Chapitre 25 – Décollage immédiat, direction l’univers 6 !!
Les nuages s’écartèrent comme un rideau. Une silhouette plongea, rapide, directe.
Goten posa les pieds sur la pelouse de Capsule Corp un peu plus fort que prévu. L’herbe s’écrasa, la terre souffla, et il dut faire deux pas pour rattraper son équilibre. Il n’y eut pas de cratère, mais la pelouse, elle, protesta en silence.
Il releva la tête, repoussa une mèche de cheveux noirs tombée sur son front et tomba presque nez à nez avec Bulma.
Elle se tenait là, bras croisés, tapant du pied comme un professeur prêt à sermonner son élève. Son haut jaune, son jean et son collier de perles n’enlevaient rien à l’autorité du regard.
— Mon paysagiste va être millionnaire grâce à vous.
— … Pardon, s’excusa Goten.
Bulma soupira, comme si elle venait de signer un pacte avec l’univers.
— Bon. Dépêche-toi. Ils t’attendent.
Goten la suivit en trottinant. Plus il approchait, plus il sentait les présences : certaines familières, chaudes ; d’autres plus lourdes, plus silencieuses.
Et là, il le vit.
Le vaisseau.
Il reposait sur le gazon comme un animal tombé du ciel: massif, calme, presque indifférent à l’endroit où il se trouvait. Sa forme avait quelque chose de bizarrement logique : trois étages superposés, trois modules empilés, attachés par des couronnes d’arrimage et des joints d’éjection, comme si on avait clipsé trois navettes autonomes pour n’en faire qu’une. Des clapets et des crochets magnétiques ceinturaient chaque niveau. Un appareil pensé pour traverser le vide et capable, au besoin, de se séparer en trois.
Goten cligna des yeux.
— … Donc c’est vraiment sérieux, murmura-t-il.
Un bruit de voix, plus loin, attira son attention. Il tourna la tête… et tout le monde était réuni.
Goku se tenait là, haut de gi bleu et pantalon orangé serrés par une ceinture blanche. Il discutait tranquillement avec Tenshinhan, comme si partir dans un autre univers ressemblait à une promenade classique. Le triclope, bras croisés sous sa grande cape blanche, portait sa tunique noire bordée de rouge, son pantalon jaune bouffant et ses jambières vertes. Il avait cette immobilité de moine qui rend même le silence poli.
Juste à côté d’eux, Guma se tenait main sur la hanche. Très grand, très musclé, marques rouges sur les joues et longs cheveux bruns : une présence qui remplissait l’espace sans effort. Oob, lui, restait un peu en retrait, droit, sérieux et humble dans son gi vert.
Goten inspira.
— Salut tout le monde !
Les réponses fusèrent, plus ou moins. Goku lui fit un grand signe. Pan cria son prénom ; elle portait sa veste de survêt rouge, un jean, un chignon haut retenu par un élastique vert, et sa frange impeccable ne bougeait pas d’un millimètre. Vegeta, lui, ne fit rien. Oob lui adressa un sourire discret. Marron leva la main.
Goten pointa aussitôt le cockpit du vaisseau, où l’on devinait une silhouette aux cheveux attachés.
— C’est elle, hein ? La princesse.
Marron, dans son sweat-robe blanc et son béret bordeaux, lui donna un petit coup de coude.
— Oui. Et je te préviens : princesse ou pas, tu maintiens tes pulsions.
Goten ouvrit grand les yeux.
— Mes quoi ?!
— Tes pulsions. Ton cerveau de garçon. Ta façon de regarder les filles comme si tu venais de découvrir le feu.
Goten posa une main sur son cœur, dramatique.
— Vous êtes vraiment méchantes.
Bra vint se placer près d’elles. Son chignon haut bleu-vert était tenu net, ses grands anneaux dorés attrapaient la lumière comme de petits trophées, et son sweat jaune court affichait le symbole Capsule Corp au milieu, au-dessus d’un legging noir.
— Il va encore se faire un film, lâcha-t-elle.
Marron prit un air innocent.
— Non. Un film, ça se termine en deux heures.
Pan ricana, déjà hilare.
— Il rougit, il rougit !
— Je rougis pas ! protesta Goten… en sentant la chaleur lui monter aux joues.
Il prit une inspiration pour reprendre contenance quand une main se posa sur son épaule.
Gohan.
Un pull simple à boutons, lunettes sur le nez, et une expression sérieuse : ça suffisait pour sentir venir une mauvaise nouvelle.
— Salut, petit frère, dit-il.
Goten le détailla, sourcils froncés, comme s’il cherchait une explication cousue dans la chemise.
— T’es pas… prêt.
Gohan secoua la tête.
— Je ne viens pas cette fois-ci.
Goten cligna des yeux.
— Hein ?! Mais… c’est toi le scientifique ! protesta-t-il.
— Justement. Et c’est aussi moi qui ai un séminaire immanquable demain.
Goten resta figé, puis répéta, incrédule:
— Un séminaire… immanquable.
— Oui.
— Dans une situation de virus qui apprend à nous manger ?
— Oui.
Goten fit un pas en arrière, comme s’il venait de se prendre une gifle invisible.
Gohan commença :
— C’est un séminaire sur…
— Je m’en fiche ! coupa Goten, choqué par sa propre audace.
Gohan écarquilla les yeux, surpris, avant de laisser apparaître un sourire. Il n’en tenait pas rigueur à Goten. Il comprenait, au fond. Mais cela ne changeait rien.
— Je sais, dit-il. Et je déteste ça. Mais j’ai préparé tout ce que j’ai pu. Bra a de quoi travailler.
Goten allait répondre quand son regard fut attiré, malgré lui… vers Aya.
Jusqu’ici, la carrure de Guma l’avait partiellement masquée. Aya se tenait les mains derrière le dos : cheveux blancs en bataille, plume plantée dans la chevelure, yeux dorés. Gi beige complet, pieds nus sur l’herbe, comme si le sol devait s’habituer à sa présence.
Goten sentit son ventre faire un drôle de nœud.
Il se détourna brusquement, comme s’il venait de se brûler.
— Qu’est-ce qu’elle fait là ? lâcha-t-il, trop vite.
Et il se mit à trottiner vers elle, sans même s’en rendre compte.
Derrière lui, Bra leva un sourcil.
— Désolée, Gohan, mais on dirait que ton frère est sur un autre dossier.
Marron et Pan rigolèrent ensemble, complices, comme deux spectatrices qui connaissaient déjà la suite.
Gohan soupira… puis se tourna vers les trois filles, qui étaient déjà tout près. Il sortit de sa poche une petite clé USB.
— C’est quoi ?
— Des cours, répondit Gohan.
Pan ouvrit grand les yeux.
— Des cours ? On part sauver un peuple et tu nous donnes des devoirs ?
Gohan continua sans considérer la remarque et tendit la clé à Bra.
— Là-dedans, des modules courts. Ciblés. Virologie, vaccinologie, protocoles, erreurs à éviter. Tu ne deviens pas chercheuse en deux semaines, mais tu peux devenir efficace sur un remède précis. Et je sais que tu peux.
— Pas de repos pour les génies, déclara Bra en prenant la clé du bout des doigts.
Gohan se tourna vers Pan; son ton devint plus grave.
— Pan. C’est ta première vraie aventure dans l’espace.
Pan gonfla la poitrine.
— Je suis pas un bébé.
— Je sais, répondit Gohan. Moi non plus, je ne me croyais pas « un bébé » quand je suis parti pour Namek.
Pan souffla, faussement blasée.
— Je sais. Freezer, tout ça. Vous m’en avez parlé mille fois.
Vegeta, qui traînait à côté dans son t-shirt bleu marine et son pantalon noir, lâcha sans lever les yeux :
— Et ça n’a jamais suffi à rendre quelqu’un prudent.
Pan lui lança un regard.
— Merci pour ton encouragement.
Gohan reprit, plus calme.
— Je croyais que ça allait bien se passer. Je croyais que j’étais prêt. Et puis j’ai compris que l’espace… c’est vaste. Et que les monstres, ça voyage.
Pan serra les poings. Son sourire resta, mais il devint plus nerveux.
— Je serai prudente.
Gohan la regarda un instant, puis posa sa main sur sa tête.
— C’est tout ce que je veux entendre.
Un mouvement derrière la verrière du cockpit attira l’attention.
Runya était déjà aux commandes depuis un moment, invisible, concentrée. Puis elle apparut enfin, sortant du cockpit pour descendre du vaisseau. Droite, visage fermé, présence de pilote et de princesse à la fois.
Elle s’arrêta au pied de la rampe. Son regard balaya le groupe, s’arrêta sur Goku et Vegeta, puis sur les jeunes.
— Tout est prêt, annonça-t-elle. Nous pouvons embarquer.
Pan attrapa son sac immédiatement. Oob prit le sien, plus discrètement. Bra ajusta son sweat, vérifia la clé USB dans sa poche, puis prit son sac. Goten revint en trottinant. Aya se dirigea vers la rampe sans un mot, sur le métal froid. Guma suivit, calme. Vegeta passa comme une évidence.
Marron hésita une demi-seconde. Pas par peur. Parce qu’elle réalisait.
Elle se tourna vers ses parents.
Krilin, dans son blouson à col fourrure, essayait d’avoir l’air détendu et échouait. N°18, bras croisés, semblait inatteignable : une combinaison turquoise parfaitement taillée, cintrée par une ceinture à la taille, et les manches retroussées. Ses boucles d’oreilles et son pendentif turquoise répondaient à la tenue, et plusieurs bracelets tintaient à peine quand elle bougeait. Le tout était complété de bottines blanches à talon.
Marron s’approcha.
— Ça va aller, dit-elle.
Krilin sourit trop vite.
— Oui ! Oui, oui. Ça va. Je suis pas inquiet. C’est un vaisseau. C’est l’espace. Vous avez Goku, Vegeta et… les autres. Tout va bien se passer.
Marron sourit, émue malgré elle.
— Papa… respire.
Krilin inspira, exagérément.
— Voilà. Je respire.
— Fais attention à toi, dit N°18.
— Oui, maman, répondit Marron avec un sourire encore plus grand.
Marron leva la main.
— À bientôt !
— À BIENTÔT !! répondit Krilin très fort.
N°18 ne bougea pas… puis, au moment exact où Marron tournait pour monter, sa main vint se poser brièvement sur l’épaule de Krilin. Juste une pression. Juste assez.
Krilin se calma d’un millimètre.
Goku entra le dernier et salua Tenshinhan d’un sourire.
— Je compte sur toi pour ne pas laisser la Terre s’ennuyer, dit-il.
Tenshinhan répondit simplement:
— Revenez vivants.
Yamcha leva la main, ironique; Puerh flottait près de lui comme un petit satellite.
— Et ramenez-moi un souvenir qui ne veut pas me tuer, si possible.
Bulma, à côté, roula des yeux.
— Ils ne vont pas faire du tourisme ! lança la patronne de la célèbre entreprise, toujours agacée par la nonchalance de ses amis.
Yamcha la regarda, un sourire nerveux au coin des lèvres.
— Tu prends toujours tout au premier degré.
Goku rit.
— Promis !
L’accès à l’appareil spatial se referma.
À l’intérieur, c’était un vrai vaisseau de voyage : cockpit, salon avec deux canapés face à face et une table au milieu, un coin nourriture coincé entre des rangements, une salle de bain et quatre chambres. Le tout… en triple, réparti dans les trois modules.
Certains prirent des sièges. D’autres se laissèrent tomber sur les canapés.
Vegeta resta debout, bras croisés, dos contre une cloison, comme si le confort était une faiblesse. Marron serra son sac contre elle. Aya regardait dehors. Guma, silencieux, ferma les yeux un instant.
Runya posa ses mains sur les commandes.
— Accrochez-vous, dit-elle.
Goten fit le malin.
— Franchement, c’est pas si…
Runya lança le décollage.
La poussée arriva d’un coup. La capitale Ouest devint un point. La Terre disparut en quelques secondes, et le monde se fit plus silencieux.
Goten était allongé, plaqué au sol.
— … Ça part fort, marmonna-t-il, vexé.
Marron pouffa de rire. Vegeta ne bougea même pas.
— Attache-toi la prochaine fois, dit-il.
Oob, jusque là silencieux, colla son visage au hublot. Pan fit de même.
— On est partis !
Bra, revêtit une blouse, puis chercha un espace pour travailler et poser son matériel. Aya ne parlait pas. Guma non plus.
Goku s’étira.
— Bon… ça sent l’aventure.
Vegeta grogna.
— Ça sent surtout les ennuis.
Le vaisseau accéléra encore. Et le système solaire disparut derrière eux.
* * * * * * *
Quelques jours passèrent.
Dans le vaisseau, le temps n’avait plus la même forme. Pas de jour dehors, pas de nuit dehors : seulement des cycles, des lumières, des repas, des silences, et des gens qui apprenaient à vivre dans une boîte métallique en route vers un autre univers.
Marron se réveilla d’un coup, comme si quelqu’un avait changé la gravité pendant son sommeil. Son cardigan orange pendait sur ses épaules, son chignon haut tenait par pure chance, et elle bâilla si fort qu’on aurait pu croire qu’elle aspirait l’air du vaisseau.
Elle sortit de sa couchette en marchant droit.
BAM
Elle se prit la porte.
Enfin… « la porte ». Une paroi coulissante censée s’ouvrir automatiquement, mais qui avait visiblement décidé que Marron n’était pas une priorité.
Marron resta une seconde collée contre le métal, les yeux mi-clos.
— D’accord… toi et moi, on va avoir une discussion.
La porte s’ouvrit enfin, avec un petit bruit innocent.
Marron traversa le couloir pieds nus, s’étira, encore à moitié ailleurs, guidée par un seul objectif : le café.
Elle trouva la machine dans le coin cuisine, appuya sur un bouton, et regarda le liquide couler comme s’il s’agissait d’un médicament.
— Merci, souffla-t-elle.
Avec son mug brûlant, elle rejoignit le salon.
Sur un canapé, Pan était en tenue sport: débardeur gris, short sombre, queue de cheval longue, frange impeccable. Elle mangeait des céréales dans un bol gigantesque, jambes repliées, complètement à l’aise.
— ’alut, fit-elle la bouche pleine.
Un battement de cils trahit la stupeur de la terrienne.
— … Tu manges des céréales. Dans l’espace.
Pan haussa les épaules.
— C’est bon, les céréales.
Marron allait répondre quand elle aperçut Bra.
Cheveux attachés sur le côté avec des nœuds rouges. Débardeur à fines bretelles, culotte, et blouse par-dessus. Elle était penchée sur un microscope, avec des feuilles empilées, des dessins. Elle écrivait tout en jetant un œil à l’oculaire, comme si son cerveau travaillait en double écran.
Marron resta bouche ouverte.
— … Tu fais quoi ?
Bra répondit sans lever les yeux.
— Je bosse.
— Ça, j’avais compris.
Bra soupira, comme si Marron venait de demander pourquoi l’eau mouille.
— Je vérifie les protocoles. Je relis. Je recopie. Je fais des schémas. Et je compare des données.
Marron s’approcha, fascinée.
— T’as appris tout ça… en quelques jours ?
Bra grimaça.
— « Appris », c’est un grand mot. Disons que j’ai avalé un manuel, et que je refuse de le recracher.
Après un court silence, rythmé par la cuillère de Pan, Marron demanda :
— Et… on arrive quand dans l’univers 6 ?
Bra écrivit une dernière ligne, puis répondit, toujours sans lever la tête :
— On y est déjà.
Marron se figea.
— Hein ?
Bra continua d’écrire.
— On est entrés cette nuit, reprit Bra.
Marron regarda autour d’elle, paniquée. Elle attendait une secousse, un bruit fracassant, un changement de pression. Mais il n’y eut rien.
— Mais… c’est nul, lâcha-t-elle, sincère. Je m’attendais à un truc incroyable. Des alarmes, un « BOUM », un… truc !
Bra leva enfin les yeux.
— Ça a fait « bip ».
— Juste bip ?
— Bip.
Marron se laissa tomber sur une chaise.
— Je me sens arnaquée.
C’est là qu’elle les vit.
Au sol, Goku et Vegeta étaient assis face à face. Yeux fermés, dos droits, respiration lente. Une pression invisible flottait entre eux comme deux courants d’air qui se rentraient dedans : un duel mental.
Vegeta portait un débardeur avec la lettre « V » et un short, l’air de faire ça entre deux séries de pompes. Goku, lui, portait un maillot noir et un bas de gi clair, serré par une ceinture noire nouée.
Et le plus perturbant…
Goku souriait. Vegeta aussi. Un petit sourire mince, rare, comme s’ils s’amusaient vraiment.
Marron frissonna.
— … C’est leur façon de passer le temps ?
Bra ajouta :
— Ça évite qu’ils s’engueulent.
Marron fixa les deux monstres assis.
— Ça… évite.
Marron porta sa tasse à ses lèvres et but une gorgée, lente, comme si le café devait aussi lui remettre le courage en place. Pan posa son bol vide sur la table, puis frotta distraitement son short, retirant une peluche imaginaire, juste pour occuper ses mains.
Dans le cockpit ouvert, à deux mètres, Runya avait entendu. Elle resta une seconde immobile, mains sur les commandes, regard accroché à la verrière.
Bip
Elle bascula le pilotage en automatique ; un voyant passa au vert. Puis elle quitta son siège et rejoignit le salon sans presser le pas, droite, calme, comme si elle avait déjà pris sa décision depuis longtemps.
Marron la vit arriver du coin de l’œil. Et seulement là, avec Runya dans la pièce, la question lui échappa, plus grave que prévu :
— Sérieux… qui enverrait un virus juste pour vous ?
Bra posa son stylo.
— Pas parce que vous êtes “mauvais”. C’est l’inverse, justement.
Pan fronça les sourcils.
— Hein ?
Bra leva légèrement le menton vers Runya, puis vers le vide derrière la verrière.
— Des justiciers, ça ne se contrôle pas. Ça aide, ça s’interpose, ça protège… même quand ça dérange des gens « importants ». Alors certains préfèrent agir avant.
Marron déglutit.
— Donc… ce n’est pas de la vengeance. C’est de la prévention.
Bra hocha la tête.
— Ou de la lâcheté.
Runya, déjà près des canapés, répondit d’une voix calme, tranchante :
— Des personnes qui ont peur de notre force.
La phrase tomba dans le salon, froide et claire.
Puis, comme si elle avait une trajectoire, elle glissa dans le bourdonnement des moteurs, s’accrocha aux ondes, traversa le silence noir entre les mondes…
* * * * * * *
Sur une planète qu’aucun de leurs yeux ne pouvait encore distinguer, une antenne se mit à crépiter.
Un technicien releva la tête brusquement. La combinaison de travail, les mains sales… et le regard d’un enfant devant un jouet interdit.
Le petit homme tapa trois commandes; la courbe sur l’écran bondit.
— Signal entrant… confirmé !
Il n’attendit pas d’ordre. Il arracha son casque, tourna les talons et partit en courant, bottes claquant sur le métal. Il déboula devant une porte, se redressa et exécuta un salut militaire.
— Seigneurs… le détecteur émet à nouveau. Ils sont là.
La salle de réunion était déjà pleine.
Plusieurs silhouettes importantes entouraient une table. Petits corps, grands cerveaux. Visages fermés, doigts croisés, regards aiguisés.
Et au bout, dans l’ombre, une silhouette plus petite… mais plus lourde. Une moustache immense se devinait dans la pénombre. La posture d’un vieux démon qui avait déjà gagné la partie dans sa tête.
La silhouette leva la tête et sourit. Un sourire trop large, trop content, malveillant jusqu’aux oreilles.
— Enfin…, dit une voix basse.
Le technicien déglutit. Les autres se redressèrent.
— Alors il est temps… d’entamer la phase 3.
Personne ne prononça le nom de ce vieil homme, mais la pièce entière comprit.
Derrière cette moustache, derrière ce rictus… quelque chose d’autre sembla bouger.
Une présence qui n’avait rien d’ordinaire.
