Oui, la scène où il raconte son rêve, et la révélation "Tous les suicidés sont le Christ, et toutes les baignoires sont le Graal" frappe fort ! De même que ce qu'il dit juste après à Perceval : "Les rêves, ça se compare pas."
Et puis ce passage où il insiste pour qu'on dissimule ses cicatrices sous des bandages, parce qu'il ne veut pas qu'un enfant les voie : "Je suis le roi Arthur ! Jamais je déspespère, jamais je perds courage. Je suis un modèle pour les enfants !"
Cette saison m'a donné envie de revoir toutes les saisons précédentes depuis le début. Le personnage d'Arthur prend une dimension complètement différente.
À Rome, il n'est pour ainsi dire personne. Il n'a pas de passé, pas d'avenir, et son présent n'est guère joyeux. Son passé ? Il ne s'en souvient pas, il ne sait pas d'où il vient, il est orphelin d'on ne sait qui, son nom ne figure même pas dans le registre - et on apprendra plus tard que ce n'est même pas le bon, pas exactement. Son avenir ? Il est coincé dans la milice civile, considérée comme un peu valorisée et sans débouché. Son présent ? Il a quelques amis, certes, mais même avec eux, il semble froid et distant, comme s'il ne parvenait pas vraiment à s'intégrer, à s'ouvrir. Son mariage ne sera qu'une farce : un mariage secret, comme pour de rire, un jeu d'enfant qui s'arrête dès que la réalité reprend ses droits. Arthur y a cru. Il a prêté un serment qu'il s'obstinera à suivre, même si ça n'a plus de sens, même si de ce mariage, il ne reste plus rien, hormis quelques témoins : même son alliance a disparu.
Et puis un jour, un destin lui tombe dessus. Un destin grandiose, mais dont il n'a jamais voulu, ni même rêvé, et dont il ne sent pas digne, comme il ne se sent pas digne d'amour. Roi de Bretagne ? La Bretagne n'est rien pour lui. Il n'a jamais connu que l'armée romaine. Mais on ne lui demande pas son avis. Les sénateurs romains manigancent et disposent de lui comme d'un pion, pour faire avancer leurs propres agendas, sans se soucier le moins du monde de ce qu'il veut, lui, et au fond, il en va de même des dieux. On a décidé pour lui. Arthur obéit sans enthousiasme, il se résigne, avant de se rebeller contre les autres. Contre les Romains, d'abord, qu'il parvient à chasser de l'île avec le soutien de son nouveau peuple, puis, bien plus tard, contre les dieux, qu'il envoie promener en refusant de reprendre Excalibur.
Et pourtant... Déjà, on voit son amour pour la justice, pour la défense des faibles. Dès la première scène où il apparaît, il a des ennuis parce qu'il refuse de tabasser un camarade soit-disant pour s'entraîner. Il s'oppose aux ordres cruels, à l'injustice. La scène où il parvient à faire faire deux pompes à Papinius, et le félicite avant de prendre son ancien supérieur à son propre jeu, est magnifique. Au fond, c'est pour ça qu'il acceptera le pouvoir et son rôle de leader : pas pour lui-même, pour les autres. Avant même de retirer l'épée à nouveau, avant d'avoir remis le pied en Bretagne et d'être reconnu roi, il commence à mettre en branle les événements qui mèneront à la création de la table ronde : il envoie Merlin encourager les gens à accomplir des quêtes, à se dépasser, à devenir la meilleure version d'eux-mêmes. Bien sûr, on sait la bande de bras-cassés qu'il finira par réunir. Mais enfin, aussi idiots et incompétents soient-ils, tous ces gens font de leur mieux. Parce qu'Arthur, ou plutôt la seule idée d'Arthur, les inspire.
Lancelot est l'exception à la règle : lui n'a jamais eu besoin d'un roi pour le motiver, car son ego le pousse depuis toujours. Sa rechute à la fin du dernier épisode est particulièrement décevante. Il venait d'accomplir, enfin, un acte d'amour totalement désintéressé en sauvant la vie de celui qu'il était venu assassiner, pourtant il suffit de quelques phrases de Méléagant pour tout faire s'écrouler. Faire table rase pour retrouver le Graal ? Commettre le mal pour le plus grand bien ? Mais dis-nous, Lancelot : pourquoi retrouver le Graal, au juste ? À quoi bon, si c'est pour le ramener sur une terre d'injustice et de désespoir ? Crois-tu vraiment que tu en seras encore digne ?
Je suis très curieux de voir la suite de l'hisoire, mais j'hésite un peu à me lancer dans le visionnage des films. D'une part, parce que j'aimerais attendre qu'ils soient tous sortis pour pouvoir les regarder à la chaîne, d'autre part, parce que les retours que j'en ai vus ne sont pas franchement enthousiastes. En tout cas, pour le moment, je puis le dire : je suis fan de Kaamelott !