Dragon Ball - Next Journey

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Re: Dragon Ball - Next Journey

Messagepar Gakin le Dim Fév 01, 2026 20:32

Chapitre 25 – Décollage immédiat, direction l’univers 6 !!


Les nuages s’écartèrent comme un rideau. Une silhouette plongea, rapide, directe.

Goten posa les pieds sur la pelouse de Capsule Corp un peu plus fort que prévu. L’herbe s’écrasa, la terre souffla, et il dut faire deux pas pour rattraper son équilibre. Il n’y eut pas de cratère, mais la pelouse, elle, protesta en silence.

Il releva la tête, repoussa une mèche de cheveux noirs tombée sur son front et tomba presque nez à nez avec Bulma.

Elle se tenait là, bras croisés, tapant du pied comme un professeur prêt à sermonner son élève. Son haut jaune, son jean et son collier de perles n’enlevaient rien à l’autorité du regard.

— Mon paysagiste va être millionnaire grâce à vous.
— … Pardon, s’excusa Goten.

Bulma soupira, comme si elle venait de signer un pacte avec l’univers.

— Bon. Dépêche-toi. Ils t’attendent.

Goten la suivit en trottinant. Plus il approchait, plus il sentait les présences : certaines familières, chaudes ; d’autres plus lourdes, plus silencieuses.

Et là, il le vit.
Le vaisseau.

Il reposait sur le gazon comme un animal tombé du ciel: massif, calme, presque indifférent à l’endroit où il se trouvait. Sa forme avait quelque chose de bizarrement logique : trois étages superposés, trois modules empilés, attachés par des couronnes d’arrimage et des joints d’éjection, comme si on avait clipsé trois navettes autonomes pour n’en faire qu’une. Des clapets et des crochets magnétiques ceinturaient chaque niveau. Un appareil pensé pour traverser le vide et capable, au besoin, de se séparer en trois.

Goten cligna des yeux.

— … Donc c’est vraiment sérieux, murmura-t-il.

Un bruit de voix, plus loin, attira son attention. Il tourna la tête… et tout le monde était réuni.

Goku se tenait là, haut de gi bleu et pantalon orangé serrés par une ceinture blanche. Il discutait tranquillement avec Tenshinhan, comme si partir dans un autre univers ressemblait à une promenade classique. Le triclope, bras croisés sous sa grande cape blanche, portait sa tunique noire bordée de rouge, son pantalon jaune bouffant et ses jambières vertes. Il avait cette immobilité de moine qui rend même le silence poli.
Juste à côté d’eux, Guma se tenait main sur la hanche. Très grand, très musclé, marques rouges sur les joues et longs cheveux bruns : une présence qui remplissait l’espace sans effort. Oob, lui, restait un peu en retrait, droit, sérieux et humble dans son gi vert.

Goten inspira.

— Salut tout le monde !

Les réponses fusèrent, plus ou moins. Goku lui fit un grand signe. Pan cria son prénom ; elle portait sa veste de survêt rouge, un jean, un chignon haut retenu par un élastique vert, et sa frange impeccable ne bougeait pas d’un millimètre. Vegeta, lui, ne fit rien. Oob lui adressa un sourire discret. Marron leva la main.

Goten pointa aussitôt le cockpit du vaisseau, où l’on devinait une silhouette aux cheveux attachés.

— C’est elle, hein ? La princesse.

Marron, dans son sweat-robe blanc et son béret bordeaux, lui donna un petit coup de coude.

— Oui. Et je te préviens : princesse ou pas, tu maintiens tes pulsions.

Goten ouvrit grand les yeux.

— Mes quoi ?!
— Tes pulsions. Ton cerveau de garçon. Ta façon de regarder les filles comme si tu venais de découvrir le feu.

Goten posa une main sur son cœur, dramatique.

— Vous êtes vraiment méchantes.

Bra vint se placer près d’elles. Son chignon haut bleu-vert était tenu net, ses grands anneaux dorés attrapaient la lumière comme de petits trophées, et son sweat jaune court affichait le symbole Capsule Corp au milieu, au-dessus d’un legging noir.

— Il va encore se faire un film, lâcha-t-elle.

Marron prit un air innocent.

— Non. Un film, ça se termine en deux heures.

Pan ricana, déjà hilare.

— Il rougit, il rougit !
— Je rougis pas ! protesta Goten… en sentant la chaleur lui monter aux joues.

Il prit une inspiration pour reprendre contenance quand une main se posa sur son épaule.

Gohan.

Un pull simple à boutons, lunettes sur le nez, et une expression sérieuse : ça suffisait pour sentir venir une mauvaise nouvelle.

— Salut, petit frère, dit-il.

Goten le détailla, sourcils froncés, comme s’il cherchait une explication cousue dans la chemise.

— T’es pas… prêt.

Gohan secoua la tête.

— Je ne viens pas cette fois-ci.

Goten cligna des yeux.

— Hein ?! Mais… c’est toi le scientifique ! protesta-t-il.
— Justement. Et c’est aussi moi qui ai un séminaire immanquable demain.

Goten resta figé, puis répéta, incrédule:

— Un séminaire… immanquable.
— Oui.
— Dans une situation de virus qui apprend à nous manger ?
— Oui.

Goten fit un pas en arrière, comme s’il venait de se prendre une gifle invisible.

Gohan commença :

— C’est un séminaire sur…
— Je m’en fiche ! coupa Goten, choqué par sa propre audace.

Gohan écarquilla les yeux, surpris, avant de laisser apparaître un sourire. Il n’en tenait pas rigueur à Goten. Il comprenait, au fond. Mais cela ne changeait rien.

— Je sais, dit-il. Et je déteste ça. Mais j’ai préparé tout ce que j’ai pu. Bra a de quoi travailler.

Goten allait répondre quand son regard fut attiré, malgré lui… vers Aya.
Jusqu’ici, la carrure de Guma l’avait partiellement masquée. Aya se tenait les mains derrière le dos : cheveux blancs en bataille, plume plantée dans la chevelure, yeux dorés. Gi beige complet, pieds nus sur l’herbe, comme si le sol devait s’habituer à sa présence.

Goten sentit son ventre faire un drôle de nœud.

Il se détourna brusquement, comme s’il venait de se brûler.

— Qu’est-ce qu’elle fait là ? lâcha-t-il, trop vite.

Et il se mit à trottiner vers elle, sans même s’en rendre compte.
Derrière lui, Bra leva un sourcil.

— Désolée, Gohan, mais on dirait que ton frère est sur un autre dossier.

Marron et Pan rigolèrent ensemble, complices, comme deux spectatrices qui connaissaient déjà la suite.

Gohan soupira… puis se tourna vers les trois filles, qui étaient déjà tout près. Il sortit de sa poche une petite clé USB.

— C’est quoi ?
— Des cours, répondit Gohan.

Pan ouvrit grand les yeux.

— Des cours ? On part sauver un peuple et tu nous donnes des devoirs ?

Gohan continua sans considérer la remarque et tendit la clé à Bra.

— Là-dedans, des modules courts. Ciblés. Virologie, vaccinologie, protocoles, erreurs à éviter. Tu ne deviens pas chercheuse en deux semaines, mais tu peux devenir efficace sur un remède précis. Et je sais que tu peux.
— Pas de repos pour les génies, déclara Bra en prenant la clé du bout des doigts.

Gohan se tourna vers Pan; son ton devint plus grave.

— Pan. C’est ta première vraie aventure dans l’espace.

Pan gonfla la poitrine.

— Je suis pas un bébé.
— Je sais, répondit Gohan. Moi non plus, je ne me croyais pas « un bébé » quand je suis parti pour Namek.

Pan souffla, faussement blasée.

— Je sais. Freezer, tout ça. Vous m’en avez parlé mille fois.

Vegeta, qui traînait à côté dans son t-shirt bleu marine et son pantalon noir, lâcha sans lever les yeux :

— Et ça n’a jamais suffi à rendre quelqu’un prudent.

Pan lui lança un regard.

— Merci pour ton encouragement.

Gohan reprit, plus calme.

— Je croyais que ça allait bien se passer. Je croyais que j’étais prêt. Et puis j’ai compris que l’espace… c’est vaste. Et que les monstres, ça voyage.

Pan serra les poings. Son sourire resta, mais il devint plus nerveux.

— Je serai prudente.

Gohan la regarda un instant, puis posa sa main sur sa tête.

— C’est tout ce que je veux entendre.

Un mouvement derrière la verrière du cockpit attira l’attention.

Runya était déjà aux commandes depuis un moment, invisible, concentrée. Puis elle apparut enfin, sortant du cockpit pour descendre du vaisseau. Droite, visage fermé, présence de pilote et de princesse à la fois.
Elle s’arrêta au pied de la rampe. Son regard balaya le groupe, s’arrêta sur Goku et Vegeta, puis sur les jeunes.

— Tout est prêt, annonça-t-elle. Nous pouvons embarquer.

Pan attrapa son sac immédiatement. Oob prit le sien, plus discrètement. Bra ajusta son sweat, vérifia la clé USB dans sa poche, puis prit son sac. Goten revint en trottinant. Aya se dirigea vers la rampe sans un mot, sur le métal froid. Guma suivit, calme. Vegeta passa comme une évidence.

Marron hésita une demi-seconde. Pas par peur. Parce qu’elle réalisait.
Elle se tourna vers ses parents.

Krilin, dans son blouson à col fourrure, essayait d’avoir l’air détendu et échouait. N°18, bras croisés, semblait inatteignable : une combinaison turquoise parfaitement taillée, cintrée par une ceinture à la taille, et les manches retroussées. Ses boucles d’oreilles et son pendentif turquoise répondaient à la tenue, et plusieurs bracelets tintaient à peine quand elle bougeait. Le tout était complété de bottines blanches à talon.

Marron s’approcha.

— Ça va aller, dit-elle.

Krilin sourit trop vite.
— Oui ! Oui, oui. Ça va. Je suis pas inquiet. C’est un vaisseau. C’est l’espace. Vous avez Goku, Vegeta et… les autres. Tout va bien se passer.

Marron sourit, émue malgré elle.

— Papa… respire.

Krilin inspira, exagérément.

— Voilà. Je respire.
— Fais attention à toi, dit N°18.
— Oui, maman, répondit Marron avec un sourire encore plus grand.

Marron leva la main.

— À bientôt !
— À BIENTÔT !! répondit Krilin très fort.

N°18 ne bougea pas… puis, au moment exact où Marron tournait pour monter, sa main vint se poser brièvement sur l’épaule de Krilin. Juste une pression. Juste assez.
Krilin se calma d’un millimètre.

Goku entra le dernier et salua Tenshinhan d’un sourire.

— Je compte sur toi pour ne pas laisser la Terre s’ennuyer, dit-il.

Tenshinhan répondit simplement:

— Revenez vivants.

Yamcha leva la main, ironique; Puerh flottait près de lui comme un petit satellite.

— Et ramenez-moi un souvenir qui ne veut pas me tuer, si possible.

Bulma, à côté, roula des yeux.

— Ils ne vont pas faire du tourisme ! lança la patronne de la célèbre entreprise, toujours agacée par la nonchalance de ses amis.

Yamcha la regarda, un sourire nerveux au coin des lèvres.

— Tu prends toujours tout au premier degré.

Goku rit.

— Promis !

L’accès à l’appareil spatial se referma.

À l’intérieur, c’était un vrai vaisseau de voyage : cockpit, salon avec deux canapés face à face et une table au milieu, un coin nourriture coincé entre des rangements, une salle de bain et quatre chambres. Le tout… en triple, réparti dans les trois modules.

Certains prirent des sièges. D’autres se laissèrent tomber sur les canapés.

Vegeta resta debout, bras croisés, dos contre une cloison, comme si le confort était une faiblesse. Marron serra son sac contre elle. Aya regardait dehors. Guma, silencieux, ferma les yeux un instant.

Runya posa ses mains sur les commandes.

— Accrochez-vous, dit-elle.

Goten fit le malin.

— Franchement, c’est pas si…

Runya lança le décollage.
La poussée arriva d’un coup. La capitale Ouest devint un point. La Terre disparut en quelques secondes, et le monde se fit plus silencieux.
Goten était allongé, plaqué au sol.

— … Ça part fort, marmonna-t-il, vexé.

Marron pouffa de rire. Vegeta ne bougea même pas.

— Attache-toi la prochaine fois, dit-il.

Oob, jusque là silencieux, colla son visage au hublot. Pan fit de même.

— On est partis !

Bra, revêtit une blouse, puis chercha un espace pour travailler et poser son matériel. Aya ne parlait pas. Guma non plus.

Goku s’étira.

— Bon… ça sent l’aventure.

Vegeta grogna.

— Ça sent surtout les ennuis.

Le vaisseau accéléra encore. Et le système solaire disparut derrière eux.

* * * * * * *


Quelques jours passèrent.

Dans le vaisseau, le temps n’avait plus la même forme. Pas de jour dehors, pas de nuit dehors : seulement des cycles, des lumières, des repas, des silences, et des gens qui apprenaient à vivre dans une boîte métallique en route vers un autre univers.

Marron se réveilla d’un coup, comme si quelqu’un avait changé la gravité pendant son sommeil. Son cardigan orange pendait sur ses épaules, son chignon haut tenait par pure chance, et elle bâilla si fort qu’on aurait pu croire qu’elle aspirait l’air du vaisseau.

Elle sortit de sa couchette en marchant droit.

BAM

Elle se prit la porte.
Enfin… « la porte ». Une paroi coulissante censée s’ouvrir automatiquement, mais qui avait visiblement décidé que Marron n’était pas une priorité.

Marron resta une seconde collée contre le métal, les yeux mi-clos.

— D’accord… toi et moi, on va avoir une discussion.

La porte s’ouvrit enfin, avec un petit bruit innocent.

Marron traversa le couloir pieds nus, s’étira, encore à moitié ailleurs, guidée par un seul objectif : le café.

Elle trouva la machine dans le coin cuisine, appuya sur un bouton, et regarda le liquide couler comme s’il s’agissait d’un médicament.

— Merci, souffla-t-elle.

Avec son mug brûlant, elle rejoignit le salon.

Sur un canapé, Pan était en tenue sport: débardeur gris, short sombre, queue de cheval longue, frange impeccable. Elle mangeait des céréales dans un bol gigantesque, jambes repliées, complètement à l’aise.

— ’alut, fit-elle la bouche pleine.

Un battement de cils trahit la stupeur de la terrienne.

— … Tu manges des céréales. Dans l’espace.

Pan haussa les épaules.

— C’est bon, les céréales.

Marron allait répondre quand elle aperçut Bra.
Cheveux attachés sur le côté avec des nœuds rouges. Débardeur à fines bretelles, culotte, et blouse par-dessus. Elle était penchée sur un microscope, avec des feuilles empilées, des dessins. Elle écrivait tout en jetant un œil à l’oculaire, comme si son cerveau travaillait en double écran.

Marron resta bouche ouverte.

— … Tu fais quoi ?

Bra répondit sans lever les yeux.

— Je bosse.
— Ça, j’avais compris.

Bra soupira, comme si Marron venait de demander pourquoi l’eau mouille.

— Je vérifie les protocoles. Je relis. Je recopie. Je fais des schémas. Et je compare des données.

Marron s’approcha, fascinée.

— T’as appris tout ça… en quelques jours ?

Bra grimaça.

— « Appris », c’est un grand mot. Disons que j’ai avalé un manuel, et que je refuse de le recracher.

Après un court silence, rythmé par la cuillère de Pan, Marron demanda :

— Et… on arrive quand dans l’univers 6 ?

Bra écrivit une dernière ligne, puis répondit, toujours sans lever la tête :

— On y est déjà.

Marron se figea.

— Hein ?

Bra continua d’écrire.

— On est entrés cette nuit, reprit Bra.
Marron regarda autour d’elle, paniquée. Elle attendait une secousse, un bruit fracassant, un changement de pression. Mais il n’y eut rien.

— Mais… c’est nul, lâcha-t-elle, sincère. Je m’attendais à un truc incroyable. Des alarmes, un « BOUM », un… truc !

Bra leva enfin les yeux.

— Ça a fait « bip ».
— Juste bip ?
— Bip.

Marron se laissa tomber sur une chaise.

— Je me sens arnaquée.

C’est là qu’elle les vit.

Au sol, Goku et Vegeta étaient assis face à face. Yeux fermés, dos droits, respiration lente. Une pression invisible flottait entre eux comme deux courants d’air qui se rentraient dedans : un duel mental.
Vegeta portait un débardeur avec la lettre « V » et un short, l’air de faire ça entre deux séries de pompes. Goku, lui, portait un maillot noir et un bas de gi clair, serré par une ceinture noire nouée.

Et le plus perturbant…

Goku souriait. Vegeta aussi. Un petit sourire mince, rare, comme s’ils s’amusaient vraiment.

Marron frissonna.

— … C’est leur façon de passer le temps ?

Bra ajouta :

— Ça évite qu’ils s’engueulent.

Marron fixa les deux monstres assis.

— Ça… évite.

Marron porta sa tasse à ses lèvres et but une gorgée, lente, comme si le café devait aussi lui remettre le courage en place. Pan posa son bol vide sur la table, puis frotta distraitement son short, retirant une peluche imaginaire, juste pour occuper ses mains.

Dans le cockpit ouvert, à deux mètres, Runya avait entendu. Elle resta une seconde immobile, mains sur les commandes, regard accroché à la verrière.

Bip

Elle bascula le pilotage en automatique ; un voyant passa au vert. Puis elle quitta son siège et rejoignit le salon sans presser le pas, droite, calme, comme si elle avait déjà pris sa décision depuis longtemps.

Marron la vit arriver du coin de l’œil. Et seulement là, avec Runya dans la pièce, la question lui échappa, plus grave que prévu :

— Sérieux… qui enverrait un virus juste pour vous ?

Bra posa son stylo.

— Pas parce que vous êtes “mauvais”. C’est l’inverse, justement.

Pan fronça les sourcils.

— Hein ?

Bra leva légèrement le menton vers Runya, puis vers le vide derrière la verrière.

— Des justiciers, ça ne se contrôle pas. Ça aide, ça s’interpose, ça protège… même quand ça dérange des gens « importants ». Alors certains préfèrent agir avant.

Marron déglutit.

— Donc… ce n’est pas de la vengeance. C’est de la prévention.

Bra hocha la tête.

— Ou de la lâcheté.

Runya, déjà près des canapés, répondit d’une voix calme, tranchante :

— Des personnes qui ont peur de notre force.

La phrase tomba dans le salon, froide et claire.
Puis, comme si elle avait une trajectoire, elle glissa dans le bourdonnement des moteurs, s’accrocha aux ondes, traversa le silence noir entre les mondes…

* * * * * * *


Sur une planète qu’aucun de leurs yeux ne pouvait encore distinguer, une antenne se mit à crépiter.

Un technicien releva la tête brusquement. La combinaison de travail, les mains sales… et le regard d’un enfant devant un jouet interdit.
Le petit homme tapa trois commandes; la courbe sur l’écran bondit.

— Signal entrant… confirmé !

Il n’attendit pas d’ordre. Il arracha son casque, tourna les talons et partit en courant, bottes claquant sur le métal. Il déboula devant une porte, se redressa et exécuta un salut militaire.

— Seigneurs… le détecteur émet à nouveau. Ils sont là.

La salle de réunion était déjà pleine.

Plusieurs silhouettes importantes entouraient une table. Petits corps, grands cerveaux. Visages fermés, doigts croisés, regards aiguisés.

Et au bout, dans l’ombre, une silhouette plus petite… mais plus lourde. Une moustache immense se devinait dans la pénombre. La posture d’un vieux démon qui avait déjà gagné la partie dans sa tête.

La silhouette leva la tête et sourit. Un sourire trop large, trop content, malveillant jusqu’aux oreilles.

— Enfin…, dit une voix basse.

Le technicien déglutit. Les autres se redressèrent.

— Alors il est temps… d’entamer la phase 3.

Personne ne prononça le nom de ce vieil homme, mais la pièce entière comprit.
Derrière cette moustache, derrière ce rictus… quelque chose d’autre sembla bouger.
Une présence qui n’avait rien d’ordinaire.


Dernière édition par Gakin le Ven Mars 13, 2026 19:33, édité 1 fois.
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Re: Dragon Ball - Next Journey

Messagepar Gakin le Lun Fév 16, 2026 1:49

Avec un peu de retard, mais il est là ^^


Chapitre 26 – Séparation


Le vaisseau ralentit comme on retient un souffle. La poussée devint presque imperceptible et l’espace, soudain, ne sembla plus une route, mais une mer sombre sur laquelle on pouvait se permettre de dériver.

Au loin, Sadala occupait désormais la verrière comme un souvenir qui se rapproche. Une planète immense, nerveuse, striée de nappes nuageuses et de traînées d’ombre. Par instants, des éclats blanchâtres naissaient puis s’éteignaient à la surface, comme des coups de phare, des alarmes, ou des zones qui refusaient de s’effondrer en silence. Même d’aussi loin, on sentait que ce monde n’allait pas bien.

Dans le salon, tout le monde avait fini par se rassembler.

La pièce n’avait rien d’un pont de commandement, rien d’une salle d’apparat. C’était un lieu de passage, de fatigue, et de décisions prises sur des canapés trop usés pour paraître héroïques. Pourtant, depuis des jours, cette pièce avait appris à contenir la même chose que n’importe quel palais : des discussions, des silences, et cette manière très particulière dont un groupe se soude quand il n’a plus d’autre choix que d’avancer ensemble.

Runya quitta enfin le cockpit. Elle marcha jusqu’au salon sans précipitation, mais avec cette rigidité de pilote qui ne lâche pas les commandes, même après avoir quitté son siège. Sa présence changea l’air de la pièce. Elle n’avait pas besoin d’élever la voix : tout le monde comprit qu’à partir de maintenant, on n’était plus « en voyage ».

Goku se tenait tranquillement debout. Oob, droit et silencieux, avait le regard posé quelque part au-delà des parois, comme s’il imaginait déjà l’endroit où il mettrait les pieds. Guma, massif, immobile, paraissait taillé pour affronter n’importe quoi, et pourtant ses yeux suivaient les gens plus que les écrans. Aya restait légèrement en retrait, la plume frémissante. Elle avait cette manière de ne rien dire qui, paradoxalement, rendait sa présence plus audible que des phrases entières.

Bra portait une tenue de terrain : haut noir court avec un cœur rouge sur la poitrine, short kaki, sac à dos calé sur les épaules et baskets prêtes à mordre le sol. Elle avait l’air de pouvoir sprinter, grimper, et râler en même temps. Marron, elle, avait opté pour quelque chose de plus pratique : une veste courte bleue par-dessus un débardeur rouge, un pantalon cargo vert, et de solides bottes brunes. Goten oscillait entre excitation et nervosité. Il essayait de tenir droit, d’avoir l’air « responsable », mais ses yeux revenaient trop souvent vers Aya pour que ce soit un hasard.

Quant à Vegeta, il était adossé à une cloison, bras croisés, silhouette calme et fermée. Il avait laissé ses vêtements terriens pour une tenue locale : des sangles jaunes maintenaient un plastron argenté sur une sous-couche violette, par-dessus une combinaison bleue. Ça lui donnait un air de guerrier d’arène appartenant à Sadala autant qu’il appartenait au silence, comme si la planète, au lieu de le déstabiliser, l’avait rappelé à quelque chose de plus ancien en lui.

Runya posa la main sur le dossier du canapé et observa chacun à tour de rôle.

— Nous serons en vol stationnaire dans quelques minutes, dit-elle. Sadala nous a déjà repérés. Je veux que tout soit clair avant de franchir les lignes de défense.

Bra hocha la tête et prit la parole. Sa voix était posée, mais on sentait dessous une fatigue qui n’était pas celle du corps : plutôt celle des pensées qui tournent trop vite.

— J’ai été en contact avec leurs scientifiques ce matin, annonça-t-elle.

Tout le monde la regarda. Même Vegeta tourna légèrement la tête, ce qui, venant de lui, équivalait à un discours de trois pages.

Bra prit une inspiration.

— Ils manquent de composants. J’ai demandé si certains équivalents existaient ici, dans leur univers, ou quelque chose qui s’en rapproche.

Pan plissa les yeux.

— Et vous vous êtes compris ? Genre… vraiment ?

Bra hocha la tête, un peu fière malgré elle.

— On a décrit les molécules. Leur forme. Leur assemblage. Ce qu’elles « font » dans le corps. Ils sont très bons. Et oui… on s’est compris à l’oral, en comparant et en schématisant.

Marron cligna des yeux.

— Donc vous avez littéralement parlé en dessins de molécules.
— Exactement, répondit Bra. C’était… bizarrement satisfaisant.

Elle reprit, plus sombre :

— Le problème, c’est qu’ils n’ont pas assez de stock pour produire à grande échelle. Et il n’y a pas assez de Saiyens disponibles pour aller chercher ce qu’il manque.

Marron fronça les sourcils, comme si elle voulait transformer l’angoisse en logique.

— Pas de Saiyen disponible ?

Bra secoua la tête.

— Ils sont à bout. Ceux qui restent valides sont mobilisés ailleurs. Et les compétences techniques… ils ne peuvent pas quitter les zones protégées.

Un silence se posa dans le salon. Cette fois, ce n’était pas un silence de gêne : c’était un silence d’acceptation. La situation, là-bas, était plus grave que ce qu’on se raconte pour se rassurer.

Bra tapota ses feuilles, puis releva la tête.

— La Draconite de la planète Fantaji… c’est l’adjuvant. Ça donne le coup de fouet au vaccin. Et l’huile de Perle Noire sur la planète Wata… c’est la capsule. Ça protège la dose jusqu’à l’injection.

Goku sourit, comme si on venait de lui offrir un menu.

— Ok. Je prends le dragon.

Pan cligna des yeux.

— Tu prends… le dragon, comme ça ?
— Ben oui ! répondit Goku, tout content. Un dragon, c’est chouette !

Oob le regarda.

— Je viens avec toi.

Pan leva la main, déjà debout.

— Moi aussi.

Runya se tourna vers l’autre problème.

— Il reste l’huile.

Goten s’éclaircit la gorge, prêt à faire le héros… puis croisa le regard d’Aya.

Aya ne dit rien tout de suite. Elle s’approcha simplement, et sa voix, quand elle tomba, fut plus douce qu’on ne l’aurait cru.

— Je préfère être dans le groupe de Goten.

Goten eut un micro bug. Puis il se redressa, trop vite.

— Heu… oui. Enfin… je veux dire… d’accord.

Bra murmura, sans lever les yeux :

— Et il vient de perdre la capacité de parler.

Guma posa tranquillement une main sur sa hanche.

— Moi, je pars aussi avec eux. Si ça dure plusieurs jours, autant que ça ne finisse pas en catastrophe.

Vegeta se décrocha du mur comme si ça allait de soi.

— Je reste.

Marron inspira.

— Je reste aussi. Je peux aider, porter, classer, noter… je m’en fiche. Je veux juste être utile.

Bra hocha la tête, satisfaite.

— Les équipes sont faites.

Runya inspira, comme si elle verrouillait la décision dans sa poitrine.

— Bien. On se répartit dans les modules. On se coordonne par communication interne. Et on se retrouve dès qu’on a du concret.

Personne ne protesta, et tout le monde se sépara.

Le vaisseau vibra lorsqu’il engagea la procédure. Des lumières s’allumèrent sur les parois, des cliquetis coururent dans la structure et, dans un souffle métallique, les joints d’arrimage se déverrouillèrent.

On sentit le moment exact où l’appareil cessait d’être « un » pour redevenir « trois ».

Les modules se décrochèrent avec une précision presque élégante. Le vaisseau, naguère massif, devint une formation : trois navettes superposées qui glissèrent et s’écartèrent lentement, chacune prenant son axe, chacune choisissant son destin.

On se salua d’un geste, d’un sourire, d’un regard qui dura une seconde de plus parce qu’on savait que cette seconde compterait.

Et chacun partit vers sa mission.

* * * * * * *

Le module de Runya, Vegeta, Bra et Marron traversa l’atmosphère de Sadala comme une flèche.

La planète n’était pas seulement belle. Elle était tendue. On devinait des patrouilles, des signaux, des lignes de sécurité. Plus bas, des zones semblaient éteintes, comme des quartiers mis en quarantaine par la nuit elle-même.

Ils atterrirent sur une plateforme mêlant pierre et métal, au cœur d’une enceinte défendue. Les gardes restants avaient ce mélange de rigidité et d’épuisement qu’on voit chez ceux qui tiennent parce qu’ils n’ont pas le droit de tomber.

Un officier s’avança, salua Runya, puis murmura quelques mots.

Marron n’entendit pas bien la phrase, mais elle vit le visage de Runya se contracter.

— Mon père ? demanda Runya, plus bas.

L’officier hocha la tête.

— Il est mal en point, Princesse.

Runya serra les poings une fraction de seconde, puis reprit le contrôle, comme on remet une armure.

— Conduisez-moi au palais.

Marron leva les yeux.

Au loin, sur une hauteur, se dressait le palais royal. De loin, il évoquait une basilique : une silhouette claire, massive, ponctuée d’arcs et de contreforts, comme un sanctuaire bâti pour résister au ciel. Des tours épaisses montaient vers les nuages. Des rampes sculptées dessinaient des lignes de montée qui n’étaient pas faites pour « marcher », mais pour « se présenter ».

— C’est… magnifique, souffla Marron.

Vegeta, lui, n’accorda au palais qu’un regard fonctionnel, puis il décolla. Sans prévenir. Sans dire où il allait. Il partit, comme si l’air lui appartenait.

Marron resta bouche ouverte.

— Il va où ?!

Bra, étonnamment calme, répondit comme si la question avait déjà une réponse depuis toujours :

— Son élève est ici. Il est probablement allé le voir.

Marron cligna des yeux.

— Et il ne pouvait pas le dire ?

Bra haussa légèrement les épaules.

— C’est mon père.

Un garde s’approcha.

— Je vous guide vers le laboratoire.

Bra acquiesça.

— Allons-y.

Ils traversèrent la ville. Sadala avait ce visage particulier des endroits en crise : des rues encore vivantes, des marchés à moitié vides, des pas rapides, des regards bas. Et malgré tout, une énergie de survie, une fierté qui refusait de s’éteindre.

Dans un quartier plus pauvre, des tentes avaient été dressées. Tentes de soins. Tentes de fortune. Tentes de peur.

Et une voix les happa :

— Hé ! Vous là !

Une jeune Saiyenne surgit, portant une pile de vêtements sous un bras et, par-dessus, un gant de toilette. Elle avait une silhouette nerveuse, des cheveux en pics indomptables, un regard de braise. Sa tenue était simple et pratique : un haut noir court, un short cargo, des baskets rouges, un sac dans le dos, et des bracelets au poignet, comme si même le quotidien devait cliqueter au rythme d’un combat.

— Vous êtes les Terriens, pas vrai ? Marron ? Et Brassière ?

Bra la corrigea, sec.

— Bra.
— Ouais, voilà, Brassière, c’est ce que j’ai dit.

La Saiyenne se redressa, presque fière de son propre rythme.

— Moi, c’est Caulifla. Je prends le relais. Je vais les guider au labo.

Le garde hésita, puis s’inclina légèrement.

— Très bien.

Caulifla se tourna à nouveau vers Bra et Marron.

— Avant le labo… je dois aller voir Kale.

Marron se figea.

— Kale ? Elle est ici aussi ?

Caulifla serra les dents.

— Oui.

Elle les mena à une tente médicale plus grande. Elle releva le tissu d’entrée pour les laisser passer… et tout se passa en une seconde.

Sur un lit médical, Kale gisait inconsciente, couverte d’un drap.

Un homme était à califourchon sur elle. Ses mains serrées autour de son cou. Son visage tordu par la haine.

Il avait une coiffure hérissée, une crinière noire en pointes irrégulières, avec une mèche tombant de travers. Ses yeux étaient rouges, noyés de larmes et de rage. Ses traits tremblaient, comme si sa colère l’empêchait de respirer correctement.

Caulifla ne réfléchit pas. Elle s’élança.

Son pied frappa le visage de l’homme avec une violence sèche, précise, presque instinctive. Il vola sur le côté et s’écrasa au sol, sonné.

Deux soldats surgirent, alertés par le bruit.

Caulifla, dos à l’agresseur, fit un signe du pouce, sans même se retourner.

— Flanquez-moi ça dehors.

Les soldats l’attrapèrent par les bras et le tirèrent vers la sortie.

L’homme se débattit, la voix cassée :

— Elle a tué ma fille ! Elle… elle a tout détruit ! C’est une abomination ! Une tueuse d’enfant !

Caulifla fit un pas pour le rattraper, prête à lui rendre sa haine au centuple. Mais Bra et Marron la saisirent par réflexe pour la retenir. Elle hurla, d’un geste violent, insultant, désespéré :

— Elle était malade, pauvre con !!

Les soldats sortirent l’homme.

Le silence retomba. On n’entendait plus que le souffle faible de Kale.

Caulifla trembla, puis inspira. Elle posa la pile de vêtements au sol, trempa le gant dans une bassine, et s’approcha de sa protégée. Sa colère ne disparut pas. Elle changea juste de forme. Elle devint une protection.

Elle commença par nettoyer le cou de Kale, doucement, comme si elle avait peur de lui faire mal même en l’effleurant. Puis elle remonta, essuya la sueur, retint sa main comme si elle avait besoin de se rappeler qu’elle était capable de douceur.

Marron s’approcha, prudemment.

— Qu’est-ce qu’il s’est passé… ?

Caulifla serra les dents.

— Kale a été l’une des premières à attraper le virus.

Elle épongea le front de cette dernière avec lenteur.

— Au début… elle tenait. Elle disait que ça allait. Qu’elle allait gérer.

Sa voix trembla.

— Et puis son corps a chauffé. Son ki a déraillé. Elle a perdu… la notion des choses.

Sa voix se brisa une fraction de seconde.

— Elle est passée en Super Saiyen… et pas le « Super Saiyen sympa » hein. Le musclé.

Bra se figea.

— Le Berserk…

Caulifla hocha la tête, d’un mouvement sec.

— Elle a tout détruit. Des bâtiments. Des barrières. Des gens ont essayé de l’arrêter… ils n’ont pas eu le temps de comprendre.

Elle déglutit, puis posa le gant sur la joue de Kale, comme si ce geste était le seul endroit où sa tendresse pouvait encore vivre.

— On a galéré. Moi… et Cabba. On a réussi à la coincer, à la fatiguer, à la ramener… mais il y a eu des pertes.

Son regard glissa vers l’entrée, là où l’homme avait disparu.

— Sa fille.

Caulifla serra la mâchoire, essuya plus lentement la joue de Kale, comme si elle voulait la ramener à elle par la peau.

— Je comprends sa douleur. Mais venir finir Kale ici, pendant qu’elle est inconsciente… ça, c’est pas de la douleur. C’est de la lâcheté.

Bra sentit sa gorge se nouer, puis quelque chose se verrouilla en elle, net, comme un mécanisme.

— On doit aller au labo, souffla-t-elle.

Caulifla inspira longuement, les narines tremblantes, et se redressa avec cette dureté qu’on met quand on refuse de craquer.

— Ok. Je vous emmène. Mais gardez ça en tête : ici, le virus n’a pas seulement frappé les corps. Il a rendu certains… tarés.

Marron fit un petit signe de tête, raide.

— Super. C’est rassurant.

Caulifla lui lança un regard.

— Je préfère que vous soyez stressées plutôt que mortes.

Ils sortirent de la tente.

* * * * * * *

À l’autre bout de la ville, plus loin, là où la roche formait des plateaux et des creux familiers aux guerriers, un endroit ressemblait étrangement à un vieux champ d’affrontement : un terrain ouvert, poussiéreux, brut, comme si le décor lui-même invitait les poings à parler.

Cabba s’y entraînait.

Même tenue qu’à l’époque, même sérieux, mêmes gestes propres. Il frappait l’air, se déplaçait, respirait, répétait. Il avait grandi. Il avait gagné en densité, en contrôle. Mais il restait ce Saiyen discipliné, presque sage, qui travaillait comme s’il cherchait à être digne d’un regard.

Une voix surgit derrière lui, calme, presque amusée :

— Je vois que tu aimes toujours t’entraîner dans ce genre d’endroit.

Cabba se figea. Il se retourna. Et il le vit.

Vegeta se tenait là, immobile, la silhouette sombre découpée sur le ciel. Quand il aperçut son disciple, un sourire minuscule passa. Son élève était en vie. Et, pour une fois, le monde avait eu la décence de faire quelque chose correctement.

Cabba eut un temps d’arrêt. Puis son visage se fissura.

Ses yeux brillèrent.

— Maître…?

Sa voix trembla. Et, malgré lui, des larmes montèrent. Il tenta de les retenir. Il échoua.

Vegeta ne se moqua pas. Il ne détourna pas le regard. Il resta là, comme un roc.

Parce qu’il savait. Il savait qu’un guerrier pouvait pleurer. Que pleurer n’enlevait rien. Que ça prouvait même parfois l’inverse : qu’on avait tenu jusque-là.

Cabba inspira, essuya ses joues d’un revers de main, honteux et heureux à la fois. Puis Vegeta ajouta, plus bas :

— Tu as fait beaucoup de progrès depuis la dernière fois.

Cabba resta bouche béé, comme si ces mots venaient de le frapper plus fort qu’un coup de poing.

— Vraiment ?

Vegeta haussa légèrement le menton, sans lâcher son petit rictus.

— Montre-moi ce que tu vaux.

Il fit un pas, posa ses pieds, et prit sa pose de combat mythique, celle qui avait déjà déclenché tant de choses, celle qui disait : viens, maintenant, on parle avec nos poings.

Cabba ouvrit grand les yeux. Il inspira, rassembla son courage… et prit la même pose.

Ils se faisaient face comme dans un miroir.

Le vent passa, soulevant la poussière entre eux.

Leurs poings se serrèrent.

Et, dans le silence tendu de Sadala, juste avant que les coups ne partent, on aurait juré entendre le monde retenir son souffle une seconde de plus.



**************************************************


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Re: Dragon Ball - Next Journey

Messagepar Gakin le Ven Fév 27, 2026 18:48

Chapitre 27 – Sadala tremble !


La lumière de la salle de réunion n’avait rien de chaleureux.

Elle était blanche, clinique, découpée en bandes nettes par des lignes de plafonnier trop parfaites. Elle glissait sur la table ronde comme sur une surface qu’on aurait désinfectée avant d’y poser l’avenir. Tout était propre, silencieux, calibré… et pourtant l’air portait une tension épaisse, une sorte de jubilation qu’on ne disait pas à voix haute.

Autour de la table, plusieurs silhouettes tsufuls étaient assises, presque immobiles. Leurs corps étaient plus petits, plus fins, plus économes dans les mouvements que ceux des Saiyens. Leur force n’était pas dans les épaules, mais dans les doigts, dans le regard, dans la manière de choisir les mots comme on choisit une lame.

Au centre de la table, Sadala flottait déjà.

Une carte holographique en relief, suspendue au-dessus du plateau rond, tournait lentement sur elle-même. Les continents luisaient d’un bleu froid, les mers semblaient opaques comme du verre, et des halos colorés pulsaient en plusieurs points du globe. Des rouges malades. Des oranges nerveux. Des zones qui clignotaient comme des blessures qu’on n’arrivait plus à contenir.

Quand Lychee entra, ce fut comme si la pièce s’alignait autour de lui.

Il se tenait légèrement penché en avant, comme un professeur devant une classe, ou comme un chef d’orchestre devant une symphonie qu’il avait écrite pour faire pleurer le monde.

Sa moustache immense, sa chevelure blanche, son visage dur barré d’ombres lui donnaient l’air d’un vieux spectre qui avait survécu à trop de choses pour se permettre d’être tendre. Ses yeux, eux, brillaient d’’une satisfaction sèche, presque élégante.

À son côté flottait un petit noyau lumineux, un objet de taille modeste, mais dont l’ombre technologique remplissait la pièce. Une sphère d’interface, un œil artificiel, relié aux hologrammes par de fines lignes de lumière qui pulsaient au rythme des données.

Lychee leva deux doigts.

— T.A.D.A.

La sphère émit un léger son clair, poli.

— Je suis là, docteur Lychee, répondit la voix de l’assistant. Affichage principal en cours.

La carte de Sadala changea aussitôt. Des courbes s’ouvrirent autour d’elle en éventail, comme des pétales tranchants. Des nuages de points, des schémas de propagation, des cartes thermiques et des colonnes de chiffres vinrent s’assembler autour de la planète, transformant l’hologramme en cœur artificiel suspendu dans l’air.

Lychee effleura l’espace du bout de la main.

— La troisième phase du projet N4K171 avance comme prévu, annonça-t-il, en articulant chaque syllabe comme un trophée.

Sur les visages tsufuls, quelque chose se détendit. Ce n’était pas un sourire franc. Plutôt une microfissure dans la discipline. On sentait qu’ils attendaient ce moment comme on attend le dernier acte d’une pièce dont on connaît déjà la fin.

— Nous avons réussi, reprit Lychee. Ensemble.

Il insista sur ce mot, ensemble, avec l’assurance de celui qui croit réellement qu’un groupe partage la même foi.

— Chacun d’entre vous a contribué. Ajustements, variantes, optimisation de latence, adaptation antigénique… Nous l’avons rendu aussi mortel que possible. Aussi… efficace que possible.

Il écarta légèrement la main. La carte se rapprocha, zoomant sur Sadala. Les zones rouges gonflèrent comme des brûlures à vif. Les filaments orange s’étirèrent le long des grands centres habités.

— Évolution de la contamination en temps réel.

T.A.D.A répondit presque aussitôt, avec cette fluidité trop agréable pour ce qu’il annonçait.

— Les sujets porteurs d’un groupe rare ainsi que du groupe X présentent un taux de contamination confirmé. Les marqueurs de fixation sont élevés. Les tentatives de confinement demeurent insuffisantes.

Lychee inspira, presque attendri par la précision de sa machine.

— Le groupe X a cédé, dit-il.

Il y eut une satisfaction étrange dans ce simple constat, comme si une barrière psychologique venait de tomber.

Melo, un tsuful, assis à la droite de Lychee, se pencha un peu. Il portait une veste sombre trop bien coupée pour être honnête, et ses doigts fins, propres, se posaient sur la table comme sur un clavier invisible. Ses yeux avaient cette brillance de bureaucrate cruel.

— Et le groupe Y ? demanda-t-il d’une voix douce.

Lychee eut un rictus.

— T.A.D.A.
— La phase trois est désormais engagée, répondit l’assistant sans la moindre émotion. Selon les projections actuelles, le groupe Y devrait atteindre un taux de contamination quasi total dans un délai de quatre à six jours. La marge d’erreur reste faible.

Melo ferma les yeux une demi-seconde, comme si on venait de lui annoncer une victoire personnelle.

— Quatre à six jours… murmura-t-il. Enfin.

Paiya, la seule femme du cercle, prit la parole sans hausser la voix. Elle avait un port droit, presque noble.

— Les Saiyens vont paniquer, dit-elle. Et dans la panique, ils feront des erreurs.
— Exactement, répondit Lychee. Ils sont incapables de ne pas frapper quand ils ont peur.

Deux autres hommes rirent discrètement. Un rire sec, interne, comme si la joie devait rester « présentable ».

Kaki, plus large d’épaules pour un Tsuful, portait une tenue utilitaire. Il avait le visage d’un ancien mécanicien qui aurait découvert qu’on pouvait aussi tuer avec des équations. Mango, plus mince, plus silencieux, se contentait de fixer les courbes.

Lychee agita la main, et de nouvelles couches de données se déployèrent autour de Sadala : des séquences, des signatures, des correspondances sanguines, simulations de progression.

— Nous avons pensé à tout, dit-il. Le virus ne se contente pas d’attaquer. Il s’adapte. Il lit. Il se reprogramme.

Il prononça ces mots avec une fierté presque paternelle.

— Ils n’auront pas le temps de comprendre avant de tomber.

Melo hocha lentement la tête.

— Le cauchemar va enfin se terminer, déclara-t-il, d’un ton de prière. Notre univers sera libéré de cette engeance maléfique.

Lychee ne répondit pas tout de suite. Il fixa la carte de la planète qui maquillait des agonies en statistiques. Ses yeux se plissèrent.

— Ils ont pris notre monde, dit-il plus bas. Ils ont pris nos villes. Ils ont pris nos vies. Ils ont fait de nous… un souvenir.

Il posa la main à plat sur la table, comme s’il voulait écraser une époque.

— Alors oui. Qu’ils deviennent un souvenir à leur tour.

T.A.D.A émit un léger signal, moins intrusif qu’une alarme, mais assez net pour rappeler qu’il ne dormait jamais.

— Un détail, docteur.

La carte se resserra sur plusieurs points périphériques.

— Des anomalies mineures apparaissent sur une fraction des sujets de groupe Z. Certaines réponses immunitaires ne suivent pas la courbe attendue. La probabilité de résistance partielle reste faible… mais non nulle.

Lychee balaya l’information d’un geste sec.

— Faible, c’est insignifiant.

Paiya inclina légèrement la tête.

— Rien n’est insignifiant quand on parle de survie.

Lychee se tourna vers elle, les yeux durs.

— Je ne suis pas venu ici pour entendre des doutes.

Un bref flottement passa. Puis Melo sourit, conciliant.

— Aucun doute, Lychee. Juste… de la prudence.

Lychee reprit le contrôle comme on remet un gant.

— La prudence, c’est mon domaine.

Il se redressa, ramassa une tablette, puis fit un léger signe à T.A.D.A.

— Nous reprenons les mesures à intervalle régulier. Je retourne au laboratoire.
— Je vous accompagne, répondit l’assistant avec cette même politesse irréprochable.

La porte s’ouvrit dans un souffle feutré. Lychee traversa la salle avec la raideur de ceux qui ont l’impression d’être le centre de l’histoire. Son manteau frôla les chaises sans les toucher. T.A.D.A le suivit, flotteur docile.

Derrière eux, les courbes, les chiffres et les couches d’analyse se replièrent les uns après les autres, comme si la pièce effaçait les traces de leur échange. La carte holographique retrouva sa forme initiale, suspendue au-dessus de la table, tournant lentement dans le vide.

Au moment où la porte se referma, il y eut une fraction de seconde… où l’air changea. Comme si la pièce avait retenu son souffle devant lui, puis l’avait relâché quand il disparut. Et alors, les masques tombèrent.

Kaki éclata d’un rire plus franc.

— Il est magnifique, ce vieux taré, lança-t-il, hilare. « Engeance maléfique »… t’as entendu ça ?
— Il croit vraiment qu’on fait ça pour lui, murmura Mango.

Paiya croisa les jambes avec une élégance tranquille.

— Il a besoin d’y croire. La haine, ça rend docile. Et docile… c’est pratique.

Melo s’appuya contre son siège.

— On n’a même pas eu à forcer. Il est venu avec son obsession, ses plans, sa technologie… et il a tout posé sur la table, comme un cadeau.

Kaki ricana.

— Parce qu’il déteste les Saiyens de son univers. Alors il veut faire la même chose ici. Sauf que nous…

Il se pencha un peu, plus bas, comme si les murs avaient des oreilles.

— Nous, on veut surtout que ces macaques arrêtent de nous casser les pieds.

Mango releva enfin les yeux.

— Les Saiyens « justiciers ». Toujours à sauver des gens. Toujours à vouloir imposer leur morale. Toujours à surveiller les transactions.

Paiya sourit.

— Et nos partenaires… n’aiment pas être surveillés.

Melo fit tourner un petit objet entre ses doigts. Une pièce métallique, ou un jeton. Son sourire s’étira.

— Une fois les Saiyens hors jeu, les routes seront propres. Les échanges reprendront. Sans interférence. Sans « héros ».

Kaki haussa les épaules.

— Et si Lychee le découvre ?

Paiya posa son regard sur lui, doux.

— Il ne découvrira rien. Il aura trop de plaisir à regarder Sadala tomber.

Mango hocha la tête.

— Et s’il le découvre… ce sera trop tard.

Ils rirent, cette fois sans se cacher.

Sur la table, la carte de Sadala continuait de pulser, indifférente. Quelque part, très loin, une planète respirait difficilement sous les courbes d’un projet nommé N4K171.

* * * * * * *

Le terrain d’entraînement était un endroit que les guerriers aiment parce qu’il ne ment pas.

Roche nue. Poussière. Plateaux brisés par le vent. Un espace assez vaste pour tomber loin, assez dur pour sentir chaque erreur. Un lieu où les coups s’inscrivaient dans le décor comme des phrases gravées.

Cabba haletait.
Il était en Super Saiyen 2. Sa chevelure dressée vibrait d’une énergie nerveuse, et des petites décharges claquaient encore autour de lui… mais plus comme une fanfare. Plutôt comme un câble abîmé, une foudre qui fatigue.

Ses genoux étaient fléchis, son souffle court. Sur ses avant-bras, des traces noires de brûlure s’étiraient comme des signatures humiliantes.

En face, Vegeta se tenait là, immobile, les cheveux sombres striés de gris, agités par le vent.

Pas d’aura flamboyante. Pas de lumière. Juste cette présence rangée, dense, comme si l’air autour de lui se mettait en ordre tout seul.

Le décor racontait le début du combat.

Des fissures en étoile zébraient le sol. Des blocs avaient été arrachés comme des dents. Des cratères propres, presque géométriques, signaient une pression continue, un rythme imposé. Cabba avait dominé au départ. Ça se voyait.

Mais maintenant… Le rythme avait changé de propriétaire.

Cabba serra les dents, puis repartit. Têtu. Rapide. Foudre aux talons.

Il tenta de reprendre l’initiative avec un enchaînement net, presque scolaire : jab, crochet, genou, pivot, talon. Une séquence qu’il avait répétée mille fois. Une séquence qui, normalement, oblige l’autre à reculer ou à se couvrir.

Vegeta ne recula pas.

Il glissa juste d’un demi-pas. Son épaule passa sous un coup comme une porte qui se referme. Son avant-bras détourna un autre impact avec la paresse d’un roi qui refuse de se lever. Son corps bougeait peu, mais chaque mouvement était parfait.

— Tu t’épuises, constata-t-il, voix basse.

Cabba gronda. Les éclairs autour de lui s’épaissirent, plus agressifs, comme s’ils voulaient compenser son souffle.

Il lança une courte rafale de ki, juste pour casser la distance. Puis il fonça derrière, déterminé à revenir au corps-à-corps, là où il avait encore l’impression d’exister.

Vegeta attendit ce moment précis. Le moment où Cabba devait avancer d’une fraction de trop pour « capitaliser ».

Le prince pivota.

Le monde s’aligna autour de lui.

Cabba sentit son propre élan se trahir. Ses pieds touchèrent un sol qui n’était déjà plus aligné avec sa trajectoire. Comme si on avait déplacé l’arène sous lui.

Vegeta fit un geste. Un seul. Brut. Placé au millimètre.

Le poing s’enfonça dans son abdomen. Il se plia en deux d’un coup sec. L’électricité autour de lui se mit à grésiller, hoquetant comme une transformation qu’on vient d’étrangler par la gorge.

Vegeta ne laissa pas le temps au corps de comprendre. Il enchaîna avec un coup de pied puissant, large et net. Un vrai coup de prince de guerre, pas de sportif. Le talon frappa, et Cabba fut projeté comme un projectile vivant.

Le jeune Saiyen traversa l’arène en ligne droite, fracassa une première colonne rocheuse, puis une seconde, puis une troisième. Chaque impact faisait éclater la pierre en gerbes épaisses, comme des vagues figées qui explosaient. Sa silhouette disparut enfin dans un amas de débris, engloutie par la poussière et les blocs effondrés.

Le silence qui suivit eut quelque chose d’indécent.

La poussière retombait lentement. Des cailloux roulaient encore sur la pente. Le vent reprenait sa place, comme s’il hésitait à respirer.

Vegeta ne bougea pas. Il ne triomphait pas. Il attendait.

Parce qu’il savait. Il connaissait cette sensation, ce moment où un Saiyen refuse de tomber même quand le corps dit non. Il connaissait cette fierté-là. Il l’avait portée comme une maladie, autrefois.

La poussière se souleva brusquement.

Une bourrasque énorme jaillit du tas de débris, saupoudrée de cailloux. Des pierres rebondirent contre le corps de Vegeta et glissèrent au sol. Une pression invisible gonfla l’air, comme si Sadala venait de serrer les dents.

Au milieu des débris, une silhouette se redressa.

Cabba.

Son aura s’enflamma… puis changea. Ce n’était plus de la foudre qui crépitait autour de lui. C’était un courant épais, lourd, comme une marée qui monte. L’énergie ne claquait plus, elle rugissait.

Vegeta plissa les yeux.

Le disciple du prince serra les poings. Son visage se déforma, non pas de rage, mais d’un effort qui arracherait n’importe quel autre corps en deux. Son cri monta, profond, étranglé au début, puis plein.

Sa chevelure s’allongea. Encore. Et encore.

Les mèches tombèrent dans son dos comme une cascade d’or. Son front sembla plus haut. Ses sourcils disparurent. Son visage prit cette dureté étrange du Super Saiyan 3, comme si la transformation effaçait un peu de l’humain pour ne laisser que le guerrier.

La planète elle-même trembla.

L’aura de Cabba explosa, puis se stabilisa dans une tempête permanente.

Le vent s’arrêta net. Puis revint d’un coup, violent, en spirale.

Vegeta, cette fois, eut un sourire. Bref, mince, presque invisible. Un sourire de satisfaction.

Cabba haletait encore, mais ce n’était plus la fatigue d’un corps au bord de rompre. C’était la respiration d’un moteur trop puissant qui apprend à se régler.

Il fixa Vegeta.

Le prince releva légèrement le menton.

— Intéressant… Très bien. Viens.

Et le combat reprit.
Plus lourd.
Plus dangereux.
Plus vrai.

* * * * * * *

Dans le palais royal, on aurait juré que le plafond allait céder.

Le tremblement avait traversé les murs comme une bête. Des morceaux de pierre s’étaient détachés en pluie sèche, rebondissant sur le sol dans un vacarme brutal. Une poussière fine flottait encore dans l’air, piquant la gorge et les yeux.

Runya s’était jetée sur le lit avant même de comprendre. Son corps avait couvert celui de son père comme un bouclier. Elle n’avait pas réfléchi. Elle avait obéi à quelque chose de plus ancien que la pensée.

Quand le tremblement s’apaisa enfin, elle resta un instant immobile, haletante, les mains crispées sur le drap.

Le roi Shiriko était là. Alité, amaigri, le visage marqué par la maladie et la fatigue, mais toujours cette présence dans les yeux. Une présence de souverain qui refuse de quitter la pièce même quand le corps a déjà commencé à partir.

À côté du lit se tenait une infirmière saiyenne, silencieuse, professionnelle. Sa tenue d’hôpital était pratique, ajustée, impeccable malgré la crise, comme si elle s’accrochait à cette discipline pour empêcher le chaos de gagner jusque dans les gestes. Elle tenait une tablette médicale contre elle, prête à intervenir sans un mot.

Un homme se tenait un peu en retrait, dos droit, expression sobre. Rak, le conseiller du roi, son second. Il avait cette allure de soldat qui a appris à ne pas laisser son visage trahir ce qu’il pense.

Runya releva enfin la tête, poussiéreuse, les cheveux en désordre.

— Sérieusement… souffla-t-elle. Il ne pouvait pas… se battre plus loin ?

Le roi inspira difficilement, puis réussit à parler.

— Cabba… est l’un des plus forts de cette planète, murmura-t-il.

Runya fronça les sourcils.

— Je l’ai compris.

Le roi eut un petit rictus.

— Il ferait un bon parti.

Runya se figea. Une chaleur brutale lui monta aux joues. Une vraie rougeur de tomate, incontrôlable, immédiate.

— P-Papa !

Rak esquissa un micro sourire. L’infirmière, elle, eut un petit ricanement timide qu’elle étouffa aussitôt, comme si elle se sentait coupable d’avoir une réaction humaine dans une pièce royale.

Le roi eut un souffle qui ressemblait à un rire… et cela le fit tousser. Une toux profonde, douloureuse, qui secoua sa poitrine et rendit la pièce immédiatement sérieuse.

Runya se redressa, paniquée.

— Papa !

L’infirmière s’approcha d’un pas, vérifia la respiration, posa deux doigts sur le poignet, puis se recula dès que la toux se calma. Toujours sans paroles.

Runya attrapa la main de son père.

Ses doigts étaient plus froids qu’elle ne voulait l’admettre.

— Ne parle pas, dit-elle, la voix serrée. Repose-toi.

Le roi la regarda longtemps. Ses yeux n’avaient pas peur. Ils avaient cette lucidité terrible de ceux qui savent.

— Mon heure est proche, Runya.

La phrase tomba sans violence. Comme un fait.

Runya secoua la tête.

— Non.

Elle serra sa main plus fort, comme si la force dans ses doigts pouvait empêcher le temps de passer.

— Non, non… on va trouver. On est en train de…

Le roi leva légèrement la main, pour l’interrompre. Le geste fut faible, mais il suffit.

Un silence passa.

— Papa… je suis désolée. De t’avoir frappé. Et d’être partie sans autorisation.

Shiriko la fixa un instant, puis expira lentement.

— Tu n’as pas levé la main par orgueil, dit-il d’une voix râpeuse. Tu l’as fait parce que tu étais acculée… et parce que tu voulais protéger ton peuple.

La princesse baissa les yeux.

— Moi, je n’ai pas su, avoua-t-il. J’ai cru que je pouvais résoudre ça seul. Ma fierté m’a rendu aveugle.

Il tourna légèrement la tête vers Rak.

— Mais toi… tu as su t’entourer.

Rak se racla la gorge, détourna le regard, une goutte de sueur au coin de la tempe, gêné d’être « vu » dans un moment pareil.

Le roi revint à Runya. Son regard se fit plus doux.

— Tu as l’étoffe d’une reine. Une grande… comme ta mère.

Il leva lentement le bras avec effort, puis ses doigts atteignirent la joue de sa fille.

Ce contact suffit. Runya ferma les yeux, les larmes montèrent d’un coup. Elle plaqua cette main contre sa joue, des deux mains, comme si elle voulait retenir la chaleur et retenir le temps.

Le roi eut un petit sourire fatigué.

— Dirige avec force… protège avec empathie.

Un souffle, presque rien.

— Et ne laisse personne utiliser ton cœur contre toi.

Sa main glissa.

Elle retomba, inerte, sur le drap.



Les Saiyens venaient de perdre leur souverain.

Dehors, la planète gronda encore d’un combat qui ne savait pas s’arrêter.
Ici, tout s’était arrêté.

Runya serra la main froide une dernière fois.

Et pour la première fois de sa vie, elle comprit la forme exacte du mot « reine ».

Elle avait gagné un trône. Elle avait perdu un père.



**************************************************


Lychee [ ライチー ] : Son nom est une anagramme de litchi.

T.A.D.A (Tuffle Automated Digital Assistant) : inspiré de J.A.R.V.I.S et F.R.I.D.A.Y, des IA de Tony Stark.

N4K171 (prononcé Nakiri / Nakili) : provient d’un couteau à légumes japonais, en langage beghilos (orthographe pour calculatrice), idéal pour une arme censée tuer les Saiyens.

Melo [ メロ ] : provient de melon en japonais (comme ceux-ci-dessous)
Paiya [ パイヤ ] : provient de papaye
Kaki [ カキ ] : provient du kaki
Mango [ マンゴ ] : provient de mangue
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Re: Dragon Ball - Next Journey

Messagepar Gakin le Ven Mars 13, 2026 19:39

Chapitre 28 – Grand Tour 2.0


A l’auberge du Sanglier Bleu, on servait les aventuriers comme on sert des gens qu’on espère voir revenir.

Avec plus de mousse dans les chopes, des portions plus généreuses, et cette façon bien à elle qu’avait la patronne d’oublier soudain l’addition quand le client s’apprêtait à partir combattre un monstre trop célèbre pour être sain.

Ce matin-là, les tables du fond avaient été réservées pour un groupe dont les noms circulaient déjà depuis des années dans les capitales, les casernes et les marchés.

Le chevalier Dederick, l’elfette Aurora Boralus, la sorcière Amalia Thornheart et le nain minotaure Darag.

Des aventuriers de rang S.

Enfin, c’était surtout ce que répétait Dederick à chaque fois qu’il entrait quelque part avec sa cape bien droite, son menton levé et ce regard de statue qui semblait dire au monde entier : oui, vous pouvez admirer.

Aurora, assise à sa droite, l’observait justement avec une attention dévouée qui frisait la prière silencieuse. Son repas refroidissait presque autant que son bon sens quand il s’agissait de contredire le chevalier.
En face, Amalia découpait sa viande avec une précision froide, le grand chapeau noir posé à côté d’elle sur la banquette pour éviter qu’il ne trempât dans la sauce. Sa longue chevelure rouge lui tombait sur l’épaule, et son expression disait déjà qu’elle regrettait d’être levée si tôt pour sauver un royaume qui, de toute évidence, ne la méritait pas.

Darag, lui, mastiquait.

Petit, trapu, noir de poil, cornes épaisses et anneau d’or au nez, le nain minotaure avait l’air de pouvoir encaisser un bélier lancé au galop juste pour se donner une idée de sa vitesse. Il mangeait sans faire de discours, ce qui, à la table, le rendait de loin le plus reposant.

La serveuse arriva alors avec un large plateau rond où reposaient trois chopes et une assiette de pain encore chaud.

— Et voilà pour vous, annonça-t-elle avec un sourire.

Eleanor posa le plateau avec aisance, comme si elle avait grandi en apprenant à porter des bières entre des mercenaires blessés, des bardes bavards et des chasseurs de primes.

Elle avait noué ses cheveux noirs à la hâte ce matin-là, ce qui laissait échapper quelques mèches autour de son visage. Son regard pétillait d’une franchise simple, celle des gens qui n’ont pas besoin d’épée pour tenir debout devant des héros.

— Trois bières ? remarqua Amalia. Et la mienne ?
— La patronne a dit que vous avez déjà l’air assez de mauvaise humeur sans qu’on vous aide, répondit Eleanor.

Darag souffla par le nez, ce qui, chez lui, ressemblait à un rire de forge. Dederick saisit sa chope comme on reçoit un symbole de reconnaissance populaire.

— Le royaume sait honorer ceux qui se dressent entre lui et la ruine.
— Le royaume sait surtout qu’un héros qui a faim devient agaçant, dit Eleanor.

Aurora eut un petit sourire, vite réprimé en voyant Dederick redresser le dos.

— Eleanor, reprit le chevalier d’un ton noble, soyez sans crainte. Avant le coucher du soleil, Neoll’ur ne sera plus qu’un mauvais souvenir.

Amalia leva enfin les yeux de son assiette.

— Avant le coucher du soleil ? Tu veux lui réciter ta biographie avant ou après t’être fait rôtir ?

Aurora fronça légèrement les sourcils.

— Dame Amalia...
— Quoi ? Je pose la question.

Dederick but une longue gorgée, essuya un peu de mousse sur sa lèvre et répondit avec un calme étudié.

— Le doute est normal chez ceux qui n’ont pas reçu de formation chevaleresque.
— Et la compétence est normale chez ceux qui ne compensent pas par le ton, répliqua Amalia.

Darag mastiqua encore deux fois, puis déclara :

— Si vous finissez mariés, j’irai vivre dans une grotte.

Un silence tomba.

Aurora rougit légèrement. Dederick faillit s’étouffer avec sa bière. Amalia leva un sourcil si haut qu’il manqua de sortir de son visage.

Eleanor éclata de rire.

— Pour une fois, dit-elle, je paierais pour voir ça.

Dederick reposa sa chope avec dignité.

— Concentrez-vous. Nous avons été choisis par le roi en personne.

Cette fois, même Eleanor se tut un instant. L’ombre du nom suffit à remettre la mission au centre de la table. Neoll’ur, le seigneur dragon, avait détruit une capitale alliée entière. Pas une tour. Pas un hameau. Une capitale. Les récits divergeaient sur les flammes, la durée de l’attaque, le nombre de survivants. Mais ils s’accordaient tous sur un point : quand il s’était envolé, le ciel lui-même avait semblé vouloir s’écarter.

Aurora joignit les mains devant elle.

— Nous réussirons.

Dederick tourna la tête vers elle avec un air grave.

— Oui.

Amalia soupira.

— Vous êtes vraiment faits pour vous encourager mutuellement jusqu’au bord de l’abîme.

Darag vida sa chope d’un trait.

— Tant qu’on prend l’abîme par surprise.

Eleanor ramassa les assiettes vides, puis s’arrêta un instant derrière Dederick.

— Revenez vivants, d’accord ?

Le chevalier se leva lentement.

— Vous avez ma parole.

Amalia enfila son chapeau.

— Voilà qui me rassure à moitié moins qu’un sort de protection.

Ils sortirent peu après.

Dans la rue principale, les habitants s’écartaient sur leur passage avec ce mélange de respect et de curiosité que provoquent les gens qu’on transforme déjà en histoire avant même leur départ. Les étendards de la capitale claquaient mollement dans l’air du matin. Quelques enfants coururent derrière eux pendant quelques mètres avant de s’arrêter, impressionnés par le charisme du groupe.

Ils n’avaient pas encore atteint la porte extérieure qu’une voix douce les appela.

— Attendez !

Sœur Briana traversait la place à pas pressés, relevant légèrement les pans de sa robe pour ne pas trébucher. Son voile encadrait son visage avec sévérité, mais une mèche blonde s’en échappait obstinément au-dessus de son front. Ses yeux bleus, eux, ne parvenaient pas à cacher qu’ils cherchaient quelqu’un en particulier.
Ou plutôt quelqu’un avec une armure brillante et un profil avantageux.

— Ma sœur, dit Dederick en se tournant avec une noblesse instantanée.

La religieuse reprit son souffle, puis leva une petite fiole d’eau bénite.

— J’ai appris votre départ. Je... je tenais à vous accorder une bénédiction avant que vous n’entriez dans l’antre de la créature.

Darag haussa les épaules.

— Si ça protège aussi de ses flammes, je prends.

Briana s’avança devant le groupe. Elle traça un signe de protection devant Darag, puis devant Amalia, qui se laissa faire avec une expression neutre. Quand vint le tour d’Aurora, la sœur murmura une formule plus longue, peut-être parce qu’elle craignait sincèrement pour elle.

Puis elle arriva devant Dederick.

Sa main s’arrêta une fraction de seconde trop longtemps au-dessus de son front.

Dederick, lui, prit immédiatement le visage des grandes occasions, celui qu’il réservait d’habitude aux statues, aux souverains et aux surfaces réfléchissantes.

— Que la lumière veille sur votre bras, murmura Briana.
— Et sur votre foi, ma sœur, répondit-il avec profondeur.

Amalia pinça les lèvres pour ne pas sourire. Aurora, elle, détourna les yeux.

Briana recula d’un pas, puis joignit les mains sur sa poitrine.

— Revenez-nous.

Darag pencha la tête.

— C’est moi ou elle a dit « nous » en regardant surtout lui ?
— Chut, fit Amalia.
— Je peux très bien t’entendre, protesta Briana en rougissant.

Darag se contenta d’un grognement qui, chez lui, faisait office d’excuse.

Le groupe reprit sa route.

Au bout d’une heure, les remparts n’étaient plus qu’une ligne claire derrière eux. Les terres s’élevaient, devenaient plus âpres, plus rocheuses. Les arbres se raréfièrent, puis disparurent presque. Un vent chaud soufflait depuis les hauteurs, chargé d’une odeur minérale et ancienne.

L’antre de Neoll’ur s’ouvrait dans le flanc d’un massif noir, immense déchirure béante dans la montagne.

Le groupe s’arrêta à l’entrée.

Même Dederick cessa de bomber le torse pendant une seconde.

L’intérieur descendait en pente douce avant de s’ouvrir sur une cavité gigantesque. Des colonnes naturelles montaient jusqu’à une voûte si haute qu’elle se perdait dans l’ombre. Au fond, tout en bas, au milieu de roches éclatées et de coulées anciennes, reposait une masse monumentale.

Neoll’ur.

Même endormi, il avait l’air prêt à ruiner des générations d’architecture. Ses ailes repliées semblaient taillées dans un cuir de nuit. Sa crinière blanche hérissée tombait derrière son cou comme une cascade sauvage. Des cornes rouge et noir encadraient un front orné d’un joyau bleu. Sa poitrine se soulevait lentement, mais à chaque respiration, on croyait entendre remuer un four.

Dederick s’accroupit derrière un rocher.

— Très bien, murmura-t-il. Darag et moi avançons par la gauche. Aurora couvre. Amalia gagne de l’altitude et prépare un sceau offensif. Dès que je donne le signal...
— Pourquoi tu chuchotes ?

La voix, normale, claire, paisible, surgit derrière eux comme une assiette qu’on casse dans une cathédrale.

Tous se figèrent.

Dederick se retourna si vite qu’il cogna presque son plastron contre la roche.

Trois silhouettes venaient d’entrer dans l’antre comme on entre dans une grange où l’on a vaguement entendu qu’il y avait quelque chose d’utile.

Devant, un homme aux cheveux noirs en bataille, vêtu d’un dogi bleu sans manches et d’un pantalon orange, avançait les mains derrière la tête avec une décontraction scandaleuse.
A sa droite, un jeune homme au teint brun en tenue verte.
A sa gauche, une jeune fille à queue-de-cheval, vive et concentrée, portant un débardeur et un mini-short.

— Papy, dit-elle, je t’avais dit que c’était ici.
— Oui, oui, répondit l’homme. Tu vois, Oob ? J’ai du flair.

Dederick resta bouche ouverte. Amalia cligna une fois, deux fois.
Darag plissa les yeux. Aurora ne comprit même plus quoi protéger en priorité.

Le dragon ouvrit un œil. Puis l’autre.

Son regard bleu se fixa sur le trio. Il releva lentement la tête, dévoilant des crocs qui auraient pu servir de piliers de pont.

Dederick tendit une main paniquée.

— Vous, là-bas...!

Trop tard.
Neoll’ur inspira.
Le fond de sa gorge s’illumina d’un rouge incandescent.

— Attention ! lança Aurora.

Le dragon cracha.

Le souffle de feu traversa l’air de l’antre dans un rugissement de forge déchaînée. Pan et Oob bondirent chacun de leur côté. L’homme au dogi, lui, resta une demi-seconde de trop au même endroit.

Le feu l’engloutit.

Un silence de mort s’abattit. Puis une silhouette noire de suie émergea de la fumée.

Ses cheveux fumaient encore légèrement. Son visage était couvert de noir. Son dogi bleu avait pris quelques brûlures sur l’épaule et le flanc. Il s’épousseta les vêtements pour en chasser la suie, et fit :

— Oulah. Fais attention avec ça.

Le dragon cligna des yeux à son tour. Dederick sentit son cerveau abandonner plusieurs fonctions non vitales.

L’homme s’éleva dans les airs jusqu’au niveau de la gueule gigantesque.

— T’en fais pas, on va juste prendre les pierres rouges et repartir. T’es pas obligé de faire peur à tout le monde comme ça.

Neoll’ur grogna, méfiant. Alors l’inconnu lui tendit la main... et lui caressa doucement sous le menton.

Le dragon se figea.

Un battement. Deux. Puis, à la stupéfaction générale, l’énorme tête se redressa légèrement. Une sorte de grondement grave s’échappa de sa gorge. Ce n’était plus vraiment hostile. C’était... satisfait.

— Ah ! fit l’homme. Je savais bien !

Il continua ses papouilles. Sous le menton. Puis sur la joue. Puis sur le haut du cou.
Le dragon tourna lentement la tête, comme une créature découvrant qu’elle avait peut-être attendu ce moment toute sa vie. L’inconnu posa alors les deux mains sur son ventre écailleux et le gratta avec l’énergie ravie d’un enfant qui aurait trouvé le plus gros chien du monde.

Neoll’ur bascula presque sur le côté.

Il donna un coup de patte dans le vide, énorme, maladroit, pas agressif du tout. On aurait dit qu’il luttait entre la dignité du prédateur millénaire et le plaisir colossal d’être gratté au bon endroit.

Pan revint la première, un énorme rocher rouge sur l’épaule.

— Papy ! On a ce qu’il faut !

Oob la rejoignit.

— On peut y aller. Il y en a d’autres plus loin, mais ceux-là devraient suffire pour Bra.

Dederick tourna très lentement la tête vers eux.

Ils parlaient du seigneur dragon destructeur de capitale comme d’un problème d’approvisionnement.

L’homme au dogi cessa de gratter le ventre de Neoll’ur.

— Déjà ?

Le dragon leva la tête avec une expression si déçue qu’elle parut presque humaine.

— On reviendra peut-être, dit l’homme avec un sourire. Merci de nous avoir laissés prendre ça.

Il donna une dernière tape affectueuse sur le flanc du dragon, puis s’envola jusqu’au niveau de Pan et Oob.

— Allez, on rentre.

Il fit un signe de la main.

Le dragon, les yeux humides d’une tristesse soudaine, sortit de nulle part un immense mouchoir blanc et l’agita lentement pour leur dire au revoir.

Tous trois quittèrent l’antre en emportant leurs rochers.

Le silence qui suivit fut si complet qu’on aurait entendu tomber une plume en armure.

Darag fut le premier à parler.

— C’était qui, ça ?

Dederick se redressa, tira sur ses épaules et croisa les bras comme s’il avait parfaitement analysé la situation.

— Je l’ignore, dit-il. Mais notre groupe est plus fort qu’eux.

Aurora hocha la tête aussitôt.

— Oui. Bien sûr.

Elle n’y croyait pas une seconde. Amalia, elle, garda les yeux fixés vers la sortie qu’avait empruntée le trio.

— J’espère sincèrement que tu as raison.

Neoll’ur, lui, avait cessé d’agiter son mouchoir. Il se retourna lentement. Et, privé de son nouvel ami, se rappela tout à coup qu’il était un seigneur dragon.

La température de l’antre monta d’un cran.

Darag montra les crocs.

— On devrait partir.
— Pas question, lança Dederick. Nous avons été choisis par le roi.

Il tira son épée.

— Amalia, avec moi. Prends de la hauteur. Aurora, reste prête à couvrir !
— Voilà une phrase qui me donne envie de facturer plus cher, grommela la sorcière.

Elle enfourcha son sceptre-bâton, murmura une formule, et le bois noir se mit à flotter. Dederick grimpa derrière elle avec l’assurance crispée d’un homme qui n’aimait pas du tout dépendre de quelqu’un assis devant lui.

Aurora les regarda monter avec une crispation discrète.

— Tu peux arrêter de respirer comme ça dans mon dos ? lança-t-elle.
— Je respire comme respire un chevalier.

Ils s’élevèrent jusqu’au niveau de la tête du dragon. La chaleur était écrasante. Neoll’ur les suivait des yeux, cette fois sans la moindre attendrissante confusion.

Dederick leva son bras.

— Maintenant !

Amalia serra les dents. Le sceptre vacilla. Puis plongea.

— Qu’est-ce que... commença Dederick.

Les deux chutèrent brutalement et s’écrasèrent en contrebas dans un nuage de poussière, juste à côté de Darag.

— Qu’est-ce que tu fiches ?! lança le chevalier.
— Le sort de lévitation consomme énormément de mana, imbécile ! Tu n’es pas une plume !
— Quoi ?! C’était le moment de me le dire !
— C’était le moment de peser moins lourd à la naissance !

Le minotaure les regarda une demi-seconde. Puis il leva un doigt énorme en direction du dragon.

— Ce n’est peut-être pas le moment.

Dederick et Amalia levèrent la tête en même temps.

Neoll’ur avait ouvert la gueule. Au fond, le feu se concentrait déjà.

L’entrée de l’antre resta visible un instant, vide, noire, silencieuse.
Puis un rugissement la fit trembler.
Et des cris en jaillirent.

* * * * * * *

Plusieurs jours plus tard, sur Sadala, le vent soufflait entre les colonnes rocheuses avec une sécheresse de sabre.

Cabba respirait fort.

Face à lui, Vegeta se tenait à demi de profil, le regard dur, les bottes ancrées dans la poussière d’un plateau ravagé par des entraînements répétés. Les jours écoulés avaient laissé leurs marques partout : impacts, roches brisées, sillons d’atterrissage, pans de falaise entamés.

Le soleil déclinait lentement, noyant les pics dans une lumière de cuivre.

— Encore, dit Vegeta.

Cabba fondit sur lui.

Depuis leur premier affrontement, quelque chose avait changé. Le jeune Saiyan n’attaquait plus avec la même fougue visible. Son style s’était resserré. Il gaspillait moins. Il cherchait davantage à lire qu’à imposer. Et même dans sa fatigue, cela se sentait.

Vegeta bloqua un direct. Cabba pivota aussitôt, frappa au flanc. Le prince dévia. Cabba remonta en coup de genou. Le prince encaissa sur l’avant-bras, puis répliqua d’un revers sec.

Cabba se baissa juste assez. Le vent du coup lui balaya les cheveux.

Il glissa sur le côté, frappa au ventre, feinta une seconde fois, puis enchaîna immédiatement avec un crochet montant que Vegeta évita d’un souffle.

Le prince eut un mince rictus. Cabba serra les dents.

Leur échange se mua en rafale. Les coups claquèrent dans l’air en séquences presque invisibles. Cabba bloquait, reculait d’un angle, revenait. Vegeta testait ses ouvertures, cassait ses appuis, cherchait l’erreur avec cette cruauté éducative qui lui servait de méthode.

Puis Cabba vit enfin quelque chose : un appui trop net sur la jambe avant. Infime. Mais là. Le jeune Saiyen tenta sa chance.

Coup au corps. Coude au thorax. Pivot. Fausse ouverture à droite. Vegeta crocheta pour contrer. Cabba l’attendait. Il tourna sur lui-même et lança une jambe fouettée qui cueillit le prince à la tempe.

Vegeta recula d’un pas.

Cabba ne le laissa pas respirer. Il bondit, frappa de la paume, puis du talon, puis termina par un coup de poing net au plexus qui projeta Vegeta à travers un empilement de roches noires.

L’explosion de débris fit vibrer l’air.

Cabba atterrit, haletant, les yeux grands ouverts.

Il l’avait fait. Pas vaincu. Jamais il n’aurait été assez idiot pour croire cela. Mais il avait remporté un enchaînement propre.

Un frisson de fierté lui monta dans la poitrine.

Les gravats bougèrent. Puis Vegeta en jaillit d’un bond sec, traversa le nuage de poussière et vint se poser au sommet d’une colonne rocheuse étroite, un genou à peine fléchi. Le soleil couchant découpait sa silhouette comme une lame noire.

Cabba leva la tête, prêt à entendre une pique, un « pas mal ». Ou au moins un « hm » de qualité acceptable.

Mais rien ne vint.

Vegeta était immobile. Trop immobile. Quelque chose clochait.

— Maître ?

Le prince porta brusquement une main à sa poitrine, sur le tissu qui la recouvrait.
Son autre poing se serra si fort que les articulations blanchirent. Son dos se voûta. Sa respiration se brisa d’un coup, comme si un crochet invisible venait de l’atteindre de l’intérieur.

Cabba fit un pas en avant.

— Maître Vegeta ?!

Vegeta se plia en deux.
Le mouvement fut si brutal qu’il rappela moins un essoufflement qu’une attaque venue du fond des organes. Ses épaules tremblèrent. Les muscles de son cou saillirent. Une veine pulsa à sa tempe. Ses dents grinçaient si fort que Cabba les entendit presque malgré le vent.

Puis une première vague de puissance se déploya autour de lui.
Pas comme d’habitude.
Pas comme une simple libération.

C’était plus violent. Plus heurté. Moins propre. Comme si quelque chose cherchait à sortir tout en le forçant à rester le même.

Le sol vibra.

Cabba sentit l’air devenir lourd.

Vegeta redressa lentement la tête. Ses yeux étaient toujours les siens, mais l’expression... l’expression n’avait rien de normal. Il y avait une lutte dedans. Une crispation profonde, comme si tout son corps refusait d’être traversé par ce qui montait.

— Ngh...!

Le cri resta coincé à moitié dans sa gorge.

Sa colonne rocheuse se fendit sur toute sa hauteur. Alors la puissance éclata pour de bon…

Un halo terrible jaillit autour de lui, immense, écrasant, presque silencieux d’abord tant il dépassait le simple vacarme du ki. Il n’y avait pas cette sensation franche et lisible qu’on ressent face à une transformation ordinaire. C’était autre chose. Une pression. Une majesté monstrueuse.

Cabba recula d’un pas malgré lui.

Il ne sentait pas le ki divin. Et pourtant, au plus profond de lui, quelque chose savait.
Cette puissance n’était pas pour lui.
Elle n’était pas dans sa catégorie, ni dans celle d’un combat normal, ni même dans celle des seuils que son maître lui avait déjà laissés entrevoir. C’était comme se tenir au bord d’un vide si haut qu’on comprenait sa profondeur avant même d’en voir le fond.

Le vent se mit à hurler autour du plateau.
Les pierres se soulevèrent.

Vegeta écarta légèrement les bras, tordu par les spasmes de cette montée atroce, et son aura grandit encore. Par instants, elle semblait se fissurer elle-même, comme corrompue par une pulsation étrangère. Des éclats noirs, trop rapides pour être vraiment vus, parasitaient la lumière.

Cabba comprit.
Ce n’était pas un déploiement volontaire.
Ce n’était pas juste la forme divine.

Le jeune Saiyan leva un bras devant son visage pour se protéger de la pression qui ravageait le plateau. Ses yeux, pourtant, restaient rivés sur la silhouette de son maître.
Son cœur se serra.

Vegeta releva enfin complètement la tête. Et la puissance continua de monter.

Cabba sentit le sang se glacer dans ses veines.

— Pas vous...

La colonne sous Vegeta éclata entièrement.

Et le ciel de Sadala sembla, l’espace d’un instant, hésiter entre la lumière des dieux et la maladie.


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Dederick, le prodige [ 天才 ・ デデリック ] : provient d'un générateur de nom de chevalier.

Aurora Boralus [ オーロラ ・ ボラルス ] : provient de « Aurore Boréale » en anglais.

Amalia Thornheart [ アマリア ・ ソーンハート ] : provient d'un générateur de nom de sorcière.

Darag [ ダラグ ] : provient d'un générateur de nom de minotaure.

Eleanor [ エレノア ] : provient d'un générateur de nom.

Sœur Briana [ シスター ・ ブリアナ ] : provient d'un générateur de nom.

Neoll'ur, le seigneur dragon [ 竜王 ・ ネオルール ] : provient d'un générateur de nom de dragon.
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