Demain vendredi on nous annonce jusqu’à 35° à l’ombre… alors dans une salle de classe avec 27 ados, je vous laisse imaginer.
Mais heureusement notre bonne Ministre de l’enseignement, Valérie Glatigny nous a pondu une circulaire destinée à l’enseignement en «conditions exceptionnelles».
Oui parce qu’une circulaire c’est beaucoup moins cher que de maintenir les investissements qui avaient été votés pour la rénovation, dont énergétique, des bâtiments scolaires. «Économies économies!», bravo Valérie. (Valérie qui n’en a rien à foutre donc d’entretenir son patrimoine pour s’enrichir, mais qui circularise).
Voici quelques extraits -commentés- de la Circulaire 9730 du 21/05/2026 intitulée : « Circulaire relative à la continuité des apprentissages et à l’organisation scolaire en cas de circonstances exceptionnelles ». Nous en resterons pour aujourd’hui aux conseils en cas de pics de chaleur.
On peut y lire qu’en cas de canicule/pics de chaleur, «[…] il est vivement recommandé à chaque établissement d’anticiper ces situations en élaborant un «plan canicule» interne. Celui-ci doit notamment comporter «les possibilités de regroupement temporaire de classes dans les locaux les plus frais».
Bonne idée Valérie, puisque c’est bien connu les écoles disposent toutes de locaux vastes et frais mais tristement vides, ainsi que de nombreuses salles de classe inoccupées. D’ailleurs les élèves le savent, eux qui évoluent chaque jour de la semaine avec une insolente aisance dans des couloirs «si vides» qu’une chatte y perdrait ses chatons, des salles de classe «si spacieuses» que l’espace entre les pupitres est tel qu’une feuille A4 n’y passerait pas, des réfectoires «tellement grands » qu’on est obligé de faire manger les élèves par degré à des heures différentes.
Je précise que cette circulaire est détaillée au degré près, d’ailleurs il va falloir que je dise à Valérie de penser à équiper les salles de classe de thermomètres, sinon on pourrait ne pas bien appliquer ses bons conseils ! Genre appliquer les consignes de 28° par 29°, ce serait terrible.
Le premier niveau est le niveau "Vert IRM" [rédigé en police verte dans la circulaire, oui code couleur et tout, on ne se refuse rien !] dit « – situation normale ». Bon déjà, si vous pensez qu’un lieu de travail à 28° est une situation « normale », c’est que vous êtes en avance sur le réchauffement climatique. Bravo Valérie pour cet exemple, votre façon sans doute de lutter contre les climato sceptiques.
Valérie nous recommande dès 28°C en classe, «d’aérer et ventiler les locaux aux heures les plus fraîches (matin et nuit si possible)».
Facile puisque les enseignants sont des êtres à part qui vivent et dorment à l’école et n’ont pas de vie réelle en dehors ; ils pourront donc faire des rondes la nuit pour ouvrir et fermer les fenêtres , enfin…«si possible» [ce « si possible » est d’une ironie sarcastique assez exceptionnelle]. Il faudra dire à Valérie que nombre de fenêtres, pour des raisons de sécurité des élèves ou de vétusté ne s’ouvrent pas/plus, ou très modestement en un semblant d’oscillo battant.
Mais bon, ne tergiversons pas, faute de fenêtres ouvrables, Valérie nous invite à «fermer volets et stores durant la journée».
Oui, mais voilà, encore eusse-t-il fallu que chaque fenêtre de chaque classe de chaque école en soit équipée de « volets et stores ».
Personnellement une école avec des volets, je n’ai pas connu encore (des barreaux aux fenêtres, oui, mais des volets ? Mystère, peut-être les écoles dans le Périgord ?). Sinon j’ai connu une école avec des stores : quand ils fonctionnaient, et si on trouvait la télécommande, le mécanisme tenait rarement au-delà de Noël. Non, ce qu’on voit plus souvent dans les salles de classe ce sont des tentures ! Aaah la poésie (et l’odeur) de la poussière massive qui danse en paillettes dans la lumière dès qu’on les frôle, le nuage qui en se déplaçant provoque les éternuements de 27 élèves qui ne se forcent pas du tout, le frisson lorsqu’on monte sur une chaise elle-même sur un banc pour tenter de refixer les petits crochets coulissants aux pans de tissu mité, le suspens quand on tire la tenture sur son rail rouillé et bancal: «calera ou ne calera pas?» ! Autant de moments inoubliables de la vie d’un prof.
Ooooh je suis mauvaise, parce que Valérie a pensé à tout, en effet elle nous propose aussi d’ « Équiper les salles de ventilation ou de climatisation si possible ».
Ce cynique « si possible », moi je crois qu’elle a dû se marrer en rédigeant ce paragraphe-là : «Allo ? Élisabeth ? Élisabeth ?! j’ai une idée, on va leur dire de mettre la clim’, ahahaha, la clim’ ! Tu imagines, alors qu’on a coupé dans les subsides d’entretien et de rénovation des bâtiments, ahahah je pleure de rire !» .
Et alors parfois, elle nous prend pour des cons. Mais vraiment hein. (Non en fait ça elle le fait tout le temps). Elle nous dit : «Veuillez-vous assurer ne pas utiliser les locaux trop exposés (containers, combles).» Ah ben merci Valérie de le rappeler, parce que tout le monde le sait : les profs dès qu’on frôle les 30° se battent pour occuper les classes plein sud-baie-vitrée-sans-rideaux et fenêtres-qui-ne-s’ouvrent-pas ou les classes boites de conserve en aluminium posées plein soleil dans la cours en béton.
Le 2ème niveau est le niveau "Jaune IRM", aussi écrit en jaune dans la circulaire càd "Tmax >=32°C" (c’est très précis !).
Dans ce cas-là, Valérie nous dit que «Dès 30°C en classe [si elle-même ne respecte pas les températures de niveau, où va-t-on ?…], «nous déconseillons les activités physiques extérieures et nous conseillons d’adapter le rythme de la journée : apprentissages exigeants en matinée, activités plus légères l’après-midi. »
Voilà voilà voilà, encore le cynisme… c’est ainsi que les enseignants apprirent qu’il y avait des cours légers et des cours exigeants. Parce que des « activités » légères ça ne veut pas dire grand-chose en secondaire : on n’a plus activité bricolage en rhéto, mais je ne suis pas sure que Valérie soit au courant… rappelez-moi de lui dire.
Ça va être bien pour les directions : « Alors Isa, tu enseignes histoire, ce n’est pas très exigeant ça, hmmm ? tu donneras cours l’aprem. Non toi Pierre-Yves, c’est math ! math c’est exigeant ça, hop le matin ! Quoique tes math 3, on peut les mettre au four cet aprem, non? tu donneras cours "légèrement" hein, je compte sur toi ? Quoi Isabelle ? Tu donnes cours dans une autre école l’aprem ? holala, arrange-toi avec eux enfin ! Bon j’appelle l’horairiste et le secrétariat pour intervertir tous les horaires et redistribuer les locaux »… ça va être bien la canicule !
J’enseigne le français (enfin faut le dire au passé avec la décret 2), si j’exerce mon métier "sans exigence" (un peu comme Valérie avec sa fonction de ministre) je passe en aprem ?
Sur cette nouvelle marque au mieux d’incompétence au pire de cynisme, on passe au niveau 3 : «Niveau Orange IRM – (Tmax >=35°C)».
Petit avertissement à Valérie, L'INRS considère qu'il y a alerte et risque pour la santé au-delà de 30 °C pour une activité sédentaire. Rappelez-moi de lui dire…
Donc, d’après la circulaire, «dès que la température dépasse 35°C en classe, il est recommandé en plus de créer des zones d’ombre temporaires : toiles, draps, parasols dans la cour et utiliser des moyens de rafraîchissement simples : lingettes ou gants humides, ventilation croisée, jeux d’eau.»
Je vous jure que c’est vrai. J’ai dû relire pour y croire.
Donc dès 35°, alors qu’il y a un danger pour la santé dès 30° pour tous les autres humains, les élèves eux ne risquent rien ! En effet les enseignants -qui n’ont que ça à foutre, hein Valérie ?- apporteront leurs draps de lits, leurs parasols de jardin, les lingettes de leur dernier-né, une dizaine de gants de toilette, et viendront installer toiles et ombrages sur leur temps libre càd hors « face classe » (parce qu’ils ne travaillent que quelques vingtaine d’heures semaine, et le reste : farniente !).
Ensuite ils se mettront à deux ou idéalement à 4 par classe, un dans chaque angle et souffleront pour créer une ventilation croisée sur les élèves. Ils termineront en remplissant des ballons à eau afin d’organiser de joyeux jeux d’eau avec leurs élèves… Ballons qui finiront en bombe à eau sur les passants qui auront eu la mauvaise idée de longer la façade de l’école. Qu’est-ce qu’on va rigoler ! un vrai camp de vacances l’enseignement, ou un camp touareg, on ne sait plus avec les toiles.
Ah si! finalement à 35°, il y a bien danger pour la santé : la circulaire précise que «en cas de malaise (coup de chaleur), il faudrait installer l’élève dans un local frais ou à l’ombre, rafraîchir avec de l’eau, faire boire en petites quantités s’il est conscient et appeler immédiatement le 112 en cas de symptômes graves (perte de connaissance, convulsions).»
Mais heureusement que Valérie est là : donner à boire à un élève qui a un coup de chaud, mais il faut l’écrire en lettre d’or police 8000 au-dessus du fronton de toutes les infirmeries des écoles ! Je vais me le faire tatouer tiens, et je mettrai aussi que si un élève est inconscient je dois appeler les secours, je n’y aurais jamais pensée seule !
Parce qu’il faut bien l’avouer, ça fait 60 ans que des enfants meurent à l’école déshydratés après des épisodes de perte de connaissance et de convulsions. Parce qu’on ne leur donnait pas à boire !! Et que eux-mêmes d’ailleurs n’y pensaient pas, à boire : un élève pour la ministre c’est aussi bête qu’un prof, au point d’oublier l’instinct de survie. 60 ans qu’on cache les corps d’élèves à l’état de momies lyophilisées comme on peut, une époque désormais révolue, grâce à une circulaire, merci Valérie.
On pense que ça va s’arrêter là, parce que oui, travailler dans un local par 35°, c’est déjà sport, surtout avec des élèves qui convulsent à 35° (petit nature!). Et bien non ! il y a un niveau 4, c’est autant que les 4 niveaux d’un monde de Super Mario !
Musique qui fait peur : «Niveau Rouge IRM – (Tmax>=40°C)».
Personnellement je vois une indication «niveau rouge», je n’y vais pas. Valérie, elle, elle n’hésite pas : «Dès que la température est égale ou supérieure à 40°C en classe, il est recommandé, en plus des recommandations précédentes » …
rappel des recommandations précédentes: ne pas donner cours dans un container, éviter les classes exposées au Sud ou sans volet ou sans store ou sans fenêtre, regrouper les élèves dans des locaux frais vides et spacieux, dormir à l’école et faire des quarts pour ouvrir/fermer les fenêtres la nuit, fermer les absence de volets, retrouver la télécommande des stores, trouver des piles pour la télécommande des stores (Jason rend la télécommande tout de suite !), recoudre les pans de rideaux, tomber de la chaise sur la table, emmener ses draps de lit (propres c’est mieux !) et les tendre façon campement touareg, installer des parasols en classe (ne pas oublier le pied de parasol de 80kg à monter au 4ème et à déplacer de local en local), distribuer des lingettes (propres de préférence !), piquer tous les gants de toilettes de la SDB et éponger le front des élèves (on a dit pas les aisselles !), faire son « possible » pour trouver la climatisation et la ventilation, souffler sur les élèves et lancer des ballons à eau sur les passants)
Donc il est recommandé, «en plus des recommandations précédentes» , « que chaque établissement veille à assurer une hydratation régulière de tous les élèves en garantissant un accès permanent à de l’eau fraîche et en encourageant à boire, à intervalles rapprochés même en l’absence de sensation de soif. Il est utile de prévoir un rafraîchissement ponctuel des élèves en difficulté au moyen de lingettes ou de gants humidifiés, ainsi que d’optimiser la ventilation naturelle des locaux en aérant tôt le matin et en maintenant ensuite les volets ou stores fermés afin de limiter l’accumulation de chaleur. »
En résumé donc : quand on passe à 40° et +, on fait comme à 35°. Mais en plus chaud.
C’était donc les conseils de Valérie en cas de « Canicule/ fortes chaleurs ». J’ai hâte de découvrir les conseils de Valérie dans l’épisode « grand froid » (Monter le chauffage ? [non, là je déconne]), mais aussi dans les épisodes « Tempêtes et vents violents », « Inondations/fortes pluies », «
Neige et verglas ».
Mais j’attends surtout l’épisode «eEntretenir, isoler et rénover les bâtiments scolaires » suivi du « Foutre la paix aux profs, arrêter de faire du vent et de les prendre pour des cons».
Mais je pense que ces épisodes-là ne sont plus disponibles sur la plateforme de streaming FWB.