d'un pas à peine contrôlé, juste avant de se rendre compte qu'une seconde attaque se cachait dans l'ombre de la première. D'un geste vif, il parvint à s'éclipser à temps, et à se soustraire au deuxième coup porté avec une célérité surhumaine. Glissant vers l'arrière sur le sol humide de ce sommet, observant alors une fois arrêté, la déchirure traversant le haut de sa tunique.

Un dixième de seconde plus tard, et une seconde cicatrice venait marquer son torse.

« La technique de cet homme, aucun doute, c'est bien le Niten Ryū. Ce n'est pas le genre de kenjutsu que maîtriserait un amateur, c'est loin d'être un bretteur ordinaire. Une seconde d'inattention, et ma tête roulera sur le sol avant même que je m'en aperçoive. »

-Tu bouges plutôt bien, étranger. Je ne savais pas qu'on trouvait encore des guerriers de votre trempe dans le monde d'en bas. Voilà qui devrait rendre cette rencontre un peu plus excitante.

-Laisse moi te retourner le compliment. J'ignore quelle koryu t'a formé, mais cela fait bien longtemps que je n'ai pas vu un homme manier l'épée aussi bien.

« Tu m'en vois ravis. » s'amusa l'homme en portant l'une de ses lame derrière sa tête, le long de ses épaules, flatté par ces paroles.
« Sur mon nom et mon honneur, moi, Tien Tsin, je jure de prendre ta tête en respectant la voie du guerrier, et d’honorer mon adversaire quoi qu'il m'en coûte. »

-Eh, inutile de te montrer aussi théâtrale, je ne compte pas te laisser l'occasion de tenir parole.

Sous les yeux de leurs nombreux spectateurs s'étant écartés pour observer leur combat, et ceux de Kuririn, malgré tout bien peu à son aise au milieu de tout ce monde, les deux adversaires se firent face, tournant lentement, attendant le bon moment. L'occasion de surprendre l'autre. Mais aucun d'eux ne comptait défaillir.

Soudainement, le sabreur à trois yeux s'arrêta de rôder autour de son adversaire tel une bête chassant sa proie, courba le dos, laissa chacune de ses deux lames caresser le sol cendré qui se trouvait sous ses pieds, sans lâcher un seul instant du regard l'objet de sa motivation.

-Hiken...

« Il se prépare à passer à l'attaque... »

Lentement, l'épéiste frotta le dos de ses armes contre la terre noire de la montagne. Lorsqu'il les leva du sol, il s'était alors déjà élancé en un éclair vers TenShinHan, qui se mit immédiatement en garde, avant de réaliser que ce qui fonçait droit sur lui n'était déjà plus qu'une image rémanente.

« Le Zanzōken ?! »

-Tsuchi-Kiri !

Trop tard, TenShinHan leva les yeux au ciel, voyant alors le bretteur fondre vers lui avec la vivacité d'un rapace. Pourtant prêt à bloquer son attaque, pour une raison qui lui échappa sur l'instant, il eut le sentiment que le danger n'arrivait pas seulement d'en haut. Péniblement, il tenta alors de s'extirper à la fois de cette attaque aérienne, et de la trajectoire initiale que poursuivait cette image rémanente.

C'est alors qu'il remarqua la terre, tranchée sur toute la longueur de la première attaque, alors rejoint par la seconde attaque qui sectionna horizontalement la trace laissée par la première, et emporta avec elle un morceau du chapeau de Ten, qui s'envola sous la puissance du coup.

Souhaitant profiter de l'avantage que lui procurait la chute en arrière de son adversaire, Tsin changea instantanément de direction, et se rua alors de plus belle sur lui afin de porter le coup fatal.

Mais sa lame se figea juste avant d'atteindre la chair.

Figée, en même temps que l'expression d'effarement de son manieur, médusé par ce qu'il venait de voir.

Un troisième œil, logé en plein milieu du front de celui qu'il s'apprêtait à pourfendre dans l'instant, révélé par la perte de son couvre chef.

-Tu es...l'un des notre ?

L'épée sous la gorge, et de la sueur se mêlant à l'eau qui ruisselait sur son crâne, TenShinHan écarta la lame d'un revers de la main, et s'en alla récupérer son sugegasa tranché afin de couvrir de nouveau son crâne.

-J'aurai sans doute pu te le dire plus tôt, mais tu semblais bien trop enjoué à l'idée de prendre ma tête. Et en toute honnêteté, je voulais savoir de quel bois tu étais fait. Ne dit-on pas que c'est au travers d'un combat que l'on aperçoit la nature véritable d'un homme ?

-Content de savoir que tu t'es amusé ! Pendant ce temps là j'ai failli perdre ma tête une ou deux fois, et contrairement à toi, je préfère qu'elle reste ou elle se trouve !

Plus amusé que concerné par les plaintes de Kuririn, Ten s'excusa néanmoins sans pouvoir retenir un léger rire moqueur qui eut l'avantage de détendre immédiatement l'atmosphère, rejoint par quelques rires et soupires de soulagement des autres guerriers qui comprirent que leurs visiteurs ne constituaient pas une menace.

-Parce que vous trouvez ça marrant en plus ?...

Le malentendu dissipé, les habitants de la montagne prirent le temps de faire plus ample connaissance avec ces étrangers, et de s'assurer de leurs véritables intentions, avant de les conduire vers l'une des maisons en ruine du village dévasté, au sein de laquelle se trouvait une trappe conduisant à un sous-terrain qui menait selon toute vraisemblance au cœur même du mont Nézhā.

Plus profondément, les trois amis découvrirent une superbe rivière souterraine, aux rives décorées par une végétation luisant dans l'obscurité, elle même atténuée par la pléiade de lucioles voletant autour. Conduits par leurs nouvelles connaissances et ôtes, ils embarquèrent sur des lóngzhōu, ces longues pirogues aussi appelées bateau-dragon par chez eux, à bord desquelles ils entamèrent la traversée du cour d'eau.

Fasciné par cette faune et cette flore souterraine, Kuririn ne savait ou donner de la tête, au point qu'il manqua de tomber par dessus bord alors qu'il tenta d'observer de plus prêt une étrange grenouille aux reflets rosés gambadant sur la berge.

Pendant que Chaozu et Kuririn chahutaient malgré ce dernier à bord de leur embarcation, TenShinHan avait quant à lui prit place dans le lóngzhōu de Tien Tsin.

-Il reste encore beaucoup d'entre nous ? Je n'ai jamais rencontré le moindre membre de notre peuple avant aujourd'hui, pour quelle raison avons nous été séparés ?

-Patience mon frère, je sais que tu dois avoir mille et une questions à poser, mais tu découvriras tout bien assez tôt. Le vieux Shindon sera plus à même que moi d'y répondre.

« Le vieux Shindon ? » répéta avec curiosité le jeune homme, impatient d'en apprendre plus sur son passé, après une vie vécue dans l'ignorance.

-Il s'agit de notre doyen, et accessoirement c'est aussi mon grand-père. Il est l'un des seul aujourd'hui qui se rappelle encore de l'incident survenu il y a dix-neuf ans. La plupart d'entre nous n'étions alors que des enfants, nous n'en avons que de vagues souvenirs.

Comme pris d'une certaine compassion, et quelque part égoïstement comblé d'avoir pu trouver une personne partageant son sort, TenShinHan ne répondit que par un sourire empathique.

-Et toi, si tu me disais d’où tu venais ? Je dois t'avouer qu'on a pas souvent la visite de cars touristiques par ici, ça nous a fait un choc.

Tout deux curieux à propos de la vie de l'autre, les Mittsume-jin échangèrent toute la traversée durant.

L'un conta, autant que faire se pouvait, ses brumeux souvenirs d'enfance, puis les moments plus clairs de son passé aux côtés de ses maîtres et de son frère spirituel au sein de l'école Tsuru, jusqu'à sa rencontre avec un étrange jeune garçon doté d'une queue de singe qui l'a aidé à changer sa vision du monde.

L'autre narra la façon dont son grand-père l'avait élevé de manière stricte, lui avait inculqué le savoir et les valeurs de leur peuple, et l'avait formé aux arts et secrets du maniement du sabre avant que sa santé ne se détériore, et qu'il ne lui lègue le devoir et l'honneur de protéger leur village et ses habitants, dont il évoqua brièvement l'histoire, les origines, ainsi que les us et coutumes.

L'un ignorait tout de son passé et de ses origines. L'autre n'avait presque rien vu du monde extérieur au delà des régions voisines, et n'en connaissait que quelques bribes relatées par quelques anciens avant qu'ils ne rejoignent l’œil céleste à leur tour.

Un échange aussi bref que riche, pour lequel ils auraient sans doute souhaité que la traversée fusse plus longue. Mais lorsqu'il découvrit à leur arrivée les abords du village des rescapés de cette terrible nuit vieille de dix-neuf années, TenShinHan s'impatienta de poser pied à terre, autant que Kuririn qui ne supportait plus les frasques de Chaozu qui usait de ses pouvoirs psychiques pour les jouer des tours.

Lorsque ces trois visiteurs singuliers arrivèrent au village, les enfants qui n'étaient pas retenus par une mère trop prudente s'attroupèrent autour d'eux avec enthousiasme, ce qui ne manqua pas de gêner Kuririn, peu à l'aise de recevoir tant d'attention, là ou à l'inverse, Chaozu était ravi de pouvoir s'amuser avec ces enfants, déjà conquis par le charme de cette poupée de cire volante et ses petites joues rouges.

Escorté par Tsin qui laissa ses hommes avec les deux étrangers pour ne pas inquiéter les villageois, TenShinHan se rendit alors jusqu'à la demeure du doyen. En traversant le village dont il remarqua la modestie, constitué de maisons de bois et dépourvu de la moindre trace de technologie, il salua nombre de jeunes hommes et femmes, tous dotés d'un troisième œil, et d'un sourire chaleureux qu'il peinait à leur rendre, lui qui manquait d'expressivité.

En atteignant leur destination, Tsin tint à avertir son visiteur avant de passer la porte,
« Surtout quand tu seras à l'intérieur, tâche d'être calme et respectueux. Le vieux Shindon est très âgé, de plusieurs centaines d'années d'après lui, et il a tendance à n'en faire qu'à sa tête. »

Aussi méfiant qu'intrigué, le jeune expert en arts martiaux pénétra sans perdre un instant dans le temple du doyen. Ses souliers ôtés, il longea le long couloir aux murs duquel étaient accrochés diverses peintures et œuvres d'arts, certaines ternies par les flammes et tout juste sauvées de la catastrophe, vestige du passé de son peuple, et mettant en scène des Mittsume-jin dans des tableaux divers, plusieurs consacrés aux batailles, et presque tous illustrant le symbole de leur peuple. Cet œil céleste qu'il avait vu en rêve.

Face à la porte qui se trouvait au bout du couloir, le jeune homme hésita un instant. Pour une raison qu'il ne pouvait s'expliquer alors, un malaise s'empara de son être, et serra son cœur trop fort pour qu'il ne l'ignore. Un sentiment qu'il n'avait que peu ressenti dans sa vie, si bien qu'il ne comprit pas immédiatement ce dont il s'agissait.

Un sentiment qu'il avait ressenti déjà autrefois face à un certain assassin qu'il vénérait dans une autre vie.

Un sentiment qu'il avait ressenti face à lui même, quand un vieux maître lui fit réalisé sa véritable nature, qu'il craignait d'accepter.

Un sentiment qu'il avait enfin ressenti face au roi démon qui l'avait rendu plus impuissant que jamais, lui, le champion du monde d'arts martiaux.

Mais cette fois, c'était différent, incomparable. Cette peur d'ouvrir une porte qui mènerait à un passé dont il ignore tout, au passé d'une personne qu'il n'était pas lui même sûr d'être vraiment. Contrairement aux autres peurs, il savait qu'il pouvait la surmonter. Pas un instant il n'en douta. Il devait seulement être certain que son cœur soit prêt à l'accepter.

TenShinHan attrapa le rebord de la porte coulissante faite de bois et de toile, et la fit glisser sur sa droite, afin de découvrir ce vieux sage, assis en tailleur sur le sol, habillé d'un large kimono blanc, et plus notablement, les yeux bandés, à l'exception de son troisième, dépourvu de pupille, mais qui semblait pourtant scruter Ten à même son âme.

Alors que nul mot n'avait encore été prononcé, il referma la porte derrière lui, et s'installa face au vieillard qui agitait son éventail devant lui pour répandre dans cette pièce – éclairée par une lanterne en toile rouge – le nuage d'encens qu'il faisait brûler.

-Enfin te voilà. J'ai longtemps attendu ta venue.

-Pardonnez moi, mais nous ne nous connaissons pas. Je suis...

« Tu es le petit-fils d'Ōzagy » interrompit le sage, clouant le bec de son invité.

-Tout comme tes parents avant toi, tu étais destiné à devenir un guerrier protecteur de notre peuple. L'un des plus grands qui ait existé. Mais tu nous as été enlevé, arraché aux tiens et à ton destin.

-De quel destin parlez-vous ?

-Depuis que notre peuple a combattu aux côtés des hommes face aux armées du roi démon, nous formons génération après génération, de jeunes guerriers capables de contrer la menace que nous redoutions. Et aujourd'hui, cette menace est sur le point de s'éveiller.

-J'ai du mal à vous suivre, quel rapport tout cela a avec Piccolo Daimaō ? Il a été vaincu, et même si il représente toujours une menace, je suis sur que Son pourra...

-L'incarnation actuelle du roi démon est jeune, insouciante, inexpérimentée. La menace face à laquelle je te met en garde est bien plus ancienne que lui. Ses fidèles auront tôt fait d'accomplir sa volonté, et le jour de son éveil approche à grands pas.

-Un danger...aussi grand que le roi démon ? Et dont nous ignorerions l'existence ? C'est insensé, comment voulez vous que je crois à ces histoires ?

Plus apeuré que réellement agacé, TenShinHan se leva dans la précipitation, perturbé par les paroles du vieil homme et par son œil scrutateur. Le sage agita la fumée devant lui, faisant danser le nuage qui sembla prendre la forme d'un oiseau en vol. La forme d'une grue.

-La clé réside dans ton passé. Elle est plus proche que tu ne le penses.

-C'est justement à la recherche de mon passé que je suis parti, je ne connaissais rien de mes origines avant aujourd'hui. C'est pour ça que je suis venu vous voir, pas pour écouter vos histoires de destins ! Que suis-je censé savoir ?

-Ce que tu poursuis TenShinHan, ce ne sont que des fantômes. Mais il semblerait que tu ne puisses te consacrer à la tâche qui t'incombe tant que tu n'auras pas éclairci certaines choses.

Trop faible pour se lever, le vieillard prit la main de l'artiste martial, et plongea son œil blanc dans le troisième œil de celui-ci.

-Rends toi sur la sépulture de tes parents, dans la contrée de Jìling. Peut-être y trouveras tu les réponses que cherche ton cœur.

-Quelles réponses ? Vous ne pouvez rien m'apprendre ? Qui m'a enlevé ? Dans quel but ? Quelle est cette histoire de destinée ?

De nouveau plongé dans ses méditations, le vieil homme ne faisait plus que réciter des mantras sans prêter attention à la présence de TenShinHan, qui dans sa frustration préféra quitter la pièce avant de perdre son sang froid, lui qui déjà serrait le poing aussi fort que la mâchoire.

Une fois encore, durant sa traversée de ce long couloir en direction de la sortie, le doute prit possession de TenShinHan, l'esprit embrumé par ces histoires de destinée. Venu chercher des réponses, le voilà reparti avec davantage de questions. Devant le temple l'attendait le petit-fils du sage, qui nota immédiatement la gravité sur son visage.

-J'ai comme l'impression que le vieux Shindon ne t'a rien appris. Pas vrai ?

-Rien. Ni sur mon grand-père, ni sur ce qui m'est arrivé il y a dix-neuf ans. Il m'a seulement demandé...de trouver la tombe de mes parents à Jìling.

-Jìling ? Ce n'est pas très grand, ça se trouve dans le royaume voisin.

« Alors c'est là que j'irai. » termina simplement le jeune homme en proie aux tourments avant de partir sans davantage de formalités.

-Une minute l'artiste, tu comptes juste partir comme ça ? Tu auras besoin d'un guide pour te rendre là bas, et il se trouve que je connais très bien le coin. À vrai dire, je suis presque un guide touristique en la matière !

Lui qui comptait partir sans même se retourner, Ten s'arrêta subitement en entendant cette proposition de son frère d'arme.

-Et le village ? Tu comptes le laisser sans protection ?

-Ne sous-estime pas nos guerriers, je ne suis pas le seul gardien de ces lieux. Et puis, je ne suis pas sur que l’œil céleste apprécierait qu'un Mittsume-jin abandonne un frère à son triste sort.

-Dit plutôt que tu as envie de terminer notre combat.

-Hahaha ! On ne peut rien te cacher, hein ?

Touché par les intentions de Tien Tsin, l'ancien champion du monde se retourna finalement, un léger mais visible sourire sur le visage.

-Dans ce cas, mettons nous en route.

Les habitants salués, et ses respect présentés, TenShinHan laissa derrière lui son village natale. Chaozu abandonna ces enfants attristés par le départ de leur nouvel ami prestidigitateur. Et Kuririn s'inclina respectueusement devant le peuple qui l'avait accueilli, sans aucune rancune pour leur premier contact musclé.

De retour à la surface, le trio rejoint par un quatrième membre entama la descente de la montagne à l'aide des piolets offerts par les habitants, afin de rejoindre l'avion de Kuririn dans la vallée.

-Tu es sur de ne pas vouloir venir avec nous ?

-Je serai venu volontiers, mais je suis attendu au temple Ōrin, je leur ai déjà annoncé ma visite, et connaissant notre maître, il vaut mieux que je ne le fasse pas attendre.

-Je vois, alors c'est ici que nos routes se séparent.

-Eh, jusqu'à la prochaine fois, TenShinHan.

Fraternellement, les deux amis échangèrent une poignée de main aussi simple que chaleureuse, tandis que Kuririn se contenta d'un tirage de langue en règle pour dire au revoir au petit être lévitant.

Le vent sur le visage, TenShinHan retint son sugegasa fendu pour ne pas qu'il s'envole en même temps que les brins d'herbes balayés tout autour de lui par le décollage de l'avion du moine, qui salua une dernière fois ses amis depuis le cockpit avant de partir vers l'est afin de survoler la bambouseraie le séparant de son pays natal.

Ainsi les deux inséparables virent un ami les quitter, et un nouveau compagnon les rejoindre dans leur quête qui les emmènerait plus loin qu'ils ne l'avaient imaginé. En route pour les plaines de Jìling, la dernière terre que foulèrent les parents de TenShinHan, et celle dans laquelle ils reposaient aujourd'hui.

Et une nouvelle fois, les voyageurs prirent la route. À travers la vallée en direction des contrées voisines. TenShinHan, dont l'épaule servait de lit à son petit compagnon, chassait les hautes herbes obstruant son chemin à l'aide d'un bambou ramassé avant son départ du mont Nézhā, pendant que Tsin fanfaronnait en les tranchant par dizaine d'un coup de sabre pour se faciliter la tâche.

Lorsqu'un cour d'eau se présenta à eux, là ou TenShinHan préféra la sérénité, et sembla marcher à sa surface, usant en réalité du Bukūjutsu pour légèrement flotter au dessus de l'eau, son camarade préféra trancher le flot et le traverser avant que l'eau ne s'écoule à nouveau normalement.

Durant ce court voyage pédestre, les deux hommes apprirent à se connaître mutuellement, tant par les mots que par les actes. Et en seulement quelques heures, ils atteignirent leur destination.

-Nous y voilà, Jìling, la terre des esprits.

Depuis le sommet d'une colline se dévoila, sous les yeux de TenShinHan, une large plaine abritant un modeste village, et agrémentée d'une multitude de menhirs, dolmens, et autres structures mégalithiques, disséminées par centaines aux quatre coins de la vallée.

-Tu l'as appelée la « terre des esprits » ?

-Ouep m'sieur. On raconte que cette contrée est reliée au monde des esprits, et qu'ici on peut entrer en communion avec les défunts. Autrefois il s'agissait d'un lieu sacré, mais d'après le vieux Shindon, il a été souillé par les vagues de touristes venus en quête d'une chasse aux fantômes.

Devait-il y voir un signe, TenShinHan l'ignorait. Mais le sage ne l'avait sûrement pas envoyé ici par hasard. Une fois son ami miniature réveillé, le Mittsume-jin descendit la butte sur laquelle il était perché, et se rendit en direction du petit village touristique trônant au milieu de toutes ces stèles. Il observa en chemin chacune des pierres qu'il croisa, espérant y voir ou y sentir quelque chose. N'importe quoi, pourvu que cela puisse lui apparaître comme une « réponse ».

Mais à quelle question ? Cela il l'ignorait toujours.

Cependant interrompu dans ses réflexions, il n'aurait pas le temps d'y réfléchir davantage.

« Bonjours à vous étrangers, voilà un visiteur de marque qui s'aventure dans nos contrées. »

Perchée au sommet d'un menhir, une sublime jeune femme à l'épaisse chevelure mauve frisée, vêtue d'une qipao noire à motifs floraux, accueillit le trio en jouant un air envoûtant de sa flûte xiāo.

« Et vous êtes ? » demanda sèchement l'intéressé en relevant légèrement son sugegasa pour dévoiler pleinement à la jeune femme son visage qu'elle semblait néanmoins avoir déjà reconnu.

-Me voilà vexée que le précédent champion du monde d'arts martiaux ne reconnaisse pas l'une de ses semblables.

-Allons, TenShinHan, fait donc preuve de politesse. Ne vois-tu donc pas que cette jeune femme est...

Marquant une interruption au milieu de sa phrase, Tien Tsin plia alors le genoux qu'il posa à terre, levant gracieusement la main vers la demoiselle qui se pensa enfin reconnue.

-D'une exquise beauté !

Atteinte dans sa fierté par ces goujats, la jeune femme, d'un air hautain, se présenta avec fierté.

-Je m'appelle Lan-Fan, participante aux phases finales du 21ème Tenka Ichi Budōkai, accessoirement modèle pour de nombreux magazines de renom, et surtout grande experte en arts martiaux !

L'artiste martiale en herbe savait cette appellation de « grande experte » au delà de la réalité. Mais elle ne pouvait se résoudre à voir ces hommes piétiner ainsi l'image qu'elle s'était construite auprès des habitants locaux, et en laquelle elle avait fini par croire elle même. L'image de la femme la plus forte de la région.

-Vraiment ? Alors dit moi, grande experte en arts martiaux Lan-Fan, d'une consœur à un confrère, pourrais-tu m'en apprendre plus sur les esprits de Jìlǐng ?

« Excellent » pensa Tsin en son for intérieur, qui vit là une occasion de faire davantage connaissance avec la belle Lan-Fan. Une douce pensée bien vite éclipsée par l'arrivée d'un homme massif, haut de quatre bons mètres lui octroyant le droit de dépasser le menhir sur lequel était perchée Lan-Fan, portant un collier d'énormes perles noires autour du cou, chacune presque aussi imposante que sa tête.

-Vous vous intéressez aux mythes de Jìling, étrangers ?

« T'es qui toi ? » questionna impoliment Tsin, dérangé par la présence ombrageuse du géant, pourtant chaleureux et arborant un large sourire naïf, qui lui répondit purement, d'une voix aussi bourrue qu'enjouée.

-J'suis Tagishi, le mari de Lan-Fan, enchanté petit homme !

« En...enchanté » balbutia alors le «petit homme» à l'air dépité et presque paniqué en apprenant que la jeune femme qu'il séduisait tantôt était l'épouse de cette montagne de muscles chauve à l'épaisse barbe cramoisie.

-Mon imbécile de mari est aussi le gardien de ces terres, et c'est lui qui guidait les visiteurs, avant qu'il ne cède naïvement aux agences de tourisme qui l'ont supplié de pouvoir venir s'installer ici.

-Baahaahaahaa ! Sois pas fâchée Lan-Fan ! Ces messieurs se sont montrés si gentils, je ne pouvais pas leur refuser !

Cette heureuse rencontre fortuite amena les trois voyageurs à découvrir les terres sacrées de Jìling accompagnés de deux guides hauts en couleur. Assise sur l'épaule de son gigantesque époux tandis qu'ils se rendaient en direction d'un sanctuaire qui selon Tagishi intéresserait les jeunes étrangers, Lan-Fan écoutait avec attention les récits de l'ancien champion du monde à propos de sa quête, sur laquelle il resta aussi évasif que possible.

-Tu cherches donc à entrer en contact avec les esprits de tes parents ?

-Pas exactement. À vrai dire, j'ignore ce que je viens chercher au juste. Mais si c'est vraiment possible, alors il se peut que j'obtienne les réponses que je recherche.

Aux abords de l'une de ces étranges structures de pierre, TenShinHan se sentit tout à coup traversé par une brise glaciale. Interpellé par son congénère sabreur qui lui demanda la raison de son subit arrêt, il n'eut le temps de répondre lui même avant que n'intervienne le géant.

-Le lieu que tu cherches est sûrement celui-ci, voyageur.

Devant eux, un énième dolmen, simple empilement de pierres aux yeux de TenShinHan, qui pourtant ne parvenait à s'expliquer l'étrange sentiment qui l'enivrait à la vue de ce monument, sous lequel deux lances avaient été croisées, plantées dans la terre.

-Vous êtes certain que c'est ici ?

-Pour sur, même que c'est moi qui les y ait enterré y'a plus de vingt ans, pas quelque chose que je risque d'oublier.

Réprimandé par son épouse pour son manque de tact, le Goliath à barbe rousse présenta ses plus plates excuses à l'orphelin qui ne l'écoutait déjà plus. En silence, il s'approcha de la sépulture, et posa solennellement la main sur l'une des lances, lorsqu'une bourrasque traversa sans prévenir la vallée, faisant danser à l'unisson les ornements de plumes et de tissus qui décoraient chacune des lances, et la tunique du fils venu se recueillir sur la tombe de ces inconnus.

« Deux guerriers venus ici à la recherche d'un esprit, froidement assassinés par un homme qui de toute évidence voulait empêcher cette rencontre ».

Ainsi Tagishi décrivit les deux défunts qu'il avait mis en terre il y a de cela deux décennies.

Ces deux inconnus, sans lesquels un enfant a du grandir seul, eux qui avaient fait passer leur devoir avant leur fils. Mais TenShinHan n'éprouvait aucune rancœur à leur égard, pas plus qu'il n'éprouva de véritable peine, ses seuls vagues souvenirs ne lui évoquant que son seul grand-père qui lui avait alors parlé de ses parents. Ces deux inconnus, morts avant qu'il n'ait pu les connaître.

Tandis que l'enfant sans parents se recueillait sur cette tombe, une horde d'ombres menaçantes – désintéressées par cet instant de tranquillité que vivait l'objet de leurs chuchotements – l'observait depuis les hauteurs des collines entourant Jìling.

Mais la discrétion de ces hommes tous vêtus d'un haut sans manche de couleur vert sombre, et d'un hakama, large pantalon plissé attaché à la taille et tombant jusqu'aux chevilles, ne leur permit pas d'échapper à la vigilance de l'endeuillé, qui malgré la distance qui les séparait ressentit la soif de sang portée à son intention.

« Ten-san. »

-Oui, Chaozu, moi aussi je l'ai senti.

Sans explications, TenShinHan, tenant le devant de son sugegasa fendu avec deux doigts, tourna le dos à la sépulture qu'il était venu chercher, et s'avança d'un pas déterminé, suivi de son fidèle ami ainsi que de Tien Tsin à qui, malgré son silence, cette présence néfaste n'avait pas échappé non plus.

« On dirait bien que quoi que je fasse... », murmura l'ancien élève de l'école Tsuru en ôtant son sugegasa de sa tête,
« Le combat croisera toujours ma route. »

Sous les yeux incompréhensifs de Lan-Fan et Tagishi, les trois voyageurs progressèrent dans la direction ou les attendaient ces mystérieux individus hostiles, dont le signe distinctif ornait les tuniques.

Le symbole d'une Grue prenant son envol.

* * *

Point Trad' : Le titre «Guòqù» signifie «Le passé»
« Un Général...ne doit jamais faillir à son devoir »

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Dragon Ball Extended Universe : Les Chroniques d'une Guerre
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