Seychar {l Wrote}:En fait le réel problème du football, c'est l'arbitrage qui n'est pas exercé par des pros, qui n'est pas harmonisé au niveau des règles, que cela soit dans la forme ou par le fond. Du coup ça devient un instrument politique absolument redoutable par rapport aux enjeux de chaque compétition, un tant soit peu médiatisée. Je pense que le rouge sur le joueur américain était plus politique que justifié, même s'il méritait clairement un jaune.
En tout cas moi je n'ai rien contre le fait de protéger les joueurs, mais si c'est au détriment de l'essence du mouvement, du placement et parfois de certains contacts malheureux où les joueurs savent à quoi s'attendre, ça devient aseptisé au possible.
La Coupe du Monde me dégoûte depuis de nombreuses années parce qu'on sent que c'est devenu un instrument politique pour les fédérations les plus représentatives du football mondial, et que si avant c'était l'aboutissement d'une carrière d'entraîneur de renom, c'est presque devenu une planque pour une grande majorité d'entre eux, les meilleurs entraîneurs préférant rester dans les grands clubs qui les courtisent et se les arrachent.
J'ai lu ton message avec beaucoup d'intérêt, et je dois dire que sur le fond, je partage plusieurs de tes constats, l'arbitrage est perfectible, la Coupe du Monde n'a plus le même prestige qu'avant, et la protection des joueurs est parfois poussée à un point qui frustre les puristes.
Cependant, en creusant un peu, je vois quelques failles dans ton raisonnement qui méritent d'être discutées, je te les expose en toute franchise, dans un esprit de débat constructif.
Premièrement, le passage de l'erreur à la manipulation politique est un raccourci. Tu affirmes que le carton rouge sur le joueur américain était "plus politique que justifié", c'est une hypothèse lourde de sens, mais elle repose sur aucune preuve. As-tu comparé ce tacle avec d'autres tacles similaires dans le même tournoi, as-tu vérifié si l'arbitre avait l'habitude d'être sévère sur ce type de gestes, as-tu envisagé qu'il ait pu être mal placé, ou qu'il ait interprété l'intention du joueur comme dangereuse. Un arbitre peut se tromper, ou être trop sévère, sans que cela implique une quelconque manipulation politique, c'est ce qu'on appelle l'erreur humaine, et elle est inhérente à tout sport arbitré. Attribuer à une intention malveillante ce qui s'explique très bien par de l'imperfection, c'est un biais de confirmation, tu pars du principe que le foot est corrompu, donc toute décision controversée devient une preuve de cette corruption.
Deuxièmement, les arbitres de Coupe du Monde sont professionnels. Tu dis que l'arbitrage "n'est pas exercé par des pros", c'est factuellement inexact. Depuis les années 2000, la grande majorité des arbitres internationaux sont professionnels, ils vivent de leur arbitrage, s'entraînent physiquement quotidiennement, et passent des tests réguliers. Ce qui leur manque, ce n'est pas le professionnalisme, c'est l'infaillibilité, et aucun être humain ne peut être infaillible, surtout sur un terrain de foot où les actions vont à 30 km/h. Le vrai problème, ce n'est pas l'amateurisme, c'est l'interprétation des règles, qui variera toujours d'un arbitre à l'autre, mais la FIFA travaille justement à harmoniser cela via le VAR, les consignes pré-match, etc. C'est imparfait, mais ce n'est pas une preuve de complot.
Troisièmement, la nostalgie du "bon vieux temps" est trompeuse. Tu regrettes que la Coupe du Monde soit devenue une "planque" pour les entraîneurs, et qu'ils préfèrent les clubs, mais c'est une vision anachronique. Avant, les clubs n'avaient pas la puissance financière ni le rythme de matches qu'ils ont aujourd'hui, aujourd'hui, un entraîneur de club travaille tous les jours avec ses joueurs, peaufine des systèmes complexes, et joue des titres chaque semaine, alors qu'en sélection, il ne voit ses joueurs que quelques semaines par an. La Ligue des Champions a supplanté la Coupe du Monde en niveau de jeu pur depuis au moins 20 ans, ce n'est donc pas une "planque", c'est un choix rationnel dicté par l'évolution économique et sportive du football. Les meilleurs entraîneurs ne fuient pas la CDM par cynisme, ils vont là où le défi quotidien est le plus grand.
Quatrièmement, tu veux à la fois plus de cohérence et plus de tolérance, ce qui est contradictoire. D'un côté, tu déplores que l'arbitrage ne soit pas "harmonisé", de l'autre, tu regrettes qu'on protège trop les joueurs et qu'on "aseptise" le jeu, mais ces deux exigences sont antagonistes. Pour harmoniser l'arbitrage, il faut des règles plus strictes et plus claires, donc moins de place à l'interprétation des contacts, et pour laisser plus de contacts et de "placement", il faut accepter une plus grande subjectivité, donc plus d'incohérence entre les arbitres. Tu ne peux pas avoir les deux, la FIFA a fait un choix peut-être discutable, mais assumé, protéger les joueurs et réduire les interprétations, ce choix n'est pas "politique", il est médical et réglementaire.
Cinquièmement, la médiatisation n'est pas la politique. Tu écris que "dès qu'une compétition est un tant soit peu médiatisée, l'arbitrage devient politique", c'est un glissement sémantique, la pression médiatique amplifie les erreurs, mais elle ne les rend pas politiques au sens géopolitique ou de favoritisme envers les fédérations puissantes. Un arbitre qui se trompe sous les caméras, c'est de la psychologie, stress, pression, fatigue, pas de la géopolitique. D'ailleurs, si l'arbitrage était vraiment un instrument au service des plus grandes fédérations, comment expliquer que des "petits" pays aient parfois bénéficié de décisions favorables lors des dernières Coupes du Monde, la réalité est bien plus nuancée que ta thèse.
Enfin, tu critiques sans proposer d'alternative. Ton constat est très pessimiste, mais tu ne proposes aucune piste pour améliorer les choses, faudrait-il former davantage les arbitres, faudrait-il généraliser le VAR sur certains types de fautes seulement, faudrait-il revoir les critères du carton rouge. Sans proposition concrète, ta critique reste un constat d'impuissance qui, aussi légitime soit-il sur le fond, ne permet pas d'avancer, et si le système est si corrompu, comment expliques-tu que des réformes comme le VAR ou la transparence des dialogues arbitres aient été mises en place ces dernières années.
En résumé, ton message est passionnant parce qu'il touche à des questions réelles, l'arbitrage imparfait, le déclin relatif de la Coupe du Monde, l'évolution du jeu, mais il souffre de raccourcis logiques, confondre erreur et manipulation, confondre professionnalisme et infaillibilité, confondre évolution économique et décadence morale, vouloir des choses contradictoires, et ne pas étayer ses accusations par des faits précis. Je ne dis pas que le football est parfait, loin de là, mais je pense qu'il est plus juste d'y voir un sport en transformation parfois maladroite qu'un immense complot politique, les erreurs des arbitres sont souvent plus banales et plus humaines que tu ne veux bien l'admettre.
En tout cas, merci pour ce message qui m'a poussé à réfléchir, si tu as des exemples précis de décisions que tu juges politiques, je suis preneur pour en discuter plus en détail.